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Les trois salaires

Les trois salaires* :

On nous a fait croire que nous n’avions qu’un seul salaire. Ce terrible mensonge a bouleversé nos rapports au travail, à nos modes de vie, et même au monde.

En effet, la partie visible de l’iceberg (j’entends les revenus et ressources que nous tirons de notre travail et de nos activités) est limité depuis quelques décennies au salaire « argent » qui nous donne accès au merveilleux temple de la consommation. Dans ce monde devenu totalement matérialiste, la plupart des humains n’ont même plus conscience qu’ils sont privés des deux tiers de leurs revenus mérités………..Je vous entend penser « mais alors, si je gagne mille actuellement je devrais gagner trois mille !!!!!!!!!! ». Non bien sûr.

Mais alors que sont les deux autres salaires ?

 Si vous demandez à des poissons ce qu’ils estiment être le plus important dans leurs vies, ils oublieront sans doute de parler de l’eau. De même, obnubilé par les ressources financières, nous oublions que des richesses considérables sont à notre disposition lors de notre activité professionnelle. (Mais celles ci sont peu quantifiables et peu identifiées). Nous ne prenons plus le temps de jouir de ces deux salaires disponibles que d’ailleurs la plupart d’entre nous ne reconnaissent même pas. Tout au plus ces ressources négligées sont identifiées comme des éléments décoratifs et secondaires intéressants. Je vais donc tenter de réhabiliter ces deux autres salaires en les identifiant et en leur redonnant leur juste place.

 Mais je ne vais pas maintenir plus longtemps ce suspens.

Les trois salaires nominés dans l’ordre sont :

Le salaire « culturel »

Le salaire « politique et social »

Le salaire « économique ».

Note : ces trois salaires sont différents, mais ils ne sont pas complètement séparés, de nombreux ponts les relient.

Le salaire culturel :

Tous les métiers exigent de développer un savoir faire, une connaissance pointue ainsi qu’une méthode de transmission et d’apprentissage : cette nébuleuse de connaissances diverses constitue le salaire culturel.

Quelques ingrédients du salaire culturel :

Le savoir faire : Depuis la nuit des temps, les paysans, les ouvriers, les artisans et les artistes se sont identifiés fièrement à leur savoir faire. Celui-ci était souvent protégé comme un trésor.

 La mécanisation et la production de masse ont pulvérisé ces savoir faire et toutes les connaissances associées aux métiers. L’artisan est devenu un ouvrier prolétaire. Dans ce monde de la quantité sous contrôle de la machine, il doit juste appuyer sur le bon bouton et surveiller la routine rationalisée. L’apprentissage est minime. Tout au plus parce qu’il est obligé de traîner à l’école jusqu’à 16 ans, un enseignement basique et technique est proposé en attendant que « le jeune » trouve un « emploi » pour entrer dans la « vie active ».

Voila comment lorsque le savoir faire disparaît, l’enthousiasme et la passion associé à l’activité professionnel disparaît aussi. Le métier cède la place à l’emploi. Celui-ci apporte un très faible salaire culturel.

La connaissance pointue. La connaissance et l’intelligence du métier rend autonome et même« libère » le travailleur qui peut même être créatif et faire évoluer son métier.

Ce n’est pas du tout bien vu par des maîtres qui souhaitent dominer en segmentant les savoir faire. L’étude de tous les aspects des métiers n’est plus nécessaire lorsque l’on sert une machine au lieu de s’en servir. Dans cet environnement, l’envie même d’apprendre disparaît.

La production : L’ouvrier par exemple n’a presque plus de lien avec ce qu’il produit. Il retire peu de connaissance ni fierté de ce travail répétitif. La division du travail a éloigné le « travailleur » de sa production. Rares sont ceux qui peuvent revenir à la maison avec un objet qu’ils ont fabriqué complètement et qui témoigne de la maîtrise du métier « tu as vu chérie (ou fiston ) ce que je sais faire ? »

La transmission : La transmission directe est un élément fondamental de l’histoire des civilisations. L’évaluation des connaissances, les principes d’enseignement, la ritualisation des différents passages et des comportements représente un vaste monde de sagesse.

