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Accueil du site > Actualités > Citoyenneté > La manipulation comme logique sociale structurante

La manipulation comme logique sociale structurante

L’article qui suit se propose de démasquer les mécanismes et logiques sous-jacents qui président à notre organisation sociétale. Il se veut aussi, par le constat critique qu’il porte, une dénonciation (une de plus) de la grande fraude sur laquelle reposent nos sociétés. Enfin, pour que la critique soit constructive, il propose, dans sa seconde partie, quelques pistes et idées pour enclencher cette « révolution tranquille » dont nos sociétés ont tant besoin.

Le travail de manipulation des individus occupe une activité importante de nos sociétés. La manipulation semble être l’interaction principale entre les individus, groupes et institutions. Manipulations psychologiques, émotionnelles, symboliques, financières, ou encore rhétoriques sont à l’œuvre.

 

 

On pense d’emblée aux médias et à leur petite reine, la TV. On pense évidemment aussi à l’enseignement de l’histoire. Cette dernière étant essentiellement une entreprise de fabrication de fables au service des pouvoirs. Du reste, sans parler de fabrication intentionnellement fausse de l’histoire, pensons seulement à ce que certains historiens veulent signifier quand ils parlent de « fantasmer l’histoire ».

Le syndrome 1984, pourrait-on l’appeler, n’est pas seulement actif dans des systèmes totalitaires ; le syncrétisme politique permet d’utiliser des techniques douteuses de manipulation dans les démocraties. Toute la construction de la société américaine moderne repose sur ces mêmes techniques inspirées, entre autres, par des théories de Freud détournées de leur propos initial[1].Quand on sait que la campagne des dernières élections de 2005 en Grande-Bretagne, qui ont vu la victoire de Blair, a reposé sur un focus group de huit personnes, cela donne à réfléchir sur l’état de nos démocraties[2].

Autre exemple, la tendance depuis les années 1990 est à la « spectacularisation » de l’information[3] qui permet un mélange des genres, autre domaine, autre syncrétisme... La mise en scène de l’information sert plusieurs desseins. Le premier est « l’entertainment » ou le facteur fun, le divertissement : rendre l’information factuelle intéressante et attractive, de façon à garder collé au tube cathodique le spectateur littéralement mis sous hypnose par le pouvoir de l’image. Le second est, une fois le canal de la crédulité ouvert par l’émerveillement de la technologie et de toutes les expertises étalées, l’inculcation d’idées et de raisonnements qui servent les agendas des différents pouvoirs en place[4]. Enfin, d’un simple point de vue mercantile, la manipulation et la spectacularisation de l’information servent, bien sûr, à augmenter les ventes, donc le profit, de ceux qui vivent sur la manne de la fabrication de la réalité sous forme d’images, de discours ou d’écrits.

Autre exemple encore de manipulation, dans le domaine du politique celle-ci, par le biais de la psychologie.

L’ascenseur social est bloqué en France, nous le savons, la frustration et révolte qui en résultent se dirigent vers une mauvaise cible pour une frange de la population qui adhère aux théories xénophobes. Ce sont des pulsions comme la colère ou la frustration qui génèrent les idées du Front national en France, et les extrémismes en général. Ces idées s’accompagnent d’une fausse rationalité composée essentiellement de sophismes et d’arguments fallacieux[5]. Nous avons là le parfait exemple d’individus intelligents qui manipulent des consciences et des inconscients de citoyens à leurs dépens en étayant leurs idées (nocives) sur les pulsions (délétères) de l’individu. Ainsi s’opère le conditionnement. Une fois que ces idées sont attachées à ces pulsions, plus moyen de les dissocier - à moins d’intervenir sur elles ; elles sont comme des hélices d’ADN qui s’entortillent l’une autour de l’autre.

