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Où il n’est point question de l’amour, mais de sexe

Les hommes (dit une sentence grecque ancienne) sont tourmentés par les opinions qu'ils ont des choses, non par les choses mêmes.
Montaigne avait fait inscrire cette sentence d'Épictète (Manuel) sur sa bibliothèque.

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The Fox and the Grape
http://www.google.fr/imgres?um=1&sa=N&hl=fr&rlz=1T4ACEW_frFR371FR372&tbm=isch&tbnid=xpzBmh76x13foM :&imgrefurl=http://fr.wikipedia.org/wiki/Dissonance_cognitive&docid=5gfu3OFUk5t7FM&imgurl=http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/e/e1/The_Fox_and_the_Grapes_-_Project_Gutenberg_etext_19994.jpg&w=354&h=605&ei=829HUunfBLTc4QTX0YEo&zoom=1&iact=hc&vpx=2&vpy=-57&dur=1265&hovh=294&hovw=172&tx=77&ty=179&page=1&tbnh=141&tbnw=90&start=0&ndsp=11&ved=1t:429,r:0,s:0,i:83

La question sexuelle est mon obsession, mais j'essaie de la traiter comme une affaire personnelle tout en restant dans le cadre de la loi. Comme de la religion, j'en fais une affaire privée : personne ne vient me demander si je fais bien ma prière au pied de mon lit avant de me coucher.

Si je transgresse, car la transgression fait partie des plaisirs comme du progrès des connaissances, c'est plutôt la bienséance ou la routine qui peuvent s'en trouver offusquées, et encore avec discrétion ; mais jamais la délicatesse et le respect à l'égard d'autrui. Sinon je m'en trouve tout penaud. Je me souviens d'une vieille interview télévisée de Juliette Gréco qui était interrogée, dieu sait pourquoi ! sur le porno et qui répondait tout simplement : "Pff ! À quoi bon ? On fait beaucoup mieux chez soi."

Un penseur important de la première moitié du XXe siècle (*) écrivait déjà que la question de morale et de civilisation la plus importante, liée à la question sexuelle, était celle de la formation d'une nouvelle personnalité féminine. Il ne pouvait pas imaginer qu'elle serait débordée par d'autres questions puisqu'il notait la fréquence, dans les campagnes, de l'inceste et de la pédérastie... Il concluait, après avoir insisté sur la prudence à apporter dans toute nouvelle règlementation, qu'il serait cependant nécessaire d'y procéder, ainsi qu'à la création d'une nouvelle éthique. 

Il peut paraître un peu dépassé car le problème était pour lui que la femme parvienne non seulement à une réelle indépendance par rapport à l'homme, mais aussi à une nouvelle façon de se concevoir elle-même et de concevoir son rôle dans les rapports sexuels... malheureusement sans donner plus de détails.

Pour mon humble part, j'admire le travail des romanciers, tels que Aragon, qui parviennent à mettre de manière crédible le lecteur dans la peau d'une femme. Ce qui est d'ailleurs chez lui d'un érotisme sans rivage, qu'il soit voulu ou non. 

Je serais plutôt un tenant de l'irréductible différence sexuelle et, de ma place, ne me sens aucune compétence pour donner quelque bon conseil que ce soit à qui est si totalement et heureusement autre. Ce qui rend, certes, la vie pleine de difficultés mais aussi de charme.

Pour revenir à ce que je disais au départ, je bénis chaque jour le ciel de ne pas avoir à m'occuper de légiférer. Ou de ne pas me trouver à un poste de responsabilité dans une organisation qui doit nécessairement définir son attitude sur ces questions. C'est pourtant à cela que les hasards de l'existence ou d'une carrière amènent certains.

J'aime mieux mille fois vivre sous leurs lois qu'être l'auteur des miennes, fussent-elles soutenues par une majorité.

 J'ai déjà suffisamment de mal à m'occuper de moi-même pour ne pas aller en plus m'occuper de la vie de mes semblables. Si certains outrepassent en blessant ce que l'esprit du temps considère comme l'innocence, ou le respect de la personne humaine, la justice s'applique, comme elle passera sur moi (cela doit faire mal ! mais somme toute moins qu'à la victime) si jamais je dérapais...

Comme le penseur en question était plutôt perspicace, il voyait la sexualité en tant que fonction de reproduction d'un côté et comme "sport" de l'autre. Certes il est totalement dépassé sur le premier point, puisque la fonction de reproduction est complètement détachée de sa base naturelle, ou tend à le devenir ; mais la notion de sport est plaisante, et assez partagée, aujourd'hui, chez l'un et l'autre sexe, à conditions qu'ils en aient les moyens et le loisir.

Il complétait son analyse en voyant que l'idéal "esthétique" de la femme ( les guillemets sont de lui) oscille entre la conception d'"administratrice" et celle de "bibelot", de "jouet".

 À se sentir "bibelot" ou "jouet", il est concevable qu'elle trouve chez Sappho le repos de l'"administratrice".

De même qu'à devenir "administratrice", il est permis de se demander si elle n'a pas induit, par sa relative inaccessibilité, de nouvelles formes de compensation. Comme le raisin n'est pas à portée , le renard de la fable d'Ésope le laisse en disant : "Il était trop vert", pour aller chercher une autre pitance.

Ce qui constitue une sorte de retour à la terre, pour rester dans la constatation que l'auteur fait sur les mœurs campagnardes.

(*) Antonio Gramsci (1991-1937)

 


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