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Lettre ouverte Au Président de notre République au sujet de la minute de silence

Une minute de réflexion, et plus encore...

Monsieur le Président de Notre République,

Je vous adresse cette réflexion sur la minute de silence, ce que je partagerais également et entre autre auprès de l'école de mon enfant.

J'ai appris hier que ma fille en classe de Cp avait dû observer une minute de silence au sujet des enfants tués lors de la fusillade à Toulouse.
Je suis très interrogée par cette injonction. Vous avez réagi dans l'urgence, souhaité vous préoccuper de ces événements au plus vite... et je me permets de vous faire part de ce que cette minute de silence a suscité pour ma part en terme de temps nécessaire à la réflexion citoyenne.

Nous ne pouvons qu'être horrifiés par cette atrocité, mais la rapidité du traitement du deuil a laissé l'impression de vouloir garantir absolument de bons et loyaux sentiments jetant l'ombre du doute, voire du douteux, sur des intentions qui, par excès, deviennent alors suspectes d'être faussement louables.

Il me semble de surcroît que nous outrepassons par ailleurs la correction de rigueur en de telle circonstances.

Pourquoi ma fille est elle revenue de l'école me parlant comme si elle avait passé la journée devant les informations, moi qui ai fait le choix de ne plus avoir de télévision depuis plus de quinze ans, sans omettre de m'informer.
Je vous fais part de mon désaccord à mêler ma fille à cette histoire et à ce qui prend forme de récupération politique plus que d'une réelle occasion à débattre du sens civique et du sens de l'égalité au sein de notre République.

Si je tente de protéger ma fille de la violence télévisuelle, du sensationnalisme, ce n'est surtout pas en omettant de lui apprendre que nous ne sommes ni bons ni méchants mais responsables de nos actes. Elle sait déjà que la vie n'est pas faite que de bonnes rencontres, elle sait aussi la joie de mieux se connaître à rencontrer autrui.
Je lui apprends que ce n'est pas d'être riche ou pauvre qui rend meilleur ni moins bon, ni blanc ou noir, ni croyant ou pas, mais que d'être humain est une grande aventure dont nous pouvons nous rendre en bonne partie responsable ! Je lui parle d'Egalité, et je tente concrètement de lui apprendre la Fraternité, et que la Liberté se gagne par la responsabilité.
La responsabilité c'est tout autre chose que la culpabilité, de surcroît pour des faits dont elle ne peut pas se sentir responsable, ni coupable de ne pas y penser. Par contre d'elle même, elle s'est demandé comment les adultes réagiraient si il leur était imposé de faire quelque chose qu'ils ne comprennent pas....
Dans cette logique du jour je n'aurais pas été étonnée de voir nos enfants contraints à des cellules psychologiques car soit la douleur est pathologique, soit l'angoisse est nourrie à quelques profits détestables.
Chaque chose en son temps, elle a 7 ans, Monsieur le Président et elle n'a pas à obéir aux ordres précipités d'un futur dé-présidentiable. Comprenez mon indignation.

En qualité de parent et de citoyenne responsable de mon enfant encore mineur, m'a été volé le temps de dire "oui" ou "non" à cette minute de silence à laquelle j'aurais préféré que ma fille n'y soit pas astreinte. Je ne l'aurais pas observée, si ce n'est au nom de l'humanité, et de l'universel chagrin de perdre son enfant.

Que devions-nous à ces familles déchirées par l'irréparable... peut-être un silence de meilleur qualité, plus digne face à un tel drame. Un silence plus digne et profitable à la réflexion citoyenne.

Monsieur le Président, cette minute de silence précipitée, c'est en rajouter sur l'horreur, c'est forcer nos enfants à désespérer de ce monde, et je ne crois pas que le réalisme se nourrisse de ce genre de cérémonies improvisées, et brutales. Il suffisait déjà d'apprendre la folie meurtrière pour que de surcroît ce silence imposé angoisse plus qu'il ne permette de penser. De quoi s'agit-il, de quelle réassurance avons-nous besoin ? Vers quels indicateurs pré-pensés, l'angoisse et la peur vont-ils nous mener aujourd'hui ?

