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Le paradoxe de l’identité française

Face aux renforcements des poussées communautaristes, aux sirènes des multiculturalistes, et à l’opportunisme génétique des politiciens, il faut de nouveau s’interroger sur la nature prédominante de l’identité française, laquelle n’en finit pas de tergiverser entre ses élans universalistes et ses pesanteurs sociologiques et historiques.

Face aux renforcements des poussées communautaristes, aux sirènes des multiculturalistes, et à l’opportunisme génétique des politiciens, il faut de nouveau s’interroger sur la nature prédominante de l’identité française, laquelle n’en finit pas de tergiverser entre ses élans universalistes et ses pesanteurs sociologiques et historiques.

La réalité empirique nous dit que nous vivons dans des collectivités humaines concrètes, et non pas dans « la grande collectivité humaine ». L’Humanité si elle « une » ne l’est que conceptuellement. Il n’y a pas de civilisation universelle en dépit de la globalisation des échanges, et la question reste posée de savoir si la chose est même concevable concrètement. L’existence de nombreuses collectivités, sous la forme d’Etat-Nation ou simplement comme collectivités non étatiques (les Tsiganes, les Kurdes, les Druzes...), nous pose le problème de leurs différences, c’est-à-dire de cette partie d’elles-mêmes qui fonde leurs identités distinctes. La problématique identitaire n’est pas simple ; elle pose la question de la frontière, de ce qui se ferme sur soi pour assurer la perdurance du même, vis-à-vis de ce qui n’est pas « le même », ce qui distingue le soi de l’autre. Mais comment penser l’altérité des nations, si on ne la pense pas comme contrepoint radical ou momentané d’une conception de l’Homme universel ? Pour certains philosophes, la diversité des nations et de ce qu’elles représentent n’est qu’un moment dans l’Histoire générale de l’humanité, qui doit être pensée en fonction d’un universel qui se construit, soit par la marche de la Raison, soit par l’Economie, soit par l’horizon messianique promis par de nombreuses religions. Il nous semble que la France, patrie universelle pour certains, nous fournit plus que toute autre nation occidentale, un des exemples les plus intéressants de la dialectique qui va de l’identité d’un « nous » collectif vécu comme irrécusable différence de l’autre, au désir passionnel d’universalité. La question identitaire ne relève pas seulement d’une quête philosophique, elle est « politique », elle confronte chaque citoyen aux aspérités de la différence de « l’Autre » et interpelle de ce fait la Cité dans son espace public.

Ce débat n’est pas nouveau, même si ses formes aujourd’hui sont particulières. La question de l’intégration des minorités s’est déjà posée dans le passé avec l’acte d’émancipation durant la Révolution, d’une minorité emblématique de « l’Autre » en Occident, les Juifs. La minorité juive au cours des siècles a servi d’indicateur, à l’instar des canaris des mineurs, du niveau de tolérance de « l’Autre » dans les sociétés européennes et en particulier française. Il peut donc être intéressant d’ausculter aujourd’hui l’identité française réelle dans son rapport à l’universel, en examinant son rapport à l’identité juive au sein du « Nous » français. Le statut du Juif sert donc ici uniquement de révélateur, et de la singularité française, et de son universalité. Dans cette réflexion, le rapport du « Nous » sujet collectif au « Je » sujet individuel est posé, car comme le dit Yirmiyahu Yovel « ...or ce n’est que par eux (les individus) qu’existent les formes historiques globales ». Il y a ici un lien incontournable qui relie le sujet individuel au sujet collectif ; ou peut-être devrait-on inverser les termes et dire le sujet collectif au sujet individuel, tant il est vrai qu’au coeur de l’individu, le « nous » social forge l’armature du « moi ».

La patrie des droits de l’Homme

Le 26 août 1789, l’Assemblée constituante française vote la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen. Celle-ci affirme l’universalité et l’égalité absolue des hommes (« Les hommes naissent libres et égaux en droit »). La France devient la patrie des droits de l’Homme. Pour Emmanuel Todd : « La Révolution française est un autre grand moment d’universalisme européen, qui aboutit à la notion d’un homme universel absolu. » Cet universalisme absolu ne souffrait aucune exception. Stanislas de Clermont-Tonnerre déclare à l’Assemblée constituante en décembre 1789 : « II n’y a pas de milieu possible, ou admettez une religion nationale, soumettez lui toutes vos lois, armez-la du glaive temporel, écartez de votre société les hommes qui professent un autre culte, et alors effacez l’article X de votre déclaration des Droits (...Nul ne doit être inquiété pour ses opinions même religieuses...) ou bien permettez à chacun d’avoir son opinion religieuse et n’excluez pas des fonctions publiques ceux qui usent de cette permission... Il faut tout refuser aux Juifs comme Nation et tout accorder aux Juifs comme Individus. »

Il n’est pas sans intérêt de noter que cette émancipation légale des Juifs a précédé à l’époque la sortie des Juifs de la société traditionnelle. Il n’y avait à toute fin pratique aucun processus d’assimilation en cours des Juifs, lesquels étaient au demeurant peu nombreux en France (40 à 60 000). Cette émancipation découlait simplement de l’idéologie des lumières, émancipation que les armées de la Révolution allaient imposer à travers le continent au fur et à mesure de leur avancée. Napoléon Bonaparte en 1808 crée des institutions chargées d’intégrer les Juifs dans le système étatique français dont le Consistoire central, lequel s’emploie à accélérer la modernisation des Juifs français, en réduisant la judéité à une affaire privée religieuse. Ce mouvement de privatisation du judaïsme avait d’ailleurs été prôné en Allemagne par Moïse Mendelssohn, « sois allemand au dehors et juif chez toi ». Spinoza lui-même avait assigné à l’Homme de choisir entre l’universel et le particulier. Cette conception universaliste de l’homme, issue des Lumières et réalisée par la Révolution française renvoie à quelques éléments forts qui vont définir la forme générale de l’identité française :

• Celle-ci est fille de la modernité, construite sur la raison dans un mouvement explicite de rejet de la superstition, elle participe de l’universel.

• L’universalisme français s’est forgé historiquement « contre » la religion catholique, en opérant une coupure radicale entre la sphère du religieux et celle de l’Etat. La transcendance religieuse telle qu’elle se donne dans la réalité sociale est perçue comme particulariste (on est catholique, protestant, juif ou musulman) et elle ne peut donc pas fonder l’universalité des droits ni généralement l’universalité des hommes. C’est la Raison dans sa dimension transcendantale qui fonde l’universalité de l’Homme ; la finitude de l’Homme n’est plus une blessure que seul Dieu peut combler, mais un état de nature que la Raison transforme.

• Les particularités culturelles, religieuses et économiques basculent dans la sphère privée, c’est-à-dire ce qu’on appellerait aujourd’hui la société civile. (...Il faut tout refuser aux Juifs comme nation...). L’Homme moderne, l’homo politicus, sujet enfin majeur, devient « objet » de la coercition légale de l’Etat (lois, règlements) dans sa vie publique au dehors, mais « sujet » libre dans sa vie privée.

• La modernité procède à la laïcisation de valeurs judéo-chrétiennes (respect de la vie humaine, fraternité, etc.) qui ne relèvent pas toutes nécessairement de la Raison universelle, tel le droit de propriété.

• Les corps intermédiaires sont éliminés ou réduits, de sorte qu’il n’y ait aucun obstacle dans le rapport Individu/Etat. La culture publique commune se présente comme unitaire dans sa conception et refuse les particularismes tels que les associations ou même les parlers locaux, ou dans le cadre des rapports de l’individu à l’Etat. La socialité cède le pas au social dans la définition d’un savoir-vivre unique, en vue de développer l’homogénéisation de la France. Ce savoir-vivre unique, obligatoire et laïque, sera par la suite assuré avec une grande efficacité par l’école et l’armée avec les troisième et quatrième Républiques.

• L’émancipation définit implicitement pour les minorités un horizon d’assimilation. Les vagues successives d’immigrants confirment la puissance assimilatrice de la France ; 1 % d’étrangers en 1851, 3% en 1901, 7% en 1931, 4% en 1954, 7% en 1975, 8% en 1994. Les dernières immigrations depuis 1970 sont majoritairement africaines et notamment maghrébines, et si l’assimilation de ces populations se fait, c’est plus difficilement qu’avec les vagues précédentes. Les Juifs n’ont pas échappé à ce processus d’assimilation ; plus encore leur émancipation légale depuis la Révolution a ouvert la voie à une transformation en profondeur de la société juive de l’époque ; ceux-ci apprennent le français, affluent dans les centres urbains et embrassent de nouvelles carrières. En moins d’un siècle les Juifs s’imprègnent profondément de la philosophie des Lumières, et témoignent d’un très fort attachement à la France émancipatrice.

• Cette conception française de l’universel, face au particularisme de la plupart des Etats ancrés sur leurs identités respectives, prend à l’échelle mondiale une forme elle-même particulariste, bien que selon Todd « la contribution principale de la France à l’Histoire de l’Humanité est justement d’avoir fait échapper la démocratie à sa gangue ethnique originelle et défini un corps de citoyens sans références aux notions de race ou de sang ».

Cet attachement aux idéaux de l’universalité de l’Homme est profond et suscite de fortes oppositions à l’antisémitisme. C’est ainsi qu’Emile Zola publie le 13 janvier 1898 son célèbre J’accuse dans le cadre de l’affaire Dreyfus. En 1948, la Déclaration universelle des droits de l’Homme adoptée par l’ONU est rédigée par René Cassin ; celui-ci est français, délégué par le général de Gaulle et il est juif.

Concrètement l’intégration des Juifs et leur assimilation vont bon train en France contemporaine ; la plupart des équipes gouvernementales comptent des ministres d’origine juive. Plusieurs Premiers ministres furent également d’origine juive. Le Juif est on le voit parfaitement accepté en tant que citoyen absolument égal, sous réserve que sa qualité de juif se confine à la vie privée. La machine assimilatrice française fait merveille, particulièrement depuis la fin de la guerre ; le taux de mariages mixtes des juifs en France est le plus élevé d’Europe et même des grands pays occidentaux.

