• lundi 21 mai 2012
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Actualités > Citoyenneté > Martine Aubry, les Roms à Lille et les droits de l’homme
24%
D'accord avec l'article ?
 
76%
(17 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

Martine Aubry, les Roms à Lille et les droits de l’homme

Le 3 septembre, Nord Eclair fait état d’une étrange polémique entre la présidente de la Communauté Urbaine de Lille, Martine Aubry, et le préfet du Nord Jean-Michel Bérard. Quels ont été les contacts entre Martine Aubry et Jean-Michel Bérard depuis juillet dernier à propos des campements de Roms ? Les documents diffusés par Le Figaro à propos de la plainte introduite il y a un mois et demi par Martine Aubry au nom de la Communauté Urbaine de Lille nous semblent apporter quelques précisions à ce sujet. Il en ressort que la saisine du Tribunal de Grande Instance de Lille a été faite avec ce considérant : « ... la loi du 5 mars 2007 n’a pas eu pour objet de dessaisir de ses prérogatives le Juge Judiciaire, gardien traditionnel de la propriété privée, la saisine du préfet étant purement facultative ». Quant à la décision de justice qui saisit le préfet par voie d’huissier, elle fait suite à la plainte de Martine Aubry. Sa suspension pouvait donc en toute logique être demandée à tout moment par la présidente de la Communauté Urbaine de Lille. Mais ce qui peut surtout surprendre, avec tout le respect dû à la justice française, est la teneur de l’ordonnance du Tribunal de Grande Instance rendue deux jours après la plainte de Martine Aubry, telle qu’elle apparaît dans le dossier mis en ligne par Le Figaro . Aucune mention d’une convocation adressée aux « occupants », d’un mémoire en défense, d’une audience contradictoire, de l’intervention d’un avocat des intéressés... Comment concilier les apparences présentées par une telle ordonnance avec la Convention Européenne des Droits de l’Homme et le droit à un procès équitable reconnu par cette Convention ?

Dans sa plainte auprès du Tribunal de Grande Instance de Lille (source : Le Figaro),

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2010/09/01/01016-20100901ARTFIG00587-expulsion-de-roms-la-lettre-qui-embarrasse-martine-aubry.php

http://www.lefigaro.fr/assets/pdf/lettre/lettre-roms-aubry.pdf

la Communauté Urbaine de Lille, représentée par sa présidente Martine Aubry :

- expose qu’elle est propriétaire d’une parcelle de terrain sise à Villeneuve d’Ascq, Boulevard de l’Ouest, et que « depuis quelques jours, plusieurs véhicules et caravanes s’y sont installés, sans droit ni titre » ;

- plaide « une violation flagrante du droit de propriété » et les possibles « difficultés et troubles de voisinage » pouvant découler de cette « installation sauvage », raison pour laquelle « il y a (...) urgence d’ordonner leur expulsion » ;

- par ces moyens, la Communauté Urbaine de Lille demande au Président du Tribunal de Grande Instance de « bien vouloir ordonner, d’urgence, l’expulsion de tous occupants installés sur ce terrain ».

Le seul constat évoqué est celui de la Police Municipale de Villeneuve d’Ascq.

Il s’agit à tout point de vue d’une véritable procédure d’urgence, le plainte faisant valoir que le juge de l’ordre judiciaire reste le « gardien traditionnel de la propriété privée » et que la saisine du préfet est « purement facultative ».

 Et c’est dans la même logique d’urgence que, deux jours plus tard, un Vice-Président du Tribunal écrit :

(...)

Vu la requête qui précède et les pièces jointes,

Vu l’urgence,

Ordonnons l’expulsion des tous occupants véhicules et caravanes installés sur la parcelle de terrain (...)

Désignons à l’effet de procéder à cette expulsion la SCP (...) Huissier de Justice (...)

Disons qu’il nous en sera référé en cas de difficultés.

(fin de citation)

 

Avec tout le respect dû au Tribunal de Grande Instance de Lille, à ses magistrats et à la juridiction de l’ordre judiciaire, on peut être surpris par l’absence de référence dans cette décision :

- à une quelconque convocation des parties adverses (les «  occupants » mis en cause par Martine Aubry),

- à une audience,

- à l’intervention d’un avocat (même désigné d’office) représentant les «  occupants »...

Comment la juridiction judiciaire entend-elle, en l’espèce, appliquer l’article 6.1 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme ? Pour rappel, le texte de cet article :

http://www.echr.coe.int/ECHR/FR/Header/Basic+Texts/The+Co...

Droit à un procès équitable

1. Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle. Le jugement doit être rendu publiquement, mais l’accès de la salle d’audience peut être interdit à la presse et au public pendant la totalité ou une partie du procès dans l’intérêt de la moralité, de l’ordre public ou de la sécurité nationale dans une société démocratique, lorsque les intérêts des mineurs ou la protection de la vie privée des parties au procès l’exigent, ou dans la mesure jugée strictement nécessaire par le tribunal, lorsque dans des circonstances spéciales la publicité serait de nature à porter atteinte aux intérêts de la justice.