Perdre son enfant au nom d'un idéal d'exclusion d'une partie de l'humanité au profit d'une autre est abjecte mais c'est le produit de nos contradictions, je ne trouve pas cela juste pour autant.



Je vous fait part de la réflexion qui a fait suite à tout ce bruyant silence.

Un certain professeur Autrichien déclarait, on me pardonnera mon "à peu près" que c'est bien là une profonde bêtise que de regarder le monde sous le prisme du nazisme autant que du point de vue juif, chrétien, bouddhiste, etc.... comprene- vous ce que je veux dire ?
Ce qui se produit sous mes yeux est obscène et d'un cynisme sans égal... c'est au nom de la citoyenneté que ce drame et son traitement est une catastrophe à tous les étages.

Quelle horreur Monsieur le président, je veux croire que nous devrions respecter les êtres humains qu'ils soient blancs et/ou noirs et/ou communistes et/ou homosexuels et/ou de gauche ou de droite ou du centre ou petits beaux moche gros maigres, juifs, chrétiens, chinois, syriens, pardon nous observons notre deuxième année de silence, excusez moi..... Non je veux dire que nous avons tant à apprendre du respect du citoyen humain !
Je voudrais que nous soyons citoyens avant et en étant tout cela. Je veux que les valeurs de ma nation permettent le pluriel universel !!!!

Une minute de silence pour nos principes laïques bafoués jour après jour, contre les lois liberticides au nom de la garantie de nos libertés tous les jours plus menacés par le spectre de la peur de l'autre. Aujourd'hui ces meurtres et ce meurtrier, le produit de nos contradictions.

Mais Monsieur le Président, si nous garantissions et respections les droits et les devoirs de chaque citoyens en tant que citoyen, alors oui, nous pourrions, sans avoir honte, observer une minute de silence pour ces enfants, au nom de l'humanité et contre l'ignorance, cela aurait d'autant plus de valeur au sein de l'institution de l'école qui donnerait à nos enfants les moyens de penser singulièrement, ça changerait des opinions et des ordres au silence.

Au nom de la journée de la Femme comme au nom de la mémoire du massacre des juifs, je n'en peux plus, un jour pourrait on dire au nom de l'humanité ? Ne croyez pas que je souhaite un oubli des histoires de chaque peuples, de chacune de nos familles intriquées dans la grande histoire, non pas d'oubli, loin de là, moins de silences même serait profitable....
Mais je veux croire aussi que je suis citoyenne avant d'être un femme, ce qui me garantie de pouvoir être la femme que je suis de façon citoyenne, avec mon histoire propre, ma singularité, cela ne vaut-il pas pour toute autre forme de différence, de genre, d'origine, de foi ?

J'aime la Laïcité et l’Égalité, un tout complexe, de l'individu au collectif, notre société mutante, riche et protéiforme dans son et ses histoires sans oublier les silences...

Voilà Monsieur le Président de Notre République, j'ai pris le temps de penser, le propos peut s'étendre encore, mes réflexions sont peut-être un peu disparates, et je vais finir ici en vous disant que cette minute subtilisée à la réflexion, cette minute là de silence je la dédie à ce qui est irréparable et à ce qui ne l'est pas encore, la victime symbolique c'est l'égalité, car ces enfants sont plus que les victimes de l'antisémitisme, mais de tout ce qui nourrit quotidiennement l'idée que nous ne sommes pas tous égaux. L'amertume n'a pas de communauté, tous les communautarismes victimaires et extrémistes s'en servent pour faire passer des meurtres en actes de légitime défenses, et c'est un cercle sans fin.

Victimiser un être ou un peuple, ce qui n'est pas lui permettre de se défendre légitimement, c'est le rendre irresponsable, lui retirer sa dignité, incapable d'être vu autrement que comme le pauvre juif, ce qui tout aussi nauséabond que le juif pingre, le pauvre africain qui ne sent pas meilleur que l'africain qui court vite, le bon et le mauvais pauvre, le manouche voleur ou bon guitariste, c'est servir la même logique et il n'y a rien là qui ne puisse être digne tant envers ceux à qui cela s'adresse que depuis ceux qui l' expriment.

