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Accueil du site > Actualités > Citoyenneté > La « Vie publique » en six leçons

La « Vie publique » en six leçons

 

Il fut une époque, pas si éloignée, où j’avais décidé de m’occuper de la « chose publique », en créant un blog qui avait pour sujet ma commune et ses aspects politiques et sociaux.

Dit comme ça, ça en jette.

Mon ambition était somme toute assez simple : m’intégrer à la vie locale, par le biais de ce blog, passer outre les clivages politiques qui séparaient mes opinions et celles de l’équipe municipale en place, et tenter de mettre en place une collaboration ou, du moins, une « entente cordiale » qui aurait permis de mettre en avant les actions de la municipalité tout en me réservant le droit inaliénable d’émettre des critiques appropriées.

Mon petit blog lancé, j’ai constaté qu’il avait un certain impact, et petit à petit, il faisait parler de lui.

 

Notons au passage que j’avais eu la curieuse idée (chacun jugera de l’expression) d’adhérer au Parti Socialiste, adhésion non renouvelée à l’époque des faits...

Vous vous souvenez de ces adhérents « discount », début 2006, lors de la vaste campagne lancé par le parti pour attirer à lui les foules pleine d’espoir et, hélas, d’illusions ?

Oui, je fis partie de ses 80.000 adhérents « en soldes », comme nous l’avaient fait si bien sentir les vieux de la vieille. Bref, c’est un autre sujet…

 

Fort de mes convictions et de mes ambitions de jeune loup de la politique, j’avais commencé mes petites enquêtes de ci de là. Rien de bien méchant, mais du concret.

J’avais eu l’idée de questionner la municipalité sur une rumeur de projet immobilier qui, comme toute bonne rumeur, attisait les conversations dominicales sans pour autant apporter la moindre réponse.

Ma surprise fut de taille quand on me proposa, suite à un article sur mon blog, de rencontrer deux personnes de la municipalité, dont le premier adjoint en charge de ce genre de projet.

Je me suis donc rendu au rendez-vous. Et là, je fus accueilli comme il se doit, bien au-delà de mes espérances, tant le temps passa vite…

Mais le temps qui me fut accordé ne fut pas le seul fait notable ; après quelques réflexions, voici ce que j’ai retenu de ce rendez-vous :

Toute personne souhaitant s’intéresser à la vie publique doit apprendre les leçons qui vont suivre.

 

Leçon numéro 1 : s’adresser à la bonne personne.

Oui, en effet, c’est mieux, plus direct, plus constructif. J’aurais pu aller voir les protagonistes concernés par la rumeur. J’aurais pu rencontrer, par exemple, le gérant d’une supérette, censée disparaître sous la nouvelle construction immobilière (la supérette, pas le gérant), qui m’aurait donné sa version, pas forcément la bonne ; ou bien les employés qui m’auraient livré leur version, peut-être différente de celle de leur patron, peut-être la bonne d’ailleurs. En fait, j’aurais pu m’enfoncer un peu plus dans le brouillard déjà épais de l’interrogation.

Donc, j’ai opté directement pour monsieur le Maire qui me semblait être le mieux placé pour élucider « l’affaire ».

On m’a dit qu’il ne fallait pas faire de la sorte ; que, dans ce cas, si chaque villageois y allait de son petit courrier, cela allait être vite l’anarchie. Bien. Dont acte.

Evidemment, les mauvaises langues diront que, dans une commune immergée de fait dans la démocratie chère à notre pays, et au vu de la volonté de transparence affichée par l’équipe municipale, des administrés posant des questions à leurs élus -oui, car, faut-il le rappeler, ce sont nos petits bulletins qui les ont mis là où ils sont- est une pratique somme toute banale, et en tous cas légitime voire nécessaire. Là dessus, tout le monde est d’accord.

Sauf qu’il faut respecter une certaine pyramide hiérarchique.

Il ne faut pas embêter monsieur le maire avec des questions de second ordre. Parfait. Maintenant je sais. Et je lui poserai les questions de premier ordre le moment venu.

Quant aux autres questions, je savais dorénavant vers qui me tourner.

 

Leçon numéro 2 : ne pas se laisser impressionner.