Les gouvernements occidentaux sont, quant à eux, pris dans la mondialisation économique qui délocalise et disloque les économies locales, et sont incapables de résorber le chômage systémique/structurel qui en résulte. Il est donc bien pratique pour eux d’avoir des boucs émissaires qui détournent des vrais responsables : eux, les tenants du pouvoir qui font la promotion de valeurs qui génèrent de l’exclusion. Cela permet alors aux mêmes de créer des organismes comme la Halde[6] avec sa cohorte de fonctionnaires qui travaillent sur l’intégration...

Remarquons que tous les partis politiques utilisent les mêmes armes, mais propagent des idées auxquelles adhère une vaste majorité autour du centre. La manipulation s’adresse alors à la classe moyenne, et étaye son discours sur des valeurs comme l’ambition, le prestige ou le statut. On ne questionne jamais ses propres consentements, semble-t-il.

On pourrait aussi ad nauseam citer des cas de manipulation dans le monde de la finance, les affaires Enron ou Clearstream sont des symboles en la matière. Il y aurait également beaucoup à dire et à révéler sur les manipulations des groupes occultes. Mais sans tomber dans l’illégalité, la manipulation légale de sommes immenses en Bourse par les pontes de la finance internationale, les mêmes qui participent à l’élaboration des règles du jeu, donnent des profits indécents et rapides.

On pourrait parler aussi des rapports interpersonnels qui souvent ne sont pas désintéressés, ou sont biaisés et se transforment en manipulation émotionnelle, ou psychologique. La violence conjugale est le point paroxystique de cette dérive. Le harcèlement au travail, ou ailleurs, est aussi un symptôme de pathologie certainement personnelle, mais aussi sociale. Enfin, on pourrait aussi mentionner la manipulation symbolique dont se servent la religion, la publicité et le marketing - y compris politique - pour opérer un conditionnement des désirs, besoins et réflexes chez les individus.

Dans ces conditions, il ne faut pas s’étonner que les réalités sociologiques soient tordues au point que commencent à émerger des effets contre-productifs, signes d’un retour du refoulé social. Ainsi, les gardiens de la paix tuent, ainsi les hôpitaux deviennent des lieux où l’on peut attraper des maladies, ainsi les écoles peuvent générer de quasi-analphabètes, et ainsi de suite. Sans parler du suicide comme cause première de mortalité chez les quinze/vingt-cinq ans. Consternant et renversant. D’ailleurs, le monde « se renverse », pour reprendre la fameuse image marxienne, et non marxiste, de la Camera Obscura.

Et dans notre monde où la gentillesse est perçue comme de la faiblesse, la méchanceté règne alors en maîtresse. Toutes les pulsions coercitives sont activées et les polarités inversées. Au lieu de s’organiser autour du principe d’interactions mutuellement constructives, l’humanité est dominée par l’autre pôle de la dialectique (dynamique) et agit selon le principe d’interactions mutuellement destructives, avec les armes que l’on connaît maintenant.

La manipulation est une logique structurante de nos sociétés ; celles-ci biaisent toutes les interactions et entretiennent un climat délétère au sein des collectivités. La fausseté des rapports sociaux, ou encore de l’information et des connaissances, qui en résulte et se généralise, ronge notre tissu social et sape les solidarités nécessaires pour vivre ensemble, et surtout pour mieux vivre ensemble au sein d’un monde convivial[7].



[1] Le documentaire intitulé The century of the Self raconte la fabrication du XXe siècle et de sa société de consommation à travers les diverses manipulations mises au point, entre autres, par Edward Bernay, l’inventaire du Public Relation.... http://www.bbc.co.uk/bbcfour/documentaries/features/century_of_the_self.shtml

[4] Cf. le documentaire intitulé The power of nightmares (le pouvoirs des cauchemars), sur BBC également, qui parle de la manipulation des masses par le couple Bush-Blair qui utilisent la peur pour augmenter leur pouvoir.

[5] Voir ma recherche sur la question du racisme en Europe à www.geocities.com/kreativkaos/page6.html

[7] Référence au livre de Yvan Illich, La société conviviale, voir extrait à http://ecorev.free.fr/rev01/illich.htm


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24 réactions à cet article    


  • Bill Bill 15 décembre 2006 12:35

    Flute, au début votre article m’a fait plaisir, puis je me suis rendu compte que si votre intention est bonne (?), vous restez dans des clichés ! Je ne reviendrai pas sur ceux-ci !

