Pour répondre à la grande grève nationale du 29 janvier, Nicolas Sarkozy recevait hier soir 5 février en son palais de l’Elysée les journalistes censés l’interroger sur sa politique. Un grand discours donc, comme à son habitude. Notons que des discours, il en a fait récemment selon Edwy Plenel, 18 en 35 jours. L’émission a duré 100 minutes. Voici à chaud les contradictions dignes du café du commerce que l’on pouvait relever.
A la septième minute le chef de l’Etat disait déjà : " Non seulement l’aide de l’État ne coûtera rien aux Français mais en plus les banques rembourseront avec des intérêts".
Comment comprendre que, non seulement on n’aurait prêté aux banques que du virtuel, mais qu’en plus elles rembourseraient avec du réel ? Et avec quel argent les banques pourraient-elles rembourser ? Contradiction !
De plus, à la cinquante cinquième minute, il disait : "on a payé pendant 15 ans les erreurs de la Société Générale". Comment croire que pour renflouer le trou de la Société Générale on a dû galérer 15 ans, et aujourd’hui, pour un trou autrement plus grand, non seulement ça ne nous coûterait rien mais en plus, on gagnerait de l’argent ?
A la vingt troisième minute le président a proposé entre autres des investissements qui permettraient de faire transporter sur des barges plutôt que par camions. Mais cela est contradictoire avec des investissements censés créer de l’emploi ! les barges, c’est des emplois de routiers en moins, non ? Bonneteau disait Edwy Plenel !
A la trentième minute, Nicolas Sarkozy a évoqué la possibilité de supprimer le deuxième tiers provisionnel. Autrement dit, plus on est riche et plus on recevra de pouvoir d’achat supplémentaire. Voilà une mesure pour le moins inégalitaire. Qu’à cela ne tienne, en parallèle, la seule raison qu’il a donné pour ne pas augmenter le Smic est confondante de manque de suite dans les idées : " Il y a 17% des gens qui perçoivent le Smic. Cela reviendrait à laisser de coté 83% des gens" ! (trente deuxième minute). On est au delà de la contradiction, c’est de la mauvaise foi caractérisée.
A la trente neuvième minute, le chef de l’État poursuivait : " Sur la répartition des richesses dans l’entreprise, je suis pour un tiers au Capital, un tiers à l’entreprise, un tiers aux salariés". Outre que la part de l’Etat n’est pas évoquée, on imagine que dans son esprit les entreprises ne paient déjà plus aucun impôt, et cela revient à prescrire "autant pour le Capital que pour le Travail".
Rappelons qu’en 20 ans on est passé d’une répartition de "30 pour le Capital / 70 pour le travail", à une répartition de "40/60", et cela dans la douleur et la grogne pour les travailleurs et pour le plus grand bonheur des capitalistes, lesquels ne sachant plus où investir ont fait marcher l’industrie de la finance, celle qui a créé cette bulle qui nous explose au nez. Voilà maintenant qu’il propose de passer d’un claquement de doigts, d’un rapport "40/60" à un rapport "50/50" : la même chose donc, redisons le, pour le Capital que pour le Travail. Et personne sur le plateau n’a réagi !
Passons sur la suppression de la taxe professionnelle prévue en 2010 qui va dans le sens inique évoqué plus haut.
Enfin sur son explication de la crise, j’ai relevé ce passage : "En une phrase, voilà pourquoi ça ne marche pas : il y a un marché mondial et des régulateurs nationaux (et avec les mains, il mime le marché au-dessus et les régulateurs en-dessous). Et le marché fait ce qu’il veut puisque les régulateurs au lieu d’être au-dessus sont en bas (sic). Je veux une position commune des Européens".
Et là il détaille ses mesures. Mais à peine quelques minutes plus tard il justifiait que si les Européens n’ont pas de stratégie commune pour lutter contre la crise c’est parce qu’ils ont des situations et des contextes différents. Comprenne qui pourra.
Enfin, pour terminer cet aperçu succinct, notons que le président a prononcé cette phrase sibylline, il a dit : "Dans les paradis fiscaux sont logées des dettes immenses que nous ne voulons pas payer, pour de l’argent malhonnête".
Qui saura expliquer ici ce que signifie cette phrase énigmatique sur laquelle personne dans la somptueuse demeure, n’a jugé bon de demander des précisions ? J’en appelle à la sagacité des spécialistes de la question.

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