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Le théâtre de la démocratie locale

Conservons au moins le pouvoir d'en rire ...
 

« C'est moi qui décide !  »

J'ai eu le prétendu privilège d'assister en tant que spectateur attristé à une séance du conseil municipal de notre bonne ville. Jamais, à ma grande honte, je n'avais pris la peine de me rendre à ce grand rendez-vous incontournable de la citoyenneté locale. Désormais, je comprends la pertinence de l'expression et, si peine il y a, c'est bien le sentiment qui ressort de ce triste spectacle qu'il me fut donné de déplorer.

Tout est convenu dans cette noble assemblée, imbue de son importance et de sa fatuité. Chaque intervention est calibrée, stéréotypée, fidèle au rôle que chacun doit tenir dans une distribution qui ne tolère guère l'improvisation et la surprise. Les interventions en effet relèvent du discours formaté, du catéchisme idéologique qu'il convient de servir à ses adversaires.

Il y a les thuriféraires du maître de céans, fidèles parmi les fidèles, soucieux de ne pas trahir la moindre pensée contraire à la ligne défendue. Il y a les opposants, attachés à toujours prendre le contre-pied du Prince tout en feignant parfois d'être en accord sur un sujet donné. Il y a les décalés, présents ici pour faire nombre et qui ont parfois accès à une parole qui n'est pas leur tasse de thé. Il y a encore les faire-valoir, taiseux qui sont là pour meubler et obéir aux attentes du clan dont ils sont issus.

Car, rien de ce qui est dit ici ne changera le cours des choses. Tout est bouclé, joué d'avance et ces débats n'en sont pas. Personne ne songe un seul instant qu'une proposition puisse infléchir la ligne prévue, qu'une idée puisse émerger et s'avérer meilleure que ce qui est sorti du chapeau majoritaire. La nuance n'a pas sa place en cette assemblée qui campe sur ses positions respectives.

Les mots entrent dans le ronron de la farce qui nous est imposée. Ils sont nécessairement issus de la langue de la communication sans âme. Ces mêmes mots reviennent en boucle, sont déclinés jusqu'à la nausée : la renommée, la grandeur de la ville, le prestige, la gloire, la culture, l'ouverture au monde et autres merveilleuses notions si loin des réalités quotidiennes.

La syntaxe n'est pas toujours à l'honneur. Certains intervenants ne sont pas des manieurs de la langue. Ils s'embrouillent, commettent des lapsus, des maladresses et des confusions alors que manifestement, tout a été prévu. D'autres, bien plus expérimentés, nous servent un texte irréprochable sans ce supplément d'âme que permet la sincérité. J'ai néanmoins entendu deux ou trois interventions qui échappaient à la langue de bois : il faut en remercier ceux qui ont osé parler avec leur cœur !

Naturellement, la démocratie, ses règles, ses procédures, ses principes sont dans toutes les bouches. Qu'importe alors si ce n'est qu'un vœu pieux que fracasse la réalité de la tragédie qui se déroule interminablement dans cette enceinte. La parole est contingentée, réglementée, bornée et le dernier mot revient à celui qui préside, souverain tout puissant qui n'hésite pas à tancer, moquer, ironiser ou ignorer les propos des comparses.

L'homme est cassant souvent vis à vis d'une adversaire qui aime à donner le bâton pour se faire battre. Il faut reconnaître que l'exaspération vient rapidement à l'écoute de celle qui est censée représentée l'alternative. Les deux adversaires sont dans des registres diamétralement opposés et il ne sort rien de digne de ces joutes fictives et convenues. Curieusement, le maître de cérémonie semble plus enclin à accepter les remarques d'adversaires plus radicaux qui usent quant à eux, d'une parole bien plus sincère.

Tout ceci n'est pourtant que pure façade. Il n'y a pas de vie dans ces échanges, simplement une pièce qu'il convient de jouer pour maintenir le simulacre de la démocratie. Entre arguties, postures figées et simagrées codifiées, le spectateur en vient à douter de l'intérêt du spectacle à lui imposé, sans pouvoir réagir aux inévitables travestissements de la vérité qui passent ici comme une lettre à la poste.

Loin de moi le désir de dénigrer les acteurs. Ils sont enfermés dans une distribution qui les entrave, qui les fige sur des stéréotypes. Ils subissent plus qu'ils n'influencent le spectacle qui se déroule dans une mécanique inhumaine et d'un ennui sidérant. Ainsi donc, la démocratie ce serait cette parodie qui n'en finit pas de s'étirer sans surprise ni envie. Il est naturel de constater la désaffection des électeurs quand le résultat est aussi médiocre.

Tout ce qu'il m'a été donné d'entendre était couru d'avance. Comment peuvent-ils simuler ainsi la conviction quand les cartes sont biseautées, les dés pipés et les répliques inutiles ? Comment peuvent-ils inlassablement participer à ce pensum pompeux et anesthésiant ? Comment se rendre en cette instance sans se désespérer du spectacle qui y est proposé ? Le plus drôle c'est que le maire était absent et que je ne m'en étais même pas rendu compte tant il était parfaitement suppléé par celui qui brigue la place au prochain mandat et qui, tout comme lui, est député, position qui donne de l'importance et de la confiance. Manifestement il se voit déjà à la place du calife.

Finalement, je pars bien avant la fin de ce triste spectacle. J'imaginais que le conseil municipal était l'ultime instance qui maintenait un semblant de vie à notre démocratie. Même ici,surtout ici, elle est figée sur des positions qui ne permettent nulle modulation, nul échange constructif. Pire, il apparaît évident que le maître du jeu dispose d'un pouvoir sans partage. Décidément, il n'est plus rien à conserver dans cette République qui s'inspire de manière évidente des principes qui prévalaient dans l'ancien régime …

Désillusionnement leur


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8 réactions à cet article    


  • fred.foyn Le p’tit Charles 22 mai 2015 14:21

    +++++ En effet un bien triste spectacle de nos « zélites »... !

    A l’assemblée c’est le même spectacle..comme au Sénat...Des « bouffons » en représentation.. !
    Affligeant...

    • C'est Nabum C’est Nabum 23 mai 2015 09:16

      @Le p’tit Charles

      Tant que la politique demeurera un métier, nous aurons des comédiens aux commandes et non des braves gens qui l’espace d’un mandat se consacrent aux autres.

      Ce point est essentiel dans un véritable démocratie mais hélas, les lois sont votés par les plus corrompus du système


    • bernard bernard 22 mai 2015 20:59

      Même constat chez moi...

      Aucun débat possible.

      Vous avez dit démocratie ?
      Excusez moi, j’avais compris...dictature !

      Ch...

       smiley




      • C'est Nabum C’est Nabum 23 mai 2015 09:17

        @bernard

        Ne leur faites pas ce plaisir

        Ils n’ont pas assez de talent pour se prétendre apprentis dictateurs
        ce ne sont que les valets de leurs maîtres, les lobbies de toutes sortes


      • Jean Keim Jean Keim 23 mai 2015 08:48
        Le pouvoir devient une habitude de vie, ceci à tous les niveaux de la société et ça commence avec les petits chefs.
        J’ai eu le même ressenti à une délibération du conseil municipal du chef-lieu de mon département, confirmé par la position tranchante du maire, j’ai été élu c’est MOI qui décide.


        • C'est Nabum C’est Nabum 23 mai 2015 09:19

          @Jean Keim

          L’absence de contre-pouvoir est une hérésie
          Notre système favorise des êtres sans valeur, corrompus par le pouvoir et parfois l’argent
          Ils s’érigent en chef suprême car les règles interdisent le débat réel

          Tout est à reprendre à la base


        • zygzornifle zygzornifle 23 mai 2015 10:51

          la démocratie c’est l’art de faire payer la vaseline par ses citoyens ....

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