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Accueil du site > Actualités > Citoyenneté > Médias et humanitaire : frères ennemis ?

Médias et humanitaire : frères ennemis ?

On connaît l’extraordinaire capacité de mobilisation des médias internationaux face à certaines crises humanitaires ; mais force est de constater leur tout aussi extraordinaire capacité d’omission. Ainsi, selon une étude d’AlertNet, la couverture du tsunami au cours des six semaines suivant la catastrophe a représenté autant que celle de dix « crises oubliées » au cours de toute une année. Les médias sont-ils alors responsables de l’oubli de certaines crises ? Et cet oubli « médiatique » est-il une cause, ou seulement une conséquence d’un oubli plus général, voire d’une amnésie délibérée ?

C’est sur cette base que Médecins du monde souhaite réinterroger aujourd’hui le rapport entre médias et humanitaires, et cherche à mesurer la responsabilité et les enjeux de chacun sur ce sujet.

Médias et humanitaire : interdépendance et conséquences

Les humanitaires ont toujours cherché à entretenir des rapports étroits avec les médias, ayant rapidement compris que, sans eux, il n’y avait pas d’action humanitaire qui vaille. Les premiers ont donc besoin des seconds, pour le meilleur et pour le pire.

Le meilleur, au-delà de leur présence sur le terrain, ce sont les témoignages que ces humanitaires rapportent et les alertes qu’ils formulent pour déclencher une prise de conscience du public et la réaction des responsables politiques. Le pire, c’est lorsqu’ils se placent dans une logique marchande, qu’ils ont besoin de se montrer, de se raconter pour récolter des fonds et qu’ils donnent dans la surenchère sur certains lieux de crise.

Si les humanitaires ont besoin des médias, l’inverse se vérifie aussi aujourd’hui, tant il est vrai que les moyens de ces derniers, en particulier dans la presse écrite, s’amenuisent de façon inquiétante depuis quelque temps. Les humanitaires, par une présence qui s’inscrit dans la durée sur les terrains où couvent les crises, sont en effet une source d’informations précieuse. Ils ont par ailleurs appris avec le temps, et parce qu’ils étaient souvent les seuls témoins, à faire le travail de mise en forme, de classement, de décryptage et d’analyse des informations recueillies, devoir assumé jusqu’alors par les journalistes.

Médias et humanitaires ont donc besoin les uns des autres pour mener à bien l’une de leurs missions, qui est d’informer leurs semblables des réalités du monde, en particulier lorsque celles-ci sont mises de côté par des instances politiques, dont le seul souci est de préserver leurs intérêts.

Plus que jamais, il convient aujourd’hui que médias et humanitaires réaffirment leur rôle de contre-pouvoir mobilisateur d’opinion publique. Cela suppose bien entendu un minimum de courage de la part des rédactions.

Il ne doit pas s’agir pour les humanitaires, bien que la tentation existe, de se substituer aux journalistes, mais de redéfinir avec eux un contrat de confiance, d’apprendre à travailler ensemble différemment, afin de mettre en œuvre une nouvelle manière d’informer et de nouveaux outils pour y parvenir.

Le 18e Festival Visa pour l’image-Perpignan nous semble être l’occasion d’en débattre et d’échanger.

Médecins du monde manifeste contre l’oubli

Désireux de porter ce débat au-delà des sphères professionnelles et institutionnelles afin d’alerter le plus grand nombre sur un sujet qui nous concerne tous, mais aussi pour tenter de restaurer le dialogue entre les médias et les organisations humanitaires, Médecins du monde se rend du 2 au 17 septembre au Festival international de photojournalisme Visa pour l’image - Perpignan. Afin de susciter débats et échanges avec les professionnels présents, concernés au premier chef par la problématique de l’oubli médiatique, des membres de Médecins du monde seront présents sur l’esplanade du Palais des Congrès pendant toute la durée du festival. A l’intérieur d’une tente noire, le spectateur déambulera au milieu d’une sélection des photos issues d’un appel à photographes et de témoignages disposés dans des bacs sans fixateur, disparaissant jour après jour et témoignant ainsi du processus de l’oubli. Médecins du monde distribuera par ailleurs un manifeste, résultats de regards croisés des professionnels des médias, de l’humanitaire et des photographes, sous la forme d’un journal comprenant deux éditos de Médecins du monde et de Jean-François Leroy, puis les interviews de rédacteurs en chef de presse quotidienne et de news magazines.

L’association étend son engagement sur la toile et propose de débattre de ce sujet sur son blog entièrement dédié à la question de l’oubli et du rapport entre médias et humanitaires : http://www.mdm-medias-et-humanitaire.com/index.php. Professionnels des médias (L’Humanité, L’Express, Libération, Le Monde 2...), et professionnels de l’humanitaire (Rony Brauman, Patrick Hirtz, Jean-Christophe Rufin) s’interrogent et donnent leur avis sur la question de l’oubli et de la responsabilité de chacun. Mais surtout, ce blog se veut un espace de discussion ouvert.

Médecins du monde souhaite que professionnels et grand public puissent s’exprimer sur ces questions qui semblent aujourd’hui primordiales. En effet, c’est en considérant l’avis de tous que les choses pourront avancer et que des solutions pourront être trouvées.

Plus d’informations sur le site de Médecins du monde :
http://medecinsdumonde.org
Pour participer au débat : http://www.mdm-medias-et-humanitaire.com/index.php
Patrick Hirtz
Responsable des programmes Afrique à Médecins du monde


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2 réactions à cet article    


  • liberte chérie (---.---.252.50) 2 septembre 2006 19:50

    C’est vrai : les images du tsunami étaient spectaculaires, grandioses, émouvantes !!

    Comment les médias ne s’en seraient pas emparés pour (...vendre ??) toucher le grand public...qui s’est senti si concerné parce qu’il s’est identifié aux malheureux touristes (bien plus qu’aux résidents, il faut l’avouer), venus se reposer dans ces lieux prétendus paradisiaques, qui se sont révélés diaboliques et meurtriers par le fait d’une nature imprévisible et exceptionnellement déchaînée.

    En réponse à cette prodigieuse déferlante et au pilonnage de l’information, les dons ont afflué de manière tout aussi disproportionnée : MSF s’en est d’ailleurs ému par la voix de Rony Brauman, à juste titre, nous faisait savoir qu’il trouvait indécente cette mobilisation là... quand dans d’autres temps, sur d’autres fronts, des massacres ont lieu, et dont les agents - prévisibles ceux-là - sont commis à cause de la (perpétuelle) sauvagerie des hommes, dans la quasie indifférence du reste du monde et des médias, ceux-ci conscients que la banalité de la guerre et de ses horreurs ne sont pas vraiment « porteurs ».

    Les médias ont le devoir de nous informer objectivement, ne rien occulter des évènements de ce monde, partout, puisque nous vivons à l’ère de la mondialisation et de l’instantané.

    Ils viendraient ainsi stimuler, c’est le moins, ces associations héroïques, engagées courageusement sur le terrain, de plus en plus prises pour cibles par les belligérants, au mépris de toutes les règles internationales.

    Plus mature car mieux informée, l’opinion publique globalement engagée, pourrait se révéler une arme redoutable politiquement contre des silences indifférents, sinon complaisants voire même complices, des gouvernants... ...mais est-ce bien là l’intérêt de ces derniers ??

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