    Mais l’Histoire est très clairement manipulée ! en effet on ne nous apprend pas à la réfléchir.

    Point culminant de la manipulation, la mise au Panthéon de la dépouille d’Alexandre Dumas. Pour n’importe qui qui connait un peu la vie de cet auteur, il était loin d’être ce qu’on en a fait, tout au contraire. J’aurais aimé qu’on le laisse reposer à Villers Cotteret, ville charmante dans laquelle se trouve sa maison et dans laquelle François Ier fit pour le Français ce que ne fera sans doute pas un Chirac !

    Bill


    • Sam Eklert (---.---.74.183) 15 décembre 2006 22:52

      Merci Bill pour votre temps et commentaires, et à tous,pour éviter de le et de me répéter smiley

      Clichés ? Cette critique me laisse quelque peu perplexe !

      Merci, par contre, de m’avoir appris quelque chose à propos de Dumas, j’ignorais la controverse.

      Cordialement


    • Bill Bill 18 décembre 2006 15:27

      Oh cher Sam, ce n’était rien de bien méchant, ne m’en veuillez pas ! En effet nous sommes plus ou moins en campagne électorale et j’ai été extrèmement déçu que lors de la dernière campagne nous n’ayons aucun débat ! Ce qui avait été mis en avant était la « xénophobie » de Le Pen. Cela fait aussi partie je crois de la manipulation, l’argument étant laché, il n’y a plus rien à dire sur quoi que ce soit ! et tout va bien Madame la marquise... ! Il y a tant de problèmes dans notre pays que je regrette qu’il n’y ai pas de vrai débat avec les politiciens de TOUS les partis. J’avais été un peu déçu de trouver cet argument dans votre article.

      Cependant cet article est très bien écrit et je suis très heureux de l’avoir lu, ce n’est en somme qu’une toute petite remarque, vous me pardonnerez de vous l’avoir faites !!!

      Bien à vous cher Sam

      Bill


    • yvan (---.---.148.16) 15 décembre 2006 13:09

      Eh bien Monsieur, je vois beaucoup de pessimisme dans votre article !...

      Certe nous vivons une époque ou les manipulations diverses sont courantes, mais qu’en est-il vraiment des époques précédentes ? Y a-t-il un effet d’amplification par la modernité ?

      Je connais autour de moi beaucoup de gens qui ont conservé une grande partie de leur liberté de pensée et d’action,ce qui leur offre une bonne résistance aux diverses manipulations .

      Je constate que cette Liberté est toujours associée à la préoccupation d’autrui, c’est à dire le contraire de l’égo.

      Je constate aussi qu’elle est toujours liée à une Culture, que cette culture procède de la connaissance, de l’expérience, de la spiritualité ou de la réflexion personnelle n’y change rien .

      Il me revient en tête une réflexion de Malraux qui disait : « la culture, c’est la liberté ! » , je n’ai cessé de vérifier la véracité de ce propos .

      Il y à, néanmoins, des gens très « intelligents » et cultivés qui utilisent leurs talents exclusivement à leur profit, qu’il soit mercantile ou autre, heureusement il y en a d’autres qui n’ont de cesse de les utiliser au partage et au service . Et puis il y a l’ensemble des hommes et des femmes qui disposent des deux tendances à des degrés variables .

      Croyez moi, la « bonne » tendance est majoritaire, mais elle est souvent cachée et absente des niveaux stratégiques ( représentation politique, médiatique, responsabilité économique...).

      Travaillons à son rétablissement ; votre article est déjà une page de ce travail . Vous en trouverez une autre dans un texte écrit il y a plus d’un an dans :

      www.enjeux-2007.org

      Cordialement


      • Sam Eklert (---.---.74.183) 15 décembre 2006 23:33

        Bonjour Yvan,

        Tu -vous- avez raison sur tous les points et justement la seconde partie de l’article comporte les éléments dont vous parlez smiley Juste un peu de patience, merci !

