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« Les élus locaux (comme la cigale de la fable) ayant chanté tout l’été… »

Il aura fallu la crise financière et la baisse des recettes fiscales, ainsi que la diminution des dotations d’Etat pour que les élus locaux découvrent enfin les vertus des économies budgétaires. Et, comme il faut bien expliquer ce revirement aux électeurs, un peu inquiets de la hausse constante de la fiscalité locale ces dernières années, ces élus déploient des écrans de fumée et évitent de parler de l’essentiel : leur propre responsabilité et leurs petits travers.

Il y a les politiciens qui nous disent que c’est la faute au pouvoir en place qui ne compense pas financièrement les transferts de compétences de l’Etat vers les collectivités locales. Ce n’est pas faux, sauf qu’il y a quelques années, ces mêmes collectivités, les départements, notamment, ont pu réaliser des économies lors de transfert de l’Etat en restructurant et en gérant mieux. De cela, on ne parle plus, même si ces économies ont permis à l’époque le lancement des politiques facultatives qui valorisent tellement l’ego de ces élus mais qui les privent aujourd’hui de marge de manœuvre financières.

Donc, on taille dans les subventions versées aux associations ou aux autres collectivités : moins 20% par-ci, moins 30 % par là avec parfois des conséquences pas forcément mauvaises pour certaines associations qui avaient pris l’habitude de vivre sur un grand pied, voire de thésauriser, et qui vont être obligées d’adopter des règles de gestion un peu plus saines et un peu plus transparentes.

Même chose pour les communes et intercommunalités bénéficiaires de subventions des Départements, qui vont être amenées à regarder d’un peu plus près leurs dépenses.

Cela serait souhaitable en matière d’aménagements urbains, par exemple, lesquels font qu’aujourd’hui tous les centres villes se ressemblent et toutes les voiries présentent le même aspect de parcours du combattant avec les chicanes, les obstacles au sol et les panneaux de signalisation et les réverbères plantés tous les quinze mètres.

A la lecture de la presse locale on perçoit que les communes commencent à prendre la mesure des difficultés financières qui les attendent. Elles commencent à préparer les citoyens en leur servant surtout le couplet habituel des économies de fonctionnement avec une préférence marquée pour le thème du « développement durable ».

Au hit parade actuellement, les économies sur l’éclairage public que l’on éteindra la nuit pour diminuer la facture (on sent qu’on vise l’essentiel). On apprend au passage que le maintien de l’éclairage la nuit n’avait aucune incidence sur la délinquance (il n’y a pas plus de cambriolage dans les villes non éclairées). Comme autre argument imbécile pour justifier ces économies, on nous rappelle de manière récurrente, par exemple, que la Bretagne ne produit que 8% de l’électricité qu’elle consomme, comme si les autres provinces (l’Ile de France, par exemple) étaient toutes autosuffisantes.

On notera par ailleurs que peu de collectivités envisagent de baisser leurs investissements afin de ne pas heurter de front les différents lobbies qui menacent à la première occasion de supprimer des emplois si les enveloppes annuelles d’investissement sont diminuées. Ces investissements sont simplement « différés » ou « reprogrammés » - doux euphémismes - ou bien on fait traîner les études en longueur, ce qui revient au même.

A titre d’exemple, les responsables du B.T.P. Breton déclarent qu’il y a « urgence à remettre du carburant dans la chaudière » : qu’en termes choisis ces choses là sont dites...

Ces grands philanthropes, adeptes pour beaucoup de la philosophie libérale semblent oublier que leurs carnets de commandes sont garnis grâce à l’argent public, c’est-à-dire nos impôts, qui, pour une part, sont aussi leurs profits.

Il est dommage qu’il ait fallu cette crise pour que les élus locaux comprennent que la progression des dépenses aurait un jour une fin, alors même que la mise en place d’une gestion plus raisonnable et plus rigoureuse aurait atténué le choc auquel nous sommes confrontés aujourd’hui.

Tout cela nous montre qu’en période de vaches grasses nos chers élus locaux ne se sont guère souciés de faire des économies, même sur des postes secondaires de dépenses comme les dépenses d’énergies

Tout cela nous montre également que les élus locaux se sont enfermés dans cette logique de dépenses et qu’ils ont, par le passé, généreusement fertilisé le terrain électoral à coup de subventions versées à des tiers (communes, intercommunalités, associations) ou à coup de marchés publics.

Tout cela nous montre aussi qu’il n’est pas facile de sortir de ces comportements et de cette logique, au risque de voir s’envoler la perspective du renouvellement des mandats.

Alors ne soyons pas étonnés que les discours et la communication des élus soient à la mesure de ce dernier enjeu, qu’ils ne dévoilent que l’écume des choses, et qu’ils soient exempts de toute autocritique.