Oui. Car c’est facile, croit-on, pour un professionnel de la politique, de tenir des propos techniques, d’avoir un ton ferme et un débit constant, dans le but d’impressionner l’honnête administré sans expérience.

Ma rencontre avec le premier adjoint m’a donné matière à réfléchir.

Cet homme est un professionnel ; cela se voit tout de suite. Je l’ai vu dès la seconde où je l’ai aperçu la première fois ; ce fut le jour du premier grand meeting de campagne de la liste du maire sortant, pour les élections municipales de 2007. Monsieur le Maire présentait les membres de la liste, un par un, et ceux-ci s’avançaient alors dans l’allée centrale du chapiteau (s’il vous plait !) en direction de la scène, sous les applaudissements, les projecteurs et l’œil bienveillant de la caméra. Quand ce fut le tour du futur premier adjoint, ce fut éblouissant de clarté ( !) : sa démarche, sa façon de sourire, de saluer, tout indiquait l’expérience et la maîtrise de l’art politique. On ne lui la fait pas, à cet homme-là !

Pensez-donc, un « jeunot » qui se targue d’être un observateur averti de la vie publique, ex-membre du Parti Socialiste, et qui vient semer le trouble avec son blog et ses questions de second ordre ? On va le mettre au pas et lui donner une leçon de politique ! J’exagère ? Peut-être. Peut-être pas…

N’empêche que, derrière mes silences qui semblaient être approbateurs, j’ai bien observé le politicien, fort de son expérience. Oh, je ne dis pas que je n’ai rien à apprendre, bien au contraire ! Mais je dis aussi qu’il faut savoir à qui on s’adresse. Je respecte monsieur le premier adjoint autant qu’il me respecte. C’est pour dire...

 

Leçon numéro 3 : être crédible.

Alors là, ça se complique.

Quand vous arrivez dans le bureau du directeur de cabinet, et qu’on vous demande directement quelle est votre profession et à quelle famille vous appartenez, cela vous met tout de suite dans l’ambiance. Comble de mon malheur -ou de ma négligence-, je n’avais comme vêtements qu’une simple paire de jeans et une chemisette. Même pas un petit costume. Rien. Evidemment, je n’étais à l’époque qu’un comptable en recherche d’emploi, issu d’une famille guère connue, qui ne compte qu’un ancien basketteur de haut niveau et un militaire du 24ème Bataillon de Chasseurs Alpins - tellement banal, tout ça-, sans notoriété particulière, sans fortune. Pas facile alors de s’imposer.

Sauf que voilà, mon petit blog qui devenait grand, avait suscité si ce n’est un intérêt, au moins une curiosité.

Cela ne fait pas tout, un blog, même si son audience augmente.

Heureusement, pour compenser une famille médiocre et un métier banal, j’ai en ma possession quelques neurones en très bon état, une culture générale pas trop ridicule, une maîtrise de notre langue acceptable, et quelques idées et arguments d’ordre politique pas trop débiles. Je sais réfléchir -à peu près-, je sais écrire -ce qu’il faut- et je sais m’exprimer -le plus clairement possible-.

Et tout cela donnait un blog pas trop mal foutu malgré les améliorations à faire, où les articles, au-delà d’un ton décontracté qui ne devait tromper personne, tentaient de mettre en lumière des opinions, des avis qui, j’espèrais, dépassaient les discussions de comptoir…

Etre crédible, ce n’est pas convaincre, cela ne suffit pas, mais c’est indispensable.

 

Leçon numéro 4 : être sincère.

Maniement délicat. Exaltation de l’âme, expression des convictions, arme redoutable.

La sincérité n’a pas valeur de vérité. Hitler était sincère ; on connait la suite.

Pourtant la sincérité va de pair avec la crédibilité ; elle ne fait pas tout mais elle contribue à asseoir la légitimité de l’action politique.

Je suis sincère. Je l’ai été en adhérant au Parti Socialiste en 2006, je l’ai été en ne reprenant pas ma carte en 2007. Je suis indubitablement un homme de gauche, mais pas un opposant systématique.