 Dans ces conditions, le travailleur n’a presque rien à transmettre, il peut difficilement parler de son savoir faire et l’enseigner à ses enfants comme pourrait le faire un artisan.

Où est la fierté d’apprendre de créer, de montrer, de partager, puis d’enseigner qu’avait par exemple l’aristocratie ouvrière des compagnons qui réalisaient le tour de France ?

Le salaire culturel est un salaire que nous nous donnons à nous même, nous pouvons nous le verser toujours en toute sécurité car nous emmenons notre métier avec nous partout. Cette ressource peut paraître complémentaire, mais elle est vitale et centrale. Sans ce salaire le travail perd toute saveur, l’esprit stagne à coté d’une activité faite sans passion et sans âme. Voilà le mot est lâché, le salaire culturel est le salaire de l’âme. Il est l’énergie vitale de l’Esprit. « un emploi est un métier qui a perdu son art ».

Le salaire culturel : harmonieux ou pathologique

Celui-ci se caractérise par une accumulation d’informations, de savoir faire et par une démarche créative. Ce revenu important peut être le fruit d’une démarche harmonieuse ou pathologique.

 Un terroriste qui apprend à faire une bombe peut avoir la même satisfaction intellectuelle, technique, idéologique qu’un artisan ou un artiste qui approfondit son métier.

Notons que ce salaire culturel peut être ouvert : caractérisé par une soif de connaissance, une passion autour de l’univers créatif du métier.

Mais il peut être très pathologique : Nous voyons dans les médias quantité de vieilles barbes qui baratinent les connaissances « officielles ». Ils font culture, ils sont reconnus, admirés pour leur sagesse et leur savoir, mais ils ne sont qu’une poubelle culturelle opposés à toute remise en question de l’univers culturel qui les nourrit si bien.

Le salaire politique et social :

Lorsque nous réalisons des œuvres ou des travaux de qualité pour la collectivité, lorsque nous transmettons notre savoir faire, nous trouvons une place naturelle dans la cité. Cette reconnaissance par les autres est fondamentale pour la plupart des humains. Etre reconnu par ses collègues, par ses clients et par sa famille est un salaire très élevé.

Celui qui est privé de ce salaire peut vivre une terrible humiliation, une impression d’inutilité terriblement dévastatrice.

« J’y était, je l’ai fait »

Le bon salaire social : Il peut être simple et très important. Que seraient nos vies sans les artisans, les présidents d’association, les artistes, les enseignants. Le salaire social légitime est le retour naturel des services que nous pouvons apporter à nos concitoyens il est la plupart du temps sans retour financier il apporte de la solidarité et de la reconnaissance.

Le mauvais salaire social : Une activité professionnelle peut entraîner une grande reconnaissance alors que les réalisations sont épouvantables ou extrêmement stupides :

Je cite la satisfaction des entrepreneurs qui construisent le mur de séparation en Israël , ou la fierté des traiders qui rapportent des sommes énormes à leurs employeurs. Citons aussi l’énorme célébrité que reçoivent de manière indue certains faux artistes serviteur de l’idéologie à la mode. Le mauvais salaire social tente de se transformer en salaire économique (ex : les politiciens professionnels).

Le salaire économique :

Nous croyons bien connaître le salaire économique, mais il est bien plus complexe que nous le croyons.

Il existe à ce sujet beaucoup de confusions

La confusion des politiques : ils partent d’un système qui a anéanti deux des trois salaires, et ils voudraient nous faire croire que c’est en rationalisant encore plus ce système du salaire unique qu’ils résoudrons les problèmes de la société.

