Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Citoyenneté > La manif du 12, pour ceux qui n’y étaient pas

La manif du 12, pour ceux qui n’y étaient pas

 Contrairement à l’autre samedi, la journée s’annonce ensoleillée, gage sans doute d’une bonne participation, si tant est que les ressorts de la mobilisation prennent en compte la météo, avant même peut-être de s’intéresser à la revendication.

Une heure avant le départ officiel de la manif, les syndicats occupent un espace déterminé sur l’avenue. Ils sont bien visibles afin que les militants ne s’égarent pas, faute d’avoir trouvé leur banderole, au sein d’une autre délégation et ne viennent la grossir artificiellement : les manifs sont aussi une affaire de visibilité pour les syndicats et les partis politiques.

Je ne sais pas si cela a une signification, mais on retrouve généralement en tête de la manif, après la banderole unitaire, le même syndicat, catalogué réformiste, les purs et durs ainsi que les groupuscules anarchistes et libertaires se positionnant systématiquement vers la fin du cortège.

Cela explique peut-être les propos journalistiques concernant parfois « les incidents en fin de cortège avec les forces de l’ordre ».

Celles-ci justement, à part le véhicule et les deux motards qui ouvrent le défilé et ceux qui bloquent la circulation aux carrefours, sont invisibles, sans doute pour ne pas provoquer inutilement ceux qui seraient tentés d’en découdre. Ne nous y trompons pas, les cars de CRS ou de gendarmes mobiles, avec leurs occupants sont sur le pied de guerre, casqués et armés, les bombes de lacrymo prètes et les matraques lustrées, quelque part dans la cour de l’hôtel de police et dans des endroits stratégiques.

Les policiers du renseignement (les ex-RG) sont là également. Ils sont disséminés dans les différentes délégations, ils tendent leurs oreilles et ont tous les sens aux aguets. Ils communiquent discrètement avec le central pour anticiper quelques débordements.

D’autres, tout aussi discrets, sont positionnés le long du cortège pour compter les manifestants ou prendre des photos qui seront tellement utiles dans le cas de procédures de flagrant délit en cas de débordements.

Prévu pour 11 heures, le départ du cortège s’effectue trois quart d’heure plus tard : c’est bon signe, cela veut dire qu’il y a vraiment du monde et que les organisateurs ont négocié avec l’autorité un parcours en boucle différent, plus long, permettant à la tête du cortège de ne pas arriver avant que les derniers n’aient quitté le lieu de départ.

Cela se confirme, au lieu d’aller tout droit en montant vers l’ancienne Préfecture (dans la cour de laquelle, il y a vraisemblablement des forces de l’ordre planquées), le cortège tourne à droite pour prendre les boulevards qui longent l’ancienne rivière : cela permettra une certaine interactivité entre ceux qui empruntent la rive gauche et ceux qui remontent déjà la rive droite. En début de parcours, les militants d’extrême gauche distribuent leurs tracts.

Tout au long du parcours, des manifestants rejoignent le cortège, leur syndicat, ou tout simplement le groupe de copains à qui on a donné rendez-vous à un endroit précis.

Chaque syndicat, chaque parti ou groupe a prévu sa propre logistique, dans un souci bien légitime de visibilité, (dans les médias du lendemain, notamment), sans oublier la camionnette avec les casse-croûtes et le camion plateau sono qui va cracher ses décibels pendant deux heures en reprenant des slogans classiques ou des rengaines habillées de textes ad hoc.

Les codes couleurs sont bien évidemment important, le rouge traditionnel, côtoyant l’orange pétant, les autres organisations se partageant le bleu et/ou le blanc, moins visibles, le mariage rouge et noir étant le signe de ralliement des partis et syndicats anarchistes.

Les couleurs se portent volontiers en casquettes, en t-shirts, sur des parapluies ou des ballons qui surplombent la manif. Les drapeaux sont présents également, certains syndicats en faisant une utilisation multicolore importante accroissant parfois artificiellement leur visibilité. La bataille d’influence passe aussi par la mise en oeuvre de ces stratégies de communication.

Les autocollants font partie du décor, ainsi que les pancartes parfois drôles parfois moins, confectionnées sur le coin d’une table et portée fièrement par leurs auteurs, le summum étant sans doute de voir la photo dans la presse du lendemain et de la montrer dans 20 ans à ses petits-enfants en disant « j’y étais ! ».

J’y étais ! Justement qui sont-ils les manifestants qui composent le cortège ? Un peu moins de retraités que l’autre samedi et davantage d’actifs apparemment, premiers concernés par la réforme.

Les pancartes indiquent une participation plus importante du secteur privé, sans que cela ne masque que l’ossature même de la manif, est constituée d’agents des services publics ;

C’est plutôt bon enfant en tête de manif, les slogans n’étant repris que par quelques uns. C’est plus plus discipliné vers la fin, ce qui n’est pas le moindre paradoxe s’agissant de la mouvance anarchiste qui s’y trouve.

Partout dans le cortège, s’engagent des discussions, parfois sans rapport avec le thème de la manif, mais le plus souvent liées aux revendications, au malaise dans les entreprises, à la tension qui y règne face à des reformes, à des suppressions de budgets ou des réorganisations dont personne ne perçoit le sens, mais dont tout le monde supporte ou redoute les effets.

Partout, la morosité et la résignation sans doute, avec en arrière plan l’élection présidentielle de 2012 pour se refaire la cerise, tant il semble certain que le gouvernement et la majorité parlementaire ne reviendront pas en arrière sur la réforme des retraites.

Et ceux qui n’étaient pas à la manif ? Qui sont-ils ? Quelques rares convaincus par la nécessité de la réforme par conviction politique et aussi parce qu’ils sont certains de ne pas être concernés.

Une grande part de salariés précaires (c’est une litote) du privé pour lesquels la grève peut conduire directement à la case pôle emploi.

D’autres, parfois aussi les mêmes, qui n’ont pas les moyens de se payer un jour de grève, coincés qu’ils sont entre les traites de la bagnole, le crédit de l’écran plat et les frais de scolarité des enfants, sans compter l’aîné qui désespère de trouver son premier emploi.

D’autres enfin, qui n’ont jamais rien compris à tout ça, que c’est politique et que de toute façon je ne vote pas, et qui auront un réveil difficile le jour où ils découvriront la pension de retraite minable qu’on leur octroie

Le seul espoir qui émane des discours des manifestants, c’est l’horizon 2012 avec un changement de majorité mais dont on n’est pas absolument certain que cela change quelque chose : les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent.

Encore faudrait-il que les électeurs se mobilisent pour autre chose que les considérations sécuritaires dont la majorité actuelle va nous rebattre les oreilles dans les mois à venir.

Encore faudrait-il que les partis qui souhaitent prendre le pouvoir nous proposent un projet cohérent, qu’ils viennent l’expliquer au citoyen, sur le terrain au lieu de pérorer dans les médias.

Pas gagné, tout ça !


Moyenne des avis sur cet article :  3.67/5   (9 votes)




Réagissez à l'article

2 réactions à cet article    


  • Michel DROUET Michel DROUET 14 octobre 2010 15:25

    Non cela ne me dérange pas : je milite pour une unification des régimes sur la base de celui des sénateurs...


  • frugeky 14 octobre 2010 10:28

    Pas pu participer à la manif, réquisitionné.
    Mais pour avoir participé à la précédente, votre description est identique à celle que j’aurais pu faire dans ma petite ville.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès