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Nous, Usagers des l’Hôpitaux publics et privés, et des soins

Les champs d’honneur

Cette fois, c’est parti ! Les médias ont choisi le moment de la nouvelle réforme hospitalière pour nous annoncer que, depuis la création des mouvements d’usagers et de malades, il y a 30 ans, il y a eu, en France, environ :

300 000 décès dus à des erreurs médicales (des effets indésirables liés aux soins, des aléas thérapeutiques comme on dit pudiquement)

3 millions de personnes environ dont le pronostic vital a été mis en cause par des soins c’est-à-dire avec des séquelles visibles ou invisibles.

6 millions environ au total ont été victimes d’une erreur médicale


Le nerf de la guerre

Dans le même temps, ces mouvements d’usagers et de malades éprouvaient les pires difficultés à se faire accepter (« ce n’est pas vous qui allez nous apprendre notre métier ! »), jusqu’à ce que ceux-ci, en désespoir de cause et par des efforts surhumains, apportent leurs propres financements, privés, pour une prise en compte acceptable de certains malades, laissés pour compte ou simplement pour que soit reconnu des droits (et des devoirs) aux personnes hospitalisées.

« Le service public est le patrimoine de ceux qui n’ont rien »…


Des compétences non reconnues propres aux usagers, aux malades et à leurs familles

Ces deux pères ont crié aux caméras :

« C’est mon fils ! Je voyais bien qu’il était en train de mourir ! »


Les parents sont les premiers pourvoyeurs de soins, on l’oublie souvent. Ils sont compétents pour leurs enfants tout comme chacun est compétent pour sa propre santé. Une compétence rarement reconnue. « Vous me faites confiance, sinon je ne peux pas vous soigner ». Qui a entendu « Docteur, faites-moi confiance, sinon vous ne pouvez pas me soigner » ?

Un métier qui s’apprend « sur le tas » et donne finalement d’assez bons résultats, des résultats qui pourraient être optimisés.

Les deux décès auxquels il est fait allusion ci-dessus sont significatifs et permettent de se poser de bonnes questions :

Le premier décès était celui d’un enfant perfusé, surveillé par son papa.

On imagine ce qui ce serait produit – ou pas, justement – si l’infirmière, tout en perfusant son enfant avait expliqué au papa ce qu’elle était en train de faire et le résultat attendu.

« Je suis en train de lui poser une perfusion de sérum glucosé auquel est ajouté l’antibiotique qui va permettre de lutter contre son angine auquel j’ai ajouté un médicament pour lutter contre sa fièvre et un troisième pour qu’il ne souffre pas. Il devrait assez rapidement être plus calme, reprendre une respiration régulière et s’endormir »

Un discours en forme de check liste, une vérification possible par le papa lui-même, une chance supplémentaire pour éviter une éventuelle erreur.

Généralement, les parents ou famille sont priés de sortir lors de ces soins.

Une seconde question vient à l’esprit : le parent s’apercevant que son fils est en train de mourir, que son état, au lieu de s’améliorer est en train de se détériorer depuis la pose de la perfusion, aurait-il pu prendre l’initiative de retirer (ou d’arrêter) la perfusion en attendant l’arrivée de l’infirmière ?

Ceci aurait limité la quantité de liquide perfusé et augmenté les chances de survie de l’enfant.


Le deuxième décès est du, selon les propos rapportés, à un refus de la part d’un chirurgien d’opérer ce jeune malade dont la rate est atteinte. Le père, bien renseigné et sûr de lui (« tous les indicateurs d’une hémorragie interne persistante étaient présents »), aurait pu/du demander l’avis d’un autre chirurgien d’un éventuel autre hôpital.

En effet, si le malade est en droit de refuser des soins, il est également en droit d’exiger un autre avis et/ou d’autres soins et ce, dans un lapse de temps ne mettant pas en jeu le pronostic vital de son enfant.

Nous connaissons malheureusement la difficulté à mobiliser un médecin contre l’avis exprimé du premier, surtout si celui-ci est péremptoire.

L’usager actuel ou potentiel des soins en général, malade, parent de malade, lorsqu’il est mobilisé participe de la qualité des soins.

