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Accueil du site > Actualités > Citoyenneté > Plaidoyer pour l’enseignement non tardif de la philosophie (...)

Plaidoyer pour l’enseignement non tardif de la philosophie critique

Il me semble que la philosophie est une matière fondamentale tout comme les mathématiques, les sciences physiques et chimiques, l’histoire et la géographie ainsi que les langues ; elle doit être enseignée dès la classe de 6e des collèges.

Beaucoup de nos concitoyens se disent alarmés par le degré de nuisance du conditionnement médiatique sur des esprits juvéniles crédules et des adultes adeptes du vide narcissique paradoxalement grégaire et contagieux, fondamentalement hostiles à toute posture de questionnement critique.

Et ce n’est pas pour rien que des politicards démagogues ainsi que des chefs de sectes fleurissent en ce seuil du 3e millénaire marqué par l’emblème des NTIC et des nanotechnologies.

La philosophie dont je parle n’est pas la philosophie spéculative ou logomachique, comme l’est par exemple la métaphysique ou la théorie de la déconstruction des récits et plus généralement de la production des signes (chef de file Derrida, surtout).

La philosophie, je la conçois comme l’exercice de la posture critique questionnante sur toutes choses, mais en rapport avec un réalisme de rationalité. En fait, tout être doué de raison, en faisant abstraction de son niveau d’instruction, peut potentiellement penser philosophiquement. Dès qu’il y a confrontation entre une problématique à élucider et un cerveau usant avec stratégie et pertinemment d’un stock de connaissances, il y a philosophie. Les Anciens ne se sont pas trompés en appelant les découvreurs dans ce qu’on appelle aujourd’hui les sciences naturelles et de l’homme : les philosophes de la matière, les philosophes du vivant, les philosophes de la logique et des mathématiques, les philosophes de l’histoire, les philosophes de la grammaire et de la langue, etc.

Ce qui a égaré la philosophie dès le XXe siècle jusqu’à aujourd’hui, c’est bien la résurrection, par un reformatage nihiliste, de la mode sophistique des anciens hellènes. Je veux indiquer par-là la promotion inouïe de l’herméneutique "philosophique", et à sa suite la sacralisation de l’interprétation, à tout bout de champ, qui ne mène nulle part, si ce n’est à de la superficialité d’une certaine métaphysique logomachique.

Socrate et Platon, tout comme Aristote, étaient déjà avertis des travers de la réflexion dans le vide des sophistes de leur époque.

La philosophie, ce n’est pas la mystique et ce n’est pas de la critique littéraire la plus illimitée soit-elle ou la philologie, même celle adossée à la production des partisans de la "déconstruction".

Il faut préciser aussi que cette mode est opportuniste, en ce sens que le monde depuis le XXe siècle arbore l’"évaporation" du temps, le consumérisme à production de besoins virtuels, des rapports à l’altérité qui se limitent à l’hédonisme cru ; tous facteurs qui promeuvent la recherche de l’intensité de l’égocentrisme et de la vie de l’instant ; "après moi, le déluge". Le nihilisme contemporain n’est qu’un avatar de cette nouvelle forme de vie.

La schizophrénie se caractérise principalement par le dédoublement de la personnalité de la personne qui en est atteinte. Etymologiquement, philosophie est tiré du mot filosofia, signifiant littéralement l’amour de la sagesse. L’amour est un affect, donc une disposition personnelle bien réelle d’une forme de sympathie relationnelle forte (pouvant dans la relation de couple mâle-femelle être assise sur l’aphrodisiaque). La sagesse est dans sa véritable nature un état de conscience personnelle quant à l’appréhension et la relation aux choses et à autrui. Cette "relationnalité" bien réelle de l’amour et de la sagesse implique (ou même requiert) des règles (larges) de conduite de la personne humaine vis-à-vis de l’altérité (individu, groupe, communauté, etc.). La philosophie n’est pas de la spéculation pour la spéculation, elle est l’antidote de la fatuité, le rabâchage dans le vide et "le tourner en rond de l’esprit". Toute véritable philosophie agit sur le déploiement critique de la conscience, donc du comportement visible bien réel de l’individu vers plus d’élévation du niveau de conscience en rapport avec une compréhension bienveillante du genre humain. L’herméneutique et, à sa suite, la posture déconstructionniste s’apparentent beaucoup plus à la schizophrénie qu’à la philosophie.

