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Accueil du site > Actualités > Citoyenneté > Pauvres Maires !

Pauvres Maires !

Le service communication de l’Association des Maires de France a bien fait son boulot et les chaînes télé ont bien relayé la misère noire de communes : plus de peinture pour repeindre les lignes blanches sur les rues, la maison des associations qui ne sera pas rénovée, pas plus que la salle de sports…

A regarder ces reportages sans nuances et surtout sans véritable travail de journalistes, on en viendrait presque à oublier qu’il existe des communes qui n’ont pas de problèmes de fins de mois et qui peuvent mettre 500 000 euros sur la table pour accueillir l’élection de Miss France ou pour investir des dizaines de millions d’euros pour bâtir un musée mégalomaniaque.

Il y a le feu !

François Baroin, UMP, le Président de l’AMF, assisté de son Vice-Président, André Laignel et du trésorier (tous les deux PS) ont fait cause commune pour interpeller le premier Ministre et lui dire que les économies sur les dotations de l’Etat ne passent pas et vont conduire des communes à se retrouver dans le rouge, sous tutelle potentielle de l’Etat.

Autre effet induit, la baisse des investissements qui entraînera un recul de recettes pour l’Etat et l’augmentation du chômage dans les entreprises, comme si les petites communes avaient une quelconque capacité à investir, compte tenu de la faiblesse de leurs budgets alimentés par les seuls contribuables locaux en faible nombre (27396 communes sur les 36685 que compte notre pays ont moins de 1000 habitants).

Ce qu’il faut savoir sur cette sortie de l’AMF, fort opportune en période électorale, c’est que cette association dirigée par des élus qui ont fait toute leur carrière dans la politique, est totalement opposée à tout changement du paysage des collectivités qui entraînerait la diminution du nombre d’élus et du nombre de leurs débouchés « professionnels ».

Donc, le gouvernement est sommé de revenir sur le programme d’économies en cours en tapant sur d’autres contribuables ou de bénéficiaires de minimas sociaux ou d’allocations pour équilibrer son budget, tout cela pour faire plaisir au lobby des élus municipaux.

Dans d’autres communes…

…celles dont les élus réfléchissent avant de pétitionner (mais le font quand même), on se prépare depuis longtemps aux baisses de dotations envisagées par l’Etat en passant les dépenses au peigne fin et puisqu’il faut montrer le bon exemple, certains élus (encore trop peu nombreux) ont décidé en premier lieu de diminuer leurs indemnités de fonction et leurs dépenses de communication. On est dans le symbole, mais c’est un début.

D’autres sont résolument entrées dans le dur et ont repris en gestion directe la production et la gestion de l’eau en faisant baisser de manière significative le prix payé par les usagers. C’est la même chose pour les transports en autocar qui sont parfois repris en gestion directe par des collectivités avec un coût moindre pour elles.

Des groupements d’achats (fournitures diverses, énergie,…) commencent à se constituer entre communes (ou entre départements), toujours dans le but de diminuer les dépenses et désormais dans certaines communes, les personnels municipaux font preuve de leurs compétences sur des travaux de voirie qu’il aurait été autrefois impensable d’effectuer en interne pour des raisons purement dogmatiques (le privé c’est mieux que le public).

D’autres enfin sont en train de s’attaquer aux subventions des associations ou des syndicats, jusqu’à présent considérées comme intouchables. L’argument avancé par ces communes est que ces associations ou ces syndicats détiennent des comptes sur livrets sur lesquels dorment des fonds équivalents à une ou plusieurs années de fonctionnement courant de ces organismes qui bénéficient par ailleurs de condition d’hébergement et d’exercice de leur activité tout à fait acceptables. Saluons ces initiatives qui ont le mérite de mettre les associations à leur place dans un environnement financier contraint et les appeler à participer à une gestion respectueuse des finances publiques.

Tout cela est bien beau, mais…

…C’est quelque part l’arbre qui cache la forêt. Tant qu’il y aura 36685 communes en France, et que la solidarité intercommunale (financière, immobilière, technique,…) ne sera pas effective, l’AMF aura de beaux jours devant elle et elle continuera contre vents et marées à mettre en avant les difficultés de certaines petites communes en oubliant ce que d’autres pourraient faire pour elles dans une organisation différente, un peu comme le Medef qui prétend protéger les artisans et qui n’est que le représentant du CAC 40 : de la langue de bois !

