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Accueil du site > Actualités > Citoyenneté > Le pari de la citoyenneté

Le pari de la citoyenneté

Le spectacle assez désolant des grands shows politiques conduit à s’interroger sur l’éthique du débat public. A gauche la citoyenneté reste une valeur essentielle. Si la République ne vit pas sans le citoyen, la gauche peut-elle garder son identité en oubliant les principes qui fondent l’engagement militant ?

Relégué au simple rang de supporter, le militant, cette figure jadis emblématique du mouvement ouvrier, pèse-t-il encore de manière éclairée sur la destinée humaine ? On pourrait en douter dans une société où les coteries ont remplacé les militants et où le vedettariat et la notoriété sont l’horizon de la façon d’être des élites. Cette politique de l’image mine le modèle républicain.

L’américanisation de la politique avance à marche forcée. Y échapper, nous expliquent les esprits dociles, relève d’une impossible gageure. Allez donc aborder la politique fiscale, exposer la vision d’une République européenne ou bien contester l’approche du philosophe Habermas devant des "présentateurs" d’émissions à destination de spectateurs, fascinés autant que façonnés par la force des images et des émotions. Le canal citoyen se fait bien trop rare dans la société de l’audimat et de la dérision.

Néanmoins y a-t-il d’autres voies que celle de la raison en politique ? Là encore, rien n’est simple. La citoyenneté ne se décrète pas. Elle s’apprend à l’école de la République, se nourrit d’une exigence et d’une expérience puisées dans la vie sociale, toujours enrichies car sans cesse éprouvées dans l’espace public. Les débats participatifs de la campagne présidentielle sauront-ils mettre en jeu cette pédagogie pour renouveler ce rapport à la politique ou se réduiront-ils à un gadget à finalité médiatique ?

Il arrive que la pente de la facilité soit aussi glissante à gauche quand le slogan tient lieu d’argument et traduit l’allégeance quasi religieuse à un candidat, à un leader, à un parti ou à une chapelle politique. Ce réflexe clanique prend alors le pas sur l’adhésion réfléchie qui devrait être celle de tout homme de bonne volonté, héritier des lumières. Cette fidélité quasi religieuse, peut être touchante, sincère et sublime -quand elle est vraiment désintéressée- mais n’en constitue pas moins un vestige inquiétant d’une mentalité archaïque et sectaire. N’est-il pas calamiteux, ce réflexe d’excommunication janséniste, ce manichéisme particulièrement affirmé dans certains courants de l’extrême gauche ? Ce trait de caractère est sans doute hérité du guesdisme puis des relations compliquées au sein de la gauche française entre courants réformistes et révolutionnaires. Une candidate illustre cela jusqu’à la caricature, mais il y a bien d’autres modèles. Cette dérive sectaire se conforte souvent dans une approche dogmatique qui ne s’encombre pas de la complexité du réel et se dispense d’un appareil de réflexion critique. En substituant le sentiment (fidélité, pureté, intransigeance, etc.) à la raison, elle permet d’éviter les débats de fond (qui reposent sur la réflexion, la lucidité et le courage) et nourrit un attachement aveugle envers les gardiens du temple assurés d’une rente de notoriété et d’un matelas de voix. L’intransigeance verbale, gage de la pureté doctrinale et de l’intégrité morale, offre un supplément d’âme à tous nos contempteurs de la gauche réformiste. Les différences d’approches entre Jules Guesdes et Jean Jaurès ou entre Guy Mollet et Pierre Mendès France ont illustré en leur temps ce conflit de méthodes entre le radicalisme verbal impuissant et l’action réformatrice déterminée (la posture maximaliste masquant souvent l’inaction ou le défaitisme, quand elle ne cache pas sciemment des entreprises peu honorables). "Comprendre le réel pour aller à l’idéal", disait Jaurès. Avec ces coeurs purs installés dans la fonction tribunitienne, le capital industriel et financier n’a pas vraiment de quoi s’inquiéter ! Cette critique du gauchisme doit rester cependant toute relative. On trouve aussi à la gauche de la gauche des esprits intrépides et généreux auprès desquels il y aurait beaucoup à apprendre en théorie et en pratique. Au sein du PS, les écuries présidentielles ont par ailleurs longtemps fonctionné sur des ressorts assez écartés des principes d’action socialistes et le capital mondialisé a été tout aussi bien épargné par les gestions social-libérales.

Une posture réaliste, ouverte et critique devrait pourtant s’imposer à tous les militants de gauche désireux d’offrir une alternative aux citoyens de ce pays. N’avons-nous pas le plus grand besoin d’unir nos esprits critiques et nos voix pour refuser l’allégeance aux idées libérales ? Celles-ci campent dans l’air du temps et sont encore trop hégémoniques face aux conceptions socialistes et républicaines jugées péremptoirement ringardes au motif -jamais avoué- qu’elle n’épousent pas la pente idéologique du néolibéralisme. Et jusque dans la critique de ce néolibéralisme, une posture citoyenne ne saurait faire l’économie d’une analyse serrée d’une situation concrète et souvent complexe. Dans le grand arc-en-ciel de la gauche, il y a souvent loin des discours aux réalités et de l’intention aux actes. Foin des passions, des dogmatismes et des querelles d’épiciers. Notre désir d’avenir citoyen n’est-il pas autrement exigeant ?


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18 réactions à cet article    


  • candidat 007 (---.---.41.75) 24 janvier 2007 11:40

    que de baratin philosophico-politique pour nous dire qu’il n’y a que l’alternative entre la démocratie participative ou le suivisme du leader tribuniticien. Eh bien sûr d’achever le discours sur « le désir d’avenir » citoyen. !

    C’est bien sûr le tribun populiste qui s’appuie sur la démocratie participative pour assurer son pouvoir. les commissions extramunicipales, les réunions informelles d’usagers, n’ont été souvent utilisées que comme moyens de communication des gens au pouvoir.

    la démocratie, c’est le vote. c’est le choix. Ce qui n’empeche pas la discussion, le débat, l’information, mais en sachant que la décision sera prise par le vote. Un homme, une voix.

    « Les débats participatifs de la campagne présidentielle sauront-ils mettre en jeu cette pédagogie pour renouveler ce rapport à la politique ou se réduiront-ils à un gadget à finalité médiatique ? » le passé nous prouve que les débats participatifs sont un gadget médiatique.

    Si vous avez déjà participé à des réunions d’enquêtes publiques sur des projets locaux, régionaux etc, à des assemblées de concertation préalables à des projets ou actions institutionnelles.. en espérant faire modifier d’une manière ou d’une autre le projet soit municipal, soit régional, vous avez déjà compris ce que je tente d’expliquer.

    Les déceptions citoyennes seront nombreuses, mais peut être que l’élection sera passée. Donc l’objectif sera atteint.

    Avant de proposer la démocratie participative, posons nous sérieusement la question des réformes de la démocratie représentative et de la démoctratie directe. Aprés, on verra.


    • (---.---.229.236) 24 janvier 2007 12:19

      « A gauche la citoyenneté reste une valeur essentielle. »

      Jamais compris pourquoi se déclarer « bourgeois » (c’est le sens exact de « citoyen ») fait bander les socialo-coco.

      En tous les cas, le socialisme n’a aucun avenir. Ce systéme injuste et immoral va disparaitre de la face du monde, et les socialo, au lieu de passer leur temps à chercher à piquer dans la poche du voisin, vont devoir se remettre au travail, et se contenter uniquement de ce qu’ils sont capable de gagner -dans le privé, évidement.


      • toto1701 (---.---.132.61) 24 janvier 2007 12:25

        piquer dans la poche du voisin, cela me semble réducteur .si je devais aller jusqu’au bout de votre logique je dirais qu’il faudrait aussi interdire toutes solidarités et voire meme dissoudre l’etat , ceux charger de l’administrer,ceux charger de le proteger etc etc !! bref du liberalisme débridé sans autorité regulatrice !!! bravo a l’égoisme !!!!


