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Politique et sac à dos

Le problème de la décision, que ce soit en démocratie ou en dictature, c’est qu’elle ne fait en règle générale jamais l’unanimité et qu’elle est souvent contestée.

Dans les démocraties, on essaie de résoudre le problème de la décision en faisant plus ou moins voter le peuple. Je dis plus ou moins car, au final, par exemple en France, les référendums sont rares et d’autre part les élections traditionnelles portent essentiellement sur des choix de représentants plutôt que sur des décisions. Sur l’échiquier des démocraties il y a des nuances, mais disons-le clairement ici, ce ne sont que des nuances et nous ne sommes pas, a priori, dans des démocraties participatives au sens où les citoyens ne participent pas vraiment à la prise de décision. Peut-on néanmoins améliorer le processus de décision dans une démocratie non-participative, tout en essayant de minimiser le mécontentement ? La réponse est oui mais nécessite de mettre en place un processus quelque peu mathématique que je vais expliquer ici.

Le problème du sac à dos

Ce problème est ancien et très connu. On y possède un certain nombre d’objets auxquels on attribue une valeur qui reflète en général leur utilité et chacun de ces objets a un poids. Le problème n’est intéressant que si la somme des poids est supérieure à ce que peut supporter le sac. Dans ce cas, il faut alors faire un choix et il est alors trivial de faire le choix de telle façon que la somme des utilités des différents objets embarqués soit maximale.

Application à la démocratie

Imaginons un ensemble de décisions potentielles à prendre et attribuons-leur une utilité, en supposant que chaque mesure envisagée a un coût et que le budget de l’Etat est limité. Dans ce cas, un choix rationnel devrait consister à maximiser l’utilité totale tout en respectant le budget.

Quelques remarques

La réalité n’est cependant pas aussi claire. Certaines décisions peuvent non seulement ne rien coûter mais peuvent aussi rapporter. Cela amène donc un élément nouveau dans le problème en permettant, en quelque sorte, des « poids » négatifs dans le sac à dos. Cela ne change néanmoins pas la nature du problème. Par contre, les décisions peuvent avoir des incidences liées. Si on employait le langage des probabilités, on dirait que des décisions ainsi que leurs effets potentiels sont corrélés. Cela correspondrait, dans le cas initial du sac à dos, à des objets qui, groupés, ne pèseraient pas la somme de leurs poids mais, par exemple, moins. Cela change alors largement la nature du problème mais notre intention ici n’était pas de traiter la réalité comme un problème déjà résolu mais bien de traiter la réalité pour ce qu’elle est. Une fois que nous sommes conscients de cela, passons à d’autres problèmes.

Trouver l’utilité

La question qui se pose alors est de trouver une métrique qui va permettre d’évaluer l’utilité d’une décision ainsi que l’impact sur cette utilité que peut avoir son groupement avec d’autres décisions. Bien entendu, les budgets ne sont pas nécessairement fixes, de même que les utilités, si bien que le débat politique pourrait se résumer à une discussion pour savoir quelle utilité attribuer à une potentielle décision ou à un groupe de potentielles décisions en fonction du budget alloué. Une fois cela fait, la fonction d’optimisation, un ordinateur par exemple, donnera le choix à privilégier. Le vote démocratique consisterait donc à choisir ceux qui auraient à définir la métrique et à l’appliquer, le vote des représentants, au moins sur la gestion, n’étant plus nécessaire puisque cette dernière serait automatiquement choisie comme étant l’optimal issu de la métrique.

Certains pourraient arguer que cela ne change pas grand-chose par rapport à aujourd’hui. C’est pourtant loin d’être le cas. En effet, le système à conduire au niveau de l’état est tellement complexe que le résultat dû un à un changement ne peut guère être « intuité » quant à son impact sur le résultat final. Dans ces conditions, on pourrait imaginer que les députés, par exemple, pourraient avoir un débat relativement décorrélé du potentiel résultat final concernant tel ou tel lobby, si bien que cela éliminerait potentiellement un part de la ploutocratie qui nous gouverne. Mieux, en établissant une sorte de vote référendaire annuel par Internet sur les utilités, on pourrait instiller une vraie dose de démocratie directe qui ferait en sorte de redonner au peuple une réelle maîtrise de son destin. Par ailleurs les critères étant chiffrés, cela aurait le mérite de construire une démocratie « quantitative »

Il se présente alors un dernier problème à régler. Certains pourraient faire tourner des ordinateurs en permanence et faire des simulations au niveau du gouvernement pour essayer de modifier la métrique. L’idée serait alors de faire un calcul des fonctions d’utilité en même temps que le vote grâce à des techniques mathématiques aujourd’hui au point qui permettent de calculer des fonctions communes à plusieurs participants et qui interdisent à une minorité de tricher (le gouverment par exemple).

Je conclurai en disant qu’il est urgent de mettre en place des critères objectifs et quantitatifs dans les choix des décisions de l’Etat et qu’il est possible de le faire, en utilisant les nouvelles technologies, de façon à la fois efficace, transparente tout en renforçant les réels fondement théoriques de la démocratie.


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3 réactions à cet article    


  • jps jps 4 novembre 2009 12:43

    @auteur
    vous écrivez « Le problème n’est intéressant que si la somme des poids est supérieure à ce que peut supporter le sac. »

    je rajouterais
    « et également ce que peut porter la personne » smiley


    • PhilVite PhilVite 4 novembre 2009 13:01

      ’’Le vote démocratique consisterait donc à choisir ceux qui auraient à définir la métrique et à l’appliquer’’

      Je serais très curieux de voir une campagne électorale sur cette base.
      Et n’y-aurait-il pas, au bout du compte, une métrique de gauche et une métrique de droite ?

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