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La méthode de conceptualisation relativisée (MCR) : De la physique quantique à l’ensemble des processus de construction des connaissances

Ce texte introduira une collection de titres destinés à promouvoir la méthode de conceptualisation relativisée. Pour en savoir plus sur cette dernière, voir :
Mioara Mugur-Schächter, " L'infra-mécanique quantique " Ouvrage au format.pdf accessible en téléchargement gratuit http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2011/115/IMQ.pdf

Résumé

Depuis plus d'un siècle s'exerce une critique politique du langage. Il s'agit de montrer que derrière l'apparente neutralité des mots et des syntaxes les pouvoirs dominants se sont toujours efforcés de soumettre les consciences à des représentations du monde servant leurs intérêts. Aujourd'hui, ce décryptage est relativement facile à faire concernant la vie quotidienne. Chacun peut comprendre qu'un terme comme « rigueur » prend des acceptions différentes dans un discours de droite ou un discours de gauche. Mais le décryptage est bien plus difficile concernant les sciences. Les affrontements politiques se dissimulent sous des discours académiques n'encourageant pas la remise en cause. Pourtant, dorénavant, les enjeux économiques et géostratégiques des sciences sont tels que le discours d'autorité y est de moins en moins recevable. Les scientifiques eux-mêmes semblent commencer à le comprendre.

De nouvelles méthodes de construction des concepts ou des lois supposées les relier s'imposent donc. Il faut renoncer à décrire une prétendue Réalité existant en soi, que la science se bornerait à tenter de dévoiler. Il faut admettre que la science, s'appuyant sur les capacités cérébrales et les instruments des scientifiques tels qu'ils sont à une époque donnée, construit une réalité relative. Cette réalité relative doit pouvoir être constamment remise en cause compte tenu de l'évolution des cerveaux et des outils. Mais pour demeurer dans le domaine de la science et ne pas ouvrir la voie à toutes les dérives des pseudo-sciences, dénoncées par le terme de relativisme, cette remise en cause devrait pouvoir se faire dans le cadre d'une méthode ayant fait l'objet d'un consensus suffisant. Aujourd'hui, la physique quantique, dont les réussites technologiques sont généralement reconnues, utilise une telle méthode. Mais elle le fait implicitement et d'une façon qui n'est pas facilement exportable dans les autres domaines de connaissances. La méthode de conceptualisation relativisée (MCR) définie par Mme Mugur-Schaechter, propose d'une part de décrypter les processus de construction de concepts dans le domaine de la physique quantique et d'autre part d'étendre ces processus à tous les autres domaines de recherches.

Ce travail de reconstruction pourra toucher le langage quotidien lui-même. Il fera apparaître la façon dont l'abus de l'argument d'autorité dans la définition des entités de la vie courante dissimule des prises de pouvoirs jusque là cryptées. Cette dissimulation est dorénavant incompatibles avec les exigences de démocratie devant être celles de sociétés comme les nôtres, héritières directes de l'époque des Lumières.

__________________________________________________________________________

Le langage s'est développé à partir des échanges de signes symboliques assurant la survie du groupe au sein des espèces animales. Celui qui émet un cri spécifique à la vue d'un prédateur, cri reconnu comme alerte à l'usage, met en garde rapidement l'ensemble du groupe. Mais de ce fait il acquiert un certain pouvoir, si bien que ce sont généralement les individus dominants qui deviennent les détenteurs du proto-langage. Tous les autres doivent s'y soumettre. Des millions d'années après l'apparition des premiers échanges symboliques au sein des sociétés animales, on constate que chez les humains, de la même façon, le droit à nommer les choses a été usucapé par les chefs religieux, militaires et politiques. Les concepts et leur organisation en phrases signifiantes ont été élaborés sous le contrôle de minorités oligarchiques. Les populations n'avaient d'autre choix que de les reprendre à leur compte, autrement dit de penser et agir en conformité avec les intérêts de ces oligarchies.

Bien évidemment, avec le développement et la démocratisation de la culture, des critiques ont été formulées très tôt contre le pouvoir des contenus cognitifs imposés par les dominants à travers le langage. Ainsi, dans le domaine de la morale, les philosophes ont montré que derrière des termes comme le Bien et le Mal, des pouvoirs religieux ou politiques puissants s'efforçaient d'imposer une vision des rapports sociaux la plus conforme à la pérennisation de leurs intérêts. Le Bien et le Mal n'existent pas de façon absolu, avec des Majuscules, contrairement à ce que prétendent ceux qui veulent en faire des armes d'assujettissement. Leur contenu, dans une société se voulant démocratique, devrait être défini et redéfini en permanence dans le cadre de ce que l'on pourrait nommer en utilisant un terme moderne des conférences de consensus.

Il devrait en être de même en science. Les concepts scientifiques, même résultant d'une démarche se voulant aussi objective et expérimentale que possible, c'est-à-dire refusant tout argument d'autorité a priori, sont produits et en tous cas utilisés par des groupes d'intérêts dominants. Ceux-ci, délibérément ou non, veulent les ériger en vérités absolues afin de soustraire à la critique les rapports de force dont ils bénéficient et que ces concepts tendent à pérenniser. Cette prise de pouvoir implicite, parfois dénoncée comme une véritable dictature, a toujours existé. Mais elle n'est pas toujours évidente aux yeux des populations, dans la mesure où beaucoup de domaines de connaissances restent encore ésotériques. Les conflits de pouvoir qui se manifestent, à propos du sens à donner à des expressions aujourd'hui largement répandues, telles que « gène », « autisme », « climat » ou « intelligence », ne sont pas encore perçus par le grand public ni même parfois par les scientifiques directement intéressés.

Le rejet contemporain des pseudo-sciences économiques

Aujourd'hui cependant, avec la diffusion d'une crise économique touchant le monde entier, les mots par lesquels les « experts » mandatés par les oligarchies responsables de cette crise veulent la définir, sont de plus en plus rejetés. Si le terme de « croissance » signifie « exploitation sans limites des écosystèmes », si celui de « réforme » signifie « privatisation progressive des services publics d'intérêt général », si celui de « libéralisme économique » signifie « capitulation des Etats devant les entreprises transnationales monopolistiques », le grand public, directement touché par les politiques correspondantes, se rebelle. Les plus modérés veulent au moins obtenir le droit de discuter les fondements théoriques des sacrifices qui leur sont imposés. Autrement dit, ces « Indignés » veulent remettre en cause le contenu des concepts d'une science économique ainsi détournée de la neutralité et de l'objectivité qu'elle prétendait avoir.

Mais ce mouvement de révolte, en train de se généraliser dans le domaine de l'économie politique et des sciences humaines en général, ouvre les yeux de beaucoup de praticiens ou théoriciens des sciences et des techniques, dans tous les autres domaines de celles-ci. Partout, il apparaît que les concepts et plus généralement les corpus de connaissances ont rarement été produits avec la volonté d'en relativiser les résultats afin de maintenir ouvert le débat critique qui est le cœur de la pratique expérimentale. Des résultats expérimentaux provisoires sont généralement érigés en vérités absolues. On affirme en conséquence que la poursuite des expérimentations, l'élargissement des recherches, ne s'imposent plus. Les premiers résultats sont d'emblée présentés comme décrivant un Réel objectif, pour des raisons n'ayant pas grand chose à voir avec l'objectivité scientifique prétendue. Il s'agit le plus souvent de défendre des intérêts géopolitique ou industriels – ceux notamment des pouvoirs qui financent la recherche. Dans les cas les moins nocifs, la critique des concepts et des méthodes est refusée par des instances académiques mandarinales qui voudraient échapper à une remise en question imposée par les jeunes générations.

A l'époque actuelle, caractérisée par la raréfaction des ressources face à des populations en croissance démographique manifestement excessive, il devient vital de faire appel aux potentiels de créativité scientifique et technique abondamment produits par ce que l'on nomme parfois le capital cognitif en réseau. Or ces potentiels sont maintenus en état de sous-emploi ou de chômage en grande partie du fait des « Vérités objectives » que les forces conservatrices s'affirment seules à détenir. La critique scientifique de ces « Vérités » devient donc une nécessité vitale pour des sociétés en danger de disparition, ceci pour débloquer les interdits doctrinaux et ouvrir de nouveaux champs de recherche.

Dans le cas des exemples précédemment cités, il devient ainsi vital de montrer qu'une acception figée des concepts de gène, autisme, climat, intelligence, condamnerait à la stérilité des recherches dans des domaines stratégiques essentiels, tels que les biotechnologies, les neurosciences évolutionnaires, la lutte contre le réchauffement climatique ou l'intelligence artificielle. Ceci ne veut pas dire que ces nouvelles recherches devraient à leur tour produire des résultats qu'il faudrait accepter passivement, comme le prétendent les mouvements d'activistes se proclamant anti-sciences. Cela voudrait seulement dire que les contenus cognitifs pourraient recommencer à évoluer au même rythme que les autres éléments constitutifs du monde contemporain.