Il me semble que la philosophie soit une forme de déploiement particulier de la pensée. Particulier en ce sens qu’on peut, à première vue, distinguer cinq formes (ou peut-être, faudrait-il dire cinq postures) génériques de pensée :

1.] La pensée commune utilitaire de tous les jours qui donne aussi l’intelligence pratique, "la metis des Grecs", comme celle de l’artisan ou du simple technicien inventif dépourvu d’un bagage scientifique.

2.] La pensée scientifique et scientifico-technique ou technico-scientifique, qui use de la formalisation, du calcul avancé et des principes de la rationalité

3.] La pensée artistique qui est une pensée de l’intuition et du sentiment.

4.] La pensée mystique véritable qui est une non-pensée, par le fait de l’amour du transcendant, ou du moins une identification non égocentrique au transcendant ou à l’appel du transcendant

5.] La pensée philosophique qui, tout en étant une pensée, est aussi en quelque sorte une non-pensée, une pensée sur la pensée comme sur la non-pensée. Elle est aussi une réflexion sur de probables fondations transversales aux cinq formes de pensée.

L’exercice de ces formes de pensée ne sont pas étanches les unes par rapport aux autres, et l’être humain capable (dans le sens de capacités cognitives requises) en use dans son déploiement de tous les jours.

Il me semble que la créativité scientifique, technique et philosophique tout comme celle mystique et artistique, ne peut se dérouler sans qu’il y ait cette interpénétration de ces différentes postures de la pensée. Cette catalyse des différentes formes de déploiement de la pensée constitue, à mon sens, le véritable humus de la créativité et même de l’innovation quand elle est pratiquée avec animation téléologique de groupe.


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28 réactions à cet article    


  • arsfp 15 mai 2008 13:21

    Tout à fait d’accord, pour enseigner la philosophie dès le plus jeune âge. Cette matière est essentielle à la construction de la personnalité et on ne peut que regretter qu’il faille attendre la classe de terminale pour la découvrir. 

    Bien à vous,

    arsfp 

    http://arsfp.blogspot.com/

     

     

     


    • Mescalina Mescalina 15 mai 2008 13:24

      Article essentiel et de qualité, ce qui est rare sur ce site. Commencer à enseigner la philo en 6ème, pourquoi pas, de façon ludique, pour préparer l’étude des auteurs dès la 3ème.

      Le véritable esprit critique, qui prend de la hauteur, se fait de plus en plus rare, ce serait un bon moyen d’élever le niveau général des masses, et le meilleur moyen de changer sur le long terme cette société que beaucoup ici même se plaisent à critiquer (sans esprit la plupart du temsp malheureusement).

      La culture n’est pas indispensable pour cela comme vous le soulignez, et une généralisation d’esprits bien formés permettraient de résoudre nos problèmes à la base. On en finirait alors progressivement avec l’hégémonie de TF1 et de la télévision en général par exemple, thème cher sur ce site. Ou le contenu devra s’adapter vers le heut, au risque sinon de sombrer.

      Mais Machiavel l’a bien dit, l’opinion du peuple importe peu (sondages...), ce qui compte est de l’avoir sous son contrôle, et donc que son esprit critique soit proche de zéro.

      Politiciens de droite et de gauche l’ont bien compris, et connaissent leur intérêt, se drapant derrière une bonne volonté utilitariste de façade. Comment imaginer les voir couper la branche sur laquelle ils sont assise ? Las.


      • ZEN ZEN 15 mai 2008 13:58

        Apprenons d’abord aux enfants à maîtriser leur langue...

