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Accueil du site > Actualités > Citoyenneté > Peut-on réformer en France ?

Peut-on réformer en France ?

Oui, comme partout ailleurs, répondent Bruno Latour, philosophe à l’Ecole des Mines, et Michel Rocard, ancien Premier ministre. A condition, comme partout ailleurs, de « faire de la politique ».

Bruno Latour est l’auteur d’un livre qui vient de paraître, Changer de société, (La Découverte, 2006). Pour lui, la politique ne consiste pas à imposer une solution selon son bon plaisir. C’est là manière d’Ancien régime, que la France pratique plus qu’ailleurs, droite et gauche confondues dans « la monarchie républicaine ». La politique consiste plutôt à se saisir d’une question commune, de proposer un point de vue, de recueillir le point de vue des autres acteurs, enfin d’élaborer une solution commune. Il n’est pas de démocratie sans conciliation des intérêts divergents - le système est même conçu pour cela. Le travers des politiciens français est de vouloir « trancher » alors qu’il faut « composer », au sens double du mot, qui signifie à la fois juxtaposer pour harmoniser (composer un bouquet) et avancer pas à pas avec méthode (rédiger une composition). Le « bon plaisir » évacue la politique, et la démocratie avec. On ne change pas la société par décret.

Michel Rocard, ministre du Plan 1981, ministre de l’Agriculture 1983-1985 et Premier ministre entre 1988 et 1991, n’a cessé de tester et de théoriser la réforme. Pour lui, réformer ne saurait être en soi un projet politique. Les citoyens sont en droit de considérer que l’organisation de l’Etat fonctionne bien et que ses délégués effectuent correctement leurs tâches, contrôlés par des organismes juridiques. Un Etat efficace, ce n’est pas de l’idéologie mais de la déontologie. Mais il faut réformer pour réussir quelque chose, résoudre une question pendante. Les changements du monde sont incessants et les organismes doivent s’y adapter pour ne pas connaître le sort des dinosaures. Il y a, longuement décrite par la sociologie, une pente naturelle à la bureaucratisation dans tout ordre humain, public ou privé, qu’il faut secouer.

Michel Rocard voit cinq conditions pour réussir une réforme en France :

1 - Ne pas courir tout de suite au symbolique. Il est nécessaire d’éviter les affrontements politiques stériles qui font se heurter les Grands Principes comme s’il s’agissait, à chaque fois, de changer de société. Commencée au Parlement, une réforme est presque condamnée à s’enliser sous les prises de positions symboliques qui poussent toute position à la théologie, ou bien à devoir être passée en force avec l’article 49-3. Pour réformer, mieux vaut éviter les conflits. Ce qui n’est pas conflictuel est ignoré par les médias, donc par les politiciens. Ce n’est que lorsqu’une réforme est mûre, les intérêts conciliés autant que possible, que le débat parlementaire est utile pour consolider les réformes et obtenir un consensus.

2 - Une seule réforme à la fois. Toute annonce fait peur, Alain Juppé en a fait l’expérience en en lançant quatre d’un coup en 1995. La mobilisation de l’opinion publique peut aider à débloquer les politiques, mais il faut pour cela présenter un projet de société, dans lequel les réformes ne sont que des éléments. Jacques Chaban-Delmas et Raymond Barre l’avaient réussi.

3 - Eviter les effets d’annonce, car les blocages surgissent avec déformations du vrai. Le front du refus enfle, sans porter vraiment sur le sujet. L’annonce cristallise plutôt les mécontentements diffus et « la rue », ce degré zéro du débat démocratique, bloque tout pour des années. Pour créer le groupe Air France, des mois de négociations secrètes avec M. Seydoux ont précédé l’affichage, qui n’a été fait publiquement que lorsque tout le monde (Etat, syndicats, patrons) était d’accord.

4 - Toute réforme d’ampleur doit s’accompagner d’une négociation sociale jusqu’au bout. Mieux vaut négocier non pas avec les instances officielles, toujours en représentation et obligées par le système politico-médiatique de se poser, comme au théâtre, mais avec le niveau en dessous. Ce qui compte est d’avancer, avec pragmatisme, en faisant des concessions réciproques. On ne réforme pas en déclamant du Corneille.

5 - Un processus de réforme réussi est celui qui ne se fixe aucun délai. Si un calendrier est posé, il y aura toujours une partie qui jouera la montre pour arracher un dernier avantage au dernier moment. Mieux vaut débattre de la pratique à mettre en œuvre que du gain à obtenir. Ce qui signifie qu’une vraie réforme ne saurait figurer dans un programme politique, soumis aux délais des « cent jours », du quinquennat ou de la législature, mais doit s’effectuer dans l’ombre, par une pression constante.

La réforme en France est plus qu’ailleurs difficile parce que les syndicats sont peu représentatifs. Parce qu’un certain élitisme de grandes écoles rend plus qu’ailleurs impossible la mise en relations des diverses forces sociales. Parce qu’une tradition millénaire d’Etat-nation a poussé, dès la Révolution, à faire table rase des corps intermédiaires, assimilés à tort aux « privilèges » d’Ancien régime. Il faut donc contourner ces rigidités. Sortis du théâtre, la plupart des acteurs sont charmants, disposés à bien faire et soucieux d’avancer. Mettez-les en représentation, et ils prennent des postures de
matamores qui figent immédiatement toute action au profit d’un rôle déjà écrit.


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57 réactions à cet article    


  • Eliminer suisses geneve-cointrin (---.---.43.89) 29 mars 2006 11:23

    Genf-Aeroport TarmacSolFrance/KLM/Hansa/Alitalia « Pour créer le groupe Air France, des mois de négociations secrètes avec M.Seydoux ont précédé l’affichage, qui n’a été fait publiquement que lorsque tout le monde (Etat, syndicats, patrons) était d’accord »(Argoul).


    • argoul (---.---.18.97) 29 mars 2006 14:37

      Je dois avoir un sens de l’humour émoussé ces temps-ci mais je ne vois pas où il faut rire ou s’il s’agit d’une haute réflexion soumise à notre docte examen...


    • Thomas (---.---.168.80) 29 mars 2006 11:26

      Un grand bravo pout ce brillant article plein de bon sens et de précision. Vous avez le mérite d’exposer clairement les choses, sans prendre partie pout telle ou telle idée. Vive la réforme, mais pas quand elle est faites n’importe comment.

      Encore merci, continuez de proposer de tels articles.


      • Djiheldé (---.---.73.58) 29 mars 2006 12:02

        C’est amusant, ces observations de Michel Rocard. Je n’ai pas le souvenir que du temps où ... Ceci dit, l’argumentation est solide et pleine de bon sens. Considerer l’adversaire politique comme un individu aux sombres desseins n’est pas digne d’une démocratie. Cela ressemble à l’article de Nicole Notat dans « Notre Etat » qui appelle au respect mutuel (et avance une analyse similaire). Et le reste, comme eut dit Verlaine « n’est que littérature ». J’apprécie le ton de ce papier, j’apprécie aussi Michel Rocard, malgré mes premières lignes, même si politiquement je ne partage pas ses vues ... sauf celles ci !


        • marc p (---.---.224.225) 29 mars 2006 13:25

          Belle et claire description de ce que Rocard appelle lui même son « fusil à tirer dans les coins » en « renonçant » à la reconnaissance, voire la gloire et en y préférant l’action efficace.

          Cordialement

          Marc P


          • Thucydide (---.---.101.8) 29 mars 2006 14:16

            En effet, article concis et précis à la fois, auquel je souscris sur le fond. La dernière phrase résume bien l’ensemble :

            "Sortis du théâtre, la plupart des acteurs sont charmants, disposés à bien faire et soucieux d’avancer. Mettez-les en représentation, et ils prennent des postures de matamores qui figent immédiatement toute action au profit d’un rôle déjà écrit."

            J’y mets tout de même un bémol, parce que je me pose une question, que je me pose depuis longtemps, d’ailleurs : d’autres ne se sont-ils pas essayés aux techniques décrites ci-dessus sans avoir l’impression de s’enfoncer dans une montagne de mélasse en espérant la pousser ? Parce que tout de même, de Rocard à Jospin, en passant par Bérégovoy, et même Raffarin, lequel peut se targuer d’avoir réussi à faire passer une réforme autrement qu’en grignotant du côté où ça résiste le moins, et pas celui où ils voulaient aller ? Quels sont les ministres de l’éducation nationale, en particulier, qui ont réussi à faire bouger le mammouth sans se contenter de le caresser dans le sens du poil pour préserver leur avenir politique, comme ces chers Bayrou et Lang, si prompts à la critique et aux « yaka » dès qu’ils ne sont plus aux manettes ?


            • argoul (---.---.18.97) 29 mars 2006 14:46

              Vous avez raison, une réforme, ça se prépare et ça s’explique longuement à l’avance. D’où l’intérêt de ne pas « bloquer » les esprits. Il a fallu 6 ans pour que l’idée de réformer les retraites fasse son chemin, Fillon est passé là où Juppé à échoué. Peut-être faudra-t-il encore 6 ans (2012 ?) pour qu’on aborde sereinement le chômage indécent des jeunes ? Ou une autre méthode. Sarkozy a, par exemple, réussi à privatiser partiellement EDF sans grèves rageuses ni oppositions radicales ; Jospin avait réussi lui aussi à faire changer quelques habitudes.

              C’est probablement tout l’art de la politique de réunir les gens autour d’une table pour élaborer en commun une solution sans a priori. Delors a eu des pages lumineuses dans son livre de « Mémoires » à ce sujet. Jean Monnet, sur les débuts de l’Europe, aussi.


            • Thucydide (---.---.101.8) 29 mars 2006 15:35

              Oui, mais là où je ne suis pas d’accord avec vous, c’est que ces réformettes que vous signalez, elles ne finissent par être possibles que lorsqu’on est au pied du mur, et sans aller réellement au fond des choses. Par exemple sur les retraites, pour lesquelles on n’est pas encore allé assez loin pour être réellement tiré d’affaire, non ?

              Et surtout, le plus important à mes yeux : aucune de ces quelques rares réformettes qui atteignent la fin de leur parcours du combattant n’est jamais saluée comme une réussite collective, mais elle est toujours présentée comme un hold-up inqualifiable du gouvernement, qu’on va bien se charger de lui faire payer sur le prochain texte, fût-il d’importance nettement moindre (ex : CNE et CPE).

              Donc, j’en reviens à votre article : c’est effectivement comme ça que les choses devraient avancer, et c’est comme ça que les pays d’Europe du Nord résolvent leurs différends, mais pas chez nous. Et ça continuera tant que pour la majorité des gens, ce sera « la faute au gouvernement » quel qu’il soit, au lieu de : c’est la faute à l’ensemble des partenaires sociaux qui se comportent comme des chefs de gangs plus soucieux de conserver ou étendre leur influence que du bien commun.


              • argoul (---.---.18.97) 29 mars 2006 16:00

                Oui, les syndicats sont très peu représentatifs (2% du privé et 12% du public, c’est dire !) et surtout, très divisés, font de la surenchère entre eux. La gauche est tentée par le radical-populisme tiré par les trotskystes, comme si Trotsky avait eu une « autre politique » que Lénine : c’est quand même lui qui a créé l’Armée rouge et a tiré sur les marins de Cronstadt en 1921 ; en faire aujourd’hui l’inspirateur de la « résistance » a quelque chose de surréaliste. Heureusement que l’école a bien fait son boulot : personne ne sait plus rien en histoire... La droite est tentée par le bonapartisme activiste à la Villepin, ou par l’immobilisme MEDEF qui préfère faire des affaires ailleurs et parle anglais dans chaque réunion internationale, laissant la France à ses retraités, à ses fonctionnaires et à ses assistés. Oui, réformer n’est pas une sinécure quand tant d’intérêts convergents agissent dans le sens du « surtout ne rien faire » (Mauroy 1982 à propos de la crise polonaise). Mais la société, elle, est travaillée de mouvements profonds qui ne s’arrêtent pas au confort des uns et des autres : les banlieues 2005 en sont un exemple, les « stagiaires » un autre ; en Israël est né le « parti des retraités », il va peut-être arriver en France... Chacun rêve d’une rupture, est-ce possible ?


              • ludo (---.---.30.145) 29 mars 2006 15:45

                Bla bla bla ! Tout ceci est théorique ! Que proposent les syndicats ? Rien ! Sont-ils prêts à négocier quoi que ce soit ? On a vu que non depuis quelques années. Tous les syndicats se radicalisent, même la CFDT qui a perdu des adhérents lors des dernières réformes et qui ne veut pas que celà se renouvelle... Ils sont sourds et aveugles aux réalités du monde et ne semblent procupés qu’à faire perdurer les avantages des corporatismes. La question du chômage est d’ailleurs très secondaire dans leurs revendications ! Le conservatisme a semble-t-il changé de camp et l’idéologie va bon train... Je souhaite que le premier ministre tienne bon et qu’on arrête de céder à tout caprice pour réformer la France ! On y est bien arrivé pour la SNCM !


                • zoï (---.---.58.60) 29 mars 2006 18:41

                  Mais que faites vous, cher ami, du « destin » de monsieur de Villepin ? Dans presque un an la France organise sa traditionnelle et grotesque mascarade « républicaine ». Nul doute que beaucoup de gens voudrons,une fois de plus,y participer afin de s’offrir un nouveau quinquennat d’avillissement collectif. Droite ou gauche,qu’importe ! ces messieurs s’entendent comme cochons pour fermer la bouche à leur peuple,d’une manière ou d’une autre. Les élections,ça n’arrive et ne dure qu’un jour tous les cinq ans. Un tout petit jour de démocratie sur 1826 jours de non-démocratie. Donc,ne vous inquiétez pas pour l’avenir du CPE et de toutes les réformes issues du même tonneau : en politique il faut croire à la toute puissance des clones et des fantômes !