      • (---.---.229.236) 24 janvier 2007 19:47

        « je dirais qu’il faudrait aussi interdire toutes solidarités »

        La solidarité est toujours volontaire. Le truc actuel appeler solidarité n’est qu’une farce, qui détruit d’ailleur la solidarité.

        « bref du liberalisme débridé sans autorité regulatrice !!! bravo a l’égoisme !!!! »

        Seuls les socialo-communiste sont égoiste, jamais les libéraux, qui sont universalites.


      • Xavier DUMOULIN (---.---.153.163) 25 janvier 2007 04:07

        Vous n’y allez pas par quatre chemeins. Le socialisme est une grande idée exigente qui s’est traduit partiellement dans des sociétés où la solidarité a permis beaucoup d’avancées en Europe. Ce que l’on appelle le compromis fordiste en est d’une certaine façon l’expression. Ce modèle sert même les intérêts bien compris du capital. Mais il vaut mieux parler de République sociale car l’individu est au centre de la société dans sa contribution citoyenne. Tout un horizon !


      • toto1701 (---.---.132.61) 24 janvier 2007 12:19

        « un homme ,une voix » et pourquoi pas « un élu ,un mandat » cela serait un retour formidable a la démocratie et a l’égalité devant la loi !!!je voterai pour le candidat qui proposera cette regle fondamentale !!!!


        • (---.---.229.236) 24 janvier 2007 12:21

          Jamais compris ce que ca pouvait foutre. Vas t on aussi interdire aux autres d’avoir plus d’un travail ?


        • toto1701 (---.---.132.61) 24 janvier 2007 12:32

          seriez vous adepte du « il est interdit d’interdire » ? soit c’est votre choix alors doisje comprendre que je pourrais avoir autant d’argent que je voudrais sans craindre pour ma vie que d’utres qui n(ont rien se laissent tenter par le desir d’avoir autant que vous en vous prenant la vie sans remords !!! la jungle quoi !! pourquoi pas si çà peut faire baisser l’eccart entre les inégalités !! pauvres de tous les pays sus a l’ennemie !!lol


        • candidat 007 (---.---.41.75) 24 janvier 2007 14:25

          à toto 1701 ; D’accord.

          Article 1 de la rénovation.

          « les mandats de député, de sénateur, de conseiller régional ou général, d’une durée de cinq ans, renouvelable une seule fois, ne peuvent se cumuler qu’avec celui de simple conseiller municipal »

          pétititon ; http://www.ipetitions.com/petition/Abstention2007/


        • (---.---.244.151) 24 janvier 2007 12:40

          Désolé, je me suis arrêté à « à gauche, la citoyenneté reste une valeur essentielle ». Comme si à droite, les « bons citoyens » n’existaient plus. Tout comme Mitterrand n’avait pas le monopole du coeur, la gauche n’a pas non plus le monopole de la citoyenneté.


          • Xavier DUMOULIN (---.---.153.163) 25 janvier 2007 04:17

            Ce n’est pas une question de monopole mais de valeur. A gauche on affiche un idéal républicain car on croit à la contribution de chacun dans les choix collectifs et on ne conçoit pas une hiérarchie exclusive. Les gouvernants sont au service des gouvernés, les députés tiennent un mandat du peuple souverain, etc. Cette façon de penser place le bien commun au centre. Bien sûr ces valeurs sont partagées par tous les républicains, mais à droite il y a des traditions qui ne sont pas républicaines ; De Villiers, Le Pen, et bien d’autres. Mais il faudrait en parler de vive voix. Merci de votre réflexion.


          • jipi (---.---.193.6) 25 janvier 2007 17:20

            VIVE LE ROI


            • cambacérès cambacérès 27 janvier 2007 06:45

              ATTENTION : RISQUE MAJEUR

              Et si on avait donné la parole à l’opinion « avant » simplement pour mieux la faire taire après, à l’heure des réformes inéluctables et impopulaires ?


              • Xavier DUMOULIN (---.---.71.240) 27 janvier 2007 08:26

                Ce ne serait hélas pas la première fois dans l’histoire ! Mais soyons positifs et envisageons la méthode Royal comme un tout. N’y a-t-il pas un lien entre une spontanéité qui n’est pas feinte et une capacité d’écoute originale qui rompt avec les moeurs politiques en vigueur. Ne faut-il pas s’en réjouir ? Les français sont aujourd’hui partie prenante dans une démarche qui casse la langue de bois et s’ouvre aux préoccupations des gens. Les débats participatifs mettent la gauche en mouvement dans une campagne où il ne sera rien pardonné à une femme prête à aller jusqu’au bout d’une vision républicaine. C’est aux citoyens d’accompagner cette campagne pour hausser le message à la hauteur des exigences portées par la candidate. Ces exigences, Ségolène Royal devra les afficher plus clairement dans la cohérence d’un projet partagé par toute la gauche socialiste et républicaine.


              • Pinson (---.---.13.90) 30 janvier 2007 18:04

                @. Dumoulin « Une démarche qui casse la langue de bois ? » C’est une blague ? Relisez-vous ! La langue de bois politiquement correcte vous ne faites que ça !


              • cambacérès cambacérès 31 janvier 2007 19:09

                Les stratégies ont toujours été diverses pour parvenir à l’Elysée, c’est sûr. Mais la méthode pour gouverner lorsqu’on y est installé, c’est une toute autre affaire !

                Donner la parole à l’opinion « avant », pour mieux limiter le débat, « ensuite », à l’heure des réformes inéluctables et impopulaires Il faut beaucoup d’audacitude et de culottance...

                Les ficelles sont éprouvées, elles ont déjà servi : pour faire accepter l’inacceptable, il suffit de l’appliquer progressivement, en « dégradé », sur une durée de 10 ans. C’est de cette façon que des conditions socio-économiques radicales ont été imposées durant les années 1980 à 1990 : chômage massif, précarité, flexibilité, délocalisations, salaires n’assurant plus un revenu décent, autant de changements qui auraient provoqué une révolution s’ils avaient été appliqués brutalement.

                Quelques autres « ficelles » : la diversion d’un déluge continuel de distractions et d’informations insignifiantes ; créer d’abord une « situation » prévue pour que le public soit lui-même demandeur des mesures ; présenter une décision impopulaire comme « douloureuse mais nécessaire », en obtenant l’accord du public dans le présent pour une application dans le futur ; s’adresser au public comme à des enfants en bas âge ; faire appel à l’émotion pour court-circuiter l’analyse rationnelle ; maintenir le public dans l’ignorance et la bêtise, l’encourager à se complaire dans la médiocrité, à trouver « cool » le fait d’être bête, vulgaire et inculte ; remplacer la révolte par la culpabilité en faisant croire à l’individu qu’il est seul responsable de son manque d’intelligence, de capacités ou d’efforts ; connaître les individus mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes, grâce à la biologie, la neurobiologie et la psychologie appliquée, etc...

                Le système détient un plus grand contrôle et un plus grand pouvoir sur les individus que les individus eux-mêmes .

                En 2007, quels garde-fous, alors que syndicats et partis ne sont plus crédibles ? Comme dans la pièce de Molière, l’électeur « participatif » doit-il s’apprêter de nouveau en 2007 à jouer ensuite le « Cocu Magnifique » ?


                • miantoudila (---.---.144.159) 1er février 2007 14:48

                  le pari de la citoyenneté c’est d’ avoir une bonne connaissance dans le monde polique de toujour s’ enrichir dans le politique et de diplomatie.


                  • miantoudila (---.---.144.159) 1er février 2007 14:59

                    avoir de la connaissance dans la politique est un enrichissement de valeur concréte et réaliste , la base de tout les domaines interne et externe à tout les niveaux gouvernementales surtout dans le monde . etre en épanouissement total avec ce q’on fait et avoir une grande maitrise de diplomatie avec adaptation de tout les évènements qui survient à chaque moment de la vie dans ce q’on entreprend et à ce qui nous correspond à nos attend c’est un vrai enrichissement de volontée et de capacitée .

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