        Sans cela, aucune maïtrise quelconque de la pensée..Même en classes terminales !

        Signé : un ancien professeur de philosophie.


        • Mescalina Mescalina 15 mai 2008 14:07

          @ ZEN, entièrement d’accord. Mais ceci est principalement l’affaire de l’école primaire. On doit savoir lire AVANT l’arrivée au collège, et affiner sa connaissance de la langue et son esprit à ce moment.


        • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 15 mai 2008 16:15

           

          J’approuve tout à fait l’exigence, exprimée par l’auteur de l’article, d’apprendre à philosopher, d’une manière rationnelle et donc critique, le plus tôt possible (à partir de la 6ème comme certaines expériences en ont démontré la fécondité), mais je ne suis pas d’accord avec votre remarque sur l’antériorité chronologique de l’apprentissage de la langue. C’est en apprenant à bien penser (conceptuellement et rigoureusement ) que l’on apprend à bien parler. J’en ai fait moi-même l’expérience avec mes élèves, mais malheureusement trop tardive l’année du Bac. Notre ancien doyen de l’IG (Monsieur Muglioni) avait l’habitude de nous dire que c’est en apprenant la grammaire que l’on apprend à philosopher et réciproquement et que notre rôle était (doit être) double.

          Mais cela veut dire qu’il faut apprendre à philosopher autrement qu’en se contentant de commenter des auteurs trop souvent inabordables et de déployer des problématiques sans limites déterminées, problématiques qui sont celles des actuels programmes notionnels, en une seule année d’enseignement . ceci aboutit, pour les élèves candidats au bac , à transformer la philosophie en une répétition très approximative de références mal digérées (les faleuses citatios de granbds auteurs, jamais vraiment lu, c’est à dire lentement, en recourant à la méditation de type cartésien ou kantien) , par l’usage d’un langage et d’une démarche détournés de toute possibilité d’appropriation par nos élèves d’un savoir qui exige la remise en cause de leurs propres croyances toutes faites (ce que veut dire réfléchir) ; savoir qu’ils cherchent très vite à transformer en recettes de cuisine faussement rassurantes pour un examen particulièrement anxiogène dans cette discipline.

          Ce qui se passe aujourd’hui est pervertissant pour la réflexion du plus grand nombre de nos élèves, du fait que cet enseignement dans la seule terminale, lequel était autrefois destiné à une élite culturelle et sociale qui avait déjà eu accès à la philosophie par le biais de la littérature, du latin et de grec, bref des humanités, est devenu un enseignement qui est censé s’adresser à tous, mais qui refuse de s’en donner les moyens dès lors qu’il ne peut instaurer une progressivité pédagogique indispensable en une seule et unique année terminale d’examen et pour la plupart des élèves sans suite.

           


        • ZEN ZEN 15 mai 2008 16:28

          @Mescalina

          "..On devrait savoir lire...."

          Mon expérience m’a montré que de nombreux élèves de Terminales, et pas seulement en sections technologiques, n’ont pas en fait la maîtrise de leur propre langue maternelle ni le minimum de bagage culturel requis pour entamer une réflexion philosophique profitable , même à un niveau élémentaire. Je passais beaucoup de temps à expliquer le sens du conditionnel (sans lequel on ne peut raisonner sérieusement), le sens des connecteurs logiques, inassimilés, etc...Cela dans un lycée moyen d’une petite ville de province.

          Dans les années 70, j’étais assez partisan d’un enseignement précoce de la philo, j’ai même tenté des expériences en seconde sur la base de notions simples. Chaque fois, je me suis heurté à la barrière de la langue...La dégradation/réduction de l’enseignement du français au collège et au lycée n’ont pas été pour rien dans ces dérives...Je pourrais là-dessus écrire un roman...

           

           


        • Mescalina Mescalina 15 mai 2008 16:54

          Tout à fait d’accord avec vous ZEN.

          Mais une fois de plus je répèterai que ce problème d’assimilation du français est un pré requis indispensable à la formation de l’esprit critique, à la réflexion. C’est le chantier prioritaire selon moi (avec les mathématiques qui aident à développer le raisonnement logique) en école primaire.

