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Les citoyens manipulés et méprisés

Le recours à la violence et aux séquestrations comme moyen de dialogue social fait actuellement l’objet de nombreux débats dans les médias. Dune manière générale, les partis de gauche et les syndicats, interpelés par des intervenants plutôt conservateurs, sont « sommés » de dénoncer ces actions et de s’en désolidariser publiquement.

Le droit national au secours de l’ordre mondial
 
Parmi ces derniers, les « constitutionnalistes » en appellent aux grands principes comme celui du droit de libre circulation des personnes ou bien de la propriété qui seraient bafoués par quelques individus. Les seconds, les tenants de l’ordre, adoptent des postures martiales pour bien faire savoir qu’ils ne sont pas responsables de la crise « qui est mondiale », et se retranchent derrière la force publique et la justice, derniers remparts d’un état qui a déserté le champ de la régulation économique pour s’en remettre exclusivement à la loi du marché.
 
Tous suent à grosses gouttes et prient en silence pour que la crise se termine rapidement et que chacun recommence à spéculer tranquillement sur le dos du citoyen et à l’exploiter, quel que soit son pays, pourvu qu’il y ait des marges financières à la clef.
 
Ces bonnes âmes dissertent sur l’irresponsabilité de ceux qui comprennent les violences et qui les excusent. Ils attribuent ces actions à quelques individus extrémistes pour effrayer le bon peuple et ainsi sans doute essayer de dissuader les personnes « raisonnables » de basculer dans le radicalisme.
 
On n’est pas loin des thématiques de la théorie du complot et de de la lutte des classes, si pratiques en temps de crise, et qui permettent de stigmatiser les extrêmes, voire d’embastiller un ou deux lampistes, pour l’exemple, après avoir fait voter dans l’urgence quelques lois sécuritaires qui seront appliquées par les forces de l’ordre économique.
 
La main moite du marché
 
Selon ces parangons de l’ordre économique mondial moribond, personne n’est responsable de la crise. C’est la main invisible du marché, censée nous guider vers des lendemains qui chantent, qui a déclenché ce cataclysme planétaire, et nous devons serrer les rangs pour nous sortir collectivement du marasme, oui, vous lisez bien : collectivement, les erreurs de quelques uns devant être expiées par tous.
Et c’est bien cela qui pose problème : cette main insaisissable et invisible qui vient de s’abattre sur notre gueule et dont on voudrait nous faire croire qu’elle échappe à toute règle puisque l’économie est mondialisée, qu’elle est au dessus de toute gouvernance démocratique et surtout qu’elle se doit de continuer à considérer le travailleur lambda comme une simple variable d’ajustement pour prospérer.
 
Le marché de dupes
 
Le problème c’est que l’on voudrait nous obliger à partager l’analyse, en demandant à ceux qui subissent directement les effets de la crise, de faire encore un peu plus d’efforts que d’habitude, en vue de nous aligner sans doute sur le revenu moyen annuel d’un chinois.
Hier, en période de croissance, on aurait aimé que ces bonnes âmes partagent un peu plus au lieu de spéculer sur les marchés financiers, ou de placer leur argent bien à l’abri du fisc dans des paradis fiscaux qui continueront à exister malgré les rodomontades de nos gouvernants. On aurait aimé de ceux ci qu’ils nous proposent un autre mode de vie que celui qui consiste à vivre à crédit, qu’il y ait un peu plus d’éthique, de dialogue nord sud, de morale dans les affaires et les rapports sociaux. Mais on ne se refait pas, et une fois la crise passée, ces indécrottables recommenceront comme avant. Ont-ils seulement changé de comportement depuis le début de la crise ? La réponse est bien entendu négative tant pour les gouvernants économiques que les gouvernants politiques qui servent de faire valoir aux premiers et qui mettent à leur disposition nos deniers milliards financés par l’impôt pour tenter de boucher les gouffres financiers creusés par ces incapables et ces tricheurs.
 
Lendemains de fête
 
C’est vrai que nous n’avons pas été raisonnables, que nous votons régulièrement pour des partis politiques, si peu influents soient-ils, qui ne jurent que par l’économie de marché, le libéralisme, conseillés par des gourous, des pseudo économistes, des ignorants, au mieux des lobbyistes appointés par des intérêts privés en mal de privatisation d’activités du secteur public.
 
Nous nous sommes laissés bercer par la douce illusion entretenue selon laquelle le système était le meilleur, qu’il nous assurerait indéfiniment la prospérité, et que les quelques laissés pour compte trouveraient leur salut dans les amortisseurs sociaux.
C’était avant, avant le mépris. Les banques nous faisaient crédit, nos enfants avaient encore quelques perspectives d’emplois, mal payé, certes, mais quand même, les franchises médicales et la grande distribution n’avaient pas encore entamé notre pouvoir d’achat, on ne nous avait pas encore parlé des 40 heures payées 35 pour sauver l’emploi, pas proposé un emploi en Roumanie payé 350 euros parce que le notre était supprimé en France, on n’envisageait pas de nous faire travailler le dimanche, ni d’attendre 65 ou 70 ans pour toucher une retraite minable, on n’avait pas fermé l’hôpital à côté de chez nous ni le bureau de poste, on ne payait pas des loyers exorbitants pour des taudis, les riches n’avaient pas l’indécence de dire qu’on avait raté sa vie si on n’avait pas une montre de prestige à 50 ans, certains patrons ne touchaient pas 300 fois le SMIC, des stock options en pagaille, des indemnités de départ faramineuses même lorsqu’ils avaient failli, des retraites démesurées, les services publics n’avaient pas été privatisés et leur coût pour l’usager multiplié, nos universités ne périclitaient pas au profit des écoles et autres instituts privés à vocation commerciale, nos parlementaires qui ne servent plus à grand chose n’avaient pas encore déserté les bancs des assemblées, on ne changeait pas de trottoir si l’on voyait arriver un patrouille des forces de l’ordre, on n’aurait pas imaginé qu’on puisse nous vendre un jour une plaquette de beurre de 235 g pour le même prix qu’une de 250, on ne pensait pas que l’on traiterait les étrangers de Calais de manière indigne, que la politique avec le tiers monde se résumerait au nombre d’expulsions...etc, etc...
 