L’analyse des situations d’erreur, si elle devient possible grâce à la transparence – celle-ci passant avant la notion de faute – devrait faire entrer les usagers de la santé dans le champ des responsabilités de soins et leur réserver une part active.


A qui profitera la reconnaissance pleine et entière des aléas thérapeutiques ?

Dans l’esprit des pionniers, la lutte à la française contre les erreurs médicales devait, à tout prix, éviter la multiplication des contrats de décharge pour maintenir une confiance réciproque, tout aussi porteuse de qualité et de reconnaissance mutuelle.

Le mouvement a échoué sur ce point.

Les assurances, hors de prix, se multiplient pour des profits financiers, laissant parfois peu de chance à l’usager de faire reconnaître une erreur, voire une faute, et pire encore, au personnel médical ou paramédical d’avouer une erreur parfois reclassée en faute qui suspendrait ou multiplierait ses cotisations d’assurance. Les assurances ont de bons juristes.


Nul doute, chaque citoyen doit être attentif à la signification de l’annonce, aujourd’hui, d’une réalité connue de tous depuis des décennies – mais non chiffrée jusqu’alors -.


Document :

les événements indésirables liés aux soins, résultat de l’étude ENEIS dans les établissements français en 2004



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12 réactions à cet article    


  • Romain Desbois 12 janvier 2009 18:50

    Bien que les morts par maladies nosocomiales soient dix plus nombreuses par an en France que les tués sur la route, les médias, l’Etat et le corps médical ne semble pas s’en inquiéter outre mesure (du moins pas autant qu’il le faudrait).

    Encore récemment dans un hôpital, j’ai constaté avec plaisir que la femme de service qui nettoyait les WC, portait des gants. Puis, c’est avec horreur que je l’ai vu prendre le même linge mouillé pour ensuite nettoyer la table du patient et garder les gants et le linge pour ouvrir la porte de la chambre.

    Il y a encore du boulot ! Est-ce qu’on enseigne la vie de Semmelweis ?

    Comment se fait que l’on regresse sur des choses aussi basiques que vitales ? Les antibiotiques que l’on a gaspillé à trop en donner pour un oui ou un nom, voire quand ça ne servait à rien !

    Dites à votre medecin que ce n’est pas automatique, disait la pub. Ca n’a choqué personne que le ministère de la santé demandent aux gens d’informer leur médecin ? Ya comme quelque chose qui tourne pas rond, non ?


    • clostra 12 janvier 2009 19:28

      Merci d’avoir posté.

      Juste une petite précision : les 10 000 décès par an ne sont pas uniquement dus aux maladies nosocomiales comme en témoignent les récents décès d’enfants mis sous les projecteurs de l’actualité.

      C’est pour ça qu’il faudrait beaucoup plus de monde pour réfléchir, mettre en forme puis en application une vraie réforme des hopitaux (au sens large = des lieux de soins).

      Par exemple : les gants ça protège très bien celui qui les porte...

      Petite question : lorsque vous avez vu ça, qu’avez-vous fait ?


    • Romain Desbois 14 janvier 2009 08:24

      Hélas j’ai voulu le signaler ,mais la personne malade n’a pas voulu car elle avait peur de représailles (c’est idiot je sais).
      J’ai quand même fait un courrier à la direction de l’hôpital qui n’a jamais répondu.


    • appoline appoline 14 janvier 2009 18:04

      Quand vous voyez une aide-soignante foncer au bloc après être sortie des toilettes sans se laver les mains, là aussi, on est surpris, ils peuvent faire des prorocoles et procédures, contre la connerie, il n’y a rien à faire.


    • emmerdeuse 13 janvier 2009 10:38

      Le port de la blouse blanche a parfois (parfois seulement) l’effet d’une bonne giclée de cocaïne dans les naseaux : on se sent invincible et tout-puissant.
      Je sais de quoi je parle, voilà douze ans que j’exerce, et j’ai travaillé dans plusieurs hôpitaux.
      Le problème ne vient-il pas, en partie, de la formation des soignants (médicaux et paramédicaux), une formation extrêmement pointue et complexe, mais qui n’aborde presque pas la relation soignant-soigné et la place du malade ? Des infirmières et des toubibs débordés, stressés, et qui en plus n’ont pas toujours les "armes" relationnelles permettant d’établir une relation de confiance avec le patient...



