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Le Cercle des indiscutables optimistes

Ce sera sans moi ...

L'entre-soi peut-il suffire à changer le monde.

Moi, éternel et irréductible pessimiste grincheux, me voilà invité à une réunion de joyeux et sympathiques optimistes. La chose peut paraître surprenante et le bonhomme se trouve vite en décalage dans ce bienheureux cercle de gens qui veulent changer le monde à leur modeste échelle. Je me rends à l'invite sur la pointe des pieds et du bout du stylo histoire de croire encore à des lendemains meilleurs.

Je découvre un rassemblement d'idées et d'énergies, des envies irrépressibles de chasser la grisaille des temps présents pour quérir un souffle positif. Je ne peux qu'adhérer à ces souhaits légitimes, à cette volonté de semer des petites graines qui ne demanderaient qu'à germer à l'appel du printemps. Je sens un souffle bienfaisant, un espoir qui veut s'offrir des perspectives radieuses !

Chacun se présente, prend la parole dans un tour de table qui n'en finit plus. Je serai le dernier de la ronde, le temps de mesurer le climat, d'appréhender les directions que veut prendre ce groupe qui se crée. Il y a des participants qui se lancent dans de grandes confessions, ils libèrent leur parole comme si, ailleurs, cette nécessité vitale n'était plus de mise. Je devine un vrai plaisir à se sentir écouté, reconnu, accepté en tant qu'individu porteur de désir.

Si certains s'épanchent, d'autres pourtant ne s'accordent pas assez ce privilège merveilleux, de peur d'abuser d'un temps de parole qui ne leur est pas compté . Quelques uns se racontent, sans pudeur ni retenue. Ils prennent une parole qu'ils ne semblent plus vouloir abandonner. Les suivants avancent alors du bout des lèvres, comme s'ils voulaient restituer un peu du temps qui leur avait été dérobé …

Les propos sont si divers, les attentes si différentes et pourtant si semblables au fond des choses. Il est question de chant, de cuisine, de politique, de loisirs, d'amitié ou bien d'écoute. Il s'agit de désirs simples derrière lesquels émerge une volonté farouche d'exister en dehors des faux semblants, des injonctions et des représentations qu'impose notre société. Tous veulent briser les étiquettes, les conditionnements, les assignations dont on ne peut se départir.

Ils évoquent des rêves fous, des espoirs merveilleux, des actions simples, des mouvements ambitieux. Ils racontent des gestes simples, des mouvements qui tracent leur chemin en dehors des voies officielles ; des jardins collectifs, des projets généreux, des partages de savoirs ou bien de compétences. Chacun apporte ce qu'il est au plus profond de lui-même, ce qu'il désire vraiment.

Partager du temps, partager des envies, partager une autre vision de la société, changer simplement à une échelle individuelle ce qui pourra, de proche en proche, modifier radicalement un monde qui nous a émietté. Ce vieux monde nous a enfermés dans un carcan stérile, dans des rôles figés, des systèmes de pensée sclérosés. Ce cercle veut libérer l'imagination, ouvrir le champs de tous les possibles !

Les récits se suivent, se font imperceptiblement différents les uns des autres. Il y a des lectures si différentes de notre société, des pré-requis qui ne peuvent se conjuguer. Je le devine, je laisse chacun s'exprimer, dire à son tour ses utopies. Je perçois la difficulté immense qu'il y a à mettre en action, à décliner en actes tout ce qui vient d'être dit de manière si sincère. Est-il possible d'établir une synergie qui rassemble tant d'idées généreuses ?

Le pessimiste est mal à l'aise. Il mesure les écueils et les impossibles. Il comprend que se jouent des désirs contradictoires et peut-être le vertige de l'entre-soi. À quoi peut servir de se créer une bulle si celle-ci ne peut caresser le rêve de l'universel ? C'est bien là ce qui me gène tout autant que les contradictions idéologiques qui m'éclatent aux yeux.

Il y a ceux qui pensent pour eux-mêmes et ceux qui espèrent pour les autres, ceux qui résonnent au cœur d'une réalité économique et ceux qui semblent pouvoir s'en libérer totalement, il y a encore des individus dont le seul désir est fondé sur un meilleur pour eux et les leurs quand d'autres se donnent des missions destinées à secourir de plus démunis, de plus lointains, de plus en souffrance encore.

Aucun n'est à blâmer, aucun ne fait ici action d'hypocrisie ou bien de calcul secret. C'est justement cette immense, cette totale sincérité dans l'expression d'une utopie diffuse qui me gène. Mon tour vient enfin, une pirouette, une mise à distance me serviront de réponses. Je ne peux me lancer, je ne veux plus me brûler les ailes et le cœur en des impossibles merveilleux.

J'espère de tout cœur me tromper. Je m'en suis en-allé sur la pointe des pieds, comme un voleur d'espoir. Je les ai laissés à leurs rêves, leurs désirs de bonheur. J'envie leur énergie. Elle n'est hélas pas mienne ! Je leur souhaite vraiment de parvenir à leur dessein miraculeux.

