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Oui à l’anonymat ; non à l’ignorance

La question du don de sperme et de l’ovocyte nous concerne tous. En effet, qui peut être certain de l’origine de sa conception ? Par définition personne puisqu’aucun n’a été témoin de sa propre conception. Personne ne sait en effet s’il n’est pas l’un de ces 50 000 enfants nés du froid et dont on a caché l’origine dans les années 80. Au-delà ce cet intérêt direct, cette question nous concerne tous car les enjeux concernent les générations à venir.
 
La loi de bioéthique fait couler beaucoup d’encre. En effet, les parlementaires s’apprêtent à modifier substantiellement les règles qui régissent jusqu’à présent le don de sperme et d’ovocyte. Aujourd’hui, trois règles fondamentales président à ces dons : l’anonymat, la gratuité et le consentement. Il y a un débat de taille puisque l’on touche à un point particulièrement sensible : la naissance et la filiation donc notre civilisation. Pourtant, sur ces trois points de l’anonymat, la gratuité et le consentement, l’apparent débat n’est que polémique. Un raisonnement simple et logique nous amène à une seule option cohérente : l’esprit de l’anonymat mais la traçabilité, l’esprit de la gratuité mais l’indemnisation et la reconnaissance, l’esprit du consentement mais l’incitation au don. Prenons-les dans l’ordre.
L’anonymat partiel est essentiel. En effet, pour le donneur, la garantie de la confidentialité de son identité est indispensable. En 2006, 248 hommes ont donné leur sperme et 228 femmes leurs ovocytes. C’est très peu sachant qu’un même donneur ne peut être à l’ origine de plus de 10 embryons. C’est très peu quand on sait que la demande de sperme et d’ovocyte est plus forte que l’offre. C’est très peu quand on sait que la possibilité d’avoir un enfant peut être à l’ origine de tant de séparations ou au contraire de couples unis et aimants. La levée de l’anonymat, et cela est mécanique, réduira le nombre de donneurs et le nombre de demandeurs. Cela est certes une façon de réduire la tension qui existe entre l’offre et la demande mais ne résout en aucune façon le problème, qui, à défaut de pouvoir trouver une solution en France, s’exportera dans d’autres pays, dans des conditions qui seront à n’en pas douter précaires et payantes. Revenir sur l’anonymat, c’est condamner le don des sperme et d’ovocyte.
 
Lever l’anonymat, c’est rajouter une barrière pour le donneur qui ne souhaite pas se retrouver 18 ans plus tard, avec dix paternités dont il ne connait rien de l’histoire et n’a pas décidé de la naissance ni choisi la mère ou le père. Imaginez, ne serait-ce qu’un instant que, sensibilisé au désespoir de la stérilité de certains couples, vous décidiez de donner des gamètes et que, 18 ans plus tard, 10 jeunes hommes tout juste majeurs viennent taper à votre porte pour vous voir, vous parler, vous connaître alors que vous avez déjà deux, trois quatre enfant de 20, 23 et 24 ans … quel choc cela entraînera sur le donneur, les enfants qu’il a élevés et les enfants issus biologiquement de son sperme ? Quant à l’idée de créer deux banques de donneurs – les donneurs acceptant la levée de l’anonymat et ceux ne l’acceptant pas, est tout aussi vouée a l’échec. Sur les 248 donneurs de sperme, combien accepteront de lever l’anonymat, 10, 15, 20 ? Passé ce barrage, trouvez les familles qui voudront que leurs enfants puissent accéder a l’identité de la personne ayant donné son sperme lorsqu’il aura 18 ans, semant la zizanie dans la famille de l’un comme de l’autre ! Rajoutons encore une dernière interrogation : dans quels questionnement, indisposition et malaise mettriez-vous cette jeune personne de 18 ans, sortant tout juste de l’adolescence qui devra tout simplement faire le choix de la connaissance ou de l’ignorance de son origine ? Soyons rationnels, ces propositions de levé de l’anonymat n’ont aucune chance de réussir. 
 
Sans doute l’anonymat est-il indispensable pour que le système de dons de sperme et d’ovocyte perdure mais il n’en demeure pas moins légitime d’exiger une connaissance approfondie des antécédents individuels et familiaux du donneur. En effet, l’enfant né du don doit pouvoir connaître les risques - de maladie entre autres – qu’il peut encourir au regard des antécédents familiaux. Lorsque vous allez chez le médecin, vous avez peut-être l’habitude de lui rappeler que votre grand-mère a eu un cancer, comme votre arrière grand-père et que du côté de votre père, vos ascendants ont eu sur plusieurs générations une dégénérescence de la rétine. Passons l’exemple et concentrons nous sur l’impératif sanitaire. Ces données ne doivent pas être cachées aux enfants nés de dons. C’est les priver de soins adéquats et instaurer une inégalité de fait, d’autant plus injuste qu’elle est évitable, face à la prévention de maladies héréditaires. Il faut donc être capable de tracer l’historique médical du donneur ce qui nous fait dire non a l’anonymat total et doublement oui a l’anonymat partiel et a la « traçabilité ».
 