      • clostra 13 janvier 2009 13:40

        Oui mais on - nous, usagers de la santé - ne doit pas s’arrêter là. L’habit de lumière dans sa blancheur immaculée a également un effet sur le patient.

        Il peut être un "outil" de management - sentiment d’appartenance à un groupe.

        il peut également permettre au patient de vérifier la propreté du soignant et ainsi s’assurer qu’il apportera moins de risque de transmettre des germes au malade qu’il va toucher...

        J’ai également travaillé 14 ans en milieu hospitalier. En tant que professionnel - des laboratoires - , j’ai également été usager de ces hôpitaux et j’ai noté des dysfonctionnements flagrants mais qui ne semblaient pas être évidents pour le personnel.

        La possibilité d’échanger, instituer dans les "protocoles" la présence réelle du soigné comme une partie active des soins est loin d’être gagnée.


      • appoline appoline 14 janvier 2009 18:08

        @ Emmerdeuse,
        Vrai, j’y ai vu aussi un beau panel de cons. Le stétos autour du cou pour qu’on ne confonde pas avec les fraises des bois, ne signifie pas spécialement la compétence, juste la durée des études.


      • jakback jakback 13 janvier 2009 12:49

        Bien, a part cela , l’espérance de vie en France = 78 ans pour les hommes/ 85 ans pour les femmes, demandons a nos politiques une loi autorisant les familles de personnes mortes avant l’âge moyen d’espérance de vie, a porter plainte contre l’état pour " mort inacceptable d’une personne morte avant l’âge moyen de mortalité Française ". http://fr.wikipedia.org/wiki/Esp%C3%A9rance_de_vie
        Le débat démagogique ambiant englobe toutes les vicissitudes de la vie, il fait trop chaud l’été (canicule) il fait trop froid l’hiver (sdf ), fumer tue, la vitesse aussi, tiens vivre tue, faut il le rappeler.
        Notre société est frileuse,craintive, apeuré, endormie dans un confort douillet, pire elle a engendrée une jeunesse sans espoirs, sans rêves, sans audace, qui confond la vie avec Disney land ou l’île aux enfants. La vie c’est la certitude de mourir, l’objectif est de réussir a remplir pleinement de ses envies, le temps qui nous individuellement impartie.


        • pallas 13 janvier 2009 15:38

          Qu’est ce que l’ont peut en avoir a battre du milieu hospitalier, il y a des gens qui crevent, c’est comme sa, c’est la vie, faut s’y faire.

          L’amelioré ? sa veut dire engraisser les fonctionnaires ? et puis quoi encore, se sont des feignants, si en plus il faut augmenter leurs salaires, c’est du foutage de gueule.

          Je pencherai plutot a une reduction d’effectif et un meilleur rendement du personnel


          • iris 13 janvier 2009 18:59

            l’hopital français a été organisée comme l’armée-
            avec une solide hiérarchie-
            est que cette organisation est toujours bonne à notre époque ??
            que l’on soit riche ou pauvre on veut etre soigné et guéri -et bien- et il faut que tout soit mis en oeuvre pour cela-
            la santé c’est le 1er capital d’un individu, et une bonne santé ce devrait etre le 1er objectif des terriens-
            si le système de santé se dégrade , la santé des riches se dégradera aussi -malgré clinique et autres..



            • clostra 14 janvier 2009 11:28

              L’hôpital (de hospitalier) était à ses débuts un lieu d’accueil des "indigents" (pour les sdf on pourrait dire aujourd’hui : les vagabonds, les clochards, tout ce qui pouvait nuire à la société, les mal insérés, de fait : les malades), une sorte de lieu d’enfermement d’où ils ne pouvaient pas sortir si facilement.

              Nous leur devons d’ailleurs beaucoup car ils ont été les premiers cobayes dans l’évolution des soins.

              Dire que c’était une organisation quasi militaire n’est peut-être pas tout à fait exact car les hôpitaux étaient tenus la plus part du temps par des ordres religieux qui devaient tout de même essayer de pratiquer la charité (les ordres de la charité), ce qui n’empêche pas une discipline de fer face à un mal avant tout social et non reconnu comme tel.

