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Accueil du site > Actualités > Citoyenneté > Liberté, sociabilité et tolérance

Liberté, sociabilité et tolérance

Toute société, pour se maintenir dans un état relativement stable, a besoin de produire les conditions d’une identification des individus aux autres membres du groupe, et ceci d’autant plus qu’elle se sent menacée de l’intérieur par des forces antagonistes ; c’est alors l’union sacrée contre les ennemis intérieurs et extérieurs. Mais cette union sacrée comporte un risque, celui de mettre en péril la liberté individuelle dont nous nous réclamons. Comment penser une telle contradiction ? Est-il possible de la résoudre  ?

Cette identification spontanée aux autres dans toute société est toujours nécessairement valorisée et valorisante, car elle offre aux individus une protection suffisante contre la menace dépressive toujours présente de la perte de soi (déréliction), du mépris et de l’angoisse de la mort, et peut répondre de façon fantasmatique au désir universel de la reconnaissance de soi, y compris jusqu’au sacrifice valorisant du soi biologique et égocentrique en faveur du groupe. Elle peut emprunter la forme religieuse ou nationale(iste), voire raciste particulariste qui n’en est qu’une variante sécularisée, ou bien se référer à des valeurs qui sont proclamées universelles, c’est-à-dire valant pour tous, ce qui est le cas dans les sociétés occidentales aujourd’hui.

Mais le racisme ou la xénophobie sur fond de ces valeurs communes, y compris celles qui se présentent rationnellement comme universelles, corrompent nécessairement les réactions spontanées de chacun, dans le sens du rejet de la différence de l’autre. Cela est vrai vis-à-vis de qui parle une langue qu’on ne comprend pas ou se livre à des rituels symboliques étranges car étrangers, donc inquiétants en cela qu’ils menacent le sentiment valorisant d’être protégé moralement par un groupe uni et sans faille, dans l’expression d’une identité spontanément valorisante.

Ainsi, la seule manière de desserrer cet étau, véritable glu sociale qu’est cette identification valorisante au groupe et le rejet de la différence qu’elle provoque (la caricature comme provocation identitaire), est de refuser de se dissoudre dans un groupe plus ou moins fusionnel, qui génère une solidarité automatique (non choisie), pour s’affirmer capable (et donc fier) de penser et d’agir par soi-même dans le respect des autres, respect qui est aussi la condition d’une authentique autonomie individuelle. Cet effort implique qu’on sache traduire les comportements et les croyances des autres en une langue qui nous soit compréhensible, tout en combattant d’abord en soi, et ensuite dans la société, les idées, les comportements et surtout les émotions qui interdisent cet effort pour se dégager du racisme spontané et de la xénophobie réconfortante qu’engendre l’identification aux valeurs de son groupe.

Or, si dans nos sociétés, le racisme est dévalorisé au nom d’un humanisme universel, et c’est tant mieux, il n’est pas vaincu dans la dimension profonde de notre identification aux autres ; c’est pourquoi il peut réapparaître lors d’un conflit, en empruntant le masque de ces mêmes valeurs, mais en en faisant un usage xénophobe. C’est très exactement , me semble-t-il, ce qui se produit lorsque, au nom de la valeur universelle de la liberté d’ expression, on s’autorise à insulter ou à offenser les croyances des autres, sans chercher à les comprendre, ni à savoir si ces autres sont ou non des criminels liberticides assimilables à des terroristes, qu’il est tout à fait nécessaire de combattre par tous les moyens idéologiques politiques, juridiques et militaires dont nous disposons. Ce dernier combat suppose donc qu’on s’oblige à dissocier en permanence les comportements criminels avérés et ceux qui s’y livrent (ex : les terroristes) des croyants d’une religion dans son ensemble, avec qui il convient de dialoguer en les respectant, pour justement qu’ils deviennent, en eux-mêmes, capables de cet effort qu’exigent les valeurs universelles dont on se réclame à bon droit, non seulement pour soi, mais tout autant pour les autres. On est alors aux antipodes d’une prétendue liberté sauvage, au fond liberticide, mais au plus près d’une liberté régulée, à savoir respectueuse de celle des autres et de la notion universelle de droit de l’homme qui, en aucun cas, ne peut signifier le droit à insulter autrui pour se défouler ou se faire plaisir dans la réaffirmation de notre appartenance collective..