Associer relativisme et constructivisme

Pour critiquer des Vérités dites objectives présentées comme absolues, il faut faire montre à la fois de relativisme et de constructivisme. Le relativisme vise à monter que ces vérités étaient liées à une époque et à des intérêts qui ont changé. Le constructivisme vise à monter par quoi et comment remplacer le tout, en restant fidèle aux grands principes de la science expérimentale. Pour cela il faut disposer d'une méthode scientifico-philosophique (une épistémologie) qui respecte strictement ces grands principes. Sinon, le terrain se libère pour les innombrables pseudo-sciences ou religions qui prétendent expliquer le monde en dehors de toute référence scientifique intersubjective.

Il se trouve que la mécanique quantique, convenablement interprétée, fournit les outils nécessaires pour ce faire. Depuis presqu'un siècle maintenant, elle s'est efforcée, avec le succès que l'on sait, de montrer que les concepts de la physique ordinaire, tels que ceux d'onde, particule, principe d'identité, ne suffisaient pas à rendre compte des observations continuellement rendues possibles par le progrès continu des techniques de laboratoire. Il fallait donc les remettre en cause. Cette remise en cause s'est étendue de facto à la cosmologie puisque celle-ci traite de ces mêmes concepts à l'échelle de l'univers tout entier. Mais elle n'a pas encore pénétré les autres disciplines scientifiques, ou un réalisme primaire demeure encore le postulat dominant à partir duquel s'articulent – ou plutôt s'enferment - les nouvelles recherches.

Aujourd'hui cependant la méthode de conceptualisation relativisée (MCR) définie par Mme Mugur-Schaechter, propose d'une part de décrypter les processus de construction de concepts dans le domaine de la physique quantique et d'autre part d'étendre ces processus à tous les autres domaines de recherches. Mais pour convaincre les opinions de l'intérêt d'une telle démarche, il faut procéder à un double effort de communication :

  • faire comprendre avec des mots usuels en quoi consiste cette méthode et comment elle pourrait être appliquée aux autres domaines de connaissance.

  • montrer par des exemples concrets que de telles applications sont, non seulement déjà possibles mais en cours. On s'efforcera d'illustrer les bénéfices de tous ordres pouvant en résulter, y compris en termes de démocratisation du processus de construction des langages et des pratiques en découlant.

C'est un tel objectif que se donne la présente collection.

Jean-Paul Baquiast



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Les réactions les plus appréciées

Réactions à cet article

  • Par luluberlu (---.---.---.59) 22 novembre 2011 13:48
    luluberlu

    Merci çà rafraichit.

  • Par Automates Intelligents (JP Baquiast) (---.---.---.224) 22 novembre 2011 17:45

    Vous avez tout à fait raison, mais il ne s’agit pas d’élucubrer en dehors de l’expérimentation. Il s’agit de mieux qualifier l’observateur, l’instrument et la description, en ouvrant les processus définis jusqu’alors pour ce faire. Ceci dans le domaine des sciences macroscopiques. Je ne me mêle pas pour mon compte de mq.
    Voyez svp l’article que j’avais consacré à MCR en climatologie. IL est d’ailleurs encore un peu abscons, d’où l’intérêt de publier de nouveaux exemples

    http://www.automatesintelligents.com/echanges/2009/mar/mcr.html

  • Par herbe (---.---.---.201) 22 novembre 2011 20:01
    herbe

    Un gros merci !
    Je suis personnellement convaincu (et aussi en partie grâce à vous) de l’intérêt de promouvoir la MCR.
    Cordialement...

  • Par Cosmic Dancer (---.---.---.152) 22 novembre 2011 23:07
    Cosmic Dancer

    Bonsoir,

    A l’apparent désordre, à la technicité apparente de votre proposition, plusieurs questions très basiques, puisque je n’ai pas de formation scientifique...

    Le bipède qui, le premier, a signalé aux autres la mécanique quantique est-il un bipède dominant prédestiné à supplanter le premier crieur ?

    Votre théorie, bien qu’alléchante, est-elle d’inspiration marxiste ?

    Quels « oligarques », pour reprendre le vocabulaire imposé par votre vision relativiste, financent-ils ces recherches ?...

    Et il me semblait que le travail des historiens, sans mettre en coupe réglée toute notion de réalité, ou de perception d’icelle (ce que les surréalistes ont très bien su faire, notamment, pour ce qui concerne le traitement du langage et de l’absurde arbitraire que peut recouvrir le choix d’un signifiant relativement à un relatif signifié - grands expérimentateurs du langage et du réel tels que Artaud, Michaux, Ponge, voire Castaneda - et, en matière artistique, Jean Dubuffet et l’art brut), ainsi que la notion d’esprit critique propre aux Lumières, puisque vous y référez, ont toujours su, et savent encore, « montrer que les réalités sont liées à une époque ».

