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Le nucléaire ne peut relever que de l’Etat (ou pourquoi il ne faut pas privatiser Areva)

Le nucléaire, tant civil que militaire est au cœur de l’actualité. Et il n’a pas fallu longtemps au président de la République pour constater que le nucléaire joue, dans le monde, un rôle particulier et qu’en détenir les clés constitue un argument politique de première importance.

La France est présente et crédible dans tout le nucléaire, aussi bien civil que militaire. Je ne dirai rien du nucléaire militaire. De par la Constitution, le président de la République, chef des armées, est le seul à pouvoir en disposer. Mon propos ne concerne que le nucléaire civil.

Dans ce domaine, la France occupe une position exceptionnelle grâce à l’existence de trois organismes qui, depuis cinquante ans et plus, accumulent une expérience et des réalisations sans équivalent. Ces trois organismes sont le Commissariat à l’énergie atomique (CEA), Electricité de France (EDF) et Areva, lui-même résultant de l’intégration de Cogéma (Areva NC) et Framatome (Areva NP).

A eux trois, EDF, CEA, Areva couvrent la panoplie complète du nucléaire civil, depuis la R§D effectuée largement au CEA jusqu’à la production d’électricité effectuée dans des conditions excellentes par EDF. Le maillon Areva se situe entre les deux, intervenant depuis l’extraction du minerai d’uranium jusqu’au retraitement des combustibles brûlés dans les réacteurs, en passant par toutes les étapes de l’enrichissement, de la fabrication des combustibles des réacteurs, de la conception des réacteurs, de la fabrication de leurs composants et de leur construction. Sans oublier, naturellement, les aspects commerciaux, financiers, etc.

Tout ceci représente une énorme industrie qui, il faut le souligner, a été montée intégralement sur les fonds de l’Etat. Personne autre que l’Etat n’aurait été capable de prendre les risques qu’implique tout ce qui a été fait. L’Etat dispose donc là d’un capital intellectuel et matériel impossible à évaluer par les méthodes capitalistiques courantes et, en tout cas, hors de portée pour n’importe quelle entreprise privée, sauf à le recevoir en cadeau !

Dans la situation qui prévaut actuellement, le président de la République est le responsable suprême de tout cet ensemble. L’Etat est en effet propriétaire du CEA et il détient une large majorité dans EDF et Areva.

Lorsque le président de la République parcourt le monde et offre les réalisations du nucléaire français à différents pays, il agit comme le chef de l’entreprise nucléaire et l’Etat assume naturellement les risques éventuels, techniques, financiers et politiques des opérations.

Il ne faut pas oublier que l’industrie nucléaire a un statut particulier dans tous les pays du monde. La construction et l’exploitation d’installations nucléaires ne se font pas sur de simples initiatives privées, comme cela peut être le cas pour des centrales à gaz, au fioul ou au charbon. En nucléaire, les autorités de sûreté, toujours liées à l’Etat, autorisent, surveillent, interviennent souverainement tout au long de la construction et de la vie des installations.


J’en conclus que l’organisation actuelle du nucléaire français, fruit d’un long passé et d’une grande expérience, est parfaitement adaptée à la demande mondiale.

Dans ces conditions, il serait bien difficile de comprendre les raisons pour lesquelles le président, qui dispose d’un outil incomparable, si chèrement acquis aux frais du contribuable et si bien adapté aux projets politiques qu’il met en œuvre, déciderait de le démanteler pour y faire intervenir des entreprises privées hautement honorables, mais qui n’ont pas de vocation particulière pour intervenir dans ce domaine si complexe, si spécialisé et si bardé de contraintes étatiques auxquelles il faut être rompu par une longue expérience.

Rappelons comment se commande une installation nucléaire, une centrale électrique par exemple. L’électricien autorisé par son gouvernement lance un appel d’offres pour la partie nucléaire car c’est elle qui gouverne tout. Une fois ce choix effectué, l’électricien attend les spécifications qu’établit le constructeur nucléaire retenu pour pouvoir lancer les appels d’offres des sous-ensembles : génie civil, centrale de secours, groupe turboalternateur, traitements des effluents, etc. L’électricien est le maître de son plan de cantonnement des lots de la centrale et il y tient beaucoup.

Pour chacun des lots retenus par l’électricien, un appel d’offres a lieu qui met en concurrence plusieurs sociétés du même métier. Plusieurs sociétés de génie civil sont aptes à réaliser les bâtiments des installations nucléaires. Il en est de même pour les groupes turboalternateurs. Dans ce domaine précis, parler de « turbine nucléaire » est un abus de langage. Il n’y a rien de nucléaire dans une turbine de centrale nucléaire. Elle doit simplement être adaptée le mieux possible aux caractéristiques de la vapeur produite par le réacteur.