          Une fois cette base solide, le travail de fond peut être entamé. L’idéal étant la 6ème.

          L’objectif de cet article, il me semble, est de rappeler que la réflexion et l’esprit critique ne nécessite pas une "culture" importante. Il faut connaître sa langue et apprendre à penser, il faut être curieux. il est très sain de le rappeler.


        • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 16 mai 2008 10:03

          La barrière de la langue chez des francophones, n’est en aucun cas insurmontable pour qui cherche à la rendre poreuse en faisant de l’écoute de la parole et des inexactitudes de vocabulaire et de raisonnement (pour un philosophe, toutes aussi nombreuses chez ceux dont on dit qu’ils maîtrisent le français, disons, académique) la matière même même de son enseignement et de la réflexion.

          Mais il est une condition : celle d’apprendre aux élèves le goût de l’argumentation et de la discussion rigoureuse , or celui-ci entre en conflit aigu avec un autre usage plaisant, voir jouissif, de la langue tout aussi répandu dans tous milieux sociaux , celui de la spontanéité rhétorique auto-valorisante vis-à-vis de ses semblables en pratiques linguistiques. Cet obstacle est celui de l’opinion identitificatrice. Il est tout aussi considérable dans les élites que chez les moins socialement considérés (par les autres).

          Derrière les prétendues barrières (et elles sont multiples) de la langue ou plutôt des ses usages (tout aussi nombreux) il faut toujours chercher l’idéologie de la distinction et de la clôture sociale (et qui joue à tous les niveaux) qui les soutiennent...Sur ce point je suis (toujours) en accord avec Bourdieu.

          J’ai moi-même enseigné le français en 6ème et en 3ème (ex classes pratiques) dans le but explicite vis-à-vis de l’EN et des élèves d’ouvrir l’esprit de ces dernier à la réflexion critique sur l’usage qu’ils faisaient du français. Cela est difficile mais pas plus que l’exigence de respecter l’usage de la langue (et non pas "la langue" qui reste du français) de ceux à qui on s’adresse et qui n’en font pas le même que moi. Non pas pour détruire celui-ci mais pour le rendre plus efficace dans le but de convaincre et surtout de se convaincre (ce qui exige de s’interroger et de discuter avec soi-même) d’une manière plus raisonnée, ce qui s’appelle sortir de la seule opinion toute faite. Cela est déjà apprendre à philosopher, c’est à dire à penser par soi-même.

           

           


        • MKT 15 mai 2008 14:10

          La philosophie, indispensable pour vivre.

          Epicure dans sa lettre à Ménécée nous y invite dès le plus jeune âge.

          Bon, retroussons nos manches.

           


          • Christophe Christophe 15 mai 2008 14:16

            @L’auteur,

            Article très intéressant.

            Je ne sais si la philosophie peut être ou non enseignée dès la sixième ; l’esprit critique nécessite un minimum de rigueur de raisonnement, et cela sans parler de raisonnement trop formel.

            Imaginons que la philosophie soit enseignée tôt. Les conséquences ne seraient-elles pas d’aboutir à un enseignement de type polémique (au sens platonicien) ?

            Mescalina cite Machiavel, mais l’enseignement litéral, non polémique, était déjà la vision d’Aristote mise en évidence dans la République.

            L’étude de la philosophie permet une meilleure ouverture d’esprit et augmente nos capacités de raisonnement ; c’est une méta-pensée qui suplante notre propre pensée nous permettant de nous questionner sur nous-mêmes. C’est du moins l’expérience que j’ai pu vivre lors de mon apprentissage tardif de la philosophie. Nous pouvons avoir une pensée technico-scientifique sans ne jamais avoir abordé la philosophie ; mais les approches philosophiques nous poussent vers une remise en question de nos certitudes scientifiques et techniques.