                • Thucydide (---.---.101.8) 29 mars 2006 17:03

                  Je suis d’accord avec vous. Je ne sais pas si le CPE est une bonne ou une mauvaise chose, je sais seulement que pour moi, dans le fond, il va moins loin que le CNE, donc, pourquoi tout ce raffût comme s’il s’agissait de renverser un dangereux dictateur ? Et surtout, qu’il soit bon ou mauvais, ou que la politique soit de droite ou de gauche, pourquoi on ne laisse pas bosser les dirigeants avant de juger si la direction qu’ils veulent prendre n’est pas la bonne ? Je ne veux pas dire qu’il faut se laisser faire comme des moutons, mais la contestation doit être utilisée à bon escient, pas à tout bout de champ, et pas d’une façon qui empeste le règlement de comptes. En 1995, c’était pratiquement une affaire personnelle entre Blondel et Juppé. On sait qui a eu la peau de l’autre. Et l’intérêt général, là-dedans ?


                  • argoul (---.---.18.97) 29 mars 2006 17:23

                    L’intérêt général ne pourrait bien être que celui, particulier, d’un Président qui n’a jamais eu grand chose à dire depuis 12 ans, et encore moins en ce moment. Il jouerait enfin un rôle, celuyi « d’arbitre ». Dominique de Villepin pourrait fort bien démissionner demain, compte-tenu du lapsus qu’il vient de faire à l’Assemblée, et se voir remplacé, le CPE retiré, bien sûr.

                    Qui lui succèderait pour cette fin de règne ? Mystère, un homme amené à régler les affaires courantes peut-être. Sarkozy, politiquement, devrait « prendre de la hauteur ». Je ne vois pas Jacques Chirac se retirer, ni dissoudre une nouvelle fois l’Assemblée en mettant son poste en balance (ce qui serait gaullien, prendrait tout le monde de court, mais nécessiterait pour lui de se représenter).

                    Le problème - proprement politique - est qu’on n’engage pas de réforme majeure en fin de mandat, sauf si elle a été soigneusement préparée avant, et avec sa majorité. De Gaulle a échoué sur la réforme du Sénat en 69, à 3 ans de la fin du septennat. Aujourd’hui, c’est la quasi impasse. Est-ce tactique ? Est-ce maladroit ? Est-ce ivresse du pouvoir et mauvaises infos ? Saura-t-on jamais ?

                    Cela n’arrange en rien les affaires du pays en tout cas. Pas de CPE probablement, donc des stages et des CDD toujours. Et pas plus d’emplois : qui voudrait en créer dans ces conditions-là ?


                  • ifelhim (---.---.122.14) 29 mars 2006 17:29

                    Je suppose que les manifestations « preventives » sont liées au principe _fourre-tout_ de précaution... Je sais l’ironie, ce n’est pas constructif... Mais ça me demange depuis pas mal de temps.

                    Concernant les syndicats, ils ne sont pas représentatifs mais les politiques jouent le jeu, c’est à se demander quels intérêts suivent tout à la fois les politiques et les syndicats... Diviser pour mieux régner ? Dans une démocratie, leur méthode semble réussir en tout cas... La France est un bel exemple : 40 ans de démagogie, à nier des évidences et tout le monde est remonté contre tout le monde... Droite contre gauche, privé contre public, gens du cru contre immigrés, entrepreneurs/patrons contre salariés, et réciproquement...

                    Et le comique (ou le tragique) de la situation, c’est que nous sommes dupes puisque nous votons pour ces gens là...

                    Ils ont quand même réussi à faire confondre le goût de l’effort, qui peut generer l’émulation et donc être facteur d’amélioration, avec la notion de concurrence et de compétition... Le tout en faisant passer la compétition comme une chose abjecte, alors que même en amour, il y a compétition (voir le film Stalingrad, c’est exprimé d’une manère telle qu’on en aurai presque mal au coeur)...

                    Ah j’oubliai, je ne dois pas me fier à mes opinions, je dois être manipulé... smiley


                  • Christophe (---.---.252.125) 29 mars 2006 19:45

                    En 1995, c’était pratiquement une affaire personnelle entre Blondel et Juppé

                    C’est peut-être ainsi que cela a été présenté par les médias, mais il n’y avait pas plus de règlement de compte personnel entre Blondel et Juppé sur la réforme de la Sécurité Sociale qu’entre Blondel et Aubry pour les 35 heures.

                    En matière de relations sociales, il y a énormément de choses que le grand public ne connait pas ; et les médias ont tendance à largement déformer les réalités.

                    En 1995, je travaillais déjà sur la réforme de la Sécu. Cette année là, on relevait 13 millions de francs de déficit qui devaient être couvert par les caisses de l’Etat qui avait exonéré certains cotisants de charges sociales. La réforme a été contestée par la CGT-FO non pas parce qu’ils croyaient qu’il ne fallait pas une réforme, puisqu’ils étaient à la tête de la gestion de la Sécu et savaient qu’il fallait changer, mais que les mesures prises iraient dans le sens de la disparition de la couverture sociale parce que économiquement non viable. Aujourd’hui, 10 ans après la réforme, nous sommes passés d’un déficit de 13 millions de francs à 13 milliards d’euros. Le résultat reste contestable. Depuis la réforme, c’est la CFDT qui gère la Sécu ; elle a plusieurs fois rappelé la CGT-FO pour qu’ils viennent les aider à s’en sortir de ce p.. de gouffre, mais ils ont refusé ; il faut aussi savoir assumer ses responsabilités.

                    Pour les 35 heures, la CGT-FO avait prévenu M. Aubry que les 35 heures ne créeraient pas d’emplois en nombre comme elle le prévoyait. Le constat montre bien que le chômage n’a guère diminué de façon significative. De plus, Blondel ne souhaitait pas que le gouvernement procède par une imposition (par la loi) des modalités d’applications (Aujourd’hui, la position reste la même). La CGT-FO (avec la CFE/CGC et la CFTC) a été la première organisation syndicale a signé un accord de branche (métallurgie) sur les 35 heures. C’est d’ailleurs ce qui a poussé M. Aubry à sortir une seconde version ... pour rendre caduque cet accord de branche qui ne convenait ni à la CFDT, ni à la CGT (les deux non signataires).

                    Ne parlons même pas des retraites ! La réforme des retraites est basée sur une hypothèse d’experts : une baisse importante du chômage jusqu’en 2012. Cette année là, les partenaires sociaux se reverront pour faire le bilan ; pendant ce temps, personne ne lutte réellement contre le chômage de masse. D’ailleurs la CFDT a signé pour après déclarer qu’ils avaient fait une erreur (pas sur le besoin de réforme, mais sur les modalités).

                    Il semble que vous ne voyez que la partie visible de l’iceberg en matière syndicale. En 2005, plus d’une cinquantaine d’accords ont été paraphés par le patronat et des organisations syndicales. Dans les branches, nous retrouvons quasiment le même nombre d’accords par branche professionnelle. Et ce sont souvent les mêmes qui apposent leur signatures : CFE/CGC, CFTC et CGT-FO. La CFDT signe de temps à autres, la CGT quasiment jamais.

