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Philosophie du parti pris

A propos d’une critique de livre.

J’ai lu sur le web du Monde un article consacré par Henri Tincq, l’informateur religieux maison, sous le titre de "Laïcité, une passion française" au récent livre de Jean Baubérot, intitulé lui-même : La laïcité expliquée à M. Sarkozy... et à ceux qui écrivent ses discours, Albin Michel, 260 pages, 16 €".

Au début de son article Henri Tincq bouscule quelque peu Jean Baubérot, lequel, comme avec le titre du livre nul ne peut l’ignorer, bouscule lui-même Sarkozy, pour, en fin de compte, revenir à la louange ordinaire, avec un zest d’ironie :

"Dans sa grande sagesse, Jean Baubérot rétablit l’histoire et la vérité. Il ne met pas un bémol à sa foi laïque, mais rappelle que le monument législatif de 1905 est plus équilibré que ne le suggère le président de la République. Que c’est la ligne Briand-Jaurès qui l’avait emporté contre celle, violemment anticléricale, de Combes, renversé avant que la loi régissant les rapports Eglise-Etat ne soit adoptée. Que, depuis un siècle, l’histoire des relations entre les religions - même l’islam - et la puissance publique est tissée de permanents compromis. Qu’il n’est pas besoin d’opposer, comme l’a fait le président de la République, "laïcité positive" à "laïcité négative" pour comprendre que les religions peuvent utilement contribuer à la vie publique et sociale du pays et les aider à mieux remplir leur rôle. Enfin, que la meilleure garantie d’un libre exercice des croyances en France est de laisser la loi en l’état."

Fin de citation.

Chemin faisant, Henri Tincq égratigne Henri Pena-Ruiz et Caroline Fourest, accusés de défendre des "thèses ultralaïques", chères aux "petits groupes de libres-penseurs", "niant le combat anticlérical qui a précédé et suivi la loi", "s’étranglant d’indignation parce qu’un Sarkozy ose parler d’espérance", etc.

Cet article me semble illustrer à merveille ce que j’appelle "le point de vue" ou "le parti pris" et dont j’aurais volontiers le fantasme de faire une "philosophie", philosophie qui est très absente dans l’article d’Henri Tincq, contrairement à son parti pris qui, lui, saute aux yeux, excepté à ses propres yeux, puisqu’il y a au moins trente ans qu’il s’imagine faire du journalisme objectif.

Sa critique du livre de Baubérot part d’un parti pris. Il peut n’en avoir pas conscience ; le problème n’en est que plus épineux. Le livre de Baubérot est un parti pris. Tincq s’étonne de la différence de ton par rapport aux ouvrages précédents de l’auteur. C’est peut-être que celui-ci a pris récemment sa retraite de l’unique chaire d’histoire de la laïcité que compte l’Université française et qu’il a laissé libre cours à sa verve. Les précédents ouvrages de Baubérot, pour se donner les allures de la neutralité historique, n’en étaient pas moins des partis pris, du moins vu depuis le parti pris qui est le mien.

Les ouvrages de Henri Pena-Ruiz et de Caroline Fourest sont, évidemment, des partis pris.

Les positions de Nicolas Sarkozy sur l’espérance et sur la laïcité sont des partis pris et de tous les partis pris évoqués, c’est, me semble-t-il, le seul qui ne soit pas admissible puisque, justement, le président de la République devrait être au-dessus des partis, partis politiques, partis idéologiques.

Mais c’est ce que n’a pas compris le petit homme, tout heureux d’avoir décroché un job en or, là où il aurait fallu qu’il soit à la hauteur d’une noble fonction.

Il y aurait bien d’autres à dire sur "la philosophie du point de vue", ou "philosophie du parti pris". J’espère avoir l’occasion d’y revenir.

Pour ce qui me concerne, par rapport à la laïcité ; j’approuve le parti pris d’Henri Pena-Ruiz et de Caroline Fourest. Je n’ai pas vu que le parti pris d’Henri Pena-Ruiz (je n’ai pas lu Caroline Fourest) soit celui de l’anti-cléricalisme). J’espère bien qu’ils sont des libres-penseurs. J’espère que je le suis aussi. C’est même là que, pour ma part, je mets mon espérance.