La diabolisation de « l’Autre »

La France, c’est aussi et en même temps :

• L’affaire Dreyfus, et l’antisémitisme des cercles militaires et d’une large fraction de la hiérarchie catholique.

• Vichy et le soutien tacite d’une large partie du peuple français aux lois anti-juives édictées pour certains avant que l’occupant allemand ne l’exige.

• La rumeur d’Orléans dans les années 60, investiguée par le sociologue Edgar Morin.

• Le discours du général de Gaulle en 1967 sur les Juifs « peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur ». Discours extraordinaire qui pose le Juif comme d’essence différente du Français, et crée ainsi les conditions d’un clivage au sein des citoyens. Ce discours formulée par la plus haute autorité de l’Etat légitimait sinon l’antisémitisme (de Gaulle ne l’était pas semble-t-il) mais le sentiment que le Juif était « autre », « différent ».

• L’attitude ambiguë du président François Mitterrand vis-à-vis de personnages ayant notoirement collaboré à la répression antijuive (Bousquet...). Là encore, le chef de l’Etat, loin d’être un antisémite, a toujours professé une admiration et un étonnement réel face à l’énigme du destin juif. C’est pourtant ce même Mitterrand qui a collaboré avec Vichy tout en étant parfaitement au fait des lois antijuives promulguées par Pétain, et qui n’a jamais renié ce sombre épisode.

• Le Front national soutenu par une fraction non négligeable du peuple français, dont les thèses racistes dépassent la simple vindicte à l’égard des immigrants et s’attaquent à la « qualité » de « Français » de certains citoyens français. Ces thèses récusent fondamentalement la conception de l’Homme universel, l’antisémitisme des dirigeants étant d’ailleurs bien connu. Le Front national réclame une citoyenneté basée sur le droit du sang et non pas le droit du sol, vision éminemment « particulariste ». La glorification de Jeanne d’Arc doit être comprise comme un appel infrarationnel à une réalité mythique, ontologique, d’un Français « pur et unique », résolument distinct du Français, « français » par élection. En 1994, 62% des Français reconnaissent avoir des sentiments racistes, par ailleurs la commission des droits de l’Homme de l’ONU déclare constater une vague de racisme et de xénophobie à travers la France.

En fait l’antisémitisme a toujours baigné l’ensemble du mouvement nationaliste, de Déroulède à Maurras, de Rochefort à Barrès, la dénonciation de « l’invasion juive » est omniprésente. Côté journaux, les diverses éditions parisiennes et régionales de La Croix des pères assomptionnistes se déclarent officiellement « journaux les plus antijuifs de France ». Il y a également la ligue antisémite de Drumont. Céline exemplifie dans les années 30 une conjonction nouvelle du pacifisme et de l’antisémitisme ; il déclare : « la gauche, le Front populaire voudraient au nom de l’antifascisme entraîner le pays exsangue dans un nouveau conflit suicidaire... Cette guerre est voulue par les Juifs pour renverser Hitler », alors qu’en 1914 les Juifs étaient accusés par les antisémites de trahir la France au profit de l’Allemagne. Substitut de l’ennemi extérieur, le Juif est appelé par la mythologie des antisémites à figurer à l’intérieur l’ennemi nécessaire contre lequel il devient plus facile d’assurer la cohésion nationale. L’antisémitisme recrute partout, au sein de l’establishment, chez les intellectuels, les académiciens, dans le petit peuple, les immigrés musulmans, et même au sein de la gauche... Dernier avatar, la recrudescence des actes antisémites de la dernière décennie, qui n’avaient jusqu’à récemment pas suscité de réactions fortes des autorités publiques.

La France présente aussi ce visage qui faisait dire à Tristan Bernard pendant la guerre : « Les optimistes sont à Drancy, les pessimistes sont à New York. » Mme Fernande Shulman, Juive athée, qui disait que sa mère était une Française née juive par hasard, ajoute cette phrase terrible : « Je suis une Française particulière, une Française toujours révocable, comme un ex grand malade, plus exposé que nul autre à une rechute. »

La peur et le rejet de l’autre n’est pas l’apanage exclusif de la droite nationaliste ; une partie du petit peuple de gauche véhicule cette vision de l’inaltérable différence de l’autre. Ce sentiment est quelquefois conforté par les politiciens pour des raisons purement électoralistes (Ah ces odeurs !), ce qui confère une réalité explicitement négative à ce qui se présente comme la différence de l’autre. Derrière la Culture se profile la Nature, c’est-à-dire la race. « J’ai vu monter quatre moutons vivants, des gros, et on les tire dans la baignoire... Chaque race a ses moeurs, ses coutumes et ses religions, et même s’ils sont français, ils garderont toujours la race dans eux. » La différence de l’autre pour une partie des Français est perçue comme une menace qui prend la forme de l’envahissement du territoire physique et identitaire français.

Le paradoxe identitaire français

Il y a manifestement un niveau de contradiction qui dépasse l’accidentel ; cette contradiction semble enracinée au coeur de l’identité française, puisqu’elle perdure et se recompose sans cesse dans le paysage français, quelle que soit l’époque. Cette contradiction est-elle universelle ? Se retrouve-t-elle dans les autres sociétés démocratiques ? Ou a-t-elle un caractère proprement français ? Tout d’abord cette contradiction entre une France universaliste et des pratiques racistes, ne se réduit pas à un clivage entre le pays légal et le pays réel, à une simple dichotomie entre un discours universaliste et une pratique différentialiste ; ce serait trop facile. Les deux tendances s’expriment, et par des idéologies, et par des pratiques effectives. Il semblerait à première vue que nous ayons à faire à deux France distinctes, à deux corps sociaux incompatibles, à deux positions aux antipodes l’une de l’autre.

Y aurait-il en France deux identités françaises nettement distinctes, mais coexistant malgré tout sur un territoire unique contrôlé par un Etat unique. Ces identités se succéderaient-elles dans le temps selon une logique particulière, à la façon dont les partis alternent au pouvoir ? Et si c’était le cas, la ligne de démarcation suit-elle un clivage gauche/droite ? un clivage de classes sociales ? un clivage de niveau d’éducation ? un clivage de corps de métiers ? l’armée, la police, l’appareil religieux etc. pencheraient-ils plus d’un bord que d’un autre ? et selon les époques, leurs préférences instinctives feraient-elles basculer le pays soit vers l’intolérance soit vers l’universel ? Pour reprendre Emmanuel Todd : « Le mouvement lepéniste signifierait-il que la prétention française à incarner l’universel a toujours été abusive ? Face à l’homme différent venu d’un ailleurs géographique ou religieux, la France ne serait finalement capable que d’une banale intolérance. »

Cette question revêt une grande importance théorique, pratique, politique et éthique, puisque la France compte un pourcentage non négligeable d’immigrés, et qu’en dépit d’une politique officielle visant une immigration contrôlée, la mise en place de l’Europe, les accords de Schengen couplés à la mondialisation des échanges, font de l’immigration donc de « l’étranger » un problème incontournable. Il n’y a pas de réponses simples face à un comportement en apparence schizophrénique.

La réponse anthropologique

Emmanuel Todd pense qu’aucune société ne peut évoluer hors des pesanteurs de son histoire, et il situe la question identitaire dans une perspective anthropologique. La structure familiale, le statut de la femme, le taux d’exogamie, le mode d’héritage, sont les concepts-clés permettant d’interpréter des réalités en apparence contradictoires. Seul le passage de l’idéologie à l’anthropologie, c’est-à-dire la démarche scientifique, nous livre les clés d’une certaine cohérence. Les cultures sont de façon générale universalistes ou différentialistes, et la source de ce caractère découle d’un principe de symétrie ou d’asymétrie dans le rapport aux enfants. Ce principe de symétrie ou d’asymétrie découle directement de la structure familiale traditionnelle des peuples.

Les cultures universalistes postulent l’égalité des frères. Lorsque les frères sont égaux, il y a partage égalitaire des biens ; la structure du groupe familial admet un plan de symétrie, « chaque frère identiquement lié au frère, étant explicitement comme le reflet d’un autre frère », la culture qui en découlera sera de nature universaliste, avec des variations importantes, selon que les soeurs sont exclues ou pas du partage des biens.

Les cultures différentialistes s’appuient quant à elles sur la notion de famille-souche. Un héritier unique est désigné par la coutume ou par les parents, les autres enfants étant exclus de la succession. Partout où il existe, le système souche définit pour les frères des destins différents, ce qui induit une structure mentale différentialiste, qui peut être soit égalitaire soit inégalitaire.

Cette vision anthropologique qui classe les sociétés et les cultures comme universalistes ou différentialistes, à partir de la structure traditionnelle d’héritage familiale, doit postuler un mécanisme d’intériorisation et de transposition inconsciente des structures familiales aux structures idéologiques et culturelles. Le mode de partage dit à l’inconscient des hommes qu’ils sont égaux ou inégaux par essence (aléas de la naissance, aîné ou cadet, garçon ou fille...). Ce même inconscient postule que si les frères sont égaux, alors les peuples sont égaux ; si les frères sont inégaux, les peuples sont inégaux. Ces structures mentales ne résident pas seulement dans l’inconscient ; elles se traduisent par des normes, des règles, des coutumes, des lois, et donc des pratiques vis-à-vis des étrangers. Cependant une telle transposition de la structure de la famille vers la structure idéologique des sociétés, exige des structures sociales stables sur une très longue durée, ce qui était effectivement le cas avant la révolution industrielle.

Pour résumer la thèse de Todd, c’est dans l’inconscient des enfants que se bâtit la certitude métaphysique a priori de l’équivalence ou de la non-équivalence des frères (élargie ou non si l’on inclut ou exclut les soeurs), c’est-à-dire de l’universalité ou de la non-universalité des hommes ; c’est au sein de sa culture que se bâtît cette intime conviction du Sujet, et non pas dans le contact inter-ethnique, car l’a priori n’est pas par définition sujet à vérification, il organise la vision de l’autre, le définit comme autre, identique, ou presque semblable, l’autre qui par sa simple existence confirme l’identité du sujet.

On comprend mieux pourquoi des groupes similaires d’étrangers ont des destins différents selon la société d’accueil : en effet à moyen et long terme ce ne sont jamais les a priori métaphysiques des immigrants qui déterminent leur finalité (assimilation, maintien de leur différentialisme, ou même extermination), mais c’est toujours la société d’accueil qui finit par imposer son modèle, au point que Todd sur la base d’analyses comparatives conclut à un pouvoir d’omnipotence de la société d’accueil, quant au destin final de l’étranger.

A l’issue de ce bref détour théorique, l’exception française se comprend mieux ; la France au plan anthropologique n’est pas très homogène. L’Etat unitaire français dans ses présentes frontières est relativement récent, la France au cours de son histoire séculaire, s’est constituée sous l’autorité royale par l’amalgame de régions différentes, aux traditions anthropologiques fort distinctes. C’est ainsi que le bassin parisien et la façade méditerranéenne se réfèrent à des structures familiales égalitaires absolues, donc de conception universaliste, alors que l’Alsace, la Vendée, la Bretagne s’appuient sur des familles-souches, donc de conception non universaliste. Ces différences de structures disent à l’inconscient des messages différents ; pour la majorité des Français, c’est l’universalité de l’Homme, pour la minorité c’est son différentialisme.

Ces visions distinctes ont toujours existé et coexisté, elles expliquent les discours et les pratiques contradictoires de la France vis-à-vis des étrangers et en particulier des Juifs. Les deux épisodes infamants de la France contemporaine (Dreyfus et Vichy) peuvent s’interpréter sans procéder à un constat d’échec de l’idéologie universaliste et émancipatrice de la France, comme l’a fait une certaine école d’historiens américains. Pour Todd, l’affaire Dreyfus définit une géographie du différentialisme français. A l’époque le catholicisme périphérique (régions de familles-souches) constitue l’assise principale de l’antisémitisme ; la presse catholique de province était alors absolument déchaînée dans sa vindicte antijuive de 1890 à 1893. A cela s’ajoute un sentiment nationaliste exacerbé, qui n’est pas nécessairement antisémite, mais qui est promilitariste et hostile à la révision du jugement, ce qui équivaudrait à blâmer l’armée.

Cette affaire révèle l’interaction de deux espaces anthropologiques (une France centrale, républicaine, égalitaire, laïque, de faible pratique religieuse et universaliste, qui ne conçoit pas le Juif comme d’essence différente, et une France souvent antirépublicaine, périphérique, différentialiste, religieuse, antisémite, pour qui le Juif est différent). L’épisode de Vichy suit un cours parallèle avec l’énorme différence que l’occupant allemand renforce massivement le différentialisme français. L’antisémitisme de larges couches de la population française a bien sûr une existence autonome, qui l’aurait mené, laissé à lui-même, à l’expulsion et la ségrégation des Juifs mais probablement pas à leur extermination. C’est sûrement l’indifférence à l’antisémitisme d’une fraction non négligeable de la population française, ayant à son actif de nombreuses actions de sauvetages individuels, qui explique que le taux de survie des Juifs français ait été proche de 75 %, l’un des plus élevés dans l’Europe occupée par les nazis. Il n’en reste pas moins qu’un des paradoxes de l’exception française, c’est, malgré sa philosophie d’exclusion, le fait que le Front national jouisse d’un succès aussi élevé auprès de l’électorat, dans des régions acquises depuis toujours à l’idée de l’universalité de l’Homme, en particulier la façade méditerranéenne (élections de maires FN à Toulon et Orange dans les années 80 et 90).

Peut-être que l’électorat, surtout dans les milieux populaires, reproche aux immigrés de ne pas s’assimiler assez vite. Lorsque le comportement de « l’autre » est jugé inacceptable par exemple vis-à-vis du statut de la femme, il agit dans l’inconscient français égalitaire comme un révélateur explosif de son refus de la différence. Paradoxalement, l’universaliste rejette l’autre parce que l’autre est différentialiste ; cette dynamique reflète l’une des contradictions les plus prégnantes de l’universalisme ; celui-ci est par essence intolérant, parce que l’universalisme ne peut pas être rangé aux côtés des autres particularismes comme un particularisme additionnel. Cette intolérance conforte, légitime, et fonde quelquefois le repli identitaire de l’autre vers son propre particularisme, perçu comme seule alternative à sa disparition. Cet inconscient qui postule l’équivalence absolue de l’Homme expliquerait par ailleurs que dans la vie concrète, malgré les discours d’exclusions, le mariage mixte des Algériens avec des Français atteigne 50% pour les hommes et 25% pour les femmes, ce qui assure à terme leur assimilation dans la société française, s’il n’y a pas de nouvelles vagues massives d’immigrants maghrébins.

Nous avons donc coexistence d’un discours d’exclusion différentialiste, avec un niveau d’échange des femmes très élevé, critère ultime d’acceptation. Cette coexistence de deux phénomènes aussi opposés montre que l’a priori métaphysique de l’universalité de l’Homme, de son équivalence absolue, ne tolère pas que l’autre manifeste par son comportement un a priori différentialiste. L’étranger pour peu qu’il laisse tomber l’expression de ses différences dans ce qu’elles ont d’inassimilables ou d’offensants pour la société française est jugé fondamentalement semblable.

Il y a quelque chose de gênant dans cette vision anthropologique ; sa logique qui en fait sa séduction semble capable d’absorber beaucoup, peut-être trop de contradictions. Elle a un caractère éminemment cartésien en ce sens qu’elle ne rend pas suffisamment compte de l’état confusionnel des choses. La vie est rarement limpide, elle est toujours ce qu’elle est, mais rarement ce qu’elle devrait être en vertu de la raison. Il faut donc conclure que l’indifférence aux propositions du « devoir-être » renvoient les électeurs et derrière eux les individus à leur errance première, qui est celle de leur vie de chaque jour. Peut-être plusieurs logiques travaillent-elles simultanément le corps social et produisent-elles des effets contradictoires.

La conception rationaliste de la société s’appuie depuis Descartes sur la primauté du sujet autonome abstrait, maître de lui et de son histoire, et qui au travers de groupements contractuels et d’une organisation économico-politique fonde des structures sociales légitimées par la raison. Le sujet, le « Je », précède et fonde le « Nous ». Seules les entités individuelles sont dépositaires de la raison, en égale proportion, ce qui justifiera le fondement démocratique « un homme, un vote ». Or dans la réalité l’individu n’est pas calmement guidé par la raison, ni le « devoir-être », ni l’analyse rationnelle de ses intérêts. Cette vision-là suppose une réalité ontologique du moi, une homogénéité que la psychanalyse a révélé pour ce qu’elle est, un mythe. La conscience n’est pas le lieu qui détermine et cause le comportement et la pensée. C’est l’inconscient qui est le véritable lieu de la pensée de l’homme. Freud a montré que l’homme dans sa matérialité est essentiellement pulsions et désirs. Cette reine du monde, la raison est en fait fille de la pulsion. Aucune assertion de la raison ne peut être acceptée d’emblée, car ses fondements s’appuient sur autre chose que la logique. Le sujet cartésien en est radicalement transformé. Le sujet n’est plus « un », ses comportements et ses pensées se structurent et se pensent à l’insu du sujet conscient, dans un lieu autre. Le sujet lui-même est défini par son rapport à ce lieu autre ; sa logique n’est pas sa logique, quelqu’un d’autre pense à sa place, bref le sujet est divisé.

Nous ne pouvons plus nous bercer d’illusions et croire avec Spinoza que "Tout homme est par droit naturel et imprescriptible le maître de ses propres pensées." Le moi peut-il être autre chose qu’une réalité empirique ? Ne sommes nous pas tous des Dr Jekyll et Mister Hyde, nos goûts, nos désirs, nos conceptions ne fluctuent-elles pas incessamment ? Et face à cette fluidité, n’avons nous pas d’autre choix que de nous forger le mythe de la permanence identitaire de notre moi, pour présenter à la société la stabilité qu’elle requiert de nous dans nos transactions quotidiennes avec les autres ? Ce quelqu’un d’autre qui pense à l’insu du moi, cet oublié, n’est-il pas la société (l’inconscient), le "nous" d’autant plus efficace qu’on ignore qu’il est là agissant. Le "moi" en partie imposé par la société, n’est pas toujours facile à porter, car au-delà des masques liés à chaque "persona", à chaque rôle social, nous devons toujours être intimement conforme à notre carte d’identité non seulement légale mais surtout sociale, sous peine de susciter l’inquiétude quant à notre santé mentale, et des doutes quant à notre capacité à accomplir ce qu’on attend de nous. Et pourtant ne vivons-nous pas tous à quelques degrés divers ce que Marguerite Yourcenar décrit, lorsqu’elle parle de ce "moi incertain et flottant" ? Le mythe incessamment répété de notre moi assure notre permanence identitaire, refoule l’angoisse secrète de notre inquiétante diversité psychique, étrange et familière tout à la fois, et nous conforme à nos rôles sociaux obligatoires.

Notre identité nous est donc dans une large mesure imposée par la société ; celle-ci, qu’elle soit traditionnelle, moderne, révolutionnaire, ou productiviste, tolère mal la schizophrénie ou même l’excentricité. L’immuabilité d’une identité réifiée du citoyen et même de l’individu est un impératif social que l’homme ne transgresse qu’au prix de son rejet dans les limbes sociales, comme réprouvé ou même comme objet monstrueux (le transsexuel, le traître, le fou, etc.). Mais face à la démesure de la domination, au délire social de régulation des goûts, des désirs et de l’imposition d’un savoir-vivre unique, d’une vertu obligatoire, l’individu cherche à se sauver, à survivre dans son identité irrépressible. Or c’est bien cette réalité-là qui constitue la dominante de l’expérience humaine. L’individu sait intuitivement que ce que veut la société correspond à sa mort en tant qu’altérité. Sa survie réside dans l’évitement, dans le repli vers ses groupes d’appartenance qui assurent la perdurance du même, c’est-à-dire la survie identitaire pour les minorités.

Dans une société qui postule l’équivalence absolue des hommes, l’autre ne devient français, qu’en rejetant dans les faits ce qui le distingue.

Le paradoxe identitaire de l’universaliste

Avec la représentation explicite et légale de l’universalité et de l’égalité absolue de l’Homme que proclame la Révolution française, les choses se compliquent en France ; en effet, où loger l’altérité si l’on veut toujours une forte identité ? Si j’appartiens à une société prônant explicitement l’universalité de l’Homme, son équivalence quelle que soit sa race, son ethnie, sa culture, sa langue, sa religion, cette société aurait une faible autodéfinition de soi, de son identité. Si toutes les différences sont inessentielles, elles peuvent être acquises ou rejetées. Qu’est-ce qui me distinguerait alors de l’autre pour marquer irrévocablement mon identité ?

Cette situation ne peut qu’être angoissante, car la reconnaissance de sa différence demeure l’expérience centrale de l’individu, et des collectivités même étatiques. On ne peut pas concevoir d’individu sans "moi", sans personnalité qu’elle soit faible ou forte. Cette quête irrépressible de soi est parfaitement illustrée par la curiosité et même le besoin qu’éprouve l’adopté de savoir "qui" sont ou étaient ses "vrais parents", indépendamment de l’affection qu’il peut porter à ses parents adoptifs. Nous avons là un phénomène intéressant ; en effet le besoin de savoir devrait être inexistant, puisque l’adopté a été nourri émotivement, psychiquement et socialement comme tout autre enfant naturel par sa famille d’adoption. Si ce besoin est si profond c’est que nous avons de nous-mêmes, de notre identité, une conception généalogique, autrement dit au tréfonds de notre être nous assignons à l’identité un état de nature que les circonstances ne peuvent changer. Nous voulons savoir qui nous sommes vraiment ; le besoin d’être ancré est difficilement contestable, nous avons en un mot besoin de savoir qui sont nos parents, mythe fondateur du "moi" et de ses soubassements obscurs.

On pourrait procéder à une certaine analogie en ce qui concerne l’identité collective. Toutes les sociétés ont leur mythe fondateur, que ce soit Rome avec Romulus et Rémus nourris par une louve, le Japon avec la déesse Amaterasu, les Juifs avec Abraham et Moïse, la chrétienté avec Jésus, l’Islam avec Mahomet, et même la France dont le général de Gaulle disait qu’elle venait du fond des âges. Si de même que pour un individu, on ne peut pas concevoir de collectivité sans identité, il faut qu’elles aient donc toutes besoin pour exister d’un mythe ou d’un récit fondateur qui se perde de préférence dans la nuit des temps, ou qui transforme son origine au moyen d’épopées héroïques. L’ambition de la raison étant de constituer le monde par la connaissance, par ce fait même procède à son désenchantement. Une collectivité universelle telle qu’elle fut rêvée par les auteurs de la Déclaration des droits de l’Homme ne pourrait l’être que fondée sur et par la raison. Une société transparente, sans mystère, sans son "continent noir", sans profondeur, est difficile à concevoir dans la mesure où le réel social loge aussi pour une bonne part dans l’imaginaire.

On le voit, l’un des paradoxes d’une culture universaliste fondée sur l’a priori métaphysique de l’universalité de l’Homme, c’est que toutes les caractéristiques des hommes et de leurs cultures ne peuvent être perçues que comme accidentelles, et à la limite sans importance. Cette conception ne plaide pas en faveur de l’autoconservation d’une culture réellement universaliste, puisque n’ayant aucun dépôt sacré à préserver ni de singularité à défendre à l’exception de son a priori universaliste, la culture universaliste devrait être polymorphe et accepter dans la sphère privée l’immensité des expressions culturelles des individus et des communautés. Or une acceptation réellement significative et non pas cosmétique, entraînerait des contradictions insupportables, dans la mesure où certaines règles "privées" sont malgré tout de nature publique ; ainsi le code légal ne peut pas en même temps proclamer l’égalité absolue de l’homme et de la femme, et ne donner qu’à l’homme le pouvoir de décider de divorcer ; ainsi le code civil ne peut pas instituer simultanément la monogamie et la polygamie comme règles publiques gérées par la puissance publique. La volonté d’accommoder partiellement certains groupes d’immigrants africains polygames, pour des raisons de respect de leur culture, par les gouvernements socialistes dans les années 80, a suscité de violentes réactions même dans les milieux de gauche les plus attachés à l’universalisme de la France. Il faut donc même dans une société se voulant universaliste, un espace public et une culture commune, dont certaines valeurs et certaines règles ont d’autres fondements que la raison. Ces valeurs et ces règles ne peuvent émaner que de coutumes propres à une société historiquement constituée, c’est-à-dire spécifiques à une identité non universelle. Cette identité particulière qu’elle s’appuie ou non sur un mythe fondateur n’est pas évacuable, car elle va servir de matrice à l’espace public de cette société, même si celle-ci se veut universelle.

Comment concilier alors pour une collectivité universaliste comme la société française accouchée par la Révolution, ce besoin impérieux d’un mythe fondateur dont la nature non universelle ne résisterait jamais à l’examen critique de la raison ? Il semblerait qu’aucune collectivité n’est à même de durer en se constituant et en agissant sur les seules prescriptions de la raison. La France révolutionnaire elle-même avait dû réintroduire la notion d’un être suprême transcendant dans son appareillage idéologique. Un examen empirique de diverses collectivités historiques universalistes confirmerait que "l’infrarationnel n’est pas évacuable". Les collectivités se réclamant de la raison universelle et de l’égalité, dont les plus achevées furent au niveau du discours, les sociétés révolutionnaires française et soviétique, ont dû presque immédiatement se donner un récit fondateur, issu d’un imaginaire marqué par les caractères ethniques et historiques de la collectivité. Michelet a ramassé magistralement le mythe de la France révolutionnaire : "la France patrie de l’universel a pour vocation de délivrer le monde" ; ce mythe invoquant la raison, s’érige en puissance messianique soit par la force des armes, soit par la force des idées. Y a-t-il meilleure façon de réaffirmer l’unicité de son identité, tout en se réclamant de la raison en marche ?

Pour la Révolution française, son universalisme la distingue donc violemment et immédiatement des autres nations européennes. Son universalisme devient son identité collective particulière. Comment une telle identité peut-elle se maintenir hors du cadre mythico-dramatique de sa naissance dans l’espace défini par la raison et l’a priori métaphysique de l’identique nature humaine ? La France a forgé empiriquement une conception sociale de cette identité ; issue de la modernité celle-ci aura pour fondements la citoyenneté, la culture française se concevant comme universelle, la langue, l’attachement patriotique exclusif à la nation, tous éléments ressortant de la sphère publique, à distinguer des éléments identitaires que la Révolution a relégué dans la sphère privée, particulièrement la religion. Pour l’universaliste un homme est un homme ; il mérite d’être traité comme n’importe quel autre homme, mais l’universaliste a plus de peine à considérer une minorité nationale comme sujet de droit L’universaliste accueille l’étranger mais tolère mal sa particularité. Peut-on dire dès lors que les Juifs qui parlent français, participent de la culture française et qui prouvent leur attachement patriotique en servant fidèlement dans les armées sont acceptés comme Français par les Français ?

Oui et non !

Non, si le Juif persiste à demeurer juif en maintenant vivace en lui ce qui ressort de la sphère du privé (religion, mariage, etc.). Ce Juif-là pose problème, non pas évidemment aux antisémites de tout poil puisqu’ils le veulent ainsi, mais il pose problème à l’inconscient des Français qui se réclament des principes de la République et de la Raison. Il pose problème parce que son refus de disparaître maintient l’idée de la différence au sein de la patrie de l’universel.

Oui, s’il abandonne toute manifestation extérieure et privée qui le distinguerait en tant que Juif, autrement dit, il est accepté comme Français s’il renonce dans les petits gestes comme dans les grands à son identité de Juif, et comme ultime preuve et ultime destin, qu’il s’assimile en sortant de l’endogamie juive. Les chiffres sont là pour le prouver, l’assimilation des Juifs est en mode accélérée en France, la pratique religieuse décroît et se calque sur celle des Français et les taux de mariages mixtes sont parmi les plus élevés en Occident. Les Français reconnaissent donc la nature universelle du Juif comme individu, ils l’acceptent pour autant qu’il disparaisse en tant qu’identité autre dans ses manifestations.

Le processus de disparition ne se fait pas d’un coup. L’hybridité hante la culture des dominés, car le passage d’une identité "autre" à une identité "française" ne se fait pas d’un coup ni pour celui qui la vit, ni pour le regard de l’autre. Le métissage identitaire est un détour obligé et il altère aussi bien la culture de départ que celle de l’arrivée, par le chevauchement de valeurs, qui elles ne disparaissent jamais tout à fait de l’inconscient. L’hybridité est douloureuse car rien ne va plus de soi, et l’identité du métis culturel ne relève pas pour celui-ci d’un donné a priori. Il doute de qui il est dès lors que l’autre jette un regard soupçonneux sur son identité. Ces attitudes furent particulièrement marquées au lendemain de la déclaration du général de Gaulle, suite à la guerre des 6 jours .

L’Universel est donc condamné dans la patrie des droits de l’Homme à un statut "ethnocentriste" tout en entretenant chez les Français le mythe du dépassement du particularisme et du différentialisme. Cette idéologie ne trouve sa place "naturelle" dans la société française que si cette société est capable de diffuser son idéologie nationale au reste du monde comme "Patrie des droits de l’Homme". Il n’est pas surprenant que la doctrine du droit d’ingérence humanitaire ait été proposée en France par un ministre de la République, Bernard Kouchner, en écho à son célèbre prédécesseur Michelet : "La France, patrie de l’universel a pour vocation de délivrer le monde".

L’identité française, telle que rêvée par la Révolution, ne se vit que dans une phase d’expansion, ce qui explique pourquoi la compétition avec la seule autre grande société "universaliste" du monde, celle des Etats-Unis d’Amérique est vécue en France sur le mode de la jalousie et du persiflage.

La question de savoir si une identité collective, qu’elle soit nationale comme la France ou les Etats-Unis, transnationale comme l’ex-URSS, ou religieuse comme l’Eglise catholique, puisse conceptuellement incarner l’universel, reste posée au plan théorique. Des penseurs comme Hegel, Marx, ou Hayek affirment sa possibilité sous des formes évidemment fort diverses.

Une réflexion sommaire sur la nature même du "sujet", sur son fondement psychologique, le "moi", sur la réduction de l’imaginaire social qu’engendrerait une société exclusivement fondée par la raison, sur l’impossibilité de bâtir un espace public et des règles communes dont les fondements ne proviendraient pas d’une formation sociale historiquement constituée sur son identité/altérité, sur le problème de l’origine des valeurs fondatrices des civilisations, nous amène à douter de la possibilité pratique et même théorique de penser la fin de l’altérité, condition de l’avènement concret de l’universel.

Toutefois, à titre d’utopie, l’aspiration à l’universel demeure l’un des traits les plus admirables de la France.


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50 réactions à cet article    


  • Céphale Céphale 1er octobre 2007 12:11

    Il faudra plusieurs jours à une personne normalement constituée pour lire avec profit ce long et difficile article. Une première réflexion, à chaud, m’est inspirée par la phrase suivante :

    « L’individu sait intuitivement que ce que veut la société correspond à sa mort en tant qu’altérité. Sa survie réside dans l’évitement, dans le repli vers ses groupes d’appartenance qui assurent la perdurance du même, c’est-à-dire la survie identitaire pour les minorités. »

    Cette crainte d’être happé et dévoré par une société de l’ordre établi est bien réelle. Je pense qu’elle existe à des degrés divers suivant les individus. Notre identité dépend d’abord de notre éducation, puis continue à subir l’influence de ce que nous voyons et entendons. Je pense notamment au problème du bourrage de crâne par la télévision.

    Mais en se repliant au sein d’une communauté (juive par exemple), on risque aussi de perdre une partie de sa propre identité.


    • Gazi BORAT 1er octobre 2007 13:35

      @ NPM

      « ..un corps de citoyens sans références aux notions de race ou de sang ».

      Je comprend que cela vous dérange mais cette conception fait honneur à la culture française et est l’antithèse des notions « blute und boden » des lois raciales dits « de Nuremberg » adoptées par l’Allemagne en 1935..

      La notion de pureté raciale est non seulement aberrante mais criminelle..

      L’Europe en a fait récemment l’expérience..

      gAZi bORAT


      • Léon Ouaknine Léon Ouaknine 1er octobre 2007 16:05

        Que veut dire NPM ?


      • Alpo47 Alpo47 1er octobre 2007 16:55

        Non, mais cherchez pas, c’est un « troll » ...


      • ZEN ZEN 1er octobre 2007 14:10

        Le repli identitaire est le pire des dangers, il est mortifère.L’ouverture à l’universalité, tout en sauvegardant ses spécificités est la seule voie possible et pacifiante

        - voir les essais de M.Maalouf

        - " ce livre de Dupin (on peut lire l’introduction) :

        http://www.geocities.com/ericdupin/lividen.html


        • Zalka Zalka 1er octobre 2007 14:21

          Je bisse.

          Mine de rien, ça rassure toujours ce genre de commentaire.

          J’ai beau savoir que les NPM svatiskophiles sont minoritaires, les entendre gerber me rend toujours pessimiste.

          A contrario, ces autres commentaires me rassurent.


        • NPM 1er octobre 2007 14:35

          « Le repli identitaire est le pire des dangers, il est mortifère. »

          Ah ? Tu vas devenir un Nazi Ultra Libéral et catho, alors ???

          Sinon, c’est quoi cette histoire de repli ? Le contraire, c’est quoi ? Le dépli ?

          Nan, moi je ne vois aucun probléme à rester frnaçais. Parait même que les français sont rester français pendnat des milléanires sans probléme.

          « L’ouverture à l’universalité, tout en sauvegardant ses spécificités est la seule voie possible et pacifiante »

          Bizare qu’un gauchiste comme toi exaltant ses petits idées ridicules à longueur de pages vienne aprés faire l’éloge de l’Universel, c’est a dire du capitalisme et de la mondialisation...


        • Zalka Zalka 1er octobre 2007 14:47

          Les français sont restés français pendant des millénaires ?

          De quels français parlez vous ? Des gaulois ? Des gallo-romains ? Des francs ? Comment prendre en compte les basques, présent avant les celtes. Et les bretons, derniers des celtes ? Et les alsaciens, un pied en allemagne, un pied en France ? Comptez vous vider la normandie des ses descendants de viking ?

          Et les polonais, les espagnols, les italiens, les portugais ?

          Je ne pose pas la question pour les autres, je crois deviner votre avis.


        • ZEN ZEN 1er octobre 2007 15:14

          Comprend rien, NPM !...Grave !

          Sait-il lire ?...


        • Gazi BORAT 1er octobre 2007 15:23

          @ npm

          « ...Bizare qu’un gauchiste comme toi exaltant ses petits idées ridicules à longueur de pages vienne aprés faire l’éloge de l’Universel, c’est a dire du capitalisme et de la mondialisation... »

          Votre formatage idéologique (vous étiez scout d’Europe ?) vous empêche à jamais d’imaginer qu’il puisse exister d’autre logique que celle issue du racisme ou du nationalisme.

          « Universalisme » :

          - le mouvement dit « ouvrier » s’est bâti sur une logique internationaliste bâtie sur une vision du monde comme le théatre de classes sociales en lutte.

          Il considère ainsi que les intérêts d’un ouvrier français, allemand, chinois sont les mêmes et qu’il en est de même pour les tenants des moyens de production : les bourgeois.

          C’est ce que l’on retrouve dans le slogan :

          « Les travailleurs n’ont pas de patrie ».

          Les mouvements fascistes ont essayé de récupérer cette dynamique en introduisant le facteur « national », transformant ainsi l’internationalisme du socialisme en une forme de tribalisme.

          C’est la raison pour laquelle le parti nazi porte comme nom officiel : NSDAP - Parti NATIONAL Socialiste des travailleurs allemands..

          La mondialisation, que Karl Marx décrivait dans le « Manifeste de 1948 » sous le nom « d’internationalisation du Capital » signifie de son côté que la Bourgeoisie non plus ne connait pas de frontières..

          Le nationalisme, par contre, reste et restera longtemps un des meilleurs opiums du peuple..

          gAZi bORAt


        • Zalka Zalka 1er octobre 2007 15:25

          Non, au XIIème siècle, les gens de son espèces n’avaient pas accès à l’éducation. Aujourd’hui, oui, mais les types dans son genre, nostalgiques d’un passé révolus s’accrochent à se passer et se force à rester incultes.


        • NPM 1er octobre 2007 15:32

          « De quels français parlez vous ? Des gaulois ? »

          Voila, des gaulois (ce n’est pas parce qu’on change le nom, qu’on change de peuple...).

          « Comment prendre en compte les basques, présent avant les celtes. Et les bretons, derniers des celtes ? Et les alsaciens, un pied en allemagne, un pied en France ? Comptez vous vider la normandie des ses descendants de viking ? »

          Tous ca, c’est de la propagande. Vos normand par exempele, ils n’étaient que 2000 pour toute la normandie ! Aucn probléme pour les autres cas, même les alsacien, certes colonisé par les germains, mais qui sont bien des celtes comme tous les français malgrés tout.

          « Votre formatage idéologique (vous étiez scout d’Europe ?) vous empêche à jamais d’imaginer qu’il puisse exister d’autre logique que celle issue du racisme ou du nationalisme. »

          La logique est la logique.

          « le mouvement dit »ouvrier" s’est bâti sur une logique internationaliste bâtie sur une vision du monde comme le théatre de classes sociales en lutte.

          Il considère ainsi que les intérêts d’un ouvrier français, allemand, chinois sont les mêmes et qu’il en est de même pour les tenants des moyens de production : les bourgeois."

          Oui, ce sont aussi les idées d’Hitlers.. (mais lui, les méchants sont les Juifs..)

          « Les mouvements fascistes ont essayé de récupérer cette dynamique en introduisant le facteur »national« , transformant ainsi l’internationalisme du socialisme en une forme de tribalisme. »

          14/18, c’est avant ou aprés le facisme ??

          « C’est la raison pour laquelle le parti nazi porte comme nom officiel : NSDAP - Parti NATIONAL Socialiste des travailleurs allemands.. »

          Bien sur, comme le PSF est F. Et ?

          « Le nationalisme, par contre, reste et restera longtemps un des meilleurs opiums du peuple.. »

          Oui, l’identité, c’est difficile à éliminer. A moins d’un génocide, comme l’on pratiqué la Révolution, Lénine, Staline, Hitler, Mai etc...

          Donc, vos phrases, ce ne sont que des phrases...

          Vive le peuple Français !


        • Zalka Zalka 1er octobre 2007 15:40

          « Voila, des gaulois (ce n’est pas parce qu’on change le nom, qu’on change de peuple...). » Une des origines des français. Pas son ensemble. Si vous voulez dégager tous ceux qui ne sont pas 100% sang gaulois, il ne devrait pas rester plus d’une dizaine de personne.

          « Tous ca, c’est de la propagande. Vos normand par exempele, ils n’étaient que 2000 pour toute la normandie ! Aucn probléme pour les autres cas, même les alsacien, certes colonisé par les germains, mais qui sont bien des celtes comme tous les français malgrés tout. »

          Tout ça, c’est la réalité, pas de la propagande. Mais un gros con ignorant comme vous ne pourra pas le croire.

          Vive la France, Vive les Français.

          Sans le raclures à la NPM, bien sûr.


        • NPM 1er octobre 2007 15:46

          « Une des origines des français. Pas son ensemble. Si vous voulez dégager tous ceux qui ne sont pas 100% sang gaulois, il ne devrait pas rester plus d’une dizaine de personne. »

          Propagande. On estime à la louche que 80% des français actuels sont les descendants des hommes préhistorique qui y vivaient il y a en 18.000 et 6000 ans. Certes, les autres ne sont pas pur, mais ce n’est pas trés grave, ce sont tout de même des Européens.

          « Tout ça, c’est la réalité, pas de la propagande. Mais un gros con ignorant comme vous ne pourra pas le croire. »

          2000 Normands. 1% de francs à tout casser, et pas d’immigration jusqu’au XIXémé siécle, donc voui, les gaulois sont les descendants des français. C’est pas comme pour les arabes qu’on pas d’ancétres...

          « Sans le raclures à la NPM, bien sûr. »

          Ta persistance à m’insulter prouve que tu n’es qu’une immigrés : si tu étais vraiment française, tu serais aussi pour libérer notre terre de l’occupation immigrés.


        • Gazi BORAT 1er octobre 2007 15:53

          @ Zalka

          « ...même les alsacien, certes colonisé par les germains, mais qui sont bien des celtes.. »

          Vous avez raison.. On en voit encore des traces sur les meubles alsaciens traditionnels qui utilisent des motifs tels la roue ou les entrelacs.. et qui ont aussi été mélangé à des peuples turcs à l’époque d’Attila (vers 451).

          Il existe ainsi un Turckheim où le Front National fait d’excellents scores mais dont les habitants, en principe, devraient descendre des Huns..

          « Devraient », car l’Alsace souffrit au XVII° siècle à la fois de la guerre de Trente ans mais aussi d’épidémies meurtrières et fut repeuplée à l’issue de cette triste période par des populations venues de Suisse, d’Autriche et de Hongrie..

          En se limitant à cette région, on constate combien sont complexes ces questions d’identité..

          Qu’n est-il alors pour un territoire comme la France ?

          gaZI bORAt


        • Zalka Zalka 1er octobre 2007 15:54

          « Propagande. On estime à la louche que 80% des français actuels sont les descendants des hommes préhistorique qui y vivaient il y a en 18.000 et 6000 ans. Certes, les autres ne sont pas pur, mais ce n’est pas trés grave, ce sont tout de même des Européens. »

          Propagnade Nazie

          « 2000 Normands. 1% de francs à tout casser, et pas d’immigration jusqu’au XIXémé siécle, donc voui, les gaulois sont les descendants des français. C’est pas comme pour les arabes qu’on pas d’ancétres... »

          1% de Franc ? Mais, ducon, il y avait 150000 francs au minimum. Pour une population qui ne devrait pas dépasser les 3 millions d’habitants à l’époque des invasions barbares. Donc on en est à 5% Et là, je ne compte ni les burgondes, ni les alamans, ni les vandales, ni les wisigoths etc...

          « Ta persistance à m’insulter prouve que tu n’es qu’une immigrés : si tu étais vraiment française, tu serais aussi pour libérer notre terre de l’occupation immigrés. »

          Je suis vraiment français, la preuve, je lutte pour libérer ma terre natale des hommes préhistoriques dans ton genre. Petite pute nazie, va...


        • Gazi BORAT 1er octobre 2007 16:21

          @ npm

          Dans vos délires de pureté raciale, vous êtes encore pire que Jean Marie Le Pen qui, lui, reconnait une catégorie qui vous échappe : celle des Français « par le sang versé ».

          Ainsi, un FTP-MOI comme Missak Manouchian, ou un tirailleur marocain ayant participé à la Libération du territoire du joug nazi sont plus français qu’un Monseigneur Mayol de Luppe, aumônier catholique de la LVF et qui revêtit la livrée sanglante de la SS.

          gAZi bORAt


        • idyllique 2 octobre 2007 22:45

          C’est une bonne question ! L’identité française s’est façonnée au fil des siècles, au gré des vicissitude, de roi en roi, de guerre en guerre, de révolution en révolution...

          la population de France s’est accrue de manière significative au 12ème siècle, puis 20ème où en à peine 50 ans, nous sommes passés de 40 millions à 63 millions d’habitants... L’impact des invasions douces ou guerrières fut mineur jusqu’au 19ème puis vint l’ère industrielle qui fut très gourmande en main d’oeuvre. Afin de satisfaire les besoins, les pays du sud incapables de faire face aux besoins d’une population croissante ont incité leur population à émigrer au nord. Depuis les années 60 les pays pauvres émigrent vers le nord... depuis les années 80 apparaissent les premières difficultés d’intégration pour les nouvelles populations très décalées à la société française et qui instinctivement se regroupent et conservent leur religion, leur nom, leurs coutumes.. leurs enfants coincés entre une culture archaïque et la culture du pays d’accueil peinent à trouver leur place, échec scolaire, en mal d’identité... ces population posent de plus en plus de problèmes à la société française excédée devant tant d’ingratitudes dont la majorité a le souvenir des sacrifices subis lors des guerres et de la pauvreté du pays qui s’en est suivie. Les jeunes issus de l’immigration se posent en victimes, ne se posent pas les bonnes questions et leurs réponses sont violentes : émeutes 2005, phénomènes des bandes ravageuses, explosion de la délinquance. Le remède de l’Etat ? Des aides, encore et encore pour éteindre le feu... On appelle cela : acheter la paix sociale !!!! tout un programme ! La pauvreté grandissante des pays arabo-musulmans et l’intégrisme religieux provoquent ressentiments et rejets des peuples d’occident qui se sentent à juste titre envahi d’êtres sans scrupules qui débarquent du bled avec leurs enfants, en font d’autres et réclament des droits aux allocs, logement, école, soins de santé gratuits. (seulement 7% de ceux qui arrivent viennent pour un travail...) L’occident ne souhaite plus accueillir d’immigrés. La France est le pays d’Europe qui en a accueilli le plus ! Elle est confrontée à la pénurie d’emplois, à financer le train de vie de dizaines de millions de sans emploi. En France, malgré une politique sociale et nataliste coûteuse pour la nation, 17 millions de Français vivent en dessous de seuil de pauvreté ! L’extrême droite a commencé par faire de bons scores dès les années 90, et il y a 5 ans, lors de l’élection présidentielle, il fut au second tour, éliminant le candidat du parti socialiste !


        • fouadraiden fouadraiden 1er octobre 2007 14:41

          trop long ,mais problématique très actuelle.

          quelques remarques.

          faisons attention à ne pas fixer comme étalon identitaire l’homme occidental, je crois que l’auteur à le tort d’adopter cette hypothèse comme évidente,car plusieurs exemples démontreraient que le problème ne se pose jamais en ces termes à moins d’entériner le rapport de force arbitraire que sous-tend un tel a priori : Hommme occidental d’un côté et de l’autre les minorités gravitant autour de sa société.

          -l’Empire Ottoman n’a pas attendu les révolutionnaires issus des lumières pour brasser des peuples et des ethnies d’horizon tres différents.

          -la notion de société d’accueil pour réflechir la question identaitaire est un faux prisme si l’on pense aux Etats-Unis et à l’Australie devant leurs indigènes,ou ce qu’il en reste.sont-ce les Amérindiens qui accueillent ou les Occidentaux américians ?

          - dire ,comme le fait Tod, que la société d’Accueil finit NECESAIREMENT par s’imposer à l’étranger est encore faux si l’on pense les cas ou les Occidentaux sont à la fois minoriatire et dominant ,comme en Afrique du Sud ,ou minoritaire et autoniome culturellement comme à chaque fois qu’ils sont des exaptriés chez les étrangers.

          - croire qu’il suiffit du marige mixte pour assimiler une minorité à une majorité néglige un autre facteur de taille ,qui se comprend justement en analysant par exemple la difference entre l’intégration de Juifs avec celle des Maghrébins .si l’Occident a fini par admettre qu’un juif était réversible identitairement avec un occidental c’est aussi, mais pas seulement, parce que les Juifs ne disposaient pas de référence territoriale(ce que démontre la création par l’Occident d’Isarel et l’invention récente par les historiens du concept de civilsation judéo-chrétiene)sur laquelle le juif pourrait defier l’Occident.

          il y aurait aussi à introduire le problème des Noirs, confrontés à l’homme occidental,que se soit les Etats-Unis ou les autres pas occidentaux le rapport de l’homme occidental à l’homme noir demeure substantiellement le même.pourquoi ?

          donc l’idéologie universaliste occidentale(que son colonialisme a démenti) ne permet de résoudre aucune question identitaire, on croirait même qu’elle nourrit.

          quant à la révolution française qui serait d’essence universaliste ,je vous invite à parler avec de véritables Chinois,Arabes, Indiens, ou mes Anglais..ils ne savent pas ce qu’est une telle essence pour leur existence.

          une essence supposée universaliste que le majorité du monde vivant sur cette planète ignore, qu’est-ce que c’est ça peut-bien signifier ?


          • non666 non666 1er octobre 2007 15:13

            Comment théoriser la culpabilisation des Français « de souche » qui n’abandonnent pas assez vite leur solidarité propre.

            Tous les clichés, tous les poncifs du genre sont la avec moult référence philosophico-religieuse.

            L’Auteur oublie que :

            1) Les Autres, les colons, ont revendiqué leurs propres solidarités, leur « droit des peuples a disposer d’eux-memes », nous claquant la porte au nez.

            Comment dire aux français(de souche) « chacun chez soi » en les expulsant de leurs « colonies », et nous dire ensuite « tout le monde est le bienvenu » chez nous ? On ne peut revendiquer l’identaire chez les autres et le refuser chez nous, ensuite.

            2) La référence culpabilisante aux juifs, l’affaire Dreyfus nous est resservi. L’Auteur oublie t’il qu’entre temps le peuple juif a demandé (et obtenu) le droit a un pays en propre ?

            Pourquoi cette solidarité ethnique et religieuse serait legitime chez le « peuple juif » , et serait scandaleuse « chez nous » ?

