Le Prix nobel de la paix fête ses 80 ans en publiant un cinquantième livre. Le cas Sonderberg, chez Grasset. A travers une double intrigue bien construite, le problème de l’ambivalence, du "coupable ET coupable". Un chef d’oeuvre. Nettement au-dessus des lvres promus par la critique promotionnelle pour l’actuelle "rentrée littéraire".
« Si prier c’est croire en Dieu, écrire, c’est croire en l’Homme » a lancé Elie Wiesel. dans l’ un de ses 47 ouvrages.. « Aller à l’essentiel »
Lire Wiesel, écouter Wiesel, c’est croire en sa propre perfectibilité.Dans cette « marche du Destin » où « Angoisse et espoir persévèrent dans leur inlassable combat ».
Ce prix Nobel de la paix (qui aurait dû aussi recevoir le Nobel de littérature) est de ceux qui enrichissent ceux qui l’approchent. Par ses œuvres ou directement.
Parce qu’il met sa vie au service de réflexions sur La vie, « ce couloir entre deux abîmes ». Sur le sens qu’a la vie « même quand elle semble insensée ». Sur les interrogations et les doutes qu’entraîne cette vie où « nous sommes tous plus ou moins des exilés »

Souvent, dans l’immensité de la littérature talmudique, en plein débat ou en plein recueillement, il arrive qu’un Sage interroge ses collègues sur lui-même : " Mais qu’est-ce que tout cela signifie ? "
La signification de ce roman ? Il tourne autour d’un procès, donc d’une rencontre.
D’un côté, un vieil Allemand et son petit-fils : deux générations s’affrontent. Le vieil homme est jugé non par un tribunal, mais par son descendant. Ils sont partis ensemble dans la montagne. Le plus jeune est revenu seul... Coupable ou non coupable ?
De l’autre côté, un journaliste, Yedidyah. Il évolue dans la rédaction d’un quotidien new-yorkais avec ses intrigues et ses fidélités. Critique théâtral, époux d’une actrice, il participe de la " comédie new-yorkaise ". Les succès éphémères, les gloires oubliées : rien n’est plus joyeux qu’une nouvelle étoile, rien n’est plus mélancolique que son crépuscule.
Yedidyah aime le théâtre qui constitue un temps sacré, intime : tous les soirs, sur un plateau aussi limité qu’une boîte d’allumettes, les acteurs créent un monde avec ses instants de lumière ou de colère. Mais voilà qu’on lui demande un jour de " couvrir " le procès d’un certain Werner Sonderberg, ce qui déclenche en lui d’étranges et puissants échos. Sentant qu’il se heurte à un secret familial, Yedidyah tente de sonder sa propre mémoire. Qui est-il vraiment ? D’où vient-il ? Qui est l’ami, lequel est l’ennemi ? Comment retrouver les visages disparus d’un père, d’une mère qui l’a quitté encore enfant, d’une sœur ?
Offre de mission clandestine pour Israël, fuite du bonheur facile, épisodes de l’Occupation et de l’après-guerre, camaraderie de combat et désillusions : tout s’enchevêtre dans sa conscience.
Obsédé par l’appel de la folie, il redoute de se définir par elle. Est-elle un péril ou un refuge ? Un regard des dieux rieurs ou un sanglot muet des morts sans sépulture ? Est-on capable de guérir ce genre de folie ou du moins de l’apprivoiser ?
Alors, la signification de ce roman, c’est peut-être de s’efforcer d’éclairer un peu cette simple question : comment vivre dans un monde qui nous renie, comment inventer un avenir sur les ruines de tant d’espérances ? "
Elie Wiesel

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