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Portraits d’humanistes : Henri Caillavet, l’homme aux idées de demain

Qu’est-ce que l’humanisme ? Plutôt qu’un long discours philosophique sur la question, j’ai voulu lancer une série de portraits de personnalités d’hier et d’aujourd’hui de toutes opinions politiques et religieuses. La « Lettre du cadre territorial » a remis le Prix de l’Ethique à Henri Caillavet. C’est l’occasion d’esquisser ce premier portrait...

Un humaniste se reconnaît aujourd’hui par son engagement dans l’action pour libérer l’homme et défendre les valeurs éthiques. Henri Caillavet a été membre du Comité national consultatif pendant douze ans. Mais surtout il a été en avance sur les combats de la seconde partie XXe siècle : avortement, euthanasie... Ce qui paraît aller de soi à notre époque relevait de la prise de risques importants à l’époque. Ces risques Henri Caillavet les a pris !

Henri Caillavet s’engage pour le suicide assisté dès les années 70. L’acte originel de son engagement est loin d’être anodin : avec l’aide de son frère, il a aidé son père à mourir. Il fut traité alors d’assassin. Doublement assassin ! puisqu’il défendit l’avortement à une époque (dès 1947) où la société et les pouvoirs s’y opposaient : les hommes en tête !

Si un humaniste voue son existence à s’efforcer de libérer l’homme, "la société n’a pas encore libéré complètement la femme", dit Henri Caillavet. La femme qui veut avorter doit encore faire le parcours du combattant. La parité dans les salaires n’est pas encore atteinte. Certains lui reprochent d’être allé trop loin dans l’idée de l’avortement en déclarant : "Permettre à un enfant handicapé de venir au monde est une faute parentale et peut être même le témoignage d’un égoïsme démesuré." Cela lui valut un procès qu’il gagna, mais montre, qu’encore une fois, il n’avait pas hésité à braver les préjugés et l’hypocrisie de son temps. Est-il en avance sur ce sujet aussi ?

Plus récemment, il se fait