Mais il convient de le savoir, et de la faire savoir : cette affirmation du primat des droits de l’homme est contraire à toute conception communautariste fusionnelle de la société ; elle exige qu’on accepte (voire qu’on milite pour elle) une société libérale dans laquelle les droits de l’individu, autonomes juridiquement et politiquement, priment sur la solidarité automatique au groupe, et dans laquelle les relations entre les individus sont nécessairement contractuelles et révisables ; c’est-à-dire mobiles. La question est alors de savoir si nous sommes préparés à affronter les risques d’une telle autonomie, et l’instabilité de la solidarité qu’elle implique nécessairement.

http://sylvainreboul.free.fr


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21 réactions à cet article    


  • (---.---.114.14) 17 février 2006 09:55

    Alors que le rejet de l’Autre procède de l’instinct de conservation du groupe, son acceptation est une démarche purement rationnelle, c’est-à-dire artificielle, qui est aussi un aveu de faiblesse.

    L’Autre, lui, ne s’y trompe pas ! Il use de la situation et, très vite, il en abuse.

    Des millénaires d’histoire et de milliers d’exemples en témoignent, le plus dramatique d’entre eux étant celui des Amérindiens du Nord, du Centre et du Sud, qui n’ont pas survécu à leur pratique initiale de l’hospitalité.

    Veillons à ce que leur mortelle expérience ne soit pas perdue pour tout le monde.


    • Antoine (---.---.18.181) 17 février 2006 11:44

      Excellent, j’applaudis.

      J’adhère totalement au contenu de votre texte.

      C’est, comme je le pense aussi, dans des malaises identitaires qu’il faut aller chercher le trouble qui traversent nos sociétés. Ce sont ces mêmes malaises qui traversent les sociétés de l’Islam.

      Souvenons-nous que l’avatar formel et barbare de la recherche identitaire paroxystique conduit au fascisme, forme de névrose collective dont nous connaissons l’exutoire historique.


      • Antoine (---.---.18.181) 17 février 2006 12:03

        Correction : « qui traverse » bien sur...

        voilà ce qu’est réagir à chaud sur Internet....la pensée va plus vite que le clavier....

        Bonne journée


      • didier (---.---.98.92) 17 février 2006 12:15

        Monsieur

        Votre remarque finale sauve votre réflexion sur l’individu autonome juridiquement et politiquement, vivant dans un monde « aux relations contractuelles et révisables ». L’autonomie véritable - kantienne ? - ne tombe pas du ciel, et résulte d’un apprentissage, dont nous sommes malheureusement à des années - lumières.

        Si ce n’est déjà fait, vous pouvez lire à ce titre « L’homme sans gravité » de C. Melmann, « L’ère du vide » qui dresse un constat lucice sur cette soi - disante autonomie post - moderne, qui s’apparente davantage à un narcissisme exarcerbé, une apathie envers le « devenir collectif », qu’à une application kantienne du précepte : Aie le courage de te servir de ton propre entendement.

        Je vous rappelerais aussi que les droits de l’homme ne constitueront jamais un projet politique, qui doit réaffirmer le primat de l’intérêt collectif aux intérêts individuels - lire à ceux titre les travaux remarquables de Marcel Gauchet-.


        • Antoine (---.---.18.181) 17 février 2006 12:37

          L’individuel et le collectif.

          Ces deux archétypes se retrouvent dans toutes les sociétés humaines. Certaines sociétés privilégient plus fortement l’un ou l’autre de ces comportements. Ce sont des pratiques culturelles qui vont tisser du lien social et politique. La régulation de la société passe par l’équilibrage de ces deux pôles extremes. Ce que je viens d’écrire un archétype que l’on retrouve dans toutes les sociétes humaines (je me répète)donc une sorte d’invariant qui varie selon les réponses à donner au contexte et aux adaptations néccessaires (ou supposées telles).

          Vous voyez donc que cet « invariant variant » suppose un travail de compréhension et décortication non négligeable.

          Bonne journée.


        • Antoine (---.---.18.181) 17 février 2006 12:54

          Il y a aussi , les croyances qui sont générées et stratifées par l’organisation du groupe (et des représentations sociales). Elles se modifient avec la confrontation avec la réalité (le principe de réalité)

          bref ce n’est qu’avec beaucoup de prudence qu’il faut avancer dans la vie smiley))


        • Antoine (---.---.18.181) 17 février 2006 13:19

          Nous sommes entrés dans l’ére de la sociéte de communication matinée de consumérisme, à mon avis ce n’est pas dans le collectif et l’individuel qu’il chercher une réponse (en partie seulement) mais dans l’idéologie qui prévaut et résume les comportements souhaités par les forces economiques et sociales.