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6 réactions à cet article    


  • pragma 23 février 2010 17:57

    Qui, sinon les départements, appliquait à fond la possibilité de percevoir les DMTO ( droits de mutation à titre onéreux, à savoir une forte partie de ce que l’on nomme faussement les frais de notaire) ? Sauf erreur, la fourchette permise par la loi est de 1,5 à 3,6%. Conséquence : tous les départements sont à 3,6% : on s’est gavé, pas d’autre mot...

    l’assiette de cette taxe est la valeur de vente immobilière, qui a largement augmenté depuis 8 ans, quand ce n’est pas doublé, sinon triplé. On n’a pas vraiment entendu les Conseils généraux se plaindre que l’immobilier augmentait, puisque c’était leur fromage qui prenait de la valeur...

    Double peine pour le citoyen qui s’est défoncé financièrement pour loger sa famille, et se rapprocher de son lieu de travail...

    Alors, les plaintes de ces Messieurs qui ont de la peine à boucler leurs budgets...Lamentable !


    • Michel DROUET Michel DROUET 24 février 2010 09:12

      Merci de le rappeler l’existence des DMTO
      On a tendance à incriminer la hausse des impôts locaux, mais de cette taxe, on entend rarement parler et pour cause : un recouvrement par les notaires et des contribuables ciblés qui ne remettront pas leur projet en question et paieront donc cette taxe bon gré mal gré.
      La bulle immobilière a dopé ces recettes pour les départements qui ne se sont pas beaucoup élevés contre cette spéculation, y compris les élus de gauche, trop contents de toucher le jackpot.


    • Markoff 23 février 2010 17:59

      Voilà un article qui me fait un grand plaisir. Merci à l’auteur.

      Déjà longtemps que je m’interroge sur la politique budgétaire des élus locaux qui n’arrêtent pas, pour des questions électoralistes évidentes, de faire des emprunts pour des investissements pas toujours judicieux... Vivre à crédit, c’est leur idéal, les communes sont endettées sur 10, 15, 20 ans, et la fuite en avant continue chaque année, bon prétexte pour augmenter régulièrement les impôts. L’intercommunalité qui, théoriquement, aurait dû voir des mises de moyens en commun et générer des économies, n’a fait qu’augmenter les dépenses de fonctionnement.
      Il faudrait aussi revoir les conditions de passages de marchés, beaucoup d’entreprises se sucrent sur les communes avec des devis scandaleux. ( pots de vin ?...)

      Pour quand une gestion saine, c’est à dire économiser avant de dépenser et ne plus être en dette perpétuelle ? Adapter exactement les dépenses aux recettes. Et revenir à un peu de sobriété. On peut se passer de certains éclairages inutiles et du feu d’artifice du 14 juillet sans que celà nuise à notre bien-être...



      • Michel DROUET Michel DROUET 23 février 2010 19:22

        Beaucoup d’entreprises se sucrent, c’est une réalité mais je ne pense pas que les pots de vins existent encore. On parle plutôt de financement des campagnes électorales, ce qui créé un lien évident entre les entreprises et les collectivités via les partis politiques et qui incite à retenir ces entreprises au titre de la « mieux disance » lors des appels à concurrence.

        Par ailleurs, les grands groupes du BTP, des transports, de la distribution de l’eau ou de la restauration collective se sont organisées pour éliminer la concurrence en rachetant les entreprises locales, par conséquent elles sont en situation de quasi monopole et elles imposent leurs prix et réalisent au final des marges conséquentes, parfois scandaleuses.

        Le marché des collectivités locales échappe ainsi de plus en plus aux PME locales qui sont condamnées au mieux à la sous traitance


      • paul 23 février 2010 18:33

        La réforme est nécessaire : empilement des structures administratives ,gaspillage d’argent public , clientélisme . D’accord avec ce beau principe , mais :
        - le citoyen est exclu des débats , ce qui contraste avec celui , artificiel , sur l’identité nationale .
        -le tour de vis budgétaire pour les collectivités (plus de 11 milliards) conduira à la hausse des
        impôts locaux , à la réduction de la commande publique et donc de l’emploi dans les entreprises.
        -projet de scrutin à 1 tour , ce qui favorisera mécaniquement l’ UMP ,exclu des Régions .

        « l’illusioniste » ou plutôt « le Liquidateur » réforme au galop , taille à la hache dans les budgets des services publics pour être le bon élève de cette Europe libérale qui court à la faillite .
        Vous écriviez « cette dette publique qu’il faudra bien payer un jour » : on sait qui va payer , vous et moi . Le rôle du politique ne se réduit pas à supprimer, mais à faire payer ceux qui le doivent.....


        • Michel DROUET Michel DROUET 23 février 2010 20:39

          Comme vous je m’élève contre l’exclusion des citoyens de ce débat. J’ai traité ce sujet dans un autre article « Gouverner c’est faire croire » publié sur ce site et sur mon blog.
          S’agissant du tour de vis budgétaire, je persiste à penser qu’une meilleure gestion par les collectivités atténuera la hausse de la fiscalité locale. Dans ce domaine également les citoyens doivent se faire entendre.
          Pour le reste, je suis bien d’accord pour dire que les impôts ne sont pas perçus en fonction des capacités contributives de certains (exilés fiscaux et bénéficiaires du bouclier fiscal par exemple) qui sont protégés outrageusement par le pouvoir en place.

          http://michelumix.over-blog.com

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