        Le constat vis à vis de notre situation dans son ensemble est, du reste, au delà du pessimisme ; il est malheuresement réaliste et fruit d’une mûre réflexion. Croyez bien que j’en suis désolé.

        Cordialement.


      • yvan (---.---.148.16) 16 décembre 2006 10:54

        Bonjour Sam

        Merci de votre réponse.

        Dites moi, je ne comprends pas pourquoi votre article ne figure plus (au niveau du titre) en premiere page du site à la place de certains titres ne présentant pas beaucoup d’intérêt (au vues du nombre de commentaires ). Cela dit, comme vous avez pu le lire dans mon blog, une élection présidentielle peut être un élément de renversement de tendance, or c’est ce qui compte avant tout ; Les changements, positifs en profondeur, ont besoin d’être initiés à un niveau ou il est possible de le faire, ensuite, la lourde machine Sociale se met dans une direction meilleure ; et son inertie amplifie le poids du progrès ainsi en cours de réalisation .

        Pour cela, le nouveau Président devra être un homme de Valeur au sens ou je l’entendai dans mon premier commentaire, je suis personnellement convaincu que cet homme se trouve parmis les 4 prétendants les mieux placés, vous ne manquerez pas de le discerner, gardez Espoir.

        Cordialement


      • kreativkaos (---.---.74.183) 17 décembre 2006 18:19

        ...merci pour le compliment smiley

        Pour la prochaine élection française, l’homme à élire est sans doute...une femme....

        Maintenant, je vais bosser sur la seconde partie de l’article qui se retrouvera peut-être en première page !

        A bientôt


      • Bese (---.---.49.108) 15 décembre 2006 14:22

        Bon article mais il est dommage de ne pas avoir mentionné la mèmétique qui peux nous aider à analyser ces phénomènes de manipulation.

        S’il est vrai que nos principaux vecteurs de communication sont verrouillés au profit d’un petit nombre, cela ne le restera pas. Par exemple, le Web 2.0, pour reprendre cette expression, est non verrouillable par définition.

        Enfin, plus on manipule un individu, plus il est difficile de le manipuler. Le marketing, pour être efficace, doit être de plus en plus novateur et insistant.

        C’est identique pour la religion ou la politique. Le doute ne s’installe que lorsque l’on prend connaissance des autres courants de pensées (mèmes mis en concurence).

        Il ne faut donc pas avoir peur de la manipulation mais au contraire la rechercher. Privilégier le débat entre deux manipulateurs qui s’affrontent plutôt que le discours d’un seul.

        Vive le liberalisme chez les mèmes smiley


        • Sam Eklert (---.---.74.183) 16 décembre 2006 00:08

          Salut et merci. Oui effectivement, on pourrait aussi, dans la même veine que la mèmétique (merci de l’info), parler du Mimétisme chez René Girard. Je me suis concentré sur une des logiques fondamentales dans la première partie de l’article.

          Aussi, le web est certainement l’espace de liberté actuel le moins discriminant et le plus vaste. Dommage que la liberté devienne essentiellement - et dans son essence, de plus en plus virtuelle.

          Au plaisir.


        • Algunet 16 décembre 2006 20:43

          Chouette, je vais être sauvé par le web 2.0... A moins que ce ne soit qu’un nouveau vecteur de manipulation mercantile ! smiley


        • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 15 décembre 2006 18:13

          Je ne connais aucune société sans pouvoir de manipulation, car toute socialisation exige des systèmes de conditionnement et d’influence ; à commencer par l’éducation indispensable à toute socialisation des individus

          Aujourd’hui ces pouvoirs sont éclatés, multiformes concurrentiels (famille ,école, médias, copains, pub, réseaux politiques et sociétaux, entreprises ..). Cet éclatement de possibilités qui ne sont plus mises en cohérence, ni hiérarchisées par une vision centrale du sens et une moralisation autoritaire absolutiste de type religieux, fait que chacun doit en permanence se construire dans le cadre d’identités bricolées, voire multiples. Mais c’est aussi une condition nécessaire (mais pas suffisante) d’une autonomie qui ne pouvait exister dans aucune des sociétés antérieures, toutes théocratique et traditionalistes (tournée vers l’empire et l’emprise du passé et de l’exigence de la répétition).