La dignité....

Nous avons le devoir de faire au mieux pour tenter d'être juste, ma fille sait très bien que nous n'y arrivons pas toujours, mais elle apprend aussi la différence entre ceux qui font cet effort et ceux qui ne s'en donnent que l'apparence, elle apprend à faire la distinction entre séduction et honnêteté.

Je vous prie de recevoir M. le Président l'expression de mon indignation.

Mme I. de Chabannes




par isabelle de chabannes jeudi 22 mars 2012 - 130 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Fergus (---.---.---.49) 22 mars 2012 16:18
    Fergus

    Bonjour, Goc.

    Tout cela est conforme au personnage.

    A celui qui voulait imposer la lecture de la lettre de Guy Môquet.

    Ou à celui qui voulait, comble de l’horreur, faire endosser à chaque écolier le destin d’un enfant juif mort en déportation. Comme si les gamins étaient en mesure de comprendre cette horreur et d’en porter de facto une part de responsabilité sur leurs frêles épaules.

    La compassion imposée par Sarkozy confine trop souvent au délire !

  • Par Pelletier Jean (---.---.---.34) 22 mars 2012 15:58
    Pelletier Jean

    Cette lettre je l’avais dans la tête lorsque j’ai vu la séquence où Sarkozy s’est exprimé pendant la minute de silence (quel paradoxe que titiller la peur devant des jeunes enfants !).
    Il y a eu des réactions, mais pas autant que je l’espérais.
    Bref vous avez tout magnifiquement dit sur les « mauvaise sintentions »de notre dé-président (je vous plagie avec délice).
    http://jmpelletier52.over-blog.com/

  • Par goc (---.---.---.7) 22 mars 2012 15:55
    goc

    @ l’auteur


    100%d’accords avec vous

    le gvt aurait du commencer par laisser le libre choix aux parents et aux professeurs de faire ou pas cette minute de silence et d’explication

    j’ajouterais que j’avais écrit il y a quelques mois, que je ne serais pas surpris de voir un « attentat » sur notre territoire au moment des élections si le nain se voyait mal parti pour être ré-élu. Et malheureusement ma prédiction s’est avérée exacte
    Non pas que le nain ait tout organisé , mais il est très facile, au vu du nombre important d’attentats déjoués au dernier moment de « laisser faire » juste une seule fois, surtout quand on contrôle les services secrets et autres barbouzes locaux. D’ailleurs le fait que le terroriste ait ete abattu, prouve bien qu’il y a quelque chose de pas clair
  • Par Constant danslayreur (---.---.---.122) 22 mars 2012 15:38

    Quel billet ! Merci Madame.

    Je n’ai aucune raison de douter que Sarkozy ait sincèrement voulu rendre hommage.

    Aucune raison non plus de douter du côté … généreux et désintéressé, de sa décision d’associer la nation entière audit hommage.

    Je suppose aussi que la fonction d’un président de la république de par son côté père de la nation, autorise à donner de la solennité à un évènement majeur, en ordonnant aux commis de l’Etat et aux hauts fonctionnaires d’organiser une minute de silence pour marquer l’occasion et les esprits.

    Je suppose enfin, que ce genre d’hommage collectif est à même de réunir, de rassembler. Et que les occasions pour ce faire, sont rares. 

    Tout cela étant dit, je réalise en vous lisant, que les enfants en bas âge n’avaient effectivement pas à y être associés.

    Votre ange n’a que 7 ans, la mienne en a près de 11 et pourtant en me mettant à votre place, j’ai quand même eu froid dans le dos.

    A la rigueur à partir des terminales au lycée ou mieux à partir carrément des campus et des écoles universitaires oui, au moins à cet âge là, le jeune est suffisamment construit pour ne pas ressentir une culpabilité quelconque face à l’horreur

    Sans oublier qu’à cet âge, personne ne peut contraindre l’étudiant à observer la minute de silence. Et que s’il l’observe au final, ça ne peut être que partant d’un choix personnel, assumé et à forte présomption de sincérité.

    Bref, encore une inconséquence lourde de sens signée Sarkozy, hélas sûrement pas la dernière.

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