              Pas si loin, juste avant 68, il y avait dans les services, une partie privée où le patron faisait hospitaliser sa clientèle privée moyennant finances et une partie publique pour des soins gratuits. Ce qui est d’ailleurs revenu depuis quelques années.

              68 a balayé tout ça et accueilli riches et pauvres, tous pauvres en santé. Rendu obligatoire la couverture santé sociale puis instauré, récemment la CMU.

              Et puis maintenant, ce micro cosme hospitalier a beaucoup de mal - c’est un peu vrai de tous les services publics - à admettre qu’il existe une organisation plus efficiente qu’une hiérarchie dite "militaire" ou pyramidale, du moins pour ce qu’on demande aux hôpitaux.

              La guerre, il faut la mener dans les hôpitaux, oui ! mais pas contre le malade : contre la maladie. Et la stratégie n’est pas tout à fait la même !

              Allez, un petit exemple, justement d’un de ces patrons et de ses adjudents :
              Cette mère qui arrive avec son enfant dans un "grand" service ORL à Paris. On la fait entrer dans une sorte de petit isoloire très semblabe à un confessionnal. Son petit garçon ayant des problèmes ORL à répétition, mange moins bien depuis quelque temps, il est également de constitution longiligne.
              Une sorte de boucher arrive avec ses adjudents, le regarde, ne regarde pas sa mère, lui regarde-t-il les oreilles ? l’histoire ne le dit pas tant l’événement avait peu d’importance dans la réminiscence des souvenirs. Il se tourne alors vers son aéropage et déclare que, vraiment au regard de son propre fils (un regard entendu parcourt l’assistance), cet enfant est hypotrophique.
              Ce gros monsieur enflé de sa personne ne pouvait à l’évidence qu’avoir une descendance hypertrophique, voire carrément obèse.
              La mère est sortie du confessionnal sans le pardon de ses fautes.
              Fuyant ces lieux inhospitaliers pour l’opération préconisée.



              • clostra 16 janvier 2009 13:15

                Petites précisions pour conjurer la peur qui saisit bien que le témoignage rapporté ci dessus soit un retour en arrière de plusieurs années :

                L’enfant avait été mesuré mais n’avait pas été pesé
                Il était suivi régulièrement par un pédiatre et sa courbe de croissance se situait au dessus des 2 déviations standard...

                Le même enfant accueilli 12 ans plus tard, parti pour être de très grande taille, hospitalisé dans un service d’orthopédie pour une fracture du coude, a été sévèrement jugé en surpoids. La même maman, anxieuse au sujet de la guérison de la fracture tout juste opérée, a tenté timidement de dire qu’il faisait pourtant du sport et s’est vue rétorquer vertement que "le sport n’a jamais fait maigrir !" par le chirurgien haussant le ton.
                La broche que lui avait posé ce chirurgien a du être retirée avant que la fracture ne soit consolidée car elle était trop longue et rentrait dans les chairs, empêchant de mobiliser le bras...

                Avons-nous raison d’avoir peur ?
                Petite maltraitance ou négligence au chevet du malade, sans vraie conséquence, de la part du personnel à qui aurait été faite la remarque ? Que vaut-il mieux :

                - faire la remarque, courtoisement, à la personne "prise sur le fait" ?

                - en référer à sa/son supérieur(e) ?

                - entrer en dialogue institué comme force thérapeutique ?

                - s’en remettre à des associations d’usagers et de malades ?

                - ne rien dire et laisser faire en pensant que les instances de contrôle vont s’en occuper ?

                Menace réelle dans certains cas, intimidation ou abus de pouvoir dans le pire des cas ?

                Dans l’hôpital, les plus hauts pouvoirs de la République se cotoient :
                police ou gendarmerie (accidents, blessures, troubles à l’ordre public...)
                pompiers (médecins, urgences...)
                justice (expertises...)

                Assurément, il est moins dangereux de "se moquer" du président de la République ou de le caricaturer que de caricaturer un grand patron.

                Le juste combat est celui qui mobilise et unit tout à la fois le malade et les soignants contre la maladie.

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