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La roue de l’infortune

La quadrature des cercles disparates

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La générosité ne se sert pas à la louche.

Le marché de Noël de la cité johannique se réveille. Un à un, les petits chalets de bois vont s'ouvrir pour laisser admirer leurs produits merveilleux, leurs sollicitations d'hiver et de circonstance. Il faut flatter l'œil, attirer le chaland, provoquer l'envie et favoriser l'achat. Il est vrai que le prix location de l'emplacement met en danger l'équilibre financier de nos commerçants de l'itinérance.

Les prix de location des chalets qui circulent de bouche à oreille m'effraient. Notre bonne ville confond, me semble-t-il, animation et racket. Je comprends mieux que le vin chaud puisse coûter jusqu'à 4 euros 50 dans certaines officines à qui on a mis le couteau sous la gorge. Il me semble qu'il y a une certaine indignité de la part d'une municipalité à agir de la sorte.

On comprend mieux que, d'une année à l'autre, les boutiques changent de tête. La leçon retenue, les forains vont voir ailleurs si le marché fait meilleure recette à un moindre coût. La surenchère constatée atteste d'un mépris pour ceux qui vivent de cette activité. La folie des grandeurs est à l'œuvre ici : celle qui exige une grande roue immense dans le ciel de la cité.

Reconnaissons que visuellement le spectacle est de taille. Les lumières scintillent et illuminent la place des martyrs. Le manège écrase de sa stature les pauvres chalets qui, du coup, se font miséreux. La dispersion des stands en un ensemble incohérent qui tient davantage du dédale que du petit village sympathique, retire à l'ensemble cette âme qu'une autre disposition lui aurait conférée.

Tout à la périphérie de l'ensemble, en un lieu où ne cessent de passer les cyclistes dérangés par l'intrusion du barnum sur leur itinéraire préféré, un stand est réservé aux associations caritatives. C'est ici la roue de l'infortune, l'espace généreusement octroyé pour obtenir quelques piécettes. Les associations y tournent à tour de rôle, chacune ayant son jour de miséricorde municipale.

Mais sachons garder raison en cette cité. Le chalet n'est pas dans le prolongement des autres : il est dans l'encoignure du dispositif comme si on voulait le cacher à la vue des clients aisés, des notables et des bourgeois de la ville. Ironie d'un esprit pervers et sans doute retors : juste à côté de ce stand, bien décalé pour que le regard ne puisse se porter de l'un à l'autre, un chalet où l'on vend caviar et champagne.

Qui donc a poussé l'infamie et le bouchon à suggérer pareil voisinage ? Je m'en suis étranglé d'indignation, preuve s'il en est de mon esprit insupportable aux yeux des gens qui décident de tels chocs culturels. Je vous passerai aussi la présence d'un restaurant juste en face du stand de l'exil. Comme il faisait grand froid, ce jour-là, j'ai offert à trois bénéficiaires de l'association, un café dans cette noble institution locale. Je dois par honnêteté reconnaître que nous y fûmes bien reçus malgré l'accoutrement de mes invités dans le contexte de cet établissement huppé.

Le prix fut en conséquence du standing de la maison. Je n'avais qu'à ne pas croire au miracle. Je payai, me jurant bien de ne jamais remettre les pieds dans cette maison. Nous retournâmes à notre stand tenter d'obtenir quelques piécettes pour servir la cause de la faim. Nous vîmes passer des gens indifférents, la bouche copieusement garnie de confiseries et autres friandises diverses. Ceux qui avaient les bras chargés de paquets filaient en toute hâte. La pauvreté fait tache sur un marché de Noël. Des enfants acceptaient un chocolat tandis que leurs parents détournaient la tête pour ne pas mettre une petite pièce dans la corbeille.

Ainsi va la vie et la belle magie de Noël. Il n'y a rien d'extraordinaire à constater de tels agissements. Je crois qu'un regard et un sourire eussent suffi à notre bonheur. C'était souvent beaucoup trop demander. L'habit fait sans doute le mauvais moine au pays de Jeanne d'Arc. Nous eussions dû penser à vêtir plus dignement nos amis. Quelle négligence de notre part !

Fort heureusement, de rares passants se montrèrent généreux en considération et parfois en monnaie. Une femme vint vers le stand, elle versa son obole en reconnaissant qu'elle me lisait régulièrement. J'en fus touché. D'autres prirent le temps d'écouter nos explications, de donner leur part. Souvent, ils n'étaient pas de ceux dont nous aurions espéré un geste : preuve qu'il ne faut jamais se fier à la mine, tout aussi bien qu'à l'habit.

Notre association a passé son tour. D'autres prendront le relais. Si jamais, vous venez en ce lieu, je vous en prie, accordez-leur au moins un regard et une petite halte. C'est bien la moindre des générosités que vous puissiez leur offrir. Elle ne vous coûtera que quelques secondes avant que de vous précipiter sur la grande roue de votre bonne fortune !

Voisinagement leur.


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22 réactions à cet article    


  • hervepasgrave ! hervepasgrave ! 18 décembre 2015 14:10

    Bonjour,
    Comme je l’ai dis ailleurs sur un autre de tes articles.La charité c’est une chose.Mais ici tu fais un amalgame de deux choses.Marché de Noel.Mais je vais faire une réponse à une question que tu ne m’as pas posé.J’ai un couple de voisin,personnes distinguées,la classe ,je pourrais dire MADAME et MONSIEUR, bourgeois de leurs états ,sans avoir à rentrer plus en avant sur cela.Ce n’est que pour dépeindre le fond d’un tableau.Tous les ans à Noël, ils mettent une guirlande simple,blanche dans un arbre ?Il y à encore une dizaine d’année c’était une simple lampe (au dessus d’une des portes de leur maison qui restait allumer ,nuit et jour.Il n’ont jamais attendu quelque mode,concernant Noel. C’est l’esprit de Noel,pas besoin d’être croyant,mais ce devrait être une semaine de trêve,une vrai.Pour soi et les autres et ne pas oublier la raison de cette trêve.
    Aujourd’hui,j’espère que ma vision n’est pas fausse(non !,non elle est réelle) Nous avons crée les marchés de Noel. Mais ce n’est qu’une idée marchande,pas plus.Il n’y à même pas de quoi se faire le défendeur d’un mauvais commerce.Et comme combien d’autres je me suis laissé invité a en visité un,j’ai suivi gentillement le mouvement.Mais dans la réalité il n’y a pas de miracle de noel. Une grande quincaillerie de rien qui ne ressemble à rien,pas plus.Il y a de grand battage,des marchés célèbres,célébrés.Au mieux faire une sortie colorée,avec si possible un bon resto.(peut-être les seuls gagnant ?)Du bric,du brac,du broc,noël ? je le cherche.
    le commerce sans imagination,pas plus et aucun renouveau.Cela s’épuise,comme tout business rapide.
    La crise n’est pas passée par là ,l’ennui si. Alors une œuvre de charité est bien désarmée dans un tel bordel. Et toi le roi des grandes fêtes de village,paillarde,qui sais ? et des choses simples(tu le revendiques,non ? la simplicité)......
    Hé !,oui quand il y a une fête,les gens ont facilement le cœur ouvert,mais tout cela n’est que du vent.Tu poses aussi ton œil sur le regard des autres,tu semble discerner les choses ,les sentiments profonds.Mais ce que tu vois des gens là n’est que de la fumée.Il ne faut pas se tromper sur leurs comportements,il n’est que trompeur.La désillusion est bien masquée,mais il faut faire bonne figure,être heureux ,ce n’est qu’une carapace(des zombies,peut-être ?) .Pour la générosité,l’écoute ne vient qu’en bout de chaine.Ce n’est que l’allongement de son bonheur,mais que quand il est réel.
    Oui, je comprends ceux qui si prêtent.Leur cœur est plus rapide que la raison,mais c’est un acte positif.
    Cela n’est pas fait pour s’arranger,malheureusement.Je comprends ta désolation. Le résultat est cruel.Il faudra bien faire un jour les comptes de ce qui semble être généreux et l’obligation de solidarité.Qui sommes toutes n’est que notre protection commune. Car qui sait si demain, nous descendrons pas,tomberons pas,alors autant fabriquer une société avec quelques garanties.Ce n’est que la survie de l’espèce. Bonne fin d’année.
     