            Si nous nous basons sur les propos de Montherlant : La France par un incoercible libéralisme, donne de l’instruction à ses indigènes, quoique sachant très bien que c’est par cette instruction que les indigènes s’émanciperont d’elles. Quel est l’intérêt de fournir au bas peuple (les indigènes que nous sommes enfant) les moyens de son émancipation ? N’est-il pas plus confortable pour nos dirigeants politiques de laisser perdurer le conformisme actuel en laissant croire à la libre pensée ? Ne constatons-nous pas l’échec de l’émancipation au XXème siècle ? La philosophie fournit les armes les plus efficaces contre le conformisme !

            Le problème actuel, comme le souligneait Revel, est que nos philosophes contemporains ont opéré une inversion de sens : Dans notre tradition philosophique, telle que l’imposent les quelques milliers d’ouvrages qui la contiennent matériellement, une inversion de sens a donc fait que les philosophes ne nous invitent plus à comprendre que leur propre système. Or, un système philosophique n’est pas fait pour être compris : il est fait pour faire comprendre. Mais est-ce bien un hasard ? Est-ce qu’enseigner la philosophie doit consister à faire comprendre les différents systèmes philosophiques ou devons-nous orienter l’apprentissage vers la critique du monde ?

            Des enfants de sixième ont une connaissance de leur propre monde, l’apprentissage devrait pouvoir reposer sur cet espace.


            • Mescalina Mescalina 15 mai 2008 14:53

              Commentaire intéressant. J’ai utilisé Machiavel pour expliquer que les tenants du pouvoir en place ET CEUX QUI SOUHAITENT LE DEVENIR (droite et gauche) ont tout intérêt à éradiquer toute possibilité de développement d’un esprit critique chez le peuple.


            • ARMINIUS ARMINIUS 15 mai 2008 15:02

              Excellente idée, mais le mot risque de faire peur ( surtout "critique") à des parents gorgés de certitudes. Pourquoi ne pas plutôt parler de cours d’"accès à l’humanisme et à la citoyenneté" ou on apprendrait aux jeunes à réfléchir et à décider par eux-mêmes face aux pièges multiples de la société ( emploi,sexe, assurances et placements, jeux, sectes,politique etc...) et accès à la philosophie, sur un terrain alors déblayé, à partir disons de la 3ème...


              • Mescalina Mescalina 15 mai 2008 16:58

                "Humanisme et citoyenneté"... Humanisme ne convient absolument pas et me fait peur (ce mot est trop chargé idéologiquement). Et ce n’est pas du "droit civique" dont il est question.


              • chiktaba 15 mai 2008 15:28

                Ma foi, pas grand chose a rajoute si ce n est...

                Qui va enseigner cela ? Pas que je veuille denigrer les professeurs de philosophie, mais les cours auxquels j ai assiste m ont profondemment decu. La ou j attendais un debat d idee, une ouverture d esprit, une introduction aux concepts, je n ai vu que des dogmes et des assertions, sans aucun debat. Tout cela me rappelant etrangement les cours de Francais du Lycee.

                Alors oui pour ces cours, bien plus tot, mais ou trouver ces perles rares qui pourraient dispenser le savoir, ecouter former ?


                • gecko gecko 15 mai 2008 17:00

                  ne pourrait t on pas prendre le problème à l’envers et mettre dans l’enseignement de toutes les matières un peu de philosophie critique ?

                  Non je dis seulement cela car l’un des professeurs m’ayant le plus intéressé dans mon cursus scolaire etait un prof d’histoire géographie qui se plaisait a toujours nous pousser plus loin pour que nous développions toujours un sens critique une autre vision des choses.


                  • Mescalina Mescalina 15 mai 2008 17:03

                    Ce professeur est, hélas, une exception, ce serait pourtant idéal.


                  • Mescalina Mescalina 15 mai 2008 17:10

                    Ah, un de ces non professeurs d’exception est passé par là !


                  • Viya 15 mai 2008 18:50

                    Apprendre la philosophie dès la 6ème et même avant est le passeport pour mieux penser. Et ne dites pas qu’il faut d’abord maîtriser la langue, tout s’apprend et la philosophie y contribue.