    Enfin, mais je ne suis pas anthropologue, est-il certain que le guetteur était toujours le même, et était le mâle dominant ?

    Et pour finir, comment analysez/relativisez-vous votre propre lexique et les concepts qu’il sous-tend ?

  • Par Jean (---.---.---.72) 23 novembre 2011 00:35

    Contre les pouvoirs dominants, à commencer dans la société.

    Mon prosélytisme :

    La révolution a commencé en 1789, elle finira en 20..

    Plus de place aux lobbies banquiers, pharmaceutiques, ..., medef, plus de prises pour eux sur les assemblées, plus de pouvoir personnel, de corruption (pas le temps, etc.)

    Manifestement un nouveau parti sans étiquette à voir...http://www.lepf.fr/

    Depuis des siècles, nous sommes conditionnés à être dominés par des rois, pouvoirs personnels, ...

    On se fait croire à nous-mêmes qu’ il n’ y a pas d’ autres solutions (encouragés par l’ oligarchie et les obscurantismes religieux qui font bon ménage), des exemples contraires existent de plus en plus (démocraties même partielles) dans le monde, même si encore rares.

    Il faut en finir par la démocratie, et non un ersatz.

    http://www.democratiedirecte.fr/

    http://www.dailymotion.com/video/xl...

    http://www.dailymotion.com/video/xi...


    Un parti sans étiquette pourrait rafler les voix des abstentionnistes, déçus etc.
    (y a du monde) ; un président alors élu est chef de la police et des armées, en outre il peut dissoudre les assemblées, donc bousculer l’ oligarchie et instaurer une nouvelle constitution, à la Suisse (même en mieux).

    On peut imaginer dans les petits bourgs, un conseil municipal sans élus, mais constitués des citoyens eux-mêmes, le maire est élu pour un court mandat en tant qu’ exécutant, et contrôlé.

    Les grandes villes ...un conseil de « tirés au sort », un maire élu (court mandat et non renouvelable ? ou une fois) exécutant et contrôlé.

    Idem au niveau de l’ Etat, un président élu (court mandat non renouvelable) exécutant des décisions d’ une constituante de "tirés au sort", aidé de ministres, et aux pouvoirs limités (par ex. urgence militaire avec compte à rendre), et très contrôlé.

    Bien étudier les thèses (liens) qui font leur chemin

  • Par Patrick Samba (---.---.---.218) 23 novembre 2011 10:59
    Patrick Samba

    Bonjour Jean-Paul Baquiast,

    je rédige ce commentaire et je m’en vais jeter un second oeil dans cet ouvrage de Mioara Mugur-Schaechter.

    Puisqu’il s’agit ici, de votre part, d’un texte de présentation d’une méthode critique de reconstruction du langage y compris quotidien, je ne voudrais pas manquer d’user de l’ironie, processus cognitif pour lequel j’avoue avoir parfois un excès d’affection, pour apporter une critique positive à votre effort de vulgarisation de l’épistémologie.

    « signes symboliques » : dans la mesure où vous situez votre propos dans le cadre du langage, l’association de ces 2 mots ne seraient-elles pas excessivement pléonasmique, et somme toute assez peu précise ?

    « Les affrontements politiques se dissimulent sous des discours académiques n’encourageant pas la remise en cause »  fait observer le résumé que vous nous présentez. Et on se dit que vous n’appréciez guère la dissimulation. Et dès la 7ème ligne de votre texte de vulgarisation on tombe sur « usucapé » sans définition de celui-ci. Cette absence a-t-elle pour vocation d’illustrer " Ce travail de reconstruction [qui] pourra toucher le langage quotidien lui-même (...) [et] fera apparaître la façon dont l’abus de l’argument d’autorité dans la définition des entités de la vie courante dissimule des prises de pouvoirs jusque là cryptées" ? 

    Sinon, comme je l’ai dit en introduction, je retourne à l’ouvrage que vous nous suggérez de découvrir.
    Mais je vous donne l’explication de mon ironie : ne seriez-vous pas un peu flatteur ? J’ai le souvenir que vous m’aviez demandé publiquement si vous pouviez reproduire dans votre blog mon premier article sur AV. Je vous avais donné mon accord. Je viens d’y aller, et il ne s’y trouve pas. Certes je n’avais pas fait suite à votre condition d’information sur ma personne, mais cette dimension avait-elle un intérêt supérieur au contenu de l’article ?

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