    • C'est Nabum C’est Nabum 18 décembre 2015 15:14

      @hervepasgrave !

      Il est important de développer ainsi votre point de vue
      La divergence n’est que sur les détails, là où se niche souvent le diable

      Prudence donc en la matière


    • rocla+ rocla+ 18 décembre 2015 14:41

      Vrai le prix des emplacements est exorbitant . 


      Le scintillement des pommes d’ amour est éblouissant .

      Le chalet de choucroute est nourrissant .

      La silence  de la grande roue  est assourdissant .

      Le paf  du paquet de Kougelhopf  en pain d’ épices en chocolat  qu’ envoie 
       la petite vieille frustrée contre le mur du chalet de celui qui ne lui a rien vendu 
      est  effrayant .

      Les gamins des écoles ont huit ans , marchent deux par deux se donnant la main . 
      Devant le stand de l’ artisan regardent les Bredalas les Macarons Nougats et
      pains de fruits ,en salivant .

      Les étoffes conçues pour les fêtes dont sont habillés l’ Hôtel de Ville drapent 
      l’ édifice de couleurs chatouillantes . 

      Il passent des gens bien , des gens bons , des clochards très bons et des voyous 
       pas très chrétiens .

      Des Japonaises masques d’ anesthésistes en travers du visage font penser 
      au péril jaune . 

      Le préposé change les poubelles en remplaçant les sacs pleins par des vides .

      Le vin chaud coule à flots , il coute deux euros .



      Le marché de Noël bat son plein .

      Vivent nos traditions , nos crèches , l’ esprit de Noël , fête ancestrale en Alsace , 
      la belle Alsace où quelques vieux et vieilles parlent encore le dialecte du Kristkindel
      vum   Krinstkindelmarkt .

      • C'est Nabum C’est Nabum 18 décembre 2015 15:18

        @rocla+

        Il est interdit de mettre une crèche dans nos villes mais des pères Noël sous prétexte qu’ils favorisent les ventes ne perturbent personne

        à Orléans les chalets sont facturés 5 000 euros par notre bonne municipalité libérale


      • rocla+ rocla+ 18 décembre 2015 17:04

        5000 est le double de ce qui se  pratique dans l’ Est de la France .


        à Paris c’ est encore bien plus cher .


        Ceux qui , à l’ abri dans leurs bureaux chauffés , dont l’ électricité les salaires 
        et pensions sont payés par les contribuables n’ hésitent pas à assassiner
         financièrement les quelques courageux qui reçoivent les mêmes gugusses 
        de l’ Urssaf représentant  les mêmes ayants-droit , puis les Services des
         Poids et Mesure venant voir si les instruments sont en règle , puis les Services 
        de l’ Hygiène venant voir si on fabrique les pâtes à biscuits avec les pieds .

        Parmi tous ces énergumènes , le seul qui travaille à ses risques et périls ,
        est celui qui regarde passer les passants qui rouspètent que les prix sont élevés . 

        Ils ne savent pas combien d’ argent coutent tous les satellites tournant comme 
        des corbeaux autour du tiroir-caisse de l’ exposant .


        Qui n’ en peut mais .

        • C'est Nabum C’est Nabum 18 décembre 2015 17:59

          @rocla+

          Nos chers décideurs orléanais ne se mouchent pas de nez ; deux fois plus cher que chez les créateurs du concept Marché de Noël

          Paris est hors concours naturellement

          Fort heureusement , l’état d’urgence a oublié fort judicieusement le monde du mercantilisme triomphant. Curieux non !


