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Accueil du site > Actualités > Citoyenneté > Les non-dits de la réforme des rythmes scolaire

Les non-dits de la réforme des rythmes scolaire

Si la modification des rythmes scolaires faisait a priori consensus à l’origine, il semble qu’à l’instar de toute autre réforme en ce moment, elle soit fermement combattue et ce, pour des motifs pas toujours en lien avec l’intérêt des élèves.

C’est pourquoi il faut être prudent sur les contours et les motivations de ce combat qui s’ajoute aux autres « révoltes » et « contestations » actuelles : bonnets rouges, verts ou jaunes, la force du symbole est bien là pour assurer une bonne couverture médiatique au risque de faire récupérer ces mouvements par d’autres aux motivations plus obscures.

S’agissant des rythmes scolaires, les revendications sont plus complexes. Si beaucoup étaient d’accord pour revenir sur la semaine de quatre jours, les modalités étaient loin de faire consensus.

Le poids des lobbies

Les syndicats des hôteliers et des voyagistes ont obtenu ce qu’ils voulaient, à savoir qu’il ne fallait pas toucher au sacro-saint week-end, dont la suppression aurait sans doute également provoqué « des dizaines de milliers de licenciements » dans la branche. Alors exit le samedi matin comme jour scolaire, même si les adeptes du week-end à la mer ou à la campagne ne représentent qu’une infime partie des parents d’élèves. Les lobbies ont bien fait leur travail et les élèves doivent donc travailler le mercredi matin alors que le samedi matin aurait semblé plus opportun pour leur bien être.

Les enseignants, les parents et les intervenants communaux

Les revendications des intervenants communaux ou associatifs qui organisent et encadrent les activités hors du temps scolaire peuvent être légitimes et il faut les entendre. Une réforme de cette envergure nécessite une organisation sans faille, un temps d’adaptation et des moyens, pas toujours au rendez-vous, certaines communes étant tentées de faire le minimum.

Les revendications des enseignants sont parfois plus difficiles à cerner et mettent souvent en avant l’intérêt des enfants, argument bien commode parfois et qui peut masquer des revendications catégorielles plus classiques sur l’organisation du temps de travail des enseignants (5 jours au lieu de 4 dans la réforme Sarkozy).

Certains parents suivent le mouvement de protestation, d’autres pas. C’est selon : l’organisation varie d’une commune à l’autre et le suivisme politique n’est pas étranger aux attitudes.

La « fronde » des élus locaux

La réforme adoptée, il a fallu convaincre les élus locaux de mettre en place des activités permettant de meubler les temps libérés dans les autres journées par l’ajout du mercredi et c’est là que les choses ont commencé à déraper et que le clivage gauche/droite, même s’il n’est pas absolu en l’espèce, a ressurgi fort opportunément.

Ce clivage peut être illustré par l’appel d’une cinquantaine de maires classés à droite qui en appellent à la désobéissance s’agissant de la mise en œuvre de la loi. Nous avions eu il y a quelques mois un tel mouvement de refus en ce qui concerne le mariage pour tous. Ce qui doit inquiéter dans cette démarche c’est la multiplication des appels à la désobéissance civique par des élus locaux dépositaires de l’autorité de l’Etat de par leur fonction. Assisterons-nous à la multiplication de ces appels dans les prochains mois au risque de saper l’autorité d’un gouvernement légitimement élu ? En d’autres termes, certains élus chercheraient-ils à obtenir par la rue ou par le blocage ce que le suffrage populaire leur a refusé, jouant ainsi avec le feu de l’extrémisme ?

Gouverner, c’est choisir : l’éducation ou le goudron et le béton

L’argumentaire développé est toujours le même : « cette réforme coûte cher » et les communes n’auraient pas les moyens d’assumer ces nouvelles dépenses. Le comble du cynisme aura été franchi avec un reportage télévisé sur la ville de Cannes, ville dans le besoin financier s’il en est.