On n’en prend pas le chemin

La réforme territoriale en cours et dont il ne sortira rien prévoyait l’émergence d’intercommunalités avec une taille critique pour aller au-delà de la simple inauguration de chrysanthèmes et assurer une intégration plus poussée des petites communes en matière de gestion courante. Cela va se passer dans les métropoles et dans les intercos plus importantes, mais surtout pas dans les petites : « touches pas à ma commune », semblent dire ces élus qui ne rechignent cependant jamais à pas à tendre la main pour obtenir une subvention.

Actuellement, le système est figé

Les économies réalisées par certaines communes sont ce qu’on appelle un fusil à un coup et une fois la cible atteinte, il faudra bien aller plus loin.

Aller plus loin, c’est accepter la fusion de communes à l’échelle d’intercommunalités de plus de 10 000 habitants, en diminuant le nombre d’élus de ces communes qui deviendront alors des élus de proximité chargé du bien-être des habitants et de l’Etat-civil, la programmation des investissements et de l’entretien de la voirie (la fameuse peinture blanche…) revenant à l’intercommunalité dont les membres seraient élus démocratiquement.

Aller plus loin, c’est aussi supprimer les conseils généraux qui contribuent par leurs subventions pour tout et n’importe quoi à maintenir le système actuel sous perfusion en ajoutant des coûts conséquents de fonctionnement induits par ces assemblées.

Aller plus loin, c’est réfléchir à des intercos encore plus grandes à l’échelle des pays, avec des agences départementales sous la responsabilité des Régions chargées d’assister les élus de ces intercommunalités.

Autant dire que les élus qui maintiennent l’électorat sous leur coupe, comme le curé le faisait autrefois, ne sont pas prêts à perdre une once de leur pouvoir ni leurs mandats locaux que certains cumulent allègrement.

Il faut donc que l’Etat poursuive ses économies en versant moins de dotations aux collectivités territoriales en obligeant les élus à prendre enfin leurs responsabilités. Je pense notamment aux parlementaires, en particulier les sénateurs qui tirent leurs « pouvoirs » de ce système féodal qui leur assure des retraites et des siestes bien confortables au Palais du Luxembourg, le tout à nos frais. 


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20 réactions à cet article    


  • Céline Ertalif Céline Ertalif 9 mars 2015 11:49

    On ne peut pas oublier que les vraies économies potentielles sont dans la masse salariale. Il y a d’ailleurs une info significative qui vient de tomber : à la Communauté Urbaine de Strasbourg, objectif de suppression de 800 emplois sur le mandat 2014-2020 !


    • Michel DROUET Michel DROUET 9 mars 2015 14:39

      @Céline Ertalif

      C’est vrai principalement dans le bloc communal où les emplois créés dans les intercommunalités font double emploi avec les emplois communaux.
      Pourquoi, me direz vous des emplois en double ont-ils été créés ? Parce que les élus, plutôt que de gérer le personnel et prendre leurs responsabilités en transférant des agents vers les intercommunalités ont préféré se voiler la face pour ne pas avoir de problèmes avec les organisations représentatives du personnel : courage fuyons ! Ce système a « très bien » fonctionné, y compris dans les collectivités tenues par la droite dont les élus sont les premiers à demander à l’Etat de ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux. Vous voyez un paradoxe dans cette attitude ? Non, seulement le refus de prendre des responsabilités lorsqu’elles sont susceptibles d’avoir un impact négatif sur une réélection !


    • zelectron zelectron 15 mars 2015 14:52

      il y a toujours de l’argent pour payer le personnel pléthorique . . .


    • zygzornifle zygzornifle 9 mars 2015 13:10

      ho bonne maire !!!!!!


      • Michel DROUET Michel DROUET 9 mars 2015 14:40

        @zygzornifle
        Ce que je décris est également valable pour la Ville de Marseille...


      • Jason Jason 9 mars 2015 15:01

        Ne comptez pas sur les sénateurs pour réformer les communes puisque c’est du vote de ces dernières qu’ils tirent leurs mandats.

        La politique des maires de France dans les petites communes : « demande de l’argent, même si tu ne sais pas à quoi ça servira. Car, si tu ne demandes rien on ne te donnera rien. » Et si ça ne marche pas, remonte tes ouailles contre untel ou untel.