          C’est donc moins pire aujourd’hui que cela ne l’était : le poids du péché et de la menace divine sont en voie de disparition, c’est à dire un pouvoir de manipulation par définition totalitaire (toute puissance divine, sens du sacré, terreur post-mortem et promesse paradisiaque) ! Il n’y a donc aucune bonne raison de s’en plaindre...


          • Marc P (---.---.81.116) 15 décembre 2006 20:43

            Merci à Sam pour ce point de vue bien synthétisé, qui rejoint celui de beaucoup d’entre nous (les derniers paragraphes sont moins réussis)...

            Les commentaires expriment des points de vue complémentaires et évidemment les points de vue traduisent une perception et des vécus « justes »...

            Ce qu’on exprime dépend d’où on parle... le rêve serait que nous soyions plus nombreux à pouvoir emprunter le point de vue de l’autre (sauf si ce regard ou cette pensée est ignoble évidemment), à « se mettre à sa place » (je ne dis pas que j’y arrive)... Empathie , compréhension, sympathie, intelligence, compassion, lucidité, altruisme, appelons cela comme on peut...

            Bref du chemin reste à faire...

            Au fait intéressant les étymologies semblable comparées :

            rukavodit en Russe : diriger (même étymologie que manipuler).

            manipuler

            manipulate

            handle

            Enfin je reconnais le « mieux » dont parle Mr Reboul, mais admet-il qu’avec le potentiel économique,, technologique, social etc... dont « on » a conscience aujourd’hui sans compter les moyens d’information et de désinformation planétaires, le sentiment d’insatisfaction soit entretenu encore mieux qu’il ne le fut jusqu’au début du 20eme siecle sauf pour les happy few (bob on en compte peut être 500 millions).

            Encore merci pour votre article Sam.

            Marc P


          • Sam Eklert (---.---.74.183) 16 décembre 2006 00:59

            Salut,

            Merci pour vos commentaires. Quand je parle de manipulation, je parle de son versant funeste. L’éducation est une manipulation qui est nécessaire mais devrait être utiliser à bon escient et non pas être une entreprise de relais de l’idéologie dominante. Althusser parlait de courroie de transmition.

            Bon point sur la « protéiformisation » de l’identité.

            Salutations


          • Sam Eklert (---.---.74.183) 16 décembre 2006 01:14

            Marc,

            2% de la population mondiale possède 50% de la richesse globale et 10% en possède 2% ! Que dire de plus ? ..j’vais bientôt aller retrouver Marcos dans la forêt !


          • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 16 décembre 2006 10:57

            @Marc P.

            Ce sentiment d’insatisfaction dont vous parlez est au coeur d’une démocratie dont la contradiction principale est qu’elle est égalitaire en droit mais que cette égalité en droit est niée par le fait de l’inégalité reélle de les exercer.

            Dans les sociétés hiérarchiques traditionnelles, les inégalités sont sacralisées (ordre divin), il n’ y a pas de jalousie possible sauf pour qui peut se croire égal à son supérieur, mais cette croyance est idéologiquement bloquée par l’autorité de la tradition, elle même critallisée en « vérité » divine indiscutable (ex : femmes/hommes). Le grande manipulation centrale des socités anciennes est de faire croire que les choses et l’ordre social sont immuables.

            Les moyens multiples de manipulatutions ou mieux d’influence et de conditionnement idéologiques, dans nos siciétés modernes, accroît la croyance dans l’égalité des droits (à commencer par le droit à l’information pluraliste et à s’exprimer). Mais ils ne crèent pas la demande d’égalité qui est au centre des frustrations sociales ; c’est l’esprit et la croyance démocratique qui produit la contestation des inégalités réelles.