Le fait d’apprécier telle ou telle action municipale, fusse-t-elle conduite par une équipe à la sensibilité opposée -ou différente, dirais-je- relève d’une sincérité dont je ne permettrai pas la mise en doute.

Oui, je suis un électron libre et n’appartiens à personne.

Si certains disent ce qu’ils font et font ce qu’ils disent, moi je dis ce que je pense et pense à ce que je dis. Ma sincérité est ma force, et surtout un bouclier contre les discours trop doctrinaux et orientés.

Et cette sincérité m’octroiera toujours une liberté de réflexion et d’expression que nul ne pourra entraver.

Pour s’intéresser à la vie publique, il faut une bonne dose de sincérité. Alors oui, je m’intéresse.

Parce qu’il s’agit de mes racines. Parce qu’il s’agit de la maison familiale, ici, dans cette commune. Parce que ma fille a grandi ici, et que, le plus tard possible, elle héritera d’un bien qui portera l’histoire de cette famille.

La politique est une passion, un univers où je me sens virevolter avec aisance, parce que ma sincérité me donne des ailes.

 

Leçon numéro 5 : être cultivé… sans en avoir l’air.

Comptable, 36 ans, sans fortune. Pas de quoi pavoiser.

Et pourtant : que de livres, d’essais, d’études engloutis avec délectation ; de Blum à Weber, en passant par Rousseau, Attali, Sieyès etc...  Il en manque tant. Et puis l’actualité, le Monde, le Figaro, Libération, AgoraVox (je ne pouvais pas la louper, celle-là…). Et puis quelques bouquins doctrinaires de droit, de ci, de là… Oh oui, question culture, je n’ai pas à rougir, et tellement à apprendre. Il y a pire ; mieux aussi, évidemment. A chaque jour suffit sa peine. Et avec tout ça, que faire ? Rien. Dans l’immédiat.

Eviter de montrer ce que l’on sait, tout en faisant comprendre que l’on connaît. Se mettre à la hauteur des discours que l’on nous sert tout en montrant que l’on apprend beaucoup. Ce qui est vrai de toute manière. Oui, car s’intéresser à la « chose publique » sans un minimum de connaissances en droit public, c’est comme vouloir faire des crêpes sans avoir de poêle. Oui. Bon. Gardez vos commentaires...

Se cultiver, apprendre. Sans étalage. En admettant ses lacunes.

Alors oui, je revendique une culture qui ne demande qu’à s’épanouir. Développons. Cultivons.

 

Leçon numéro 6 : être patient.

La patience, mère exigeante de l’ambition, et fille bien éduquée de la volonté.

Patience. Pour apprendre tout ce que je dois connaître.

Pour intégrer cette « société villageoise » où le nom de famille compte parfois plus que ce que l’on est. Patience pour donner le temps aux autres, pour qu’ils comprennent ce que je suis, ce que je veux, ce que je serai. Patience pour réfléchir, élaborer mes opinions, et construire pas à pas, à coup de lectures, d’entretiens et d’expériences bonnes ou mauvaises, ma propre personnalité politique.

Patience pour comprendre, connaître, découvrir.
La vie, en somme…

Paris ne s’est pas fait en un jour. Moi non plus.

 

Voilà, chers amis, les six grandes leçons à retenir.

Je vous laisse le soin de diviser chaque leçon en chapitres si nécessaire.

Je ne le ferai pas, rassurez-vous.

Pas cette fois.

 


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2 réactions à cet article    


  • Internaute Internaute 29 juin 2009 11:15

    On aimerait savoir pourquoi vous parlez au passé de cette expérience. Qu’est-ce qui vous a fait arrêter ?


    • Stéphane Antonini Stéphane Antonini 29 juin 2009 16:25

      Parce que l’intérêt que je trouvais dans cette démarche est devenu proportionnel au temps dont je disposais...
      Autrement dit, étant donné que j’ai été, dès le départ et malgré mes tentatives pour expliquer ma démarche, catalogué comme « opposant politique », on ne voyait plus que les critiques négatives, sans entrevoir les portes laissées ouvertes systématiquement et les critiques positives sur certaines actions municipales...
      A partir de là, plus de dialogue possible, et vu que je ne suis pas Don Quichotte...

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