Si l’ex-ministre de l’Intérieur horrifie François Bayrou, il est surprenant qu’aucun autre candidat n’ait apporté de commentaire sur une "sortie" idéologique forte de Nicolas Sarkozy.
Il y a des concepts qui devraient avoir disparu à la fois parce que
l’expérience a démontré qu’ils étaient faux mais aussi parce que leur
application a, dans le passé, provoqué les pires horreurs de l’histoire
humaine. Le déterminisme génétique de l’être humain fait partie de
ceux-là.
Il y a des mots qui, aujourd’hui, comme "terrorisme" ou
"pédophilie", abolissent toute raison, c’est vrai. On en arrive à des
dialogues surréalistes, par exemple : "Mais il faut accepter la torture
sur des terroristes/pédophiles pour les faire avouer !", "Mais s’ils
n’avouent pas et qu’il n’y a pas de preuve, c’est qu’ils sont peut-être
innocents", "Ca serait ta fille qui aurait été violée et ta femme
déchiquetée dans l’attentat, tu ne serais pas avec ces ordures", "Mais
s’ils sont innocents, ce ne sont pas des ordures...", "Qu’on les fasse
avouer ! Qu’on les égorge !", etc. L’affaire d’Outreau a été
exemplaire dans ce mécanisme.
Mélangez les deux, ajoutez un zeste de démagogie et une bonne dose
d’ambition personnelle démesurée, vous obtiendrez la dernière sortie de
Nicolas Sarkozy sur les pédophiles et les suicidaires. Cette prise de position en a horrifié François Bayrou. Je suis peiné qu’aucun autre candidat n’ait réagi.
Pour résumer la position de l’ex-ministre de l’Intérieur, un pédophile
ou un suicidaire ne doivent leur condition qu’à un fond génétique hérité de leurs parents. On comprend mieux, maintenant, l’acharnement de Nicolas
Sarkozy à vouloir détecter les futurs délinquants potentiels dès
l’école maternelle pour, sans doute, tout de suite les envoyer en
prison... Enfin, soyons humains, dans une prison (réelle ou chimique)
adaptée à leur condition et leur âge.
En toute bonne logique, il faudrait prévenir plutôt que guérir. Si le
déterminisme génétique est juste, alors il faudrait, plutôt que de
faire supporter la charge de futurs délinquants à la société, procéder
à des avortements civiques. Et, comme cela coûte cher, l’idéal serait
de stériliser les personnes à risques.
On pourrait évidemment mener de vrais campagnes de prévention et isoler
les personnes à risque dans des centres fermés à l’écart des villes où
le bon air leur apporterait un peu de bonheur dans une vie qui n’a pas
toujours été gentille avec eux. Il serait également juste que la
société ne supporte pas le coût de ces mesures, nécessaires pour sa
propre sécurité mais qui sont dues avant tout à l’inconscience de
certains parents irresponsables qui ont donné naissance à des gens
inadaptés. Ces personnes auraient donc bien entendu à travailler dans
les centres fermés bucoliques, travail qui leur permettrait de se
libérer l’esprit de leurs pulsions désastreuses. Ce travail les rendant
libres, pourquoi se plaindraient-ils ? Et, au terme, il conviendrait de
les libérer définitivement. Bien sûr, il ne faut pas oublier les
menaces autres que la pédophilie et l’insoumission au chef. Les
avaricieux et les spéculateurs font beaucoup de mal à la société. Et on
a pu constater que, génétiquement, de père en fils, certains étaient
banquiers ou vendeurs de tissus. Il conviendrait donc de régler
également leur cas. C’est ainsi qu’en glissant le long de la pente du
déterminisme génétique, poussée par le vent de la démagogie, l’humanité
a créé Auschwitz.
Chacun est responsable de ses choix. Il est vrai qu’il existe un
"terrain" (comme on dit en génétique ou en homéopathie). Mais celui-ci
est complexe et jamais purement génétique. L’hérédité, elle-même, doit
être vue avec suspicion : il y a ce qui est transmis génétiquement mais
aussi par les conditions de la grossesse (mère alcoolique, fumeuse...),
par la prime enfance, par l’environnement social, par la réaction de la
société face à l’individu (des êtres méprisés car petits peuvent
devenir méchants ou ambitieux), etc.
Cette complexité et la responsabilité individuelle qui en découle
sont ce qui justifie l’éducation, y compris ses aspects coercitifs, et,
aussi, la punition des criminels.
Il faut se rendre à l’évidence : Nicolas Sarkozy multiplie les
prises de position qui le placent davantage à l’extrême droite que
Jean-Marie Le Pen.

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