L’arrogance des ignorants
 
Voilà, tout cela pour dire que ceux qui dénoncent les actions violentes et les séquestrations pour les imputer aux quelques boucs émissaires habituels, camelots du grand soir et des lendemains qui chantent, n’ont rien compris à ce qui se passe ou ne veulent pas comprendre. Leur analyse sur le sujet est tout aussi minable que celle qu’ils font du monde merveilleux dans lequel ils pensent que nous vivons. Obnubilés par la pensée économique unique, aveuglés par les discours ultra libéraux, ils perdent tout sens critique jettent aux orties les quelques valeurs morales qui leur restaient et crient au loup dès qu’un délégué syndical élève la voix. C’est la peur de perdre leurs petits pouvoirs et leurs privilèges qui les guide.
 
Ils se voilent la face et agitent le spectre de la radicalisation en brandissant l’épouvantail bien pratique de l’extrême ou de l’ultra gauche comme si la peur de la violence pouvait inciter le bon peuple, qui doute de plus en plus, à rester bien sage. Ils passent leur temps à trouver des responsables à quelques débordements au lieu de s’en prendre à ceux qui nous ont mis dans la panade et qui continuent à se dorer au soleil de leurs lingots d’or.
 
Un contexte particulièrement délicat
 
Le monde a changé, pas en bien. Ceux qui subissent la situation vivent les choses de manière abrupte, avec les difficultés qui s’accumulent, les traites impayées, les découverts bancaires, les réponses négatives aux demandes d’emploi, le climat familial qui se détériore. Ils sont de plus en plus nombreux à vivre ce quotidien, y compris parmi ceux qui ont eu la naïveté de croire les promesses électorales de la dernière élection présidentielle.
 
Il ne serait pas étonnant, si la situation sociale devait se dégrader, les actions radicales se multiplier, que les professionnels de l’agitation, de « l’accompagnement du mouvement social », les syndicats et les partis politiques d’opposition n’en soient pas à l’origine, ne maîtrisent rien et soient totalement débordés par la situation.
Si cela devait se produire, il s’agirait alors d’un mouvement de fond, au schéma incontrôlable, provoqué par le rejet profond du modèle de société qu’on nous impose depuis trente ans et de ses élites.
 
Il serait temps de retrouver certains fondamentaux, de relire la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, par exemple, et pas uniquement dans le sens restrictif de ceux qui craignent pour la pérennité de leurs privilèges, mais dans sa globalité et dans son esprit.
par Michel DROUET (son site) mercredi 29 avril 2009 - 24 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par zeus_90 (xxx.xxx.xxx.43) 29 avril 2009 12:10

    Ah enfin, voilà un texte que j’attendais depuis longtemps. Enfin un humaniste éclairé mais lucide.

    A la lumière de tous ces évènements, nous constatons, 20 ans après la chute du Communisme, que notre système est en fin de course et au pied du mur.

    Ce système, sensé , être meilleur, économiquement et humainement, que le Communisme, est dévoyé depuis des décennies. Spéculation et exploitation sont les maitres mots, quand au facteur humain il n’existe plus.

    Merci pour cette analyse lucide de notre "monde" actuel. Il serait grand temps que les gens bougent et que la grogne se fasse entendre dans la rue. Levons nous et faisons comprendre a ces potentats que le peuple est maître de son destin.

  • Par bob (xxx.xxx.xxx.58) 29 avril 2009 13:42

    Article remarquable et fonde qui me laisse a penser que votre service a beaucoup perdu lorsque vous etes partis a la retraite.

  • Par bulu (xxx.xxx.xxx.227) 29 avril 2009 11:38

    Bonjour,

    Ce que dit l’auteur est bien vrai mais le mouvement de fond, "au schéma incontrôlable, provoqué par le rejet profond du modèle de société qu’on nous impose depuis trente ans et de ses élites." n’est pas là.

    Il ne faut pas oublier que la crise actuelle est due à une bulle immobilière deraisonable qui a entrainé une bulle du crédit. Cette bulle immobilière, bien qu’initiée par les lobbies a quand même été gonflée par le peuple : sa volonté d’acheter maintenant pour revendre plus tard à son homologue mais bien plus cher, sa volonté de faire du fric sur le dos des autres, son esprit moutonier, sa faiblesse à accepter des prix décorellés de tout fondamental.
    Je ne crois pas que cette bulle immobilière eut été possible s’il y avait vraiment un rejet profond du modèle de société actuel.

  • Par Le péripate (xxx.xxx.xxx.212) 29 avril 2009 13:59
    Le péripate

    C’est une idée ça ! A quand la séquestration de quelques inspecteurs des finances pour protester contre l’impôt ? A quand la séquestration d’un conseil communal pour protester contre le manque de terrain à bâtir ? A quand la séquestration de quelques syndicalistes pour protester contre les réglementations abusives qui briment l’emploi ? Vous savez que vous pourriez donner des idées à quelques uns.

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