Lorsque tout ceci est fait, l’électricien coordonne avec l’aide du constructeur nucléaire la réalisation de la centrale. On voit bien que les deux acteurs essentiels et incontournables sont le client et le constructeur nucléaire. Toute intervention d’un tiers ne peut que polluer le système et brouiller les cartes.

Pour compléter ce point de vue, je reviens sur un point très particulier et très important, déjà mentionné précédemment. C’est le fait que l’acteur principal de ces dossiers est le président de la République lui-même.

Qui peut se croire capable de limiter ou d’encadrer son action, lorsqu’il est par exemple en tête-à-tête avec un chef d’Etat étranger ? Ou le faire revenir sur une position prise sous prétexte que le risque encouru serait trop grand ?

Non, je suis vraiment convaincu que le schéma français actuel est le mieux adapté possible à la situation. Et si Areva a des besoins de financement pour faire face aux programmes importants qui s’annoncent, il faut étudier et mettre en œuvre des procédures qui ne portent pas atteinte à la propriété et à la direction majoritaire de l’Etat dans ce domaine.




par Jean-Claude Leny (son site) vendredi 8 février 2008 - 90 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Zalka (---.---.---.7) 8 février 2008 13:56
    Zalka

    Je ne sais pas si l’état a les moyens ou non d’entretenir son parc nucléaire. en revanche, ce que je sais, c’est que dans une entreprise privée, la sécurité passe après le profit. Hors dans une centrale nucléaire, faire passer la sécurité après le profit est tellement dangereux qu’on pourrait presque parler de crime contre l’humanité.

    Par ailleurs, les derniers incidents grave ont eu lieu en Allemagne, au Japon et au Canada, peu de temps après les privatisations de ces centrales. Au Canada, la situation était tellement catastrophique, que l’état a renationalisé en urgence les centrales nucléaires.

  • Par Forest Ent (---.---.---.205) 8 février 2008 11:14
    Forest Ent

    C’est article est assez exact. A noter également l’article remarquable de M. Boiteux sur le bilan de la libéralisation du marché de l’énergie. J’attends avec amusement de voir la haute technocratie devenir franchement souverainiste. Et je note avec le même amusement que le rapport Attali valorise les "infrastructures" françaises sans toutefois remarquer qu’elles ont été construites en faisant à peu près le contraire de ce qu’il préconise.

  • Par loran (---.---.---.113) 8 février 2008 11:53

    ce genre de remarque m’amuse toujours, car ressortir Tchernobyl à tout bout de champ à propos du nucléaire c’est comme diaboliser les voitures d’aujourd’hui en prenant des arguments d’il y a trente ans. Tchernobyl est un accident sur une centrale conçue dans les années soixante à cause de gens qui ont fait des essais en débrayant trois systèmes de sécurité. Transposer cela aujourd’hui c’est dire " je ne roulerai pas de laguna III car mon grand-père a eu un grave accident avec sa renault 12 alors qu’il portait pas sa ceinture de sécurité !!". Faut arrêter de prendre les gens pour des enfants. Le nucléaire actuel est dangereux, mais moins que celui d’hier et plus que celui de demain. Il nécessite un cadre rigoureux et peut difficillement être exportés dans des pays économiquement et politiquement instables.

    En ce qui concerne les déchets, ils sont aussi dangereux en termes de risques sanitaires que le sont les déchets chimiques. Une grande différence avec les déchêts chimiques est qu’un fut de déchêt à vie longue (qui contient 99% de la toxicité des déchêts ultimes) est conditionné de façon à avoir 50 cm acier et deux mètres de béton entre les déchêts vitrifiés (non non-soluble) et l’environnement. Il en faut du temps et des aggressions (érosion, incendie, etc..) pour librer la chose. Quid de l’amiante ? quid des métaux lourds infiltrés dans les nappes autour des usines sidérurgiques (voir Metalleurop) ? quid des pesticides ? quid des produits ménagers avec des doses infimes de produits cancérigènes ? 

    Je ne dis pas que le nucléaire est la panacée, qu’il n’est pas dangereux, mais il faut balayer devant sa porte avant de critiquer la maison du voisin !! 

     

  • Par pseudo (---.---.---.178) 8 février 2008 10:58
    pseudo

    @chams

    Ah non, je pensais plutôt à des énergies renouvables, voyez-vous. Remplacer une pollution par une autre ne me semble pas particulièrement judicieux.

    Beaucoup de pays européens développent des énergies renouvelables, par ailleurs productrices d’emplois. Par exemple, 14% de l’énergie produite en Allemagne provient de sources renouvelables.

    Mais la France reste vissée sur le nucléaire et n’investit donc que peu dans la recherche de nouvelles sources d’énergie.

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