Pessimistement leur.

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16 réactions à cet article    


  • oncle archibald 27 mars 2013 09:12

    « Je ne peux qu’adhérer à ces souhaits légitimes, à cette volonté de semer des petites graines qui ne demanderaient qu’à germer à l’appel du printemps. Je sens un souffle bienfaisant, un espoir qui veut s’offrir des perspectives radieuses » .... mais cependant « Je m’en suis en-allé sur la pointe des pieds, comme un voleur d’espoir. Je les ai laissés à leurs rêves, leurs désirs de bonheur. J’envie leur énergie. Elle n’est hélas pas mienne !  »


    Nul besoin de vouloir refaire le monde en sept jours pour espérer .. juste chaque jour une journée pas tout à fait perdue ... et on peut se coucher le soir en pensant que demain peut être ... contrat minimum pour ne pas perdre l’estime de soi ... contrat réaliste ... 

    J’aime Brassens, le Grand Georges !

    Gloire à qui freine à mort, de peur d’ecrabouiller
    Le hérisson perdu, le crapaud fourvoyé,
    Et gloire à don Juan, d’avoir un jour souri
    A celle à qui les autres n’attachaient aucun prix ....

    Et gloire à ce curé sauvant son ennemi
    Lors du massacre de la Saint-Barthélémy ...

    Et gloire à ce soldat qui jeta son fusil
    Plutôt que d’achever l’otage à sa merci ...

    Gloire à qui n’ayant pas d’idéal sacro-saint
    Se borne à ne pas trop emmerder ses voisins ..

    Et gloire à don Juan qui rendit femme celle
    Qui, sans lui, quelle horreur, serait morte pucelle ...


    Quel beau programme .... 
    Si nous étions nombreux à l’adopter, au paradis sur terre on y serait déjà ....

    • C'est Nabum C’est Nabum 27 mars 2013 11:28

      oncle archibald


      Mon oncle

      Gloire au commentateur qui le premier se saisit
      De ce billet ou riencomme tout nous est dit
      Faisons de ce pauvre monde enfin
      Le paradis sur terre pour tous les humains

    • ZEN ZEN 27 mars 2013 10:52

      Bonjour Nabum

      Difficile de rêver aujourd’hui, comme V.Hugo nous y invitait :
      « L’utopie d’aujourd’hui est la réalité de demain »
      Parce que pour l’instant l’avenir paraît compromis et que notre imagination est bridée par une bien pensance orwelienne, paralysée par des désirs surfaits et contradictoires, saturée de promesses de jouissances toujours frustrées..
      L’imagination est à reconstruire
      Mona Chollet a écrit là-dessus un essai pertinent :: La tyrannie de la réalité


      • C'est Nabum C’est Nabum 27 mars 2013 11:29

        oncle archibald


        Les gens de ce cercle sont comme Hugo quand je pense comme Mona Chollet

        Le réel est épouvantable et le briser désormais ne se fera pas sans sacrifices et larmes

      • oncle archibald 27 mars 2013 16:03

        « Le réel est épouvantable et le briser désormais ne se fera pas sans sacrifices et larmes » 

        D’abord il me semble qu’on peut sans doute tout briser, mais beaucoup plus facilement les rêves que le réel .. Le réel il est ce que nous en faisons chaque matin .... Ne pas trop emmerder ses voisins est le programme minimum ... Si en plus on peut leur sourire .. refrain .. Au paradis sur terre on y serait déjà ...

        Je me souviens d’une interview de Mère Thérésa quand elle était encore relativement jeune, qui était pour une semaine à Paris et disait à l’antenne d’une radio combien elle était surprise par la morosité ambiante, les gens qui font la gueule et se plaignent tout le temps de tout, en contraste avec la gaité des gens à priori beaucoup plus malheureux triant les déchets sur les immenses décharges en périphérie du Caire avec qui elle vivait ordinairement et qui étaient beaucoup plus gais et pleins d’espoirs ....

      • C'est Nabum C’est Nabum 27 mars 2013 16:33

        oncle archibald 


        Souriez, vous êtes cernés !

      • jordanne jordanne 27 mars 2013 16:25
        @l’auteur
        « l’optimiste est celui qui sait à quel point le monde peut être triste ; Le pessimiste, celui qui le découvre tous les jours. » Peter Ustinov

        Pas si différent l’un de l’autre ! question de timing ;)


        • C'est Nabum C’est Nabum 27 mars 2013 16:34

          jordanne


          Match nul Merci pour la citation 

        • L'enfoiré L’enfoiré 27 mars 2013 18:01

          Nabum,

           Comme je l’ai écrit (cette fois, c’est bien moi) « Je suis pessimiste, mais je me soigne ».
           L’optimisme, cela s’apprend est le corrolaire.

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