                    Pour apprendre la philosophie aux enfants, rien de mieux que l’excellent ouvage paru chez Albin Michel en 2006 (13,50€) , "Les Philo-Fables" de Michel Piquemal, instituteur puis scénariste et auteur pour la jeunesse, livre illustré par Philippe Lagautrière.

                    Les Philo-Fables : "des fables simples et riches de sens tirées de la philosophie occidentale, de la mythologie et des sagesses d’Orient. 60 fables accompagnées de questions, de repères et de mots-clés... Voilà de quoi aider les enfants, dès 9 ans, à franchir la porte de l’atelier de philosophie.
                    A lire pour le plaisir de penser plus grand et plus loin".

                    L’atelier de philosophie, chaque classe devrait avoir le sien. Les enfants aiment les histoires et ces fables très courtes sont , à leur échelle, une véritable découverte de la philosophie et donc de la vie.


                    • ninou ninou 15 mai 2008 20:32

                      Je confirme.

                      Enseignante en primaire (classe de CM2), je constate que mes élèves sont friands de débats. Les débats concernant l’interprétation des textes littéraires sont toujours intéressants. Ils s’expriment parfois mal, soit, mais c’est au maître de reformuler. Ils ne peuvent saisir les nuances logiques du langage que s’ils les entendent en contexte !

                      La preuve qu’ils disposent d’un bagage intellectuel et culturel suffisant est qu’ils sont capables en éducation civique de repérer que certains articles de la déclaration universelle des droits de l’homme sont joliment balayés par nos décideurs politiques. (Et cela, sans orientation du questionnement !)

                      Le boulot du prof est d’apporter des textes à leur portée, d’elucider le vocabulaire, de gérer les débats. Le malheur vient du fait que nos programmes sont tellement chargés que ces séances se font de plus en plus rares. Mieux : si on décide de respecter les nouveaux programmes fraîchement pondus, elles disparaîtront complètement !


                    • Mescalina Mescalina 16 mai 2008 09:22

                      "La preuve qu’ils disposent d’un bagage intellectuel et culturel suffisant est qu’ils sont capables en éducation civique de repérer que certains articles de la déclaration universelle des droits de l’homme sont joliment balayés par nos décideurs politiques. (Et cela, sans orientation du questionnement !)"

                      Hum................................................................... ......................... Il ne faut pas exagérer. Vous manquez d’esprit critique ou faites preuve de naiveté madame sur ce point.

                      L’enfant a cet age APPREND, ASSIMILE et RECRACHE pêle mêle ce qu’il apprend. Et il tient ses "opinions" de son milieu familial, des remarques et prises de positions de ses parents qu’il singe.

                      Ce passage est naturel dans l’évolution des esprits, et la maîtrise de la dialectique et l’apprentissage du raisonnement puis par la suite d’un réel esprit critique comme il n’en existe quasiment plus permettra à l’enfant de se détacher de son milieu (social et familial) et de devenir ce qu’il est. Et non une copie de ce qui a été.

                       


                    • ka 15 mai 2008 19:10

                      J’ai regretté de ne pas avoir eu des cours de philo avant la terminale parce que c’était franchement, avec les langues, la matière que je préférais au lycée. Les cours en classe entière (cours sur les notions philisophiques) étaient pour moi moins intéressants que les cours en demi groupe (cours qui nous permettaient d’exprimer plus librement nos idées et de débattre sur des sujets qui nous parlaient). Notre prof était très portée sur les débats et évitait au maximum de nous encombrer le cerveau avec de la théorie et des infos sur les bios des philosophes dont on ne se souvenait jamais de toute façon, et franchement ça a été très bénéfique pour l’examen du BAC. Beaucoup de profs négligent les conseils de méthodologie alors qu’ils sont très utiles et peuvent servir pour toutes les matières même si finalement il n’y a pas qu’une seule méthode de travail à laquelle pourraient s’adapter tous les élèves, chaque élève possède une ou plusieurs méthodes d’apprentissage et de travail avec laquelle/lesquelles il est à l’aise et elles ne correspondent pas forcément à celle de ses camarades de classe. Il y a un autre point qui peut poser problème aux élèves dans ce genre de matière, c’est la façon dont est enseigné le savoir, certains profs ne comprennent toujours pas que le plus important n’est pas de transmettre le maximum de savoir (parce que finalement les infos on peut les obtenir tout seul un peu partout), mais de donner envie de savoir, de susciter l’intérêt des élèves pour que l’apprentissage soit un plaisir et pas une contrainte, les profs doivent réussir à convaincre les élèves que les savoirs et les savoir-faire qu’ils leurs transmettent sont et seront toujours utiles.