        • foufouille foufouille 18 décembre 2015 18:35

          @rocla+
          le prix est bien dit lors de la transaction librement consentie.


        • rocla+ rocla+ 18 décembre 2015 20:54

          @C’est Nabum


          Il est des exposants de marchés de Noël préparant toute l’ année ce qu’ ils 
          vendront pendant la période de décembre . 

          Fermer ces marchés à cause d’ une poignée de frustrés de la vie tirant 
          à vue dans la foule compacte équivaudrait à avaliser leur saloperie funeste . 

          Les marchands du temple coutent des millions de fois moins cher que toute 
          la bande de mangeurs accrédités aux râteliers de l’ Etat .

        • juluch juluch 18 décembre 2015 19:53

          Cher en effet les emplacement......il y a qu’une catégorie qui peuvent payer ..... !!


          Une fois en Vigipirate Paris, on est allé sur les Champs et on a pris 4 café.....Pitin on a cru que l’on allé partir sans payer !!

          Pratiquement 5 € le caoua !!!
           smiley

          Ca fait mal au c** !!

          • hervepasgrave ! hervepasgrave ! 18 décembre 2015 21:25

            @juluch
            bonsoir ,je vais être méchant ,mais comme cela tout le monde comprendras peut-être(heu !,non)
            Au lieu d’aller au bistrot ,tu n’avais qu’a prendre un thermos ,tu aurais fait acte de générosité envers les miséreux, en le partageant.Le pied.Toi tu étais gagnant les pauvres a défaut de pognon se caillaient pas les couilles pour rien.Ils étaient réchauffé.
             Amèrement lucide comme dirait Nabum


          • juluch juluch 18 décembre 2015 21:31

            @hervepasgrave !
            Tu déconnes,ont été en perm’  smiley


          • foufouille foufouille 18 décembre 2015 21:53

            @juluch
            il était bon au moins ?


          • juluch juluch 18 décembre 2015 23:28

            @foufouille

            Du caoua lambda....mais ça fait 5 ans quant meme....



          • foufouille foufouille 19 décembre 2015 00:56

            @juluch
            il aurait pu faire un effort vu le prix réel du café


          • C'est Nabum C’est Nabum 19 décembre 2015 07:50

            @hervepasgrave !

            Effectivement ...

            Cela dit, j’ai répondu à la demande du directeur qui a souhaité que je conduise nos protégés au café. Je ne pouvais donc anticiper

            Mais il est vrai que les pauvres n’ont qu’à pas faire comme les autres


          • hervepasgrave ! hervepasgrave ! 19 décembre 2015 20:53

            @C’est Nabum
            Bonsoir,
            là je n’ai pas compris le sens ?
            « Mais il est vrai que les pauvres n’ont qu’à pas faire comme les autres » ??


          • zygzornifle zygzornifle 19 décembre 2015 10:22

            c’est les élections la roue de l’infortune et depuis 40 ans......


            • C'est Nabum C’est Nabum 19 décembre 2015 16:56

              @zygzornifle

              Ces pauvres gens ne savent pas ce qu’ils font
              Tout juste savent-ils ce qu’ils sont !


            • 1jour 19 décembre 2015 12:09

              Excellente prose comme d’habitude Nabum ! on s’y croirait sur votre marché de Noël « menteur »...


              • C'est Nabum C’est Nabum 19 décembre 2015 16:58

                @1jour

                Je me gausse et ma prose ne change rien

                Nos édiles ne doivent pas savoir lire, car depuis que je décris leurs agissements, ils ne changent rien


              • zygzornifle zygzornifle 21 décembre 2015 09:47

                je pense a tapie la roue de l’infortune aujourd’hui et demain la baignoire de champagne et le caviar servi a la louche par un hollande ou un Sarkozy ....

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