            La démocratie est donc un régime politique qui met les conflits sociaux au coeur de son fonctionnement normal ; ceux-ci font sa vie et son dynamisme propre ; je dirais à la fois sa vitalité et son risque majeur..


          • Marc P (---.---.251.191) 16 décembre 2006 11:56

            @ Sam,

            500 millions de personnes (moins de 10%) est un chiffre un peu en l’air, qui confond les satisfactions qu’elles soient dûes à l’économie ou à autre chose car on peut être pauvre et heureux ou satisfait, dès lors qu’on ne manque pas de l’essentiel pour cela, il serait injuste de le nier...

            Enfin pour beaucoup (moi j’ai un préjugé favorable également), le commandant Marcos n’est pas un manipulateur malveillant ni inconscient...

            Par ailleurs dommage, Sam et M Reboul, une partie d’un échange entre vous, Mr Reboul, et Marsu « a sauté » (ainsi qu’un de mes posts ds ce fil... (pour mon post ce n’est pas grave, rien d’important).

            @ Mr Reboul, je pense qu’il n’y a rien à redire à votre argumentaire clair et constructif : la démocratie n’est pas un mal nécessaire mais c’est le seul progrès possible avec tous les risques inhérents... (je vous paraphrase)...

            Nous avons la chance historique souvent douloureuse de vivre une transition sans précédent (technologique, politique, spirituelle, etc... peut être comme avec « le feu » ou « la roue » donc plus violente ou soudaine qu’avec l’écriture. On sent comme les « soubressauts d’une bête » mal en point... (Hiroshima, la Shoa, le Rwanda et autres crises du continent africain etc...)et on se dit que peut être des jours meilleurs nous attendent ou nos enfants... Cela dépend beaucoup de ce que nous subirons ou gérerons activement en les contrecarrant les manipulations dont Sam nous a bien parlé... le travail sur soi et sur ses proches en tant qu’individus ne sera pas inutile...

            Marc P


          • Eivy (---.---.209.50) 20 décembre 2006 17:49

            Article intéressant et au combien actuel, un exemple pour corrober ton analyse sur la manipulation des masses : dernièrement je regardais CNN (non pas que je fasse confiance à cette chaîne pour m’informer, mais juste pour avoir un regard sur la vision américaine des faits d’actualité) et là j’ai cru que j’allais m’étouffer, les journalistes américains rendaient compte de la mort de Pinochet et présentaient ce dictateur comme un grand défenseur des droits et des libertés et qui a lutté courageusement toute sa vie pour débarrasser son pays du communisme (sic ...). Belle manipulation des faits et de l’Histoire, les chiliens apprécieront, surtout les familles dont certains membres ont été torturés, assassinés ou ont tout simplement « disparus » grâce à l’héroisme et la grandeur d’âme de Monsieur Augusto Pinochet.


            • kreativkaos (---.---.74.183) 21 décembre 2006 21:00

              ... et oui, l’histoire du Chili est édifiante. La CIA et les fachos locaux ensembles pour éviter que l’esprit de la démocratie s’installe. C’est à pleurer !

              La majorité des américains est malheureusement ignorante du reste du monde et, eux, avalent tout cru ce que CNN leur sert !

              Merci pour tes commentaires.


            • pompidol (---.---.171.200) 21 décembre 2006 07:01

              Très bel éclairage du précieux auxiliaire du modèle économique anglo-saxon, la manip, et rendre plus con. A 7 ans nos enfants nous échappent et sont des « parts de marché » pour user de ces technologies idiotes qui les rendent autistes, immergés dans un monde virtuel.

              Le fiasco, le bide, le désastre écologique chiffré à 5500 milliards de dollars par sir STERN est la conclusion logique. Comme l’éprouvette agitée qui a permis aux usa de croire à une légitime guerre contre l’Irak. En Europe on lisait le mensonge et on prévoyait les dégats !