        C’est ainsi que je vois dans une commune de 400 habitants, la réfection d’un carrefour très peu fréquenté, des dizaines de milliers d’€ pour la rénovation de deux salles de réunion qui ne servent pas 2 fois par an, l’embauche d’un employé communal qui regarde l’herbe pousser dans sa camionnette toute neuve, etc. Mais, le site internet de la mairie a été fermé : trop cher. Et crainte de critiques par e-mail.

        La compétence des maires est trop étendue, et bon nombre de mairies devraient être tout bonnement fermées. Mais les élus de tous bords adorent cet état de chose. Pensez-donc, pérorer aux frais du contribuable... Et comme disait Machiavel dans « Le prince », faites en sorte qu’on ait besoin de vous. C’est le cas.


        • Michel DROUET Michel DROUET 9 mars 2015 15:51

          @Jason
          Très bonne description du système auquel il faut impérativement mettre fin.


        • Pere Plexe Pere Plexe 9 mars 2015 18:30

          Juste par curiosité : de combien de kilomètres de voirie votre commune de 400 âmes et son feignant d’employé sont il responsable de l’entretien ?


        • fred.foyn Le p’tit Charles 9 mars 2015 16:15
          Pauvres Maires ?...Un GAG sans doute...Tous les maires de France touchent pour le moindre petit travail a effectuer par une entreprise...Des petites enveloppes plus au moins épaisses selon le travail...TOUS...Faut arrêter de prendre les Français pour des jambons... !

          • fred.foyn Le p’tit Charles 10 mars 2015 07:34

            @Le p’tit Charles...oupsssssssss....la dernière enveloppe n’était pas assez épaisse.. ?


          • gotjy gotjy 15 mars 2015 14:52

            @Le p’tit Charles
            Vous avez absolument raison,je demeure en milieu rural et autour de moi il y a beaucoup de petites communes de 1000 à1800 habitants,or les maires de ces villages sont pour moi des privilégiés,avec des pouvoirs décisionnels très importants,voiries,travaux publics,permis de construire,et des pseudos appels d’offre.... ???puis viennent les indemnités ,maire,vice président de la communauté de commune,retraité de l’enseignement supérieur,jetons de présence dans divers syndicats,eau,edf,ramassage ordures,éducation et scolarité,délégations diverses,gains estimés pour l’un d’entre (commune de 1800 âmes)10000 euros mensuels,alors lorsque l’on dit pauvres petis maires, je crois que c’est vraiment de la désinformation,ah !j’allais oublier,les carnets d’adresses très importants pour divers évènements plus ou moins personnels !


          • Pere Plexe Pere Plexe 9 mars 2015 16:43

            Encore une fois je ne partage pas votre vision caricaturale.
            Bien sur qu’il y a du gaspillage ici ou là.
            Et aussi un nombre d’élu anormalement élevé.
            Il est pour autant vrai qu’un grand nombre de communes sont une situation difficile voir très difficile.
            Il est de plus en plus dur de trouver des maires et des équipes municipales !
            Et si elles n’en ont pas le monopole c’est quand même du coté des communes riches que l’ont trouve le plus souvent ces dépenses farfelues.
            Le drame est d’astreindre au même régime des communes dans des situations complétement différentes.Avant toute recherche, légitime, d’économie il est indispensable de rétablir un peu de justice et d’équité.Et il normal ,par exemple, qu’une entreprise en implantant son siège choisisse là ou elle paiera ses taxes ? Ne devrait elle pas se faire proportionnellement au nombre de salarié employés sur tel ou tel commune ?
            Sans le préalable d’un vrai effort de péréquation d’une part et d’aménagement du territoire d’autre part la recherche d’économie est illusoire.
             


            • Jason Jason 9 mars 2015 17:37

              @Pere Plexe

              D’après ce que vous dites, tout cela sera renvoyé aux calendes grecques.

              S’il y a disparité entre les communes (et il y en a), il faudrait peut-être traiter ces différences à l’aide des compétences correspondantes chez les maires. Mais il n’en est rien. Tout maire, possède, de par son élection les compétences ad hoc. C’est même inscrit dans la constitution. Etre élu donne la science infuse, instantanément.

              C’est pitoyable, et d’un grotesque achevé. A-t-on vu un maire retourner à l’école au lendemain de son élection ? Non, il sait tout. Le mandat devenant synonyme de savoir et d’intelligence.

              Ce n’est pas avec des paroles lénifiantes et des promesses de « péréquation » fumeuses qu’on évitera les énormes bourdes causant des morts sur la côte atlantique ou le saccage du littoral de Nantes à Royan.