          Essai d’exemple : consommation et hédonisme

          etc....

          bon Agoravox n’est sans doute pas le lieu ....

          Bonne journée à vous


        • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 18 février 2006 18:28

          « Les droits de l’homme ont le primat sur la poltique et le droit » ne signifie pas qu’il suffisent à faire un programme politique ou législatif , mais qu’ils doivent en orienter le sens ultime, du moins en démocratie...

          Il me semble que votre lecture de M.Gaucher est un peu rapide, car ce dernier n’a jamais opposé les droits de l’homme à la politique mais refuse que l’on réduise la politique au simple rappel des droits de l’homme et j’en suis bien d’accord. Il y a à cela une raison bien simple c’est que la réalité sociale ne se conforme pas spontanément aux droits de l’homme et qu’il faut donc des mesures qui permettent de combattre les résistances qui s’y opposent.

          Si les droits de l’homme étaient pleinement respectés, j’ose dire qu’il n’y aurait pas besoin de politique. De même que, selon Spinoza, si chacun était toujours raisonnable dans toutes ses actions, il n’y aurait pas besoin d’état.

          Le rasoir philosophique


        • Stéphane (---.---.203.247) 17 février 2006 13:28

          Dans la même veine , je livre un extrait de l’article de J.CL.Guillebaud intitulé "L’Occident ?Un monde clos sur lui- même«  :(Le Monde du17/2/06)  »

          Si l’Occident est en crise, c’est parce ce qu’il a cessé d’exercer sur lui-même la capacité critique qui le constituait. « Notre siècle, s’exclamait jadis Emmanuel Kant, est le siècle propre de la critique à laquelle tout doit se soumettre. » L’Occident, de ce point de vue, a bien rompu avec Kant. Il a fait de sa modernité et de la mondialisation libérale, non plus un questionnement, mais un privilège et une injonction, non plus une précieuse subversion mais une idéologie conquérante. Il tend à se barricader dans le refus de l’autre. Comme s’il se trouvait désormais bétonné, clos sur lui-même, inaccessible à l’interrogation.

          Faisant cela, il se « communautarise » à sa manière et devient du même coup infidèle à cela même qui le constitue.

          "


          • Antoine (---.---.18.181) 17 février 2006 13:39

            Exactement. Très bon passage de texte ...et c’est à mon sens bien le problème. On dirait l’imposition d’un principe univoque auquel on ne pourrait se soustraire.

            et il aurait encore bcp à dire sur ce sujet.


            • Stéphane (---.---.203.247) 17 février 2006 13:49

              Oui, il y aurait beaucoup a dire !!

              Mais cela ne semble pas être « dans l’air du temps »...

              En tous les cas félicitations à Sylvain Reboul d’avoir ramené ce débat à son juste niveau c’est à dire plus rationnel donc moins passionné.


            • Antoine (---.---.18.181) 17 février 2006 14:40

              L’Occident, de ce point de vue, a bien rompu avec Kant. Il a fait de sa modernité et de la mondialisation libérale, non plus un questionnement, mais un privilège et une injonction, non plus une précieuse subversion mais une idéologie conquérante. Il tend à se barricader dans le refus de l’autre. Comme s’il se trouvait désormais bétonné, clos sur lui-même, inaccessible à l’interrogation.

              Exemple :

              Les quartiers chics sécurisés de Beverly Hills

              L’univers carcéral chic bétonné de marbre blanc camescopérisés et bientôt pucérisés

              Je sais j’éxagère mais j’aime les triviales et frappantes images smiley)


            • Michel V. (---.---.171.40) 17 février 2006 18:23

              Pour info, cet article dans Libération paru aujourd’hui :

              La transgression est saine, l’intégrisme commence quand l’homme perd le sens de l’humour.

              Les caricatures, en rire !

              par Mohamed KACIMI, écrivain

              http://www.liberation.fr/page.php?Article=360127


              • Antoine (---.---.18.181) 17 février 2006 22:27

                En effet, le rire est sans doute le meilleur moyen de se sauver pour éviter de tomber dans ce que je nommerais le « syndrome faustien ».