                    In fine, aux élections professionnelles, on retrouve la CGT en tête suivi de la CFDT. Autant dire que la radicalisation paie au niveau électoral et qu’il est parfois difficile de résister ; Blondel, dans ses deux dernières années de mandat a flanché !

                    Reste que les syndicats français ont peu d’adhérents ; même si ils en ont plus que les partis politiques. Dans bien des pays d’Europe, la syndicalisation est soit obligatoire (allemagne) soit dopée par des lois (Angleterre) qui donne la primauté à l’embauche des personnes syndiquées ou qui poussent les personnes à se syndiquer pour conserver leur emploi.

                    En France, rien de tout cela. La CFE/CGC a déjà abordé ce type de sujet en posant la problématique de l’application des accords uniquement pour les membres des syndicats signataires ; ce qui éviterait, de leur point de vue, que les gens ne s’impliquant pas (en laissant à d’autres le soin de s’occuper des affaires générales) ou tenant une position d’opposition systématique ne tireraient pas bénéfice des mesures. C’est à mon sens une idée qu’il faudra mettre un jour en pratique (d’une façon ou d’une autre) car elle évite généralement la critique non constructive et impose à tous le principe de recherche de concensus dans la négociation.

                    Comme le disait récemment Mailly (CGT-FO), il est plus facile d’aborder une négociation constructive avec le patronnat qu’avec le gouvernement, sans préjuger de son bord politique. C’est à mon sens à ce niveau là qu’il y a problème.


                  • argoul (---.---.18.97) 29 mars 2006 19:55

                    Très intéressantes infos que vous nous donnez là « de l’intérieur ». Elles corroborent ce qu’on peut approfondir ici ou là. Surtout que la négociation doit se faire principalement entre syndicats divisés et concurrents plutôt qu’avec Etat ou Medef. La solution que vous proposez est dans les cartons depuis un moment. Qu’est-ce qui bloque, au fond ?


                  • Christophe (---.---.58.18) 29 mars 2006 21:55

                    Ce qui bloque le plus à mon sens, est la trop grande proximité entre politique et syndicat au sein des centrales les plus représentatives : CGT et CFDT. Sous un régime de gauche avec des communistes au gouvernement, CGT et CFDT ne bougeront quasiment pas.

                    C’est avant tout un problème de relation temporelle ; le temps électoral est beaucoup plus court que le temps social et, actuellement, nos dirigeant donnent la primauté aux échéances électorales. A cela s’ajoute le problème d’une vie politique dominée par deux gros partis dont la plupart des membres élus se comportent comme des abrutis ; regardez une scéance plénière de l’assemblée nationale.

                    Pour illustrer la proximité syndicat / politique, l’exemple récent est la signature d’un accord de branche dans la métallurgie permettant un accroissement du contingent annuel d’heures supplémentaires et une instauration d’une flexibilité pour des fonctions particulières (suite à certaines législations du gouvernement Raffarin pour contrer l’effet néfaste des 35 heures pour les TPE/PME). Certes, il y a eu négociation et un compromis entre patronnat et syndicats (CFE/CGC, CFTC et CGT-FO) a été trouvé mais CGT et CFDT n’ont pas signé (La CFDT veut toujours passer aux 32 heures).

                    Mais cette négociation a eu lieu entre patronnat et partenaires sociaux constructifs (du moins certains) qui ont cherché des solutions aux différentes problématiques posées.

                    Le problème avec les politiques, et donc les médias, est que nous voyons souvent, sur le devant de la scène, les plus retord à l’abord d’une négociation constructive. Les médias insistent lourdement sur les mouvements sociaux, échec de négociations, plutôt que valoriser le travail effectué et aboutissant à des progrès ; du moins dans le sens de l’adaptation de nos outils industriels au contexte actuel.

                    Quand les gens se rendront compte que nous sommes tous sur le même bateau, salariés et employeurs / entrepreneurs, peut-être comprendront-ils que nous avons tout intérêt, les uns et les autres, de préserver nos outils industriels. Il faut trouver des solutions plus pérennes ; adapter notre société pour répondre aux contraintes mondiales (qui existent, il ne faut pas se leurrer), tout en préservant des droits qui maintiennent le citoyen français dans un environnement républicain. Ce n’est pas simple de trouver une solution, mais c’est insurmontable si on n’en cherche pas une.

                    Le plus grand point de blocage vient du politique qui manque de courage. En fait, la société doit évoluer tant dans les relations du travail, mais l’Etat doit changer ses relations avec les citoyens ; c’est un principe de contrepartie qui permet le consensus dont l’Etat a un rôle à jouer mais il s’y refuse. Et quand on progresse un peu, avec des alternances perpétuelles, à chaque nouvelle élection, le nouveau gouvernement perd déjà deux ans à défaire ce qu’a fait le gouvernement précédent.


                  • argoul (---.---.18.97) 30 mars 2006 09:36

                    Temps électoral et deux gros partis ne sont pas une exception française ; au contraire, à cet égard nous nous sommes alignés sur le droit commun des autres démocraties développées partenaires. En revanche, la politisation syndicale vient de loin (19ème) et a été accentuée avec la « guerre civile froide » des années 50 à 70 entre communistes et tous les autres (sub-fascistes bien sûr). La CFDT a bien tenté d’en sortir sous Nicole Notat mais elle renoue avec ses vieux démons dans la surenchère gauchiste dès que ses scores aux élections syndicales baissent quelque peu. La CGT s’engage avec précaution dans cette voie (vu le score du PC, le contraire eût été étonnant), quant à FO, le prurit trotskyste la hante depuis toujours, l’entrisme date d’il y a un demi-siècle déjà.

                    C’est probablement cette politisation qui, non seulement bloque le débat (puisqu’il est question de changer de société à chaque réunion), mais aussi empêche tout essor des adhésions (les Français qui travaillent ne sont pas pour la soviétisation ni pour l’anarchie manipulée par une élite autoproclamée). Le consensus sur les fondements : accepter l’entreprise, l’aménager de l’intérieur, accepter le marché, aménager la concurrence internationale, ne semble donc pas pour demain avec les syndicats actuels.

                    D’où le rôle encore plus grand de l’Etat-qui-peut-tout, que certains ne sont pas fâchés de voir revenir, mais qui bloque inévitablement tout progrès, puisque le progrès véritable ne peut être qu’à la base, sur le terrain. La solution que la pratique découvre est la décentralisation et la délocalisation. Mais la première recrée des baronnies sans moyens et on en revient à l’Etat central ; la seconde est une réponse de la société privée qui entreprend mais qui n’est pas citoyenne. Le problème est que l’on crée ainsi une société à deux vitesses : ceux qui sont inclus dans l’Etat, qui vivent de l’Etat et glorifient son pouvoir absolutiste / et ceux qui sont exclus de l’Etat, qui doivent se débrouiller pour trouver un travail en n’étant assurés que d’une demi-retraite (moyennes de 25 années de salaire et pas le dernier salaire versé), et qui ont donc tout intérêt à voir s’abattre les privilèges des inclus et brûler le « château ».