            Pire : quelle est l’hypocrisie qui pousse ceux qui expriment sans cesse leur solidarité avec israel, au nom de l’appartenance au judaisme a tenter de nous culpabiliser par toute solidarité ethnique qui serait raciste dans NOTRE cas ?

            Et surtout pourquoi devrions nous accepter cette hypocrisie flagrante de ceux qui , au fond, agissent au profit d’une puissance etrangère ?

            Surtout quand cela va jusqu’à justifier le nettoyage ethnique des palestiniens invité a quitter leurs pays pour que le Grand Israel se réalise ?...

            Nous arrivons a un moment de grande turbulence, tout le monde l’a compris.

            L’Heure des mensonges, des manipulations arrive a son terme. Désormais, cela passe ou cela casse.

            Les « vielles nations » sont priées de disparaitre car elles sont rivales de « l’Ordre mondial » sous gouvernance US.

            Mais la resistance est la. Sarkozy a gagné en trompant la plus puissante des droites, la droite nationale et en jouant sur la division entre gaullistes, lepenistes, villieristes et chevenementistes.

            Le numérode claquette prenant bientot fin, le sentiment de trahison ne va que croitre. Pour l’Internationale du fric, comme pour celle du travail, il est urgent de realiser la mondialisation avant que nous ne soyons conscient de notre force.

            Alors on culpabilise, on invoque Spinoza, on encense la france idealiste, utopiste et on diabolise la France tout court.

            Bien joué, monsieur le lobbyiste, bien joué.


            • Gazi BORAT 1er octobre 2007 15:42

              @ non 666

              « l’affaire Dreyfus »

              Au-delà d’une référence que vous jugez culpabilisante, l’affaire Dreyfus est extrèmemnt intéressante au regard de la parception qui existe en France des questions liées à l’identité.

              Depuis leur affranchissement à l’époque révolutionnaire, les Israelites de France ont connu, durant le XIX° siècle et surtout à l’époque de Napoleon III, une ascension sociale sans précédent.

              Il s’agissait de populations depuis longtemps présentes en France, d’origines portugaise, alsaciennes, de protégés des « terres du Pape », etc..

              Leur ascension s’était accompagnée d’un renoncement à l’identité religieuses (athéisme ou conversion au catholicisme) et à une volonté d’assimilation et de fusion dans la population française.

              Une émigration juive composée de réfugiés fuyant les persécutions tsaristes apparut vers les années 1880. Celle ci était pariculièrement visible, très attachée à la religion, ne parlait pas le français.. et fut l’objet de rejet :

              - à la fois des antisémites, qui y voyaient des figures du « Juif Eternel ».
              - Mais aussi des Juifs assimilés que ces images renvoyaient au passé et aux origines..

              C’est dans ce contexte qu’éclata l’affaire Dreyfus qui eut pour conséquence, rappelons-le, la recherche d’une troisième solution entre communautarisme et assimilation et qui fut la construction de l’état refuge que l’on connait aujourd’hui.

              Mais, pourquoi culpabiliser face au rappel de l’affaire Dreyfus ?

              Peut-être aurions nous été dreyfusard..

              gAZi bORAt


            • non666 non666 2 octobre 2007 10:44

              Je montre du doigt l’affaire Dreyfus car elle était effectivement une affaire « raciste ». Avec un vrai traitre, bien français de souche et un juif errant dans le rôle du fourbe fabriqué par les coupables.

              Mais la , on n’est plus du tout dans le meme scenario. Ce n’est pas parce que l’affaire d’Outreau a été un scandale qu’il n’y a pas de pédophiles...

              Quand nous voyons, toujours les mêmes oeuvrer, aux vues et aux sues de tous au profit d’israel, sur notre sol, au nom de leur appartenance ethnique et religieuse, nous en sommes en droit de nous dire qu’il y a la , effectivement un problème dont la démocratie nationale et la parole a le droit de s’emparer.


            • Stéphane Swann 1er octobre 2007 15:30

              @fouadraiden

              J’ai du mal à comprendre votre commentaire. L’auteur fait une analyse de l’identité française à travers ses contradictions... et vous ramenez ceci à l’occident. Quel rapport ?

              Peut-être êtes-vous resté bloqué sur la notion d’universalité... Ce n’est pas l’ignorance d’une idée qui fixe sa portée...

              Il faudra m’expliquer pourquoi « véritable » viens qualifier arabe, chinois, indien, anglais... Que faut-il comprendre derrière ce sous-entendu ?

              L’universalisme issu de la révolution française dit : Tous les hommes sont égaux en droit.

              La limitation géographique du champ d’application de ces idées, leur complétude ou non-complétude, les contradictions qu’elle génère, n’enlèvent rien à leur portée universelle...

              Stéphane Swann


              • non666 non666 1er octobre 2007 15:45

                J’explique :

                Historiquement, l’Occident c’est nous... Ce qui est a l’Ouest du Rhin pour être exact. Au delà commence la Mittel-Europa.

                La guerre froide a perverti la notion d’Occident en en faisant subrepticement , le groupe des vassaux des etats unis. Mais maintenant que l’Europe a retrouvé son unité, ses frontières, nous ne sommes pas obligé de garder le coucou qui est venu s’inviter dans notre nid.


              • NPM 1er octobre 2007 15:49

                « L’universalisme issu de la révolution française dit : Tous les hommes sont égaux en droit. »

                Ridicule. Seul les français sont égaux en droit (et en droit uniquement). Les autres, on en a rien a foutre et, en plus, je ne vois pas ce que cela peut signifier pour les peuple primitif ou sans droit, sans Etats, pour les barbares ? Rien.


              • fouadraiden fouadraiden 1er octobre 2007 15:50

                non.

                la France ici n’est qu’un cadre local, tres limité, le problème est au moins Européen sinon mondial,et d’ailleurs les Etats-unis sont cités comme pays universel par excellence.

                et s’il ne parlait que de la France, les francias qui bougent cesseraient-ils d’etre concernés par la question ?

                -par véritable ,j’entendais des Chinois de Chine,etc.

                la théorie de la société d’accueil de Tod, que reprend l’auteur, se voulait une explication pour tous les cas........ ;;ce qui est évidement faux à moins de postuler le cadre occidental d’accueil comme le seul à fournir des indentités.


              • fouadraiden fouadraiden 1er octobre 2007 15:54

                réponse ci-dessus à Swann


              • Stéphane Swann 1er octobre 2007 18:37

                @NPM

                Malheureusement la réponse vous échappe.

                Ce qu’il y a de bien avec votre présence, c’est que vous illustrez à merveille cet archétype du français replié, paranoïaque, ethocentriste, un tantinet haineux qui sont les sources premières de nos paradoxes.

                Allez, renoncez à la peur, vous vivrez mieux...


              • nini 1er octobre 2007 16:29

                Bonjour,

                Il me semble qu’éprouver son altérité passe avant tout par l’adresse à l’a/Autre en tant que lieu du langage. C’est dans l’échange que je me définis dans ma différence et en tant que sujet. Et cela commence au sein de sa propre famille.

                Pour nier l’autre, ou l’anéantir, rien de plus facile que de lui ôter la parole et sa culture.

                Le communautarisme n’est pas la meilleure solution pour revendiquer une « identité », cela est trop schématique et réducteur au regard de ce qu’est un(e) individu(e). Bien que l’on puisse s’identifier, en partie, à un groupe.

                Par ailleurs, la référence à la déclaration des droits de l’Homme doit nous rappeler que les femmes, dans un premier temps, n’ont pas été concernées par celle-ci. Et pourtant la moitié de la population ne participait-elle pas de l’identité française ? Les femmes ont longtemps été traitées comme une minorité,comme des êtres étranges et étrangers, cibles de tous les fantasmes.

                Cette « inquiétante étrangeté », pour citer Lacan, ne se retrouve-t-elle pas pour ainsi dire aussi dans la différence des sexes ?

                L’autre est celui sur qui l’on projette ses fantasmes mais aussi celui qui peut prendre la figure du « persécuteur » ou bien celui du « bien-veillant », du « sauveur ». Bien entendu de « bonnes âmes » décrypte pour nous le monde et nous montre qui est le « méchant » ou le « gentil » (qui bizarrement nous ressemble physiquement) (mon frère/ ma soeur ? mon égal ?). smiley

                @ l’auteur

                Vous avez pris le parti de présenter la France en vous appuyant sur l’antrhopologue TODD pour nous dire que telle ou telle région reflète une structure différentialiste ou universaliste. ?? A quel époque vous référez-vous ? Quelles familles ? J’ai bien lu : les alsaciens, bretons, vendéens... Sur quelle étude vous basez-vous ?

                Faire du « paradoxe de l’identité française » un tableau en trois coups de pinceaux, en dépit de la longueur du texte, c’est bien dommage car cela mérite plutôt l’écriture (à plusieurs mains) et surtout la lecture de nombreux ouvrages et pas seulement anthropologiques.

                Le concept d« identité française » ou « identité nationale » est artificiel et surtout inapproprié à la complexité DES identités et DES H/histoires traversant tout commun des mortels.

                En lisant le titre je ne m’attendais pas à un article sur l’antisémitisme .

                Ou alors je n’ai pas bien lu.... smiley


                • Léon Ouaknine Léon Ouaknine 1er octobre 2007 17:16

                  Bonjour nini

                  J’ai voulu abordé ce que j’appelle le paradoxe de l’identité française au travers du rapport de cette identité avec l’altérité qu’a représenté pendant des siècles le « juif » « l’autre »par excellence. On comprend mieux l’essence d’une identité (ou son absence) dans sa réaction avec ce qui n’est pas elle-même. Je suis éberlué par la violence de certains des commentaires, injurieux, haineux aussi bien de la part des tenants d’un « essentialisme » français, que de la part de quelques uns de ceux qui sont maintenant considérés comme « l’autre » en remplacement du « juif ». Tout ceci renforce encore plus ma conviction que la France doit préserver absolument son laïcisme, seul garant de son esprit universel. Elle doit pour cela résolument s’opposer aux tenants des communautarismes. Sinon, c’est la haine assurée.