                Les moines dominicains anglais louent le Seigneur aujourd’hui et se fâchent avec lui le lendemain et ainsi de suite. Pendant ce temps là, Dieu ne répond pas. C’est normal, enfermé dans sa chambre pour qu’on ne l’entende pas, il rit.


              • Lio (---.---.195.61) 17 février 2006 20:44

                Mr Reboul,

                Je vous cite : « Or, si dans nos sociétés, le racisme est dévalorisé au nom d’un humanisme universel, et c’est tant mieux, il n’est pas vaincu dans la dimension profonde de notre identification aux autres ; c’est pourquoi il peut réapparaître lors d’un conflit, en empruntant le masque de ces mêmes valeurs, mais en en faisant un usage xénophobe. »

                A vrai dire, je ne vous comprends pas bien. De qui parlez vous exactement ? Vous dites en substance, que la société occidentale dans son ensemble développerait une sorte de xénophobie généralisée, une intolérance fondamentale, à l’égard du monde islamique et des musulmans, c’est ça ? Ou que ceux qui dans cette affaire, ici et là, défendent la liberté d’expression et les valeurs de la démocratie, de l’humanisme et des Lumières, le font uniquement pour se défouler ou affirmer leur propre identité (sans considération pour les valeurs elles-mêmes) ? Et qu’ils sont des xénophobes et des opportunistes qui s’ignorent, voire même pire, conscients ? Merci de m’éclairer.

                Puis : « C’est très exactement, me semble-t-il, ce qui se produit lorsque, au nom de la valeur universelle de la liberté d’expression, on s’autorise à insulter ou à offenser les croyances des autres, sans chercher à les comprendre, ni à savoir si ces autres sont ou non des criminels liberticides assimilables à des terroristes... »

                Là encore, je ne vous suis pas. Où voyez-vous une insulte ou une offense faite à une toute une croyance (et disons le clairement, à l’islam) dans cette affaire des caricatures ? Qui, à partir du dessin incriminé, a fait l’amalgame total entre islam et terrorisme, si ce n’est un grand nombre (mais pas tous !) de musulmans eux-mêmes ? Est-il à ce point insensé de considérer que la caricature dénonçait « simplement » l’instrumentalisation de l’islam et de son prophète par des extrémistes pour justifier des actes barbares ? New-York, Madrid, Londres, ça ne vous dit rien ? Et d’ailleurs, l’ampleur des réactions n’est-il pas justement proportionnel à la difficulté qu’éprouve la communauté musulmane à regarder cette vérité en face, et à travailler dessus ? Faut-il faire preuve de « compréhension et de tolérance » face à de tels déchaînements de violence fasciste, sous prétexte que la religion est utilisée comme caution ? Bref, vous croyez vraiment qu’on puisse faire preuve de tolérance face à une telle intolérance extrême ?

                Je ne pense d’ailleurs pas qu’il faille couper tout dialogue, évidemment, mais quand le feu est dans la maison (c’est à dire quand les valeurs fondamentales, et d’ailleurs universelles, comme vous le dites vous-même, sont attaquées), il ne s’agit pas de discuter et tergiverser (avec de grands et beaux discours intellectuels) sur les propriétés de l’eau ou du feu, ou de mener une réunion sur la façon dont on aurait pu construire la maison pour qu’elle résiste mieux au feu. On cherche d’abord à l’éteindre et à faire en sorte qu’il ne se propage pas plus !

                Et comment pouvez-vous expliquer qu’un simple dessin (réalisons cela quand même, un simple dessin !) puisse à lui seul provoquer un tel déferlement de haine dans le monde, des appels aux meurtres, aux fatwa lancés contre les dessinateurs, à la mise à feu d’ambassades, que cela dure depuis des semaines, etc..., sans ne serait-ce que prendre en compte le postulat que quelque chose ne va peut-être vraiment pas dans la civilisation musulmane actuelle (religieuse, politique, sociale) ? Sans qu’il soit besoin forcément, de fustiger, stigmatiser, blâmer la civilisation occidentale, ou de couper tous les cheveux en quatre (et toutes les valeurs en quatre) pour réussir à trouver en quoi l’occident serait absolument responsable de cet état de fait ?


                • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 18 février 2006 10:11

                  Nous avons deux devoirs :

                  - Combattre l’intolérance des terroristes et autres extrémistes par tous les moyens

                  et pour cela

                  - Combattre notre propre intolérance sous le masque d’une liberté d’expression sans respect pour les autres. Votre interprétation édulcorée (mais qui ne trouve aucun élément dans le dessin) de cette catricature (qui fait de Mohammed un terroriste) ne fait pas le partage entre tous les musulmans et les terroristes et en cela elle est intolérante dès lors qu’elle fait objectivement l’amalgame et le jeu de ces derniers ; elle ne peut valoir que pour vous et non pas pour un musulman pacifique : vous ne voulez pas ni ne savez pas vous mettre à la place d’un musulman pacifique qui n’interpréte pas et avec de bonnes raisons cette caricatiure comme vous. C’est déjà de l’intolérance que cette fermeture à l’interprétation justifiée d’autrui..

                  Du reste personne ne m’a montré encore en quoi ces caricatures étaient un acte politique tolérant et ouvert aux musulmans. Mais je suis tranquille : c’est impossible

                  Le rasoir philosophique


                • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 18 février 2006 14:41

                  Je vous remercie de votre réponse approfondie dont je retiens que vous considérez comme moi que ces caricatures sont une faute politique (« mauvaises »), dans la mesure où elles ne pouvaient pas être reçues par la majorité des musulmans pacifiques autrement que comme un offense, voire un affront, à la religion musulmane dans son ensemble et adressée à tous les croyants qui s’y reconnaissent.

                  Il me semble que, sur le reste, nos divergences tiennent au fait que vous admettez, au contraire de moi, le droit d’offenser des personnes qui ne partagent pas a priori les mêmes conceptions politiques ou religieuses que vous, en tant que ce droit ferait partie de la liberté d’expression qui devrait être absolu. ce que je conteste : un droit est toujours relatif à d’autres droits ; aucun liberté n’est et ne doit être considérée comme absolue, sauf à verser dans une vision métaphysique (donc dogmatique et intolérante) ou quasi religieuse du droit et de la politique. Une liberté absolue ne peut que déboucher sur la violence (et l’insulte et le mépris sont des violences,, elle est donc liberticide du droits des autres à être respectés dans leur liberté de croire et de pratiqués leur religion, droit reconnu par notre constituion et la loi sur la laïcité de 1905. Est-ce à dire que vous niez la valeur du respect des religions et des croyants (ce que je ne suis pas) , sur laquelle j’insiste, comme nécessaire à la vie publique et démocratique ?

                  D’autre part vous semblez confondre preuve et argument ; or une preuve concerne le domaine de la connaissance et établit qu’un discours est cohérent en lui-même et avec l’expérience objective universellement reproductible qui en est le référent, alors qu’un argument est toujours ouvert au débat, car il concerne plutôt le domaine de l’éthique et de la politique, en montrant qu’un acte ou un discours génèrent des conséquences cohérentes ou opposées aux principes et finalités dont on reconnaît la valeur pour la vie sociale (respect d’autrui, refus de l’insulte, liberté régulée ou civilisée etc..). Tout serait plus simple en effet si ces principes étaient spontanément compatibles ; ce qui n’est jamais le cas. Il n’y a d’autre validation possible de la justesse d’un argument éthique et politique que de montrer que l’idée ou son expression a des conséquence éthiques positives dans la régulation pacifique des relations sociales. Or la moins que l’on puisse dire, c’est que ce n’est pas le cas de ces caricatures dont la publication fait l’objet d’une défense totalement aveugle à ses conséquences au nom de la valeur « en soi » d’un principe qui n’existe pas dans le droit (qui peut même être considéré comme contraire au droit) : celui d’offenser des personnes pour le seul motif qu’elles partagent une même croyance religieuse..

                  Mais ma position est donc plus éthique ou philosophique et politique que juridique. Ce qui relève du droit d’expression de tout citoyen.

                  Je constate, enfin, que vous semblez incapable de vous mettre à la place d’un musulman pacifique qui se voit traité de terroriste à travers une caricature fallacieuse du prophète auquel, ce qui est son droit dans une société laïque, il se réfère au plus profond de sa croyance identitaire, ce que je peux comme vous regretter ; caricature que, du reste, personne ne défend sur le fond (et pour cause), même ceux qui se sont empressés de la publier au nom d’une liberté d’expression sauvage (sans règle ni limite), mis à part la Ligue du Nord (droite ultra-chauvine et raciste) en Italie, la tiennent pour mauvaise, voire dangereuse.