L’Etat, lui-même en grandes difficultés financières, racle les fonds de tiroirs et cherche de nouvelles recettes fiscales. De leur côté certaines communes ne roulent pas sur l’or, du fait de leur endettement, des moindres recettes fiscales en raison de la crise ou de la baisse de leur population.

D’autres vivent confortablement ne veulent surtout pas remettre en cause la moindre de leurs dépenses et considèrent la réforme des rythmes scolaires comme une atteinte à leur indépendance.

Où est l’indépendance lorsque le pays va mal ? Les collectivités locales ne doivent-elles pas être mises à contribution pour une réforme, si imparfaite soit-elle, destinée à favoriser les apprentissages des élèves ?

En d’autres termes, et pour être plus précis, faut-il continuer à faire des ronds points, des aménagements urbains et autres dispositifs de sécurité dont l’utilité est loin d’être avérée et qui ne sont rien d’autre qu’un système de droits acquis des entreprises de BTP et de Voirie ? Et tout cela pour continuer à dire que les collectivités assurent 71 % de l’investissement public en France : triste record !

Autre question : les communes seules ne peuvent pas faire grand-chose en dehors de l’intercommunalité : le système doit être élargi à des aires intercommunales pertinentes (échelles des Pays) qui permettront la mise en œuvre de solidarités nouvelles et des économies d’échelle.

Oui mais voilà, il faudrait que les Maires se remettent en cause, dépassent les clivages des territoires et des appartenances politiques, et cela pour le bien commun. On en est encore loin !

Beau sujet de discussion au congrès des Maires qui s’ouvre aujourd’hui…

 


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19 réactions à cet article    


  • claude-michel claude-michel 20 novembre 2013 09:13

    Bof...Peillon ne déroge pas aux problèmes des différents ministres de l’EN depuis belle lurette...L’incompétence...A quand remonte le dernier ministre a la hauteur de la tâche.. ?

    La « Tragédie » se trouve dans le système éducatif dans son ensemble...et ce n’est pas en rajoutant une matinée que la BAUDRUCHE va changer.. ?
    Pauvre France...

    • Alois Frankenberger Alois Frankenberger 20 novembre 2013 11:56

      Le problème c’est pour les parents qui ont congé le samedi et qui devront quand même se lever pour amener les gosses à l’école en plus de trouver une solution - payante le plus souvent - pour le mercredi matin alors que là ils sont au travail.

      On se demande à quoi joue le gouvernement pour faire des réformes qui vont faire chier tout le monde.

      Ils veulent arriver à 0 % de satisfaction dans les sondages ?


      • Bulgroz 20 novembre 2013 14:32

        Estrosi a trouvé la parade.

        Son Budget 2014 pour la ville de Nice contiendra 0 Euro pour cette réforme.

        Par contre, il demandera aux fonctionnaires de Peillon (le rectorat) de la mettre en place eux mêmes. C’est eux qui ont décidé, c’est eux qui font et qui paient.


        • viva 20 novembre 2013 14:39

          Pour infos, les instituteurs travaillaient le mercredi soutiens, formations, concertations,....même après la réforme Sarkozy. Ils n’y a eut aucune modification des obligations de servies des enseignants. Ça c’est une certitude.

          J’ignore si il y a des raisons cachées de la part des enseignants ce qui est sur c’est qu’il ne s’agit pas de leur service.

          Je serais tenter de penser qu’ils constatent effectivement qu’ils que les nouveaux rythmes ne sont pas bons pour les enfants et qu’ils le font savoir.
          Si vous cherchez des raisons prétenduement cachées de l’absence de cours le samedi, on peux imaginer le lobbying de tout le monde et peut être même des causes religieuses.

          • benalgue 20 novembre 2013 15:07

            bonjour,
            il me semble que d’aller à l’école uniquement le matin du lundi au vendredi est plus que suffisant l’après midi sera consacré au sport à la musique à la peinture au travail du bois à des stages en électricité ou mécanique au théâtre à des stages d’informatique etc etc alors oui c’est peut être pas facile à mettre en place mais c’est dans l’intérêt de l’enfant mais je pense que tout le monde des adultes s’en fout.....je ne connaît pas la loi peillon mais il me semble que c’est un peu la direction qu’il veut prendre ? si c’est le cas je ne comprends pas pourquoi on lui saute à la gorge


            • viva 20 novembre 2013 17:02

              En résumé vous parlez sans savoir.