Ils voudraient faire croire aussi que le bonheur vient du pouvoir d’achat. Pour eux, le salaire argent est l’alpha et l’oméga. Ils croient donc que leur principale mission consiste à se mettre au service des entrepreneurs et de l’économie.

La confusion des entrepreneurs : Ils sont tout fiers de dire je donne des salaires à x employés et ils se croient autorisés à se pavaner comme des bienfaiteurs alors que très souvent guidés par leur avidité ils sont en plus de l’étranglement du salaire économique, les agent destructeur des salaires culturel et politique.

La confusion du public : Les humains sous influence ne sont pas gênés d’avoir un « emploi » au lieu d’avoir un métier. La télévision et la pub conduisent le public dans un désert de l’Esprit qu’il identifie comme un environnement normal. La soif de connaissance se transforme en soif de posséder. La joie de participer à travers une émulation positive à l’élaboration d’une société vivante et juste, se transforme en une caricature de relations axée sur la compétition ostentatoire à travers la possession de choses clinquantes et inutiles.

L’absence du salaire culturel et du salaire social-politique n’est pas seulement un vide. Dans ce vide se développe un pourrissement, une odeur nauséabonde. Même dans l’inconscience, les gens ressentent un sentiment d’injustice de ces revenus dont ils sont privés. De la même manière qu’une personne amputée d’un membre ressent la présence de ce membre. Le malaise de notre société est je crois largement occasionné par ce vide et cette confusion..

Le salaire économique :

Le bon salaire économique :

C’est celui qui permet de vivre décemment de son activité (manger, s’habiller, se loger correctement)

Le niveau de revenu peut évidemment être indécent dans un sens ou dans un autre.

Le mauvais salaire économique :Deux exemples évidents :

Un ouvrier agricole dans le sud de l’Espagne payé 3 euros de l’heure.

Un patron du cac qui gagne des centaines de fois le salaire minimum.

 

CONCLUSION/

L’équilibre entre les « salaires » : « l’art du salaire »

Il parait très important de recevoir trois salaires pour toute activité professionnelle. (Ces trois ingrédients étaient naturellement intégrés aux métiers traditionnels). Pour qu’un travailleur ait un sentiment de rémunération juste, ces trois salaires séparément doivent être suffisants, et harmonieux. De plus ils doivent être équilibrés entre eux. (Cet équilibre est un des vrais rôles des vrais politiques).

Ainsi, une augmentation en salaire argent ne donnera pas sur le fond une satisfaction à une personne qui n’apprend rien dans son activité professionnelle et qui n’est pas particulièrement fier de sa production.

Dans la culture médiatique dominante, les salaires culturel et social-politique sont tout juste présentés comme des gadgets décoratifs et agréables. Le « vrai » salaire accepté par les masses donne à l’oligarchie le pouvoir de régner. Celui qui donne ce « salaire pouvoir d’achat », est hélas trop souvent considéré comme un bienfaiteur. Toujours l’inversion des valeurs portée par une idéologie dévastatrice.

Ce petit texte qui est le fruit d’un longue expérience dans le domaine artistique a pour but de présenter un autre point de vue sur cet élément si central qu’est le salaire ou le revenu. J'attends avec impatience des commentaires et des critiques. Amitiés aux agoravoxeurs.


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9 réactions à cet article    


  • sleeping-zombie 3 septembre 2013 15:28

    Hello,

    Point du vue intéressant, mais qui donne l’impression de mélanger des choux et des carottes. Il aurait été sage de donner votre définition du mot « salaire », parce que mettre le même terme pour la rétribution financière et la satisfaction d’œuvrer, c’est un peu fort...