                      • Saerovi Saerovi 15 mai 2008 21:04

                        J’adhère totalement à la thèse défendue. Découvrir les bases du raisonnement scientifique en terminale, apprendre si tard à chercher les pourquoi et les faces cachées, à se servir de sa tête alors même que l’on sait comment calculer la période propre d’un oscillateur force est absurde.

                        JE rajouterai que cette pratique est derrière chaque évènement du monde, éclaire tous les débats n’en prendre conscience que si tard est dommage !

                         


                        • Jason Jason 17 mai 2008 11:37

                          Bon article. Oui, on ne philosophe jamais assez.

                          Ce qui me surprend dans cet article, c’est que tout le monde ou presque semble penser qu’il faut nécessairement l’intervention de l’Etat pour enseigner la philosophie. Dès qu’il y a un besoin ressenti en matière d’enseignement, chacun se tourne vers le gouvernement. Très curieux.

                          Je souhaiterais pour ma part voir des initiatives personnelles et indépendantes, hors des écoles publiques, ce qui est fort possible. Par exemple, personne ne vous interdira de faire des réunions de débats, argumentations, voire de rhétorique orchestrées par un modérateur, prof, ou autre. Quant aux sujets, ils sont infinis. Osez, que diable ! Il n’est pas besoin d’une salle de classe pour philosopher ; au contraire.

                          Les péripatéticiens et les philosophes du Portique ne demandent qu’à faire des émules.


                          • fonzibrain fonzibrain 17 mai 2008 11:38

                            salut a tous

                            article interressant

                            zen a raison lorsqu il parle de la maitrise de la langue avant tout.

                            le raisonnement hypothetico-deductif peut tres bien s’apprendre en 6 .

                            les prof devrai montrer l’utilitilé quotidienne de la pensée critique,non pas comme contraignante,mais pratique.


                            • Radix Radix 18 mai 2008 20:24

                              Bonjour

                              L’Etat, enfin celui que nous connaissons actuellement, n’a aucun intérêt à promouvoir l’étude de la philosophie critique, ce serait scier la branche su laquelle il est assit.

                              Vive les math qui sclérose la réflexion et font des économistes qui croient dans les chiffres qu’ils donnent !

                              Radix

                               


                              • vraitravailleur 18 mai 2008 21:04

                                L’auteur de l’article s’efforce de fournir une définition de chacun des aspects de la pensées qu’il évalue à cinq comme préliminaire à l’apprentissage de la philosophie. Ce souci de la définition est louable .

                                Comme tous les scolaires de la philosophie, il cite évidemment Platon comme référence de la philosophie. Platon, imposé prioritairement à tous ceux qui voulaient faire des études depuis l’antiquité jusqu’à une date récente et qui nous a tant bassiné avec "le Bien", qu’il répugne à définir en peu de mots mais qui apparaît clairement dans "La République".

                                Le "Bien" selon Platon, consiste en l’établissement d’un Etat prison figé et fermé avec les hilotes qui travaillent, les gardiens ("fylakes" ou "flics" ) qui les surveillent, et des philosophes qui font régner la philosophie, c’est-à-dire l’ordre établi. Un contrôle des changes strict est établi aux frontières et nul n’a le droit de quitter le territoire de cette république ou d’y revenir sans un ordre de mission pour espionner l’extérieur et sans rendre compte de son séjour à l’étranger aux gardiens.