              Il y a des gens qui sont des professionnels qui vous disent que cela ne fonctionne pas bien ainsi.
              comprendriez vous que quelqu’un qui n’y connait rien vienne vous expliquer ce qui est bien ou non ?


            • OuVaton OuVaton 20 novembre 2013 15:40

              Bon article pas manichéen pour une réforme qui pourrait marcher.

              Il y a quand même un point qui chicane très fort c’est la candidature de Peillon aux européennes... Une bien belle perche tendue aux maires UMP récalcitrants.

              Le président ou le premier ne pourrait-il pas lui dire : « Vincent, c’est ta réforme et uniquement ta réforme. Au lieu d’aller à Bruxelles ou Strasbourg tu fais la sortie des écoles à 15:30 et le mercredi et tu prêches pour ta réforme, au boulot ! »

              Eh bien non, il va se retrouver tête de liste. Et moi, pour changer, je ne voterai pas socialiste. Ces mecs se croient vraiment tout permis.


              • non667 20 novembre 2013 16:30

                à michel drouet
                Les syndicats des hôteliers et des voyagistes ont obtenu ce qu’ils voulaient, à savoir qu’il ne fallait pas toucher au sacro-saint week-end,

                sacro-saint  est le bon mot  !
                 le dimanche pour les catholiques
                le samedi sabbat pour les juifs !
                en attendant le vendredi pour les musulmans ?etc.........

                pauvre france ! smiley smiley smiley smiley smiley


                • viva 20 novembre 2013 16:59

                  Je suis pour des week end de trois jours


                • Werner Laferier Werner Laferier 20 novembre 2013 17:35

                  Il faudrait que tous ses gens apprennent à travailler pour servir l’état au lieu de perdre du temps en grèves, congés, et compagnie, le temps, c’est de l’argent, il ne faut pas perdre du temps en futilité, ces enfants ont perdu probablement des heures de cours du fait de leurs professeurs grévistes, des heures gâchés qui auraient pu permettre aux enfants d’aborder notre monde moderne plus consciencieusement, de travailler surtout les matières scientifiques dont les Math.
                  En Corée du sud, c’est 20 H de cours non-stop, sans compter les aides après les cours, la Corée du Sud est actuellement une puissance économique.


                  • Xenozoid Xenozoid 20 novembre 2013 17:42

                    ok werner en quoi 20 hours a day, est une evolution ?


                  • urigan 20 novembre 2013 17:49

                    Formidable !

                    Et que font-il des quatre heures qui restent ?

                     smiley


                  • Xenozoid Xenozoid 20 novembre 2013 18:04

                    werner a inventé l’esclave,c’est pur cela qu’il les aime, un peux comme spartacus, mais (au choix) plus ou moin con,il ne manque plus que lagarde smiley


                  • Pere Plexe Pere Plexe 20 novembre 2013 18:00

                    Globalement en accord avec votre article je pondère pourtant la mauvaise foi des politiques récalcitrants.

                    Si ceux qui s’expriment le font par pur calcul politique il y a de réelles inquiétudes dans certaines communes.Il aurait fallut que cette loi vienne après un gros effort de péréquation.
                    Sans quoi les communes les plus défavorisés n’offrirons que des activités « garderie » là ou les plus riches offrirons de vrais et intéressantes animations aggravant un peu plus les inégalités... 

                    • bretagne 20 novembre 2013 18:57

                      ecole le samedi matin = péres divorcés qui ne voient plus leurs enfants, et encore plus si la distance entre les deux domiciles est grande . On n’habite pas toujours ou on veut : on habite plutot ou l’on trouve du boulot 


                      • benalgue 20 novembre 2013 19:28

                        a viva : En résumé vous parlez sans savoir.