                    A ce rythme, on se prépare des lendemains qui hurlent.


                  • Christophe (---.---.23.161) 30 mars 2006 10:54

                    La CFDT a bien tenté d’en sortir sous Nicole Notat mais elle renoue avec ses vieux démons dans la surenchère gauchiste dès que ses scores aux élections syndicales baissent quelque peu.

                    Les 35 heures sont pourtant l’enfant porté par N. Notat sous un gouvernement de gauche. A cette époque là, la revendication CFDT était de passer à 35 puis à 32 heures de travail hebdomadaire. Dans une approche réaliste, cela laisse à désirer sans compter l’accord tacite entre CGT et CFDT qui perdure malgré tout.

                    La CGT s’engage avec précaution dans cette voie (vu le score du PC, le contraire eût été étonnant)

                    Pour l’instant, ils n’y parviennent pas car le PC a toujours une très forte influence. Le problème majeur de la CGT est de tout mélanger ce qui génère une grande confusion dans l’esprit de certains.

                    quant à FO, le prurit trotskyste la hante depuis toujours, l’entrisme date d’il y a un demi-siècle déjà.

                    L’influence trotskyste existe depuis la séparation de 1948 entre CGT-FO et CGT (ancienne CGTU) à cause de l’influence communiste. Cependant, ils ont, à l’inverse de ce qui est souvent avancé, une petite influence. Durant les évènements de mai 68, la CGT-FO ne s’est pas ralliée au mouvement contestataire à tendance révolutionnaire. Par ailleurs, bien des trotskystes de la CGT-FO ont préféré rallier le syndicat SUD, bien plus contestataire que la CGT.

                    La création du syndicat SUD, et sa forte croissance en peu de temps, met en évidence une radicalisation de plus en plus prononcée de la population ; c’est à mon sens une inquiétude majeure.

                    Lorsque nous abordons la séparation en deux gros partis, ce n’est pas un problème en lui-même ; mais ce sont les position radicales des politiques qui pose problème, telle une secte, quand le parti (la tête) a décidé, tout le monde doit s’aligner. De plus, ce que fait le camp d’en face est obligatoirement critiquable ; aucune réflexion. Nos politiques ont, pour la plupart, une vision dogmatique collant aux impératifs de leur parti, c’est une condition nécessaire pour faire carrière. Je suis toujours parti du principe que ce sont les hommes qui influencent les structures ; mais en politique, c’est la structure qui influence les hommes. Nous retrouvons cette même inversion dans les syndicats que j’ai cité (CGT et CFDT) qui ont une forte influence politique.

                    Pour la CGT-FO, il existe diverses représentations ; par exemple, lors de la réforme des retraites, la CGT, CFDT et FO ont appelé à une grève ayant pour vocation de bloquer les accès aux grandes villes. A FO, la fédération de la métallurgie, de la pharmacie et une autre (me souviens plus) ont dénoncé l’appel transmis par leur confédération. Dans les deux dernières années de mandat de Blondel, la métallurgie comme d’autres branches n’ont pas suivi les directives de leur confédération.

                    LA CGT manque de pluralisme ; la CFDT a mené une purge sous l’ère Notat (ce qui a provoqué la création de SUD) ; la CGT-FO a conservé différents courants de pensées (il y a encore quelques trotkystes, des adhérents PC, PS, UDF et UMP et aussi sans étiquette politique) car c’est aussi ainsi que se construit une culture du consensus. Pour la CFE/CGC et la CFTC, ils ont une particularité : l’une est sectorielle (uniquement cadres et agents de maîtrise), l’autre revendique un attachement à la religion chrétienne (quoique cela reste plus un héritage d’antan).

                    Lorsque vous dites que les négociations, dans ce contexte, sont plus basées sur une compétition entre syndicats, il y a de cela. Cependant, CFE/CGC et CGT-FO ont toujours été très liées car ont une approche quasiment identique : la recherche du consensus.

                    Ce n’est pas un hasard si les plus grandes entreprises qui réussissent industriellement dans les technologies de pointe (Airbus, EADS, Eurocopter, ...) ont une majorité CFE/CGC et CGT-FO. La création du Groupe EADS et sa filiale Eurocopter, eut été difficile avec une CGT majoritaire. Si nous le comparons à l’ouverture de capital puis la privation d’autres Groupe comme SNECMA (devenu SAFRAN), cela ne c’est pas passé sans heurts avec une CGT et CFDT majoritaires.

                    Le problème de temporalité est lié uniquement aux prises de décisions visant un cours terme : les échéances électorales (5 ans). Mais cette façon de procéder est liée à l’opposition systématique ; ce n’est pas un hasard si, en France, nous parlons d’un parti au pouvoir et l’autre dans l’opposition. C’est cela qu’il faut aussi changer, cette vision binaire du monde. Cette « maladie » gagne la population qui s’oppose à tout choix réalisé par le camp d’en face ; comme si nous construisions une société sur les bases d’une guerre de tranchées.

                    Si nous regardons chez nos voisins, il existe différents paramètres dans la relations syndicats / politiques. Le plus politique des syndicalisme est anglais puisque le Labor a été créé par les Trade-Union (syndicats anglais) qui restent, pour la plupart, affiliées au Labor Party. En Allemagne, à l’inverse, il n’y a pas d’attachement à un parti, mais la cogestion (dual de l’économie sociale de marché) a donné au syndicalisme allemand une dimension consensuelle.

                    Si nous devions faire un parallèle en France, la CGT a une approche anglaise (lien bidirectionnel PC-CGT et CGT-PC ; donc une approche politique), la CGT-FO, la CFE/CGC et la CFTC prône l’approche allemande (contrats entre partenaires sociaux ; donc une approche consensuelle) et la CFDT navigue entre les deux.

                    A priori, l’approche politique est celle que préfère les français au regard des élections professionnelles.

                    Pour ma part, je suis persuadé que l’on peut réformer en France ; il faut pour cela avoir une approche constructive dans une perspective à long terme. Il faut donc poser le débat avec des partenaires constructifs (ne pas se tromper d’interlocuteur social, on rencontre tout le monde, mais on sait que dans une négociation, il faudra choisir les interlocuteurs qui cherchent à aboutir) et se projeter sur une temporalité plus longue que celle des échéances politiques (nous rencontrons un problème politique sur ce point). Je crois que certains problèmes doivent être résolus au-delà des clivages politiques, mais cela nécessite un effort que je ne perçois pas dans la volonté politique.


                  • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 30 mars 2006 14:33

                    Je vous ferais remarquer que sur la question de la négociation au plus haut niveau et dans les entreprises (ex:les retraites), de la flexécurité (sécurisation des parcours et refonte du CDI), de l’évolution de l’école, la CFDT est plutôt en pointe. Il ne convient certainement pas de l’assimiler à la CGT ; quoique Bernard Thibeau et Le Guigou me semblent prêts à bouger...

                    Mais ce ne sont certainement pas les méthodes de gouvernement de De Villepin qui pourraient accélérer cette évolution


                  • Christophe (---.---.58.18) 30 mars 2006 22:39

                    Je ne l’assimile pas !

                    Il existe une différence entre les deux centrales syndicales. Ce que vous dites concernant les engagements nationaux CFDT sont réels ; la Sécu où en rappelant la CGT-FO pour reprendre la maîtrise de la gestion ils font montre d’un avoeu d’échec et les retraites pour lequel Cherec s’est exprimé quelques temps après pour admettre avoir fait une erreur d’appréciation quant aux modalités. Signer n’importe quoi pour que les médias vous donne une étiquette de syndicat constructif, c’est assez facile comme démarche ; analysez les négociations sur ces dossiers, et vous verrez que certaines choses clochent !

                    Mais si vous ne le savez pas, il existe une entente tacite entre CGT et CFDT qui date maintenant ; ils font même liste commune dans certaines élections professionnelles et dans d’autres cas, ils se concertent pour se partager le pouvoir.

                    D’autre part, vous parlez des engagements pris par la CFDT au niveau national sur des dossiers largement couverts par les médias. Sur l’ensemble des accords nationaux (non médiatiques), les accords de branches, ... jusqu’aux accords d’entreprises, vous constaterez, en prenant quelques renseignements, que la CFDT est loin d’être un partenaire qui se transforme en signataire. Et vous pouvez remonter dans l’histoire ... vous retrouverez toujours les mêmes signataires ; et la CFDT est loin d’être celle qui a l’approche la plus constructive.

                    Le seul problème de ceux qui ont une approche constructive est qu’ils se heurtent à d’autres, parfois des patrons, parfois le gouvernement, qui ont eux aussi du mal à s’extraire d’une part de leur dogmatisme. Avoir une approche constructive, réaliser des compromis dans un négociation n’est pas simple car trouver un ou plusieurs points de convergence sur la base de divergences d’orientation nécessite un effort intellectuel difficile qui nécessite un recul par rapport à ses « certitudes ».

                    Pour trouver un compromis, il faut au moins être deux et que chacun fasse en sorte de trouver une solution qui satisfasse au mieux les propositions de l’un et de l’autre sans dénaturer le fond, l’objectif qui est à la base de la négociation.


                  • On_s_en_mele (---.---.1.98) 2 avril 2006 22:55

                    Vous dîtes bien, dans votre commentaire,que 1) les medias mettent en valeur les conflits, 2) que les poids lourds syndicaux mettent des bâtons dans les roues. Donc bien ce que disait Michel Rocard.

                    Juste un rappel : lorsque Martine Aury a créé les emplois jeunes, personne n’a bronché. Tout était parfait. Que retrouvait-on dans ces contrats ? Un CDD de 5 ans, qui pouvait être dénoncé tous les ans, à condition d’être justifié. Un minimum SMIC (c’est le moins que l’on pouvait attendre, après la tentative Devaquet !!). Seule différence qui pourrait peut être expliquer l’adhésion des syndicats (étudians et professionnels) : seules les collectivités locales et territoriales, associations, fonction publique pouvaient y avoir recours. Pas les entreprises.

                    Pourtant, des BAC + 4 ont postulé pour ces emplois, acceptant le SMIC, mais pas motivés par leur travail !

                    Pourtant, l’Etat prenant en charge les salaires jusqu’au SMIC, nombre de jeunes étaient sous-payés, et personne n’a bronché. On présuppose que les entreprises, avec le CPE (ou tout autre nouveau contrat à venir), exploiteront les jeunes, jamais l’Etat, plus grand utilisateur de CDD !

                    Pourtant, le CPE, malgré sa présentation à la hussarde, (détestable, antidémocratique), présente moins de précarité que le contrat emploi jeunes (abandonné en 2002).

                    Serait-ce l’utilisateur qui ferait obstacle ? Il est vrai que dans un pays où 70 % des étudiants rêvent d’être fonctionnaires ou agent de collectivités territoriales ....

                    Un peu de clairvoyance, de recul sur des études similaires apaiseraient bien des conflits !

                     ;


                  • monteno (---.---.179.94) 4 avril 2006 18:42

                    Votre commentaire est factuel et trés interessant ! merci !


                  • Thucydide (---.---.101.8) 29 mars 2006 17:44

                    « Je ne vois pas Jacques Chirac se retirer, ni dissoudre une nouvelle fois l’Assemblée en mettant son poste en balance (ce qui serait gaullien, prendrait tout le monde de court, mais nécessiterait pour lui de se représenter). »

                    Je suis bien aise que vous évoquiez cette possibilité, parce que pour tout vous dire, je suis persuadé que c’est ce qu’il aurait dû faire en 1995. Il aurait évité à Juppé de manger son chapeau, et de s’entendre dire, plus tard et à juste titre : « qu’avez-vous fait pour le pays ? ». Chirac aurait évité la dissolution de 1997 qui l’a ridiculisé jusqu’au trognon, surtout après qu’il eut annoncé à son élection, en 1995 qu’il ne dissoudrait pas juste pour convenances personnelles (sic). S’il avait dissous début 1996, avec une raison tout à fait légitime et compréhensible de le faire, s’il avait gagné, il aurait trouvé une légitimité en béton. Et s’il avait perdu, il aurait appelé clairement la gauche à faire une politique de gauche, et il aurait été clair, à l’alternance suivante, qu’il s’agissait de faire une politique de droite. Le pays aurait avancé, pas toujours dans la bonne direction, mais en corrigeant le tir, les bonnes recettes des uns et des autres auraient été conservées, les mauvaises, éliminées au gré des alternances. Là, le pays est contraint à l’immobilisme. Et pour être honnête, cet immobilisme n’a pas été initié par Chirac, mais par son prédécesseur, expert ès combines et manipulations. Simplement, Chirac a été beaucoup trop maladroit pour s’extirper du pataquès contestataire que le démagogue qui l’a précédé a laissé s’instaurer, et s’est contenté très vite de suivre le courant au lieu de tenir fermement les commandes.


                    • argoul (---.---.18.97) 29 mars 2006 18:03

                      En 1995, JC aurait dû plutôt changer de Premier Ministre, quand on a une majorité « introuvable », on ne dissoud pas, sauf si l’on veut remettre en balance son propre mandat. Mais déjà son éminence grise était aux commandes... Celui qui manifestement ne connaît pas la traduction du mot « politique » parce qu’il na jamais été élu (disent certains).