                                Il faut "rééduquer" les déviants, car "nul n’est méchant volontairement". 

                                Dion n’a pas pu réaliser ce programme, Louis XIV et Mussolini s’y sont essayés et Hitler n’a pas eu le temps de le peaufiner mais Staline (dont l’oeuvre philosophique complète, en nombre de pages, atteint presque celle de tous les autres philosophes réunis) y est presque parvenu. C’est bien sûr Enver Hoxha qui a le mieux réussi, mais il était plus cultivé que les autres.

                                L’enseignement de la philosophie n’est pas neutre, pas plus que celui de l’histoire. C’est en fait une forme de justification de la propagande d’Etat. Mieux vaut ne pas penser que de penser faussement. Ma question est la suivante : quels philosophes proposez- vous au programme : les habituels Platon, Marx, Nietsche ou bien Spinoza, Frédéric Bastyat, Karl Popper et Pascal... Salin ?


                                • ilias 19 mai 2008 12:32

                                  La philosophie dont je parle n’est pas l’histoire de la philosophie ou l’étude des textes philosophiques ; elle est le questionnement rationnel ainsi qu’aussi de bon sens (lorsqu’il n’est pas trompeur) de toute problématique de discours (dans son sens linguistique et pragmatique), qu’il soit civique, politique, idéologique, religieux, philosophique, scientifique, artistique et technique.

                                   

                                  J’ai fait incidemment référence à Platon, et par là-même beaucoup plus à Socrate dont nous connaissons les séances de maieutique (dialogue immédiat via des exposés dialectiques d’arguments et de contre -arguments entre les acteurs du dialogue) qu’à travers platon. Celui-ci était en quelque sorte un élève assidu et un transcripteur de ces séances publiques de maieutique), pour exprimer la différence de méthode et d’être de cette classe de penseurs avec l’autre famille de discoureurs magistraux qu’étaient les Sophistes dont les prestations étaient payantes.

                                   

                                  Et c’est cette maieutique que j’ai entre autres en tête quand je parle de philosophie critique.

                                   

                                  Faire un rapprochement entre l’oeuvre de platon et l’action du nazisme et des fascismes bleue (mussolini et rejetons idéologiques) et rouge (stalinisme, maoisme et leurs ouailles) me paraît se méprendre sur une oeuvre fondamentale de l’histoire de la philosophie qui est criticable tout comme tout discours à l’aune de l’humain.

                                   

                                  "La république" est une oeuvre ressortant du genre appelé utopie, tout comme celle de thomas more "l’utopie" ou de "hay ibn yakdhan" (le vivant fils de l’éveillé) du philosophe arabe Ibn Tufayl qui a précédé de plusieurs siècles et avec un versant philosophique supplémentaire, l’oeuvre célèbre "Robinson crusoé" de d. Dufoe et "l’Emile" de Rousseau.

                                   

                                  Contrairement à ce que vous croyez, je pense que le monde d’aujourd’hui où la complexité des processus à l’oeuvre dans la gouvernance publique d’un côté, et la régulation internationale et mondiale de l’autre, est devenue telle que tous ces processus sont rapidement interdépendants dans leurs indéfinis effets de par une diffusion et parfois contagion en temps réel. Et pour cette raison j’aimerais bien que ce qui sont aux commandes de pilotage de telles entités soient avant tout ( une condition pré-requise nécessaire mais pas suffisante) des hommes de sagesse et à regard lointain ( "penser globalement, agir localement" comme dirait le grand cancérologue franco-américain r. dubos).

                                   


                                  • Lisa SION 2 Lisa SION 20 mai 2008 01:51

                                    Moins l’on a de mots à son vocabulaire et plus on élargit le sens de chacun.

                                    Le contraire de la pensée unique n’est il pas la pensée critique... ?

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