                        Il y a des gens qui sont des professionnels qui vous disent que cela ne fonctionne pas bien ainsi.
                        comprendriez vous que quelqu’un qui n’y connait rien vienne vous expliquer ce qui est bien ou non ?

                        lol je suis peut être pas pros sur le sujet mais mon idée voilà quelle est bonne ça se trouve peut être meilleur que celle de ce peillon dont j’ai vaguement retenu le nom

                        à perplex : d’accord avec votre commentaire des inégalités vont sûrement apparaître mais c’est au moins un avancement....je ne sais pas vous mais je trouve particulièrement inhumain (ou humain) de cloisonner des mômes toute une journée dans une salle de classe....

                        le samedi c’est non pourquoi pas le dimanche. je répète du lundi au vendredi école le matin après on voit, de préférence grand !! pleins de nouveaux métier pleins d’infrastructures comme on dit ...au lieu de gâcher l’argent pour rembourser La Dette et les mômes seraient plus polyvalents plus intelligents mais bien sur c’est pas possible pourtant il suffit de l’inventer


                        • Jean-François Dedieu Jean-François Dedieu 21 novembre 2013 04:55

                          "Ce qui doit inquiéter dans cette démarche c’est la multiplication des appels à la désobéissance civique par des élus locaux dépositaires de l’autorité de l’Etat de par leur fonction. Assisterons-nous à la multiplication de ces appels dans les prochains mois au risque de saper l’autorité d’un gouvernement légitimement élu ? En d’autres termes, certains élus chercheraient-ils à obtenir par la rue ou par le blocage ce que le suffrage populaire leur a refusé, jouant ainsi avec le feu de l’extrémisme ?"

                          NON monsieur, il ne s’agit pas de désobéissance civique de la part des maires et c’est plutôt du passage en force illégal de la part de l’État ! Alors le blocage par la rue, la négation du suffrage populaire, de l’extrémisme n’ont pas à être évoqués parce que la contestation se base sur l’esbroufe gouvernementale forçant la main sur un pack qui n’a de légitime que les 9 demi-journées de classe. 
                          A l’instar de ce qui se passe chez nos dirigeants, nous ne devrions pas nous adonner aux pataquès ici...
                          Voir ce qui a déjà été publié sur Agoravox :

                          Ministres, médias, entre filouteries et maladresses...(18 novembre) Réforme des rythmes : comment finir de couler une école déjà bien plombée (5 novembre)

                          • France Europe République Fabien Roger Bonaparte 24 novembre 2013 18:24

                            Peillon devait proposer sa réforme et non l’imposer ; le problème n1 de l’école n’est pas dans les emplois du temps... la ville de Toulouse fonctionne sur quatre jours et demi depuis toujours avec des résultats aux évaluations CE1, CM2 et 6ème très inférieurs à la moyenne nationale ! La semaine de quatre jours a été généralisée car cela fonctionnait correctement depuis quinze ans dans beaucoup de communes (avec, il est vrai, des vacances d’été raccourcies !). J’ai été instit’ (PE) pendant seize ans et je vous assure qu’aujourd’hui on a plus l’impression d’occuper les mômes que d’enseigner ! Que de cas sociaux avec des parents immatures ! Triste société que la nôtre... je vous renvoie à mon article sur les « 800 postes vacants dans le 93 » :




                            • urigan 24 novembre 2013 18:44

                              A lire pour voir où le bât blesse.

                              http://education.francetv.fr/dossier/la-reforme-des-rythmes-scolaires-o30697-crispations-et-inquietudes-2745

                              Les instits font leur boulot dans le cadre de leurs obligations statutaires, ce sont surtout les activités périscolaires que les communes sont obligées d’organiser et surtout de financer pour répondre à ce décret débile pris sans concertation avec les acteurs sociaux.

                              Encore une fausse bonne idée d’un ministre bobo, qui en plus va se défausser en se présentant aux européennes l’année prochaine.

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