            • Pere Plexe Pere Plexe 9 mars 2015 18:24

              La compétence des élus est rarement déterminante.

              J’ai vu au gré des élections bien des communes de toutes tailles changer de couleur politique.

              Je n’en ait jamais vu sortir de la pauvreté, ou au contraire périclité à cause de ses changements.

              Les causes sont structurelles !

              Les communes qui ont les plus grands besoins sont aussi celles qui ont le moins de moyens.

              Aussi longtemps qu’il en sera ainsi aucun changement ne sera à attendre d’une election municipale. 


            • Jason Jason 9 mars 2015 18:44

              @Pere Plexe

              Vous dites que les compétences des élus sont rarement déterminantes. Je comprends par là que les structures de gestion, indépendamment des personnes, sont fondamentales. Fort bien, mais alors si les élus ne sont que des potiches ou des pantins, pourquoi leur confier un mandat qui, dans bien des domaines, n’a pas de sens et reste inopérant.

              Il y a bien un trou béant entre les espérances des électeurs et une structure plus ou moins cachée qui détermine la vie économique d’une commune. Personne ne s’intéresse à cette lacune fondamentale. 

              La fameuse asymétrie de l’information, révélée par les travaux d’Akerloff (en économie, il est vrai) dans les années 70 est à l’oeuvre et pourrit le processus démocratique ;

              Ce qu’on entend souvent dans les petites mairies c’est :« C’est pas moi, c’est les autres, le système ». Sauf que les gens ne vivent pas d’excuses.

              Je ne vois pas d’issue à l’incurie régnante.


            • Céline Ertalif Céline Ertalif 9 mars 2015 19:25

              @Jason  Ah, la science infuse des élus ! L’élection est un processus aristocratique, pas démocratique. C’est une première chose, voir la vidéo J’ai pas voté.


              Le rôle des élus n’est ni d’être compétent ni de diriger, il est d’arbitrer. Quand il y a des incertitudes, des risques ou des choix subjectifs, il revient au peuple de trancher soit par un jury tiré au sort, soit par des représentants élus. Sinon, tant qu’on reste dans le savoir-faire objectif, l’administration professionnelle se débrouille très bien toute seule !

            • Jason Jason 9 mars 2015 19:54

              @Céline Ertalif

              Je ne crois pas que ça marche vraiment comme ça. Les élus se disent tous compétents ; et ils aspirent à diriger. Je n’ai jamais entendu un élu dire qu’il ne savait rien ou qu’il allait revenir plus tard sur un sujet qu’il ignore. Son rôle est de paraître, de donner l’impression d’être l’homme ou la femme de la situation. Et quand, cerné par un journaliste ou un contradicteur un peu pugnace, l’élu(e) risque de perdre la face, il (elle) répond à côté de la question.

              En ce qui concerne l’administration professionnelle, à part les cas d’ingénierie très pointue, l’imagination n’a jamais pris le pouvoir. J’en veux pour exemple les DDT que j’ai vues à l’oeuvre de près. Ils réalisent des conneries avec le plus grand sérieux.


            • Michel DROUET Michel DROUET 10 mars 2015 08:09

              @Pere Plexe
              C’est le même problème entre les artisans et le CAC 40 qui sont tous en principe représentés par le Medef : on voit bien que cela ne marche pas.
              Le problème pour les communes est dans leur émiettement, leur trop grand nombre et leurs ressources différenciées avec une péréquation quasi inexistante.
              Il faut des intercommunalités suffisamment grande avec des compétences de gestion importantes pour régler ce problème qui pourrit nos territoires.


            • Michel DROUET Michel DROUET 10 mars 2015 08:13

              @Céline Ertalif
              L’administration professionnelle se débrouille très bien toute seule : cela peut être parfois un problème. Entre des fonctionnaires tout puissants face à des élus inexistants ou au contraire des fonctionnaires aux ordres, il y a quelque fois des dérives.


            • Céline Ertalif Céline Ertalif 10 mars 2015 10:29

              @Michel DROUET Je suis d’accord. Avec l’administration, il y a deux problèmes : le contrôle de l’efficacité professionnelle (qui la sanctionne) ; et la transparence sur les limites de l’objectivité (le médecin peut dire qu’une ablation limite le risque vital, mais ce n’est pas forcément à lui de décider...)

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