 La gratuite est essentielle mais le bénévolat ne doit pas freiner les donneurs. Donner gratuitement, par bonté d’âme et par sympathie (ou compassion selon qu’on lui préfère la forme grecque) pour les couples stériles, comme on le fait lorsque l’on donne son sang, est un état d’esprit. Et cet état d’esprit ne peut être altéré. Cependant, la monétisation ne change pas forcément un acte désintéressé en acte intéressé ; il peut tout simplement le rendre plus faisable. Peut-être, pour le favoriser, serait-il judicieux d’indemniser des salariés qui s’absentent de leurs bureaux pour donner leurs gamètes comme cela pourrait être envisagé pour le don du sang. A l’heure où la France, et il faut saluer là-dessus la vision du gouvernement, a pris la décision de mettre en place une indemnité pour les personnes accompagnant les femmes et hommes en fin de vie, notre pays pourrait envisager de proposer le même traitement pour les dons de sang et de gamètes, refermant symboliquement la boucle de la vie. Aussi, la démarche doit-elle être valorisé et valorisante. On peut imaginer que donner ses gamètes n’a pas la même reconnaissance sociale que donner son sang à cause des interdits religieux mais surtout du tabou du sexe. Pour passer outre, sans monétiser l’acte, il faut que les autorités valorisent cette démarche, pourquoi pas dans l’enseignement. Il pourrait être intégré à l’enseignement de la sexualité qui se fait aujourd’hui dans les collèges de France en quatrième ou faire l’objet de communication là où les adultes sont – dans les entreprises et dans les administrations. La gratuité est un état d’esprit qui doit être conservé mais l’acte de don doit être facilité par une indemnisation et une valorisation de l’acte de don.

 Le consentement peut difficilement être contesté. Comment vouloir forcer des dons ? Un don ne se force pas, il se suggère. C’est là que le politique peut intervenir en communiquant sur le don pour encourager le consentement. Comment ? Comme toute action marketing, en étant vendeur, présent sur les lieux de passage, cohérent dans ses messages, rassurant. Et une agence de communication s’en chargera très bien.

Le don de sperme et d’ovocyte est un exemple typique où l’esprit et la lettre peuvent montrer d’incommodantes dissonances. En effet, pour des raisons médicales, l’anonymat total ne peut être conservé mais pour des raisons psychologiques évidentes, ne peut être levé ; la gratuité, certes contraignante, ne peut être raisonnablement abrogée mais remplacée par une reconnaissance et une indemnisation partielle, le consentement est certes essentiel (c’est l’essence du don) mais essayons de passer à une véritable politique incitative.
 
Des dizaines de milliers de couples ont bénéficié de dons et c’est tant mieux. Des couples de parents se sont formés autour de ces enfants qui ont, comme tous les enfants, eu de véritables parents, c’est-à-dire des parents qui les ont élevés au statut d’adulte. A contrario, vouloir revenir sur l’identité de ses parents biologiques, ce serait régresser au stade de l’adolescence - et de ses caprices. Et personnellement, je n’en aurais aucune envie. Reste les enjeux psychologiques : faut-il cacher à l’enfant le contexte de sa procréation ? Evidemment non car un enfant ressent tout, y compris les non-dits. C’est l’erreur que firent certainement les psychologues des années 80 en conseillant aux parents de cacher la vérité de leur procréation. C’est une erreur mais sans doute moins grave que celle que commettent ceux qui se battent de manière insensée et irresponsable aujourd’hui pour lever l’anonymat des donneurs.
par Matthieu DAVID-EXPERTON lundi 23 mars 2009 - 5 réactions
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  • Par Romain Desbois (xxx.xxx.xxx.245) 23 mars 2009 13:01
    Romain Desbois

    On a privilégié le droit des parents à avoir des enfants (ce que je ne nie pas), plutôt que le droit des enfants.

     Peut-on refuser à l’enfant le droit de connaître ses parents biologiques, même si je pense que porter un enfant jusqu’à l’accouchement peut se considérer comme être aussi mère biologique ?

     Quid du risque d’inceste involontaire du fait que deux personnes peuvent être parents sans le savoir ?

    Je crois que l’on n’a pas assez réfléchi aux impications que ces pratiques risquent d’entrainer. c’est pour cela je pense qu’il est indispensable d’informer les enfants nés de cette façon. Il est préférable de risquer de tarir les dons plutôt que de créer des enfants malheureux. C’est le même problème que pose l’accouchement sous X.

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