    • sylvain loisant 3 septembre 2013 16:04

      Effectivement, le terme salaire n’est pas correct, mais je l’utilise depuis des années lorsque je m’exprime publiquement. Désolé, je ne m’aperçois que maintenant de la confusion qu’il peut engendrer. Je devrais utiliser le terme de revenu ou rétribution. C’est à dire que « les trois revenus » sont trois retours différents et importants pour une activité professionnelle équilibrée. Le salariat conçu dans la division du travail au 19 ème siècle est la forme moderne de l’esclavage. Il a anéanti l’idée même des deux autres revenus. Un travail doit être pénible et ennuyeux, sa seule justification, sa seule valeur, est une somme d’argent qui donne le droit de consommer. Ceci est tellement ancré, que je crains d’en prendre plein la figure pour mon article....C’est interessant


      • sleeping-zombie 3 septembre 2013 16:13

        Moui et non. Je serai plutôt d’accord concernant les boulots payés au smic.
        Mais une fois qu’on a atteint un certain niveau de salaire, l’éventuel conflit avec les autres sources de satisfaction est bien comprit du travailleur.
        Enfin, je dis ça, je suis pas ethnologue, mais c’est juste ce que j’observe autour de moi.


      • devphil30 devphil30 3 septembre 2013 16:30

        Pas d’accord avec votre approche 

        Un salaire ou une rémunération est la rétribution d’un travail.

        Quand vous parlez de salaire culturel que vous assimilez aux connaissances , au savoir faire je ne suis pas d’accord c’est un savoir acquis par l’apprentissage aucun rapport avec une quelconque notion de salaire.

        De la même façon pour votre salaire politique et social , le fait d’aider les autres , la collectivité permet est un acte souvent bénévole que certains font avec beaucoup d’engagement et que d’autres n’en éprouvent aucunement la nécessité.

        Je n’adhère pas à votre démarche.

        Philippe 

         

        • jef88 jef88 3 septembre 2013 18:53

          ça a l’air touffu !
          salaire foutu !

          lol je sort ...............


          • Daniel D. Daniel D. 3 septembre 2013 20:18

            Et le salaire différé que constitue les cotisations sociales ?

            Vous savez la partie du salaire qui n’apparait pas sur la feuille de paye et qui sert a financer beaucoup d’autres choses , le chômage, la sécurité sociale et autre, toute ces choses liées aux principes de solidarité et a la redistribution.

            A revoir le travail, conférence gesticulé :
            http://www.youtube.com/watch?v=cqIcOaKAX4k


            • Qaspard Delanuit Gaspard Delanuit 3 septembre 2013 23:34
              Intéressant mais un peu confus à cause des termes choisis, qui sont déjà lourdement chargés, à commencer par le mot « salaire ». 

              S’il faut envisager trois salaires - ou plutôt trois revenus, ou encore trois bénéfices - pour un travail, je dirais plutôt :

              1. Le bénéfice direct, donc le plaisir de faire une chose parce que c’est ce que nous aimons faire (un travail peut heureusement nous donner du bonheur, de la joie)
              2. Le bénéfice d’échange (on peut l’appeler « économique » en effet) qui peut prendre ou non une valeur monétaire : je propose tel service ou tel ouvrage en échange de tel avantage matériel, telle somme d’argent, contre 10 kg de patates, etc.
              3. Le bénéfice moral (que l’auteur appelle social ou politique, mais les deux termes prêtent fortement à confusion) et qu’on peut définir comme la satisfaction apportée par le sentiment de faire quelque chose de bon et d’utile, pour les hommes, pour la nature, etc. 

              • alinea Alinea 4 septembre 2013 09:39

                C’est vrai que « salaire » laisse à désirer ; c’est un petit mot avec un champ lexical faible !
                Bourdieu parle de « capital » ! je suppose que vous avez lu Bourdieu ;
                sinon, sur le fond de l’affaire, j’approuve bien sûr


                • HELIOS HELIOS 4 septembre 2013 12:20

                  Il est toujours difficile de trouver les bon mots pour convrir des concepts peu ou mal partagés.

                  Probleme de communication certe...

                  Dommage que pour debattre de tout cela, il faille plusieurs « unités de temps » que notre societe ne nous paye pas comme salaire !!!

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