              • Sylvain Etiret 21 décembre 2006 12:51

                Bonjour,

                Vous citez nombre d’exemples que vous décrivez comme de la manipulation, touchant divers champs de la vie sociale : télévision, publicité, politique, éducation, finance, histoire, religion, couple, travail, ... et s’appliquant à différents niveaux de conscience : psychologie, symbolisme, émotion, ...

                Mais faut-il réellement parler de manipulation ? Les interactions sociales sont probablement en grande partie motivées par le désir de chacun d’entre nous d’exprimer ses besoins et de tenter de les satisfaire. Il n’y a rien d’intrinsèquement illégitime à cela. Et cela n’exclut pas les autres types de motivation, éventuellement altruistes (vous citez la gentillesse), qui restent tout à fait capables de cohabiter.

                Prenons un exemple. J’ai faim. Je peux me débrouiller seul et prélever mon repas dans la nature, sans avoir recours à aucune interaction sociale. Je suis autonome et isolé. Je peux également convaincre quelqu’un de me fournir ma pitance. Les moyens de convaincre sont divers : monnayer mon repas, l’échanger contre un service, me faire inviter, ... Je suis membre d’un groupe social et j’oriente la volonté de l’autre sur le fait de répondre à mon besoin légitime.

                Si le processus est naturel dans toute vie en commun, sa légitimité dépend cependant de divers facteurs :
                - mon besoin est-il légitime ? Est-ce que je veux me nourrir ou manger du foie gras à chaque repas ?
                - mes arguments sont-ils respectueux de l’autre ? Est-ce que ce repas que tu me fournis ne te manquera pas ou te laissera-t-il à jeun ?
                - mes arguments sont-ils honnêtes ou est-ce que je les sais trompeurs en les employant ? Est-ce que j’obtiens mon repas en clamant que je n’ai pas mangé depuis huit jours alors que j’étais à table il y a quatre heures ? Est-ce que je paie mon repas intentionnellement en fausse monnaie ?
                - mon intention est-elle malveillante ? Est-ce que je réclame que tu me procures ce repas parce que j’ai faim ou en réalité pour t’en priver ?
                - ...

                C’est probablement à ce niveau que se situe la différence entre un processus de conviction et un mécanisme de manipulation. Encore que la frontière soit sûrement moins tranchée qu’on l’aimerait : si je quitte mes piercings et mes rastas pour me présenter à un entretien d’embauche, est-ce que je cherche à convaincre ou à manipuler ? Si je demande l’heure à un passant avant de lui demander une pièce, et si je sais que cette simple manoeuvre augmente les chances qu’il mette la main à la poche, est-ce que je convaincs ou est-ce que je manipule ?

                A l’inverse, pourrait-on imaginer des interactions basées sur une honnêteté et une neutralité absolue permettant à l’interlocuteur de disposer le l’ensemble des éléments de jugement l’autorisant à faire un choix éclairé, objectif, et rationnel dans cette interaction ? Est-ce que la carte du restaurant qui me présente la photographie d’une appétissante assiette de fraises doit en toute honnêteté m’informer du risque d’allergie éventuellement mortelle que je peux développer même si j’ai déjà eu l’occasion de consommer des fraises ? La présentation appétissante de l’assiette est portant faite pour me tenter : est-ce pour répondre à un besoin légitime du restaurateur, dans des conditions de respect et d’honnêteté à mon égard ? Est-ce déjà de la manipulation ?

                Sans verser dans un angélisme naïf qui nierait les dérives possibles de l’homme, être imparfait dans un monde imparfait, ses capacités au mensonge, à l’égoïsme, à la méchanceté, à la malveillance, ... il ne me parait pas complètement crédible de ne voir l’évolution sociale qu’au prisme de cette seule coloration. La confusion que vous semblez opérer entre conviction et manipulation est sans doute à l’origine de l’emploi à mon avis excessif que vous faites de ce prisme. Vous appelez de vos vœux l’application d’un « principe d’interactions mutuellement constructives » s’opposant au « principe d’interactions mutuellement destructives » que vous sentez à l’œuvre. Sous réserve de les définir un peu plus précisément (constructives / destructives de quoi ?), si je vous rejoins sur l’intérêt du premier, je ne suis pas certain de la prééminence actuelle du second.