                  Une telle caricature n’a rien à voir avec la critique argumentée et par là respectueuse des croyants d’une religion, critique qui me semble, comme à vous, tout à fait nécessaire en démocratie.

                  L’illusion religieuse

                  Critique des croyances et respect des personnes

                  Le rasoir philosophique


                • (---.---.38.140) 28 février 2006 17:51

                  Reboul Pourquoi le coran et la charia n’aboutisse pas à la démocratie ?


                • Antoine (---.---.18.181) 18 février 2006 00:00

                  « Je ne pense d’ailleurs pas qu’il faille couper tout dialogue, évidemment, mais quand le feu est dans la maison (c’est à dire quand les valeurs fondamentales, et d’ailleurs universelles, comme vous le dites vous-même, sont attaquées), il ne s’agit pas de discuter et tergiverser (avec de grands et beaux discours intellectuels) sur les propriétés de l’eau ou du feu, ou de mener une réunion sur la façon dont on aurait pu construire la maison pour qu’elle résiste mieux au feu. On cherche d’abord à l’éteindre et à faire en sorte qu’il ne se propage pas plus ! »

                  Je ne suis pas Monsieur Reboul et donc je ne réponds pas à sa place ni ne veux défendre son propos en me faisant son avocat.

                  Que l’on essaye de stopper la propagation du feu est nécessaire, s’il faut défendre nos valeurs OUI.

                  Mais ne craignez-vous pas que notre légitime indignation d’européens et le désir de marquer le coup, ne nourissent une nouvelle xénophobie qui ne serait pas digne au regard de nos valeurs ?

                  Ensuite, mesurons bien. Je viens de lire il y a peu que les conflits naissent sur des enjeux économiques mais que le casus belli est souvent une divergence culturelle, un détail dans les usages, une ponctuation mal squencée, une poussière qui devient rocher. Retirons-nous sous notre tente et fourbissont les outils de la réflexion et de l’action.


                  • Jean-Phi Jean-Phi 19 février 2006 13:07

                    Bonjour à tous, Merci à Sylvain de nous permettre d’échanger de si belle manière. Je pense que l’écoute que vous avez dans ce petit forum est dépourvue de peurs et donc de soucis de convaincre. Ces caricatures sont une nouvelle preuve du mauvais état de notre écoute mutuelle entre civilisation. La moindre des choses est à mon avis, de s’être un petit inquiété de mesurer les conséquences de telles insultes. Personnellement, je ne me moque jamais sans être en résonnance avec mes interlocuteurs.

                    Comme dirait Spinoza, l’éthique est un élément essentiel participatif de son bonheur. Ethique entendue comme « Sois avec les autres, comme tu as envies qu’on agisse avec toi. »

                    Il faut se rappeler que nos extrémistes catho ont vainement essayé il n’y a pas si longtemps d’interdire le film de Martin Scorsese sur la vie du Christ.

                    Une réflexion : « Ne serait-il pas plus facile de vivre dans la diversité culturelle sur des fondations solides de nos ressemblances, plutôt que d’essayer à tout prix d’encenser nos différences ? »

                    Très bonne journée à vous.

                    Jean-Philippe.


                    • Scipion (---.---.56.107) 20 février 2006 09:52

                      Vous écrivez, Jean-Phi : « Il faut se rappeler que nos extrémistes catho ont vainement essayé il n’y a pas si longtemps d’interdire le film de Martin Scorsese sur la vie du Christ. »

                      Je vous ferai remarquer qu’ils n’ont rien obtenu du tout. A la différence des Musulmans qui, eux, sont, de facto, assurés de la censure des caricatures et des plaisanteries que d’aucuns se proposeraient de publier, à l’avenir.

                      Ce deux poids deux mesures, cet exemple à peine croyable, de discrimination positive, est inacceptable !

                      Je vous ferai en outre, observer que douze méchants dessins ont provoqué un séisme médiatique, tandis que la mort de quinze Nigérians, victimes involontaires, mais chrétiennes, de ces mêmes dessins, est passée presque inaperçue.

                      Il y a vraiment quelque chose qui ne tourne pas rond, sur cette planète !!! Et si les intellos sont incapables de le voir, le bon peuple, auquel j’appartiens, commence à le comprendre. Il suffit de parler avec les gens pour trouver des raisons de se rassurer.

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