                  Sur un tout autre plan bien que relié à celui de l’identité, j’aurais aimé un monde universel, mais je trouve le processus de globalisation actuel très dangereux parce qu’il mondialise l’économie sans mondialiser le politique ce qui fait que les peuples perdent toute possibilité concrète de garder un certain contrôle sur leur destin. Le politique exerce ses effets sur un territoire classique, l’État-Nation, mais dépourvu d’efficacité réelle parce que les décisions économiques lui échappent. Seul peut-être les Etats-Unis tirent leur épingle du jeu à cause de leur puissance. C’est aussi pour cette raison que la France a intérêt à une Europe ou politique et économie se superposent ; cette évolution bien-sûr transformerait immanquablement l’identité française.

                  Encore une fois, je trouve certains commentaires répugnants.

                  Léon Ouaknine


                • nini 1er octobre 2007 17:50

                  Bonjour,

                  Je vous remercie pour votre réponse. Il aurait alors peut-être fallu préciser la visée de l’article dans le titre.

                  Je suis également choquée et écoeurée par la violence des propos que l’on trouve dans de nombreux forums. A chacun de se faire une opinion sur le peuple français si tant est que ces forums soient représentatifs...


                • Antoine Diederick 4 octobre 2007 18:54

                  @ Léon Ouaknine

                  Je vais lire votre article, la réponse que vous donnez à Nini me convainc de le lire.

                  La globalisation est vraiment un très gros problème et défi, il faudrait trouver au moins une réponse théorique et / ou pragmatique pour l’avenir...


                • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 1er octobre 2007 17:22

                  « Tout homme est par droit naturel et imprescriptible le maître de ses propres pensées. »

                  Vous interprétez cette proposition de Spinoza à contre sens. Elle ne concerne pas l’homme tel qu’il est : en effet pour cet auteur chacun est toujours déterminé spontanément pas ses passions -et cela est naturel-, mais tel qu’il doit devenir selon sa nature raisonnable, en tant qu’il est capable par la connaissance de ce qui détermine ses passions, c’est à dire par sa raison, de reconnaitre ce qui lui est vraiment utile afin d’accroître sa puissance d’agir et donc son être propre.

                  Ceci implique, pou ect auteur, que toute société de liberté (la fin de tout véritable état est, selon Spinoza, la liberté des individus) doit être capable de développer chez les enfants ce pouvoir de la raison afin que chacun puisse transformer les passions premières (toujours au bout du compte, violentes, tristes et aliénantes ou affaiblissantes) en désirs actifs, en puissance positive dans ses rapports au monde et aux autres.

                  C’est dire que tout véritable rationalisme doit non pas refuser la sensibilité mais faire que celle-ci devienne raisonnable ; Or c’est à l’état, dont c’est la plus grande mission civilisatrice, de mettre par l’éducation tout en œuvre pour rendre cela possible. Cette éducation de la liberté, de l’autonomie (maître de ses pensée et donc de ses actes)ne doit surtout pas confondre l’universalité et l’identité collective, sauf à devenir particularisante et liberticide, au nom même de la liberté universelle. Ce qui fait tomber dans le paradoxe que vous dénoncez très justement.

                  La raison est donc au service du désir chez Spinoza et non pas de la passion dans sa forme spontanée inconsciente (ce qui nous rend passif par l’inconscience de ce qui la détermine et de ce qui nous est vraiment utile), au service de notre véritable désir en vue d’accroître effectivement notre pouvoir d’agir pour mieux vivre (conatus).

                  Votre texte à mon avis participe de ce processus de prise de conscience de la passion particularisante et exclusive de l’alterité (et donc de l’autonomie des individus), y compris dans sa forme faussement universelle, qui n’est qu’identitaire et en cela donne plutôt raison à Spinoza.

                  Vous montrez en effet par la pratique ce que vous croyez refuser en théorie ; à savoir que la justice libérale exige un effort de la raison pour rendre nos affections plus autonomes,c’est à dire plus efficaces, plus raisonnables et plus tolérantes.

                  L’éthique de Spinoza

                  Spinoza et la liberté


                  • Léon Ouaknine Léon Ouaknine 1er octobre 2007 17:45

                    @Sylvain Reboul

                    Bonjour Je trouve votre commentaire très intéressant et je vous en remercie. J’aimerais en discuter plus avant avec vous, mais ce forum ne me semble pas approprié pour cela. Je le regrette.

                    Léon Ouaknine


                  • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 1er octobre 2007 18:15

                    Je suis tout à fait disposé à poursuivre ce dialogue par mail ; et, si vous en êtes d’accord, de le publier sur mon site et le vôtre.

                    sylvainreboul@free.fr


                  • frédéric lyon 1er octobre 2007 17:26

                    « Toutefois, à titre d’utopie, l’aspiration à l’universel demeure l’un des traits les plus admirables de la France »

                    Je ne vois pas ce qu’il y a d’admirable dans une utopie, mais admettons toutefois qu’il s’agisse d’un idéal vers lequel il faut tendre, sans aucune chance de succès.

                    Car il s’agit au mieux d’une prétention, au pire d’un rideau de fumée, destinée à camoufler l’instabilité croissante de la société française : On rappelle les symboles d’une gloire passée, cette fameuse déclaration des Droits de l’Homme, sur laquelle Napoléon s’est assis le premier, en bon français.

                    Est-ce autre chose que cette bonne vieille croyance en la toute puissance de la parole ? On affirme les principes en dansant autours du totem, et on pense avoir résolu tous les problèmes. Il vaudrait mieux moins les affirmer et mieux les faire appliquer, ces beaux principes.

                    Quand au repli des juifs sur leur communauté, vous oubliez de dire qu’il a une cause : une agression venue de l’étranger et qui a importé en France ses conflits et ses haines ancestrales, ainsi que ses conceptions et ses coutûmes radicalement contraire aux pincipes de la société républicaine, sans aucune réaction de la part de la société française, qui découvre aujourd’hui, mais un peu tard, la gravité des problèmes qui en découlent.

                    Nous savons bien que la société française n’est pas globalement antisémite aujourd’hui, nous ne sommes plus au dix-neuvième siècle, ni au temps de l’affaire Dreyfus. Cependant, un rapide coup d’oeil sur le site d’Agoravox vous permetta de lire un grand nombre messages parfaitement antisémites.

                    Si vous ne les considérez pas vous-mêmes comme antisémites, figurez-vous que les juifs de France les considèrent comme tels et qu’ils sont les seuls bons juges.

                    D’où viennent-ils ?

                    Les Républicains n’avaient tout simplement pas le DROIT de laisser faire une chose pareille, ils ont pêché contre eux-mêmes et découvrent, les yeux effarés, qu’il y a un prix à payer.


                    • Léon Ouaknine Léon Ouaknine 1er octobre 2007 18:11

                      @ Frédéric Lyon

                      Bonjour

                      Comme vous l’avez deviné, je suis juif moi-même et athée. J’ai été offusqué comme d’autres par le ton haineux de plusieurs commentaires. Je suis d’accord quant à la myopie de dirigeants politiques français qui ont laissé au cours des dernières décennies se développer des comportements inacceptables, de la même façon que l’Angleterre le découvre maintenant chez elle également ainsi qu’une bonne partie de l’Europe. Quant au terme utopie, vous avez très justement dit qu’il s’agit d’un idéal vers lequel on tend mais impossible par nature à réaliser.

                      Léon Ouaknine


                    • Léon Ouaknine Léon Ouaknine 1er octobre 2007 18:19

                      Tiré de l’ouvrage de Yirmiyahu Yovel « Spinoza et autres hérétiques » édition d u Seuil 1991. je ne me rappelle plus dans quel chapitre ni a fortiori dans quelle page de ce livre.

                      Lorsque j’ai posté cet article, pour une raison que j’ignore toutes les références ont sauté, c’est pourquoi, seule apparaît la mention « notes » à la fin de l’article sans les notes malheureusement.


                    • masuyer masuyer 1er octobre 2007 20:52

                      M Ouaknine,

                      votre analyse est fort riche, érudite et intéressante.

                      Mais j’ai peur que l’universalisme de la France soit surtout une foi aveugle en la supériorité de notre modèle, modèle d’autant plus illusoire qu’il y a autant de définition de ce modèle que d’habitants. Je citerai pour démonstration de ceci une phrase d’Antoine Rivarol, dans son Discours sur l’Universalité de la langue française en 1782 « Le français, par un privilège unique, est seul resté fidèle à l’ordre direct (...) la syntaxe française est incorruptible. C’est de là que résulte cette admirable clarté, base éternelle de notre langue. Ce qui n’est pas clair n’est pas français. »

                      L’importance du mythe fondateur dans la constitution d’une identité, que vous soulignez fort pertinemment, est effectivement une pierre sur laquelle semble trébucher toute tentative de construction d’une société sur la seule base de la Raison. Je pense, malgré tout, que c’est un obstacle qui peut être surmonté, je suis certainement ici utopiste, mais n’est-il pas possible, dans un autre domaine, pour un athée (qui n’envisage donc rien après sa mort, qui accepte le hasard de sa venue au monde) de vivre intensément, gaiement et sans cynisme excessif ?

                      Cordialement


                    • Léon Ouaknine Léon Ouaknine 1er octobre 2007 22:19

                      Bonjour

                      la phrase citée par Yirmiyahu Yovel est tirée du « traité théologico-politique » de Spinoza.

                      « Si donc personne ne peut abdiquer le libre droit qu’il a de juger et de sentir par lui-même, si chacun par un droit imprescriptible de la nature est le maître de ses pensées, n’en résulte-t-il pas qu’on ne pourra jamais dans un État essayer, sans les suites les plus déplorables, d’obliger les hommes, dont les pensées et les sentiments sont si divers et même si opposés, à ne parler que conformément aux prescriptions du pouvoir suprême ? »

                      Elle diffère légèrement de l’originale, j’imagine que Yovel s’est référé à une autre traduction.

                      Désolé pour le délai.

                      Cordialement

                      Léon Ouaknine

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