                La notion de manipulation conduit en effet à s’interroger sur l’existence d’un manipulateur ou de manipulateurs, et de focaliser l’attention sur la recherche de responsables, voire de coupables, à cette situation. Outre le fait que la désignation de boucs émissaires alimenterait la pratique d’une « interaction destructive » que vous réprouvez, elle tendrait à dédouaner chacun de ses propres pratiques dans le continuum conviction/manipulation qui fait notre quotidien. C’est pourtant bien dans une meilleure connaissance collective et individuelle des déterminants de nos mécanismes de pensée, de réaction, de décision, que pourrait se renforcer notre capacité à interpréter le discours de l’autre. La méconnaissance de la complexité de ces mécanismes, l’illusion d’une neutralité et d’une objectivité dans notre perception du monde et dans nos rapports sociaux, risque de conduire à un manichéisme contre-productif.

                Votre article a néanmoins le grand mérite de souligner la nécessité de cette réflexion et d’en stimuler l’expression.


                • kreativkaos (---.---.74.183) 23 décembre 2006 01:50

                  Bonjour,

                  Merci pour ce long commentaire. Vous soulevez des questions intéressantes et relativisez mon propos, ce que je suis supposé faire dans la seconde partie de l’article sur laqu’elle je planche encore !

                  Je parle, entre autre, de continuum entre les deux pôles et de mode majeur pour l’entropie (interactions destructives) et de mode mineur pour les « forces constructives » en mettant cela dans une perspective de cycles historiques.

                  Bref, j’espère répondre plus en détails à vos questionnements et commentaires dans cette suite à venir.

                  Cordialement


                • pas l’oie, pas pris. (---.---.79.7) 21 décembre 2006 13:46

                  « La notion de manipulation conduit en effet à s’interroger sur l’existence d’un manipulateur ou de manipulateurs, et de focaliser l’attention sur la recherche de responsables, voire de coupables, à cette situation. Outre le fait que la désignation de boucs émissaires alimenterait la pratique d’une « interaction destructive » que vous réprouvez, elle tendrait à dédouaner chacun de ses propres pratiques dans le continuum conviction/manipulation qui fait notre quotidien. C’est pourtant bien dans une meilleure connaissance collective et individuelle des déterminants de nos mécanismes de pensée, de réaction, de décision, que pourrait se renforcer notre capacité à interpréter le discours de l’autre. La méconnaissance de la complexité de ces mécanismes, l’illusion d’une neutralité et d’une objectivité dans notre perception du monde et dans nos rapports sociaux, risque de conduire à un manichéisme contre-productif. »

                  Merci, tout est dit ou presque....

                  Cordialement.


                  • silvestre_de (---.---.80.120) 4 janvier 2007 21:20

                    Bonjour,

                    Comme la majorité des auteurs publiés sur Agora, l’auteur de cet article se contente de dénoncer un état de fait largement connu . Puis-je, bien modestement, me permettre de l’inviter à méditer cet aphorisme : « Si faire était aussi aisé que savoir ce qu’il est bon de faire, les chapelles seraient des églises, et les chaumières des pauvres gens des palais de princes. » William Shakespeare


                    • kreativkaos (---.---.74.183) 5 janvier 2007 23:27

                      Bonjour,

                      Vos critiques et celles d’autres collègues sont légitimes. Je suis supposé proposer une seconde partie (à la publication du premier, la mention : Fin de première partie a disparue) d’ou le malentendu.

                      Toutefois cela tarde pour la simple et bonne raison que tout a déjà été dit, écrit, publié. Nous sommes au bout d’un discours et c’est le temps de l’action ; je me demande encore comment mettre l’emphase sur ce point. Une iènne synthèse des solutions ne transcendera pas vos critiques constructives... et je ne suis pas Emile Zola !

                      Merci de votre temps et la citation.

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