(fin de l’article 6.1 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme)

 Pour rappel également, le principe de l’apparence d’impartialité tel qu’il fut formulé par la déclaration du Lord Chief Justice Hewart dans l’affaire R v Sussex Justices, Ex parte McCarthy ([1924] 1 KB 256, [1923] All ER 233) :
 
« ... a long line of cases shows that it is not merely of some importance but is of fundamental importance that justice should not only be done, but should manifestly and undoubtedly be seen to be done ».
 
(... une longue série d’affaires met en évidence qu’il n’est pas simplement important, mais vraiment fondamental, que la justice ne soit pas seulement rendue mais qu’elle apparaisse aussi, manifestement et sans aucun doute possible, comme ayant été rendue)
 
 
Le Collectif Indépendance des Chercheurs
http://science21.blogs.courrierinternational.com/
http://www.mediapart.fr/club/blog/Scientia
24%
D'accord avec l'article ?
 
76%
(17 votes) Votez cet article

2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par Gourmet 2012 (xxx.xxx.xxx.220) 3 septembre 2010 17:54

    Vu sous un angle citoyen, on peut penser qu’il aurait été logique que le juge convoque les "expulsables" avant toute décision, afin de leur demander ce qu’ils faisaient dans ce terrain, de quel droit, ce qu’ils avaient à répondre à la requête de Martine Aubry...

    De même, si les intéressés n’étaient pas en mesure d’assurer leur propre défense, il aurait été logique de leur accorder l’aide juridictionnelle avec désignation d’un avocat, de laisser aux associations le temps d’intervenir dans l’affaire (ce que le Code de procédure civile prévoit sauf erreur de ma part)...

    Gourmet 2012
    La cuisine électorale de 2012
    http://gourmet2012.wordpress.com/

  • Par Indépendance des Chercheurs (xxx.xxx.xxx.203) 3 septembre 2010 18:33
    Indépendance des Chercheurs

    S’agissant des interventions volontaires d’associations, elles sont en principe possibles dans une affaire comme celle-ci si les enjeux présentent un rapport avec les objectifs de l’association. Au juge d’apprécier la recevabilité de l’intervention.

    Le Code de procédure civile prévoit (source : Légifrance) :

    http://www.legifrance.gouv.fr/affichCode.do?idSectionTA=LEGISCTA000006135873&cidTexte=LEGITEXT000006070716&dateTexte=20100903

    Article 328

    L’intervention volontaire est principale ou accessoire.

    Article 329

    L’intervention est principale lorsqu’elle élève une prétention au profit de celui qui la forme.

    Elle n’est recevable que si son auteur a le droit d’agir relativement à cette prétention.

    Article 330

    L’intervention est accessoire lorsqu’elle appuie les prétentions d’une partie.

    Elle est recevable si son auteur a intérêt, pour la conservation de ses droits, à soutenir cette partie.

    L’intervenant à titre accessoire peut se désister unilatéralement de son intervention.

    (fin de l’extrait du Code de procédure civile)

    Cordialement

    Le Collectif Indépendance des Chercheurs
    http://science21.blogs.courrierinternational.com/
    http://www.mediapart.fr/club/blog/Scientia

  • Par Gourmet 2012 (xxx.xxx.xxx.65) 3 septembre 2010 21:39

    D’après les dates qui figurent dans le dossier mis en ligne par Le Figaro, l’ordonnance est intervenue dans un délai de quarante-huit heures environ après le dépôt de la requête. On voit mal comment une association aurait pu introduire une intervention volontaire dans un délai aussi court.

    L’ordonnance ne nous dit même pas qui était au courant de cette action en justice, si elle avait été communiquée aux parties adverses et à quelle date. En réalité, on ne trouve pas dans ce texte très court une quelconque identification des parties adverses.

    Aucune référence à une procédure, non plus. Les mots "parties", "observations", "audience"... sont absents du texte de l’ordonnance.

    Gourmet 2012
    La cuisine électorale de 2012
    http://gourmet2012.wordpress.com/

  • Par Indépendance des Chercheurs (xxx.xxx.xxx.229) 3 septembre 2010 22:21
    Indépendance des Chercheurs

    Exact. Et l’ordonnance ne cite, non plus, aucun article de loi, ni sur le fond ni sur la procédure. On reste sans comprendre en vertu de quelles dispositions générales cette procédure éclair a été appliquée.

    On ne comprend pas, non plus, comment le juge a-t-il fait pour vérifier la version des faits qui lui était présentée par l’avocat de Martine Aubry, et comment s’est-il assuré d’être en possession de tous les éléments pertinents.

    C’est pourquoi, avec tout le respect dû au Tribunal, il nous semble que la question du respect du contradictoire et du droit de la défense pourrait se poser dans une décision ainsi rédigée et prise si rapidement.

    Cordialement

    Le Collectif Indépendance des Chercheurs
    http://science21.blogs.courrierinternational.com/
    http://www.mediapart.fr/club/blog/Scientia

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don
Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox