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Le syndicalisme contemporain

Les origines idéologiques des syndicats remontent aussi loin que l’émergence des premiers mouvements prolétaires qui se propagèrent en Europe au cours de la Révolution industrielle. Le syndicalisme fut tout d’abord établi pour défendre les droits collectifs des travailleurs auprès des compagnies. Les employeurs, dans l’esprit de productivité et de développement caractéristique de cette époque, se livraient à l’exploitation des masses, trop pauvres et démunies pour s’insurger contre la mentalité brutale et mercantile dominante. Dans ces conditions, les ouvriers se devaient de se battre pour un minimum de respect ainsi que pour des conditions de travail un tant soit peu décentes. L’ébauche de ce qui allait plus tard devenir les syndicats offrit aux travailleurs des grandes industries un moyen pour se rassembler, de même qu’une tribune où exprimer leur point de vue. De telles organisations permirent ensuite aux employés de mettre en commun leurs ressources et de s’organiser dans le contexte de la lutte entre les classes sociales. Le peuple, à partir de ce moment en pleine possession de ses moyens, parvint à renverser le fragile équilibre du pouvoir socio-économique et à faire valoir ses droits auprès des compagnies et de la classe sociale dominante. Les syndicats, institutions dès lors bien établies, prirent part au combat continuel pour améliorer les conditions de travail, et de vie, de leurs membres. Le syndicalisme se révéla être un puissant moteur de changement et participa à l’évolution vers une société somme toute plus juste et plus à l’écoute de son peuple.

Plusieurs personnes pourraient, à la lumière des faits mentionnés ci-dessus, considérer que les syndicats ont fait évoluer la société mais qu’ils appartiennent maintenant aux choses du passé, qu’ils sont de simples institutions désormais dépassées et obsolètes. En effet, ces personnes argueront que la principale raison d’être du syndicalisme, soit la protection des intérêts des travailleurs, n’a plus la pertinence qu’elle avait autrefois et qu’il n’y a plus de justifications possibles pour les intarissables revendications syndicales qui nous sont constamment rapportées par les médias. D’autres individus avanceront que, depuis l’époque de la Révolution industrielle, l’attitude des entreprises a bien changé et qu’il existe de nos jours des normes à respecter qui empêchent que des abus soient commis envers les employés. Cependant, est-on justifié de penser que la situation a si fondamentalement changé ? Il est indéniable que de nombreux facteurs ne sont plus les mêmes, mais la résultante, la pression qui s’exerce sur les travailleurs, est-elle vraiment si différente ?

Examinons plus en détail qu’elle est désormais l’attitude des entreprises à l’endroit de leurs employés, ainsi que ce qui se trouve à la base d’une telle attitude. Aux impératifs de développement économique, qui servaient auparavant à justifier les abus, a succédé la recherche de la productivité et du rendement maximum, tout ceci dans le but de conserver de la compétitivité dans un contexte économique global toujours plus brutal et sauvage. Le dilemme entre devenir le prédateur ou être la proie a poussé les entreprises à exercer une pression de plus en plus grande sur les travailleurs au bas de l’échelle pour éviter de se retrouver du côté des proies dans cette lutte pour la survie dans l’environnement capitaliste mondial. Bien que les circonstances globales aient bien changé, il revient tout de même aux classes travaillantes de la population d’assumer la pression productive engendrée par un tel système. La récente crise économique n’a fait que révéler au grand jour une réalité établie depuis un certain temps déjà : le pouvoir a de nouveau échappé aux mains des travailleurs pour retourner non aux décideurs politiques, mais aux décideurs économiques. Face à la mondialisation et à la compétition féroce entre les pays pour attirer les industries d’avenir, les acquis pour lesquels des générations d’hommes et de femmes dévoués se sont battus ont perdu du terrain et sont revenus à des stades très antérieurs. Comment alors considérer comme inutiles les syndicats, dans un contexte où les avantages qu’ils ont pu apporter sont remis en question de toutes parts ?

Les politiques sociales avantageant les employés, acquises suite à une lutte de longue haleine s’étalant sur plus d’un siècle, sont aujourd’hui contestées par les politiques économiques qui visent à favoriser la compétitivité des industries. Elles sont aussi victimes des cures d’austérité des gouvernements nationaux en tant que dépenses non-essentielles. Pour se convaincre de ce fait, il suffit de penser aux nouvelles mesures du gouvernement Harper destinées à réduire les coûts du programme d’assurance-emploi. Ces mesures, justifiées selon leurs instigateurs par des impératifs économiques, constituent une atteinte directe aux filets sociaux et aux programmes qui visent la protection des travailleurs. Ce que cette situation révèle, c’est que l’idéologie et les valeurs profondes de la société ont radicalement changé. D’une société consciente des enjeux communautaires et sociaux de ses politiques, nous avons tranquillement évolué vers une société où l’individualisme et le profit personnel ont maintenant préséance sur l’intérêt de l’ensemble. Cette conclusion se prouve facilement par les politiques adoptées par les pays fortement affectés par la crise économique. Dans ce sens, alors que la crise fut la conséquence directe des manipulations boursières d’une élite politico-économique gouvernante, il revient aux classes travaillantes d’assumer le coût des mesures de redressement. Comment se fait-il qu’un groupe restreint d’individus soit capable d’imposer ses intérêts et sa volonté à la société entière ? Comment avons-nous pu subir un recul aussi drastique des valeurs sociales, pour se rendre au point où la croissance et la viabilité économique priment sur toute autre préoccupation ?

La mondialisation permet dans une certaine mesure de répondre à ces questions. Dans un contexte d’interconnexion des économies nationales, une compétition pour attirer les industries productives et/ou de la relève ne pouvait manquer de s’installer. De nombreux pays en voie de développement ont su profiter de cette manne économique pour implanter sur leurs territoires des industries performantes, alors que pour d’autres pays une telle course a sonné le glas de leurs propres économies auparavant bien implantées. Les conséquences d’une compétition pour la productivité maximum au coût minimal n’ont pu que frapper avec force les travailleurs. Comment une compagnie pourrait-elle restée compétitive en traitant ces employés correctement, alors que ses rivales exploitent les leurs ? Les conditions de travail des salariés sont devenues le jouet d’enchères à la baisse où le pays qui offre le plus bas coût de production remporte la mise et attire à lui les industries. Comment, dans ce contexte, est-il possible de défendre les intérêts des ouvriers face au système économique lui-même ?

Les mesures protégeant les travailleurs, et jusqu’aux valeurs qui en sont à la base, ont été prônées et défendues par les syndicats. Depuis son origine, le syndicalisme a été un des acteurs importants derrière l’instauration des filets sociaux et de nombreuses autres mesures garantissant un soutien aux travailleurs. Dans une économie qui se situe au niveau planétaire et non même plus national, les syndicats constituent le dernier outil que possèdent les classes travaillantes pour faire valoir leurs droits. Si l’on désire garder les acquis essentiels que le syndicalisme a pu remporter au fil des décennies, il est d’une importance capitale que les syndicats restent là pour défendre leurs membres. Toutefois, certains opposeront le fait que les syndicats peuvent parfois se montrer capricieux et peuvent même protéger leurs ouvriers au détriment du développement de la société. À titre d’exemple, le Collège des médecins se trouve très réticent à l’idée de voir apparaître les super-infirmières, qui ont pourtant démontré leur efficacité en Ontario. En certaines occasions, la protection des membres d’un syndicat peut mener ce dernier à adopter une position qui va à l’encontre des intérêts de la communauté. Sur cet enjeu, il dépend des syndicats eux-mêmes de faire un choix judicieux dans leurs combats et de ne pas tomber dans une défense dogmatique des intérêts de leurs travailleurs, mais de toujours garder en vue les besoins de la société elle-même. Par ailleurs, dans une économie mondialisée comme la nôtre, il est impossible de négliger complètement le facteur de productivité, qui influe dans certains cas sur la survie même des entreprises, sans pour autant lui donner préséance sur tout. Il incombe aux syndicats de parfois faire des compromis avec les compagnies pour démontrer qu’ils sont conscients des enjeux plus généraux. La survie de nos propres industries va devoir passer par des concessions de tous les partis concernés. L’important reste que ces décisions ne soient pas prises unilatéralement mais qu’elles soient le fruit d’une concertation des différents acteurs pour trouver les solutions les plus appropriées et les plus souhaitables pour les intérêts de chacun. C’est en gardant une attitude d’ouverture que les syndicats peuvent conserver toute leur pertinence dans une société toujours plus complexe où apparaissent de plus en plus d’intérêts divergents. Pour véritablement incarner un rôle significatif, les syndicats doivent se révéler être plus que des regroupements de travailleurs d’une même industrie, ils doivent représenter la voix de la société en général.

En somme, bien que la situation ait beaucoup changé depuis leur apparition, les syndicats demeurent indispensables dans le monde contemporain. En effet, dans le contexte actuel qui a tendance à prioriser la productivité et le rendement sur toute autre considération, les acquis du syndicalisme sont constamment contestés, voire même bafoués. Dans ce sens, on assiste de nos jours à un recul des politiques sociales qui cèdent la place à des mesures économiques généralement peu soucieuses des intérêts des travailleurs. De plus, la mondialisation en elle-même représente un danger pour les conditions de travail, car elle crée un nivellement vers le bas de la qualité des emplois, tout cela à cause de la compétition qu’elle engendre entre les pays pour attirer les industries productives et d’avenir. Dans cette situation, le syndicalisme a encore un rôle à jouer pour protéger les classes travaillantes. Pour rester le plus pertinent possible, il lui revient cependant de défendre les intérêts généraux de la classe travaillante et d’adopter des positions éclairées et compréhensives qui prennent en compte le contexte global de la mondialisation.


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2 réactions à cet article    


  • alain_àààé 2 septembre 2013 16:55

    c est une bone synthese sur les organisations syndicales mais attention il faudra que la fin des emplois et des les 10millios de chomeurs se laissent dépouillé de tous leurs acquit. mais la seule chose qu a fait sarcko c est de maintenir en l état et avec les patrons cela permettra comme se connard de chéréque qui gagnait 8000e par mois comme respensable


    • Salade75 20 septembre 2013 13:52

      Bonjour,
      Vous démontrez que le syndicalisme est encore nécessaire.

      Malheureusement, les syndicats tels qu’ils existent en France eux, ne le sont plus, gangrenés qu’ils sont par les objectifs de maintien de leurs avantages et financement (ce qui permet de faire passer sans grève n’importe quelle loi ou restructuration à condition de leur garantir le maintien de leurs subventions et décharges syndicales, ou de leur omnipotence sur la sécu).
      Les intérêts des « travailleurs » ne sont plus abordés par eux qu’au travers de prismes corporatistes, principalement axés sur la défense de privilèges.
      Plus de vision globale, plus de vision de l’intérêt général.
      Leur fonctionnement est devenu semblable à celui des partis politiques, et ils sont ainsi devenus aussi inutiles qu’eux.

      Le syndicalisme oui, mais au prix d’une refondation totale des instances .

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Nathan Painchaud

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