                      Sur le reste de votre commentaire, je souscris. Avec cette nuance que FM était peut-être « florentin » mais qu’il a eu raison (à mon avis) de mettre les uns et les autres, tous « hommes de gauche » et radicaux (en paroles) devant les faits : allez-y, gouvernez comme vous voulez, moi je suis le Président, j’arbitre ; si le peuple grogne parce qu’on va dans le mur, c’est vous qui êtes morts (politiquement). C’est pourquoi Fabius (qui est loin d’être sot) a reculé lors du tournant de 1983, que Mauroy a dit « je ne sais pas faire » (de la fuite en avant), que Bérégovoy s’est défilé discrètement, que Deferre a fait ce qu’on lui a dit de faire (surtout rien)... et que FM a fini par appeler Rocard (son ennemi personnel !) lors de son second mandat moins pour l’user (encore que) que pour opérer les réformes « douloureuses » pour la vulgate de gauche mais nécessaires pour garder le pays à flot (sans la CSG, où en serait le déficit de la SS ?). Certes, FM a joué un jeu IVème Rép avec les institutions de la Vème - mais il s’est bien gardé de les changer. Au contraire de Chirac, qui a introduit écologie, principe de précaution, parité et toute une série de « bombes » juridiques de cette sorte dans le texte de référence. Heureusement que les traités internationaux, et notamment européen « s’imposent » en droit interne (c’est aussi dans la Constitution), sinon, on ne saurait plus quelles sont les règles du jeu dans cette enflure démagogique.


                    • zoï (---.---.58.60) 29 mars 2006 19:01

                      Monsieur Chirac est un individu pitoyable, et comme tous les individus pitoyables il n’aura pas assez d’imagination pour finir autrement qu’à la date prévue ! Il est même tout à fait possible qu’il nous jouera des sortes de prolongations en intégrant, aprés son mandat et comme le lui permet la constitution,le conseil constitutionnel. Au fait,y a-t-il une immunité judiciaire pour les membres de cette honorable société chargée de veiller aux normes suprêmes ?


                    • argoul (---.---.18.97) 30 mars 2006 17:56

                      Il n’y a pas d’immunité pour les membres du Conseil Constitutionnel mais le secret des débats. Les anciens Présidents de la République PEUVENT en faire partie durant le reste de leur vie - ils n’y sont nullement obligés (V. Giscard d’Estaing n’a jamais participé, tous les autres sont morts). Mais il y a des incompatibilité : par exemple avec le fait d’avoir un mandat électoral ; on peut être ancien Président et se faire réélire député (VGE), mais on ne peut alors être en même temps membre du CC.


                    • éric (---.---.167.190) 29 mars 2006 19:05

                      Le mot « réforme » devient un synonyme de « régression ». C’est pourquoi il est difficile de réformer en France. Il me parait nécessaire de réinventer la démocratie directe. Nos hommes politiques qui font carrière sont trop éloignés des réalités du français moyen. Les nouvelles technologies et les débats et échanges d’idées qu’elles permettent (nous en sommes l’exemple) doivent nous aider à retrouver un débat citoyen avant toute réforme.

                      Je propose pour ma part et sur le problème du C.P.E une consultation populaire directe : le référendum


                      • argoul (---.---.18.97) 29 mars 2006 19:36

                        Trop tard, le CPE est déjà mort et JC en sursis. c’est ça le problème avec des dirigeants trop vieux. Mais au fait, QUI sont les plus de 80% qui l’ont élu en 2002 ? Et les 92% de « jeunes 18-24 ans » le même jour ? C’est curieux qu’ils se soient volatilisés, quand même... Quand on vote, en démocratie, c’est sérieux, non ? Et si l’on a élu, faut attendre la fin, c’est la règle du jeu, je crois. Même si on ne l’apprend pas à l’école.


                      • zoï (---.---.58.60) 30 mars 2006 08:45

                        Le réferendum d’initiative populaire est une excellente idée:selon un sondage de 2003 plus de 80% des français y sont favorables. Nul doute qu’il faut revoir ce chiffre à la hausse,vu l’extrème popularité de notre classe politique ,droite et gauche confondues !


                      • On_s_en_mele (---.---.1.236) 31 mars 2006 13:55

                        Les élections sont destinées à élire des représentants du peuple le temps d’un mandat. Même si tous les courants ne sont pas représentés (proportionnelle d’ailleurs souvent ingérable), on ne peut nier leur valeur démocratique.

                        Dans ce que vous appelez la « démocratie » directe, il y a un mot de trop : démocratie. Le referendum, on l’a vu à maintes reprises, n’est pas une réponse à une question (fermée), mais l’état d’âme de la population à un moment donné. De plus, recourir à ce mode de scrutin fermerait toutes les voies à la négociation préalable, si bien mise en évidence dans l’article de Monsieur Argoult.

                        Si les élus remplissent mal leur rôle de représentant, ils sont sanctionnés au prochain tour. Mais ils sont un garant de la démocratie.


                      • www.jean-brice.fr (---.---.154.102) 30 mars 2006 09:36

                        ON POURRA REFORMER LA FRANCE, LORSQUE CELLE CI AURA UN POUVOIR LEGITIME ...


                        • alberto (---.---.39.2) 2 avril 2006 15:30

                          Oui, Jean Brice, mais qu’est ce qui est LEGITIME ? Suivant les institutions en vigueur le pouvoir actuellement aux manettes est LEGALEMENT légitime ! Cependant je suis d’accord pour observer que le jeu de la légitimité est un peu biaisé par l’effet d’un certain nombre de pesanteurs sociétales qui ont pour effet de de porter aux assemblées (nationnale et sénatoriale) des gens dont peu sont des « vrais gens ». Les réformes dont parle M. Argoul seront très difficiles à mettre en oeuvre dans la mesure ou nos représentants devront commencer par se réformer de l’intérieur : voir le panorama social de ces assemblées, avec plus de 50% de fonctionnaires, les reste separtageant majoritairement entre chefs d’entreprises et professions libérales... Ajouter à cela la transparance des revenus, le cumul des mandat, non, vraiment ces députés et sénateurs ne sont pas réèllement une image de la population qu’ils sont sensés représenter. Et première réforme, sans doute la plus difficile est peut être celle-là ! Ceci dit, je souscris à la plupart de ce qui a par ailleurs été developpé dans cet excellent article.


                        • Mathieu (---.---.212.160) 30 mars 2006 10:28

                          C’est bien joli tout ce discours mais pour qu’une réforme puisse passer il faut avant tout qu’elle soit dans l’intérêt des Français. Mais quand je dis ça je veux dire qu’il faut que les Français pensent qu’elle est bonne pour eux pas que ce soit les politiciens qui sachent que c’est bon pour les Français mais que les Français ne se rendent pas compte parcque ça ne leur a pas été bien expliqué bla bla bla... et autres discours de ploiticiens biens éloignés des attentes des Français. La réforme est plus dure en France qu’ailleurs parcque les français se laissent moins faire quand on les prend pour des cons. Quand réforme est synonyme de régression, cela n’a pas d’intérêt pour les français mais si on nous bassine avec du discours du genre c’est pour leur bien ou autres pillules pour faire passer les régressions.


                          • argoul (---.---.18.97) 30 mars 2006 10:56

                            C’est bien ce qui est écrit DANS L’ARTICLE. Mais peut-être ne l’avez-vous pas lu ? Vous préférez peut-être, comme les politiciens qui échouent, l’image des commentaires à la réalité de ce qui est dit ?