Je dis que cette libre pensée est, dans son essence, la philosophie du parti pris, sachant que cette philosophie implique que l’on ait la sagesse d’assumer le parti que l’on a pris, d’en reconnaître les limites, sans fantasmer sur une objectivité, ou une vérité inhumaine, impossible, admettant surtout que d’autres puissent prendre d’autres partis, en respectant ces autres partis pris à la condition qu’ils respectent le mien.

jean-paul yves le goff

http://www.lelivrelibre.net


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8 réactions à cet article    


  • jeanclaude 28 juin 2008 18:56

    Thème délicat, qui perturbe la vie politique française, alors qu’il y aurait des dossiers plus importants à traiter. Je lis avec plaisir que HT rappelle le contexte historico-politique de la genèse de la loi de 1905. Ce n’est après tout qu’une loi. Si on faisait mieux le distinguo entre la loi, qui est un compromis d’équilibre, et les positions des un et des autres, on éviterait de tenir certains propos.

    (Pour le reste de son article et la critique qu’on peut en faire, je n’ai pas d’avis, n’ayant pas lu le livre concerné).

    Du côté de NS, c’était la bétise-la maladresse ou la provocation, largement redevable de son inculture. De ceux pour qui c’est une des composantes éternelles de notre république au point qu’elle en devient tabou (j’évite le terme "sacré"), ce n’est pas plus glorieux. Car l’histoire tout cours, et celle des mentalités et le mixage des cultures est un fait objectif. Ne pas le prendre en considération et se figer sur notre perception du 18°-19° et 20° siècle, n’est pas sain. Même s’il faut y aller sur le bout des pieds et ne rien modifier pour le moment, la question du rapport religion-société est toujours ouverte tant qu’il y aura des hommes. Il n’y a pas là de fin de l’histoire. Elle serait d’ailleurs prophétiquement purement française, ce qui philosophiquement me laisse très perplexe.


    • ZEN ZEN 28 juin 2008 20:02

      "Henri Tincq égratigne Henri Pena-Ruiz et Caroline Fourest, accusés de défendre des "thèses ultralaïques", chères aux "petits groupes de libres-penseurs", "niant le combat anticlérical qui a précédé et suivi la loi", "s’étranglant d’indignation parce qu’un Sarkozy ose parler d’espérance", etc."

      Henri Tincq est un curé laïc

      Il écoute Radio-Vatican avant de faire ses papiers

      C’est une des raisons qui m’a fait me déabonner au Monde


    • lamorille 28 juin 2008 23:30

      c’est quoi un curé laïque ?


    • JL JL 29 juin 2008 08:10

       

      Très bonne réflexion. "Dieu est trop beau pour être vrai". Pourtant certains ont pris le parti d’y croire. Là n’est pas leur erreur : leur faute est de maudire ceux qui ont pris le parti de ne pas y croire.

      Vous écrivez : ""Les positions de Nicolas Sarkozy sur l’espérance et sur la laïcité sont des partis pris et de tous les partis pris évoqués, c’est, me semble-t-il, le seul qui ne soit pas admissible puisque, justement, le président de la République devrait être au-dessus des partis, partis politiques, partis idéologiques"".

      On ne le dira jamais assez : Nicolas Sarkozy est un communautariste, un anti président donc : " L’inconséquence semble être sa méthode". (Denis Sieffert). L’inconséquence qui est une tare à l’âge mûr, rend inapte à la fonction de président de la République.


      • Radix Radix 29 juin 2008 15:48

        Bonjour

        Il n’est pas nécessaire d’expliquer la laïcité à monsieur Sarkosy, il la connaît très bien...

        Le but qu’il poursuit est tout autre : lancer des polémiques tout azimut pour occuper les média avec du vent !

        Pendant ce temps là on ne s’occupe pas de l’essentiel !

        Radix


        • ZEN ZEN 29 juin 2008 16:30

          L’incroyable inculture historique sarkozienne devant la Knesset :

          blog.mondediplo.net/2008-06-26-Le-president-Sarkozy-devant-le-parlement


          • xray 30 juin 2008 11:17

            Moralistes par devant, sans scrupules par derrière, les curés vivent de la misère qu’ils produisent. 

            L’hypocrisie religieuse 
            http://blog.ifrance.com/echo-athees 

            La cuisine diabolique des croyances (Un bien-portant est un malade qui s’ignore.) 
            http://blog.ifrance.com/echofrance 

            Depuis 5 000 ans ! Quoi de neuf ? 
            http://blog.ifrance.com/echo-agnostiques 

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