                            L’article dit : « La politique consiste plutôt à se saisir d’une question commune, de proposer un point de vue, de recueillir le point de vue des autres acteurs, enfin d’élaborer une solution commune. Il n’est pas de démocratie sans conciliation des intérêts divergents - le système est même conçu pour cela. Le travers des politiciens français est de vouloir « trancher » alors qu’il faut « composer » ».


                          • armand (---.---.73.169) 30 mars 2006 10:34

                            Il y a des faits qui sont têtus : il est illusoire d’ouvrir grandes les portes à la globalisation, c’est-à-dire à la concurrence avec les pays à moins-disant social et à la prise de pouvoir des fonds d’investissement apatrides, sans une casse sociale intolérable. Toutes les mesures visant à assouplir l’embauche ne sont que des adaptations à cette nouvelle donne. En même temps, l’autorité et la dignité de l’Etat sontbattues en brèche, notamment par Bruxelles. Les choix sont clairs : ou bien poursuivre cette politique de laissez-faire, ce dont une majorité de Français ne veut pas (à tort ou à raison, là n’est pas la question), ou bien que l’Etat reprenne la main en matière économique, se prévalant d’un droit d’interposition dès lors que les intérêts du pays sont en jeu, et quoi qu’en puissent penser Barroso ou Nelly Kroes. On ne peut pas brandir le « patriotisme économique » d’un côté puis de l’autre jouer aux bons petits soldats du libéralisme en instituant la précarité comme règle pour les petits et les profits scandaleux pour les grands.


                            • argoul (---.---.18.97) 30 mars 2006 11:09

                              Ca c’est un peu du blabla. Les questions politiques sont des questions concrètes, pas de savoir qui utilise qui. Que l’Etat français par la main de Chirin/Jospac hier ou de Sarkolène Ségozy demain signe à Nice ou ailleurs un Traité qu’ils dénoncent ensuite comme « antipatriotique » ou « contraignant », c’est de l’hypocrisie politicienne, je suis bien d’accord avec vous, mais ce n’est pas de la politique. Que font donc les fonctionnaires français à Bruxelles ? de la figuration ?

                              Quant à savoir comment maîtriser la globalisation, c’est un débat qu’il faut ouvrir, mais certes pas en disant tout net NON comme un gamin de 2 ans immature et têtu. Sauf à fermer les frontières comme la Corée du Nord, la globalisation est un fait qui vient du développement de pays aussi gros que la Chine et l’Inde (sans parler du Brésil, du Nigeria et j’en passe). Comment fait-on avec ? Les Anglais y réussissent fort bien, pourquoi pas nous ? Les Scandinaves gardent un contrôle social fort, sans déficit budgétaire et sans manifs à tout va, pourquoi pas nous ? Les Allemands, plus vieux et devant reconstruire toute l’ex-RDA (où l’Etat a sévi très fort et très longtemps, comme chacun sait) réussissent quelques adaptations, pourquoi pas nous ?

                              Ce sont là les vraies questions et pas les grands mots-étiquettes « dignité de l’Etat », « libéralisme », « casse sociale » et autres images où chacun met ce qu’il veut, surtout ses fantasmes. Ces fantasmes sont d’ailleurs particulièrement lourds chez les moins concernés, ceux qui ne sont pas pris dans l’économie réelle mais protégés par un statut d’agent de l’Etat, c’est une constatation aisée à faire.

                              La politique, c’est se saisir du concret, pas se gargariser de mots, ceux-là sont faits pour les meetings, pas pour l’action d’un quelconque gouvernement.


                            • Fred (---.---.155.75) 30 mars 2006 11:20

                              D’un autre cote, on ne peut pas etre contre la globalisation et le liberalisme et acheter des produits pas chers fabriques par des enfants en Chine mais pourtant c’est bien ce que les opposants au liberalisme font et ca fait des annees que ca dure. On ne voit pas des manifestations des gens pour avoir des produits 100% francais dans les rayons qui couteraient 3 fois plus cher. Donc le social francais ne marche que parce que l’on a des produits issus de la globalisation qui nous permettent de maintenir un certain comfort sinon je peux vous dire qu’il y aurait beaucoup plus de gens qui seraient prets a avoir moins de social en France pour pouvoir s’acheter les choses qu’ils achetent aujourd’hui.


                            • argoul (---.---.18.97) 30 mars 2006 11:46

                              Etre « contre la globalisation », pour moi, cela n’a pas de sens ; être contre le libéralisme à l’américaine, là, oui ça a du sens. Mais la globalisation étant l’histoire qui se fait parce que les grands pays comme la Chine et l’Inde accèdent au développement, « être contre » ça veut dire quoi ? Qu’il faudrait les empêcher de se développer ? Faire une guerre pour les ramener à la pauvreté pour les empêcher d’exporter ?

                              Si les Français achètent à l’extérieur, dans les pays en développement, ils aident le développement : il faut arrêter cette hypocrisie qui veut qu’on soit « solidaire » des pauvres et du tiers-monde, mais refuser de leur acheter ce qu’ils produisent.

                              Et si les Français achètent « moins cher » c’est parce que leur pouvoir d’achat stagne depuis des années (pour les salariés) et régresse globalement (à cause du chômage indécent). Ce n’est pas « le libéralisme » en soi qui en est la cause mais 1/ la compétition américaine, je suis d’accord, 2/ notre propre incapacité à nous débrouiller avec la production et l’exportation. Le bouc émissaire de « l’ultra-libéralisme » est assez facile, sauf que TOUS les pays européens proches de nous y sont soumis comme nous et que NOUS SEULS avons le taux de chômage de plus élevé avec les prélèvements obligatoires les plus élevés et la dette publique parmi les plus élevées.

                              C’est donc qu’il y a en France PARTICULIEREMENT une « préférence pour le chômage », un choix social, une démission politique de la gauche surtout, enferrée dans la défense clientéliste de catégories protégées qui se moquent pas mal des autres.


                            • armand (---.---.25.4) 30 mars 2006 20:52

                              Il est parfatement possible d’aider les pays émergents en achetant leurs produits, mais il ne faudrait pas pousser l’abnégation jusqu’à détruire des industries et des emplois en France pour ce faire. Des droits de douane modulables sont indispensables et chaque pays qui est, il faut le rappeler, une communauté qui a choisi un gouvernement pour se défendre, devrait avoir le droit de s’en prévaloir sans s’en référer à Bruxelles. On brandit trop souvent l’intérêt des consommateurs dans une gesticulation à la Wall-Mart : le plaisir de payer un sèche-cheveux 5 dollars ne mérite pas le démantelement de toute l’industrie électroménagère, et le consommateur n’est pas lésé lorsqu’il achète des textiles nationaux plus chers et les garde trois fois plus longtemps que la camelote importée. Pour répondre à un autre post, les Anglais font-ils vraiment mieux que nous ? Si vous vous situez du côté des traders de la City, sans doute, mais demandez aux « working poor » ce qu’ils en pensent. La « dignité de l’état » n’est pas un terme vide de sens : je dirais que quand la seule occupation d’un Président de la République est de quémander une baisse de TVA auprès des Allemands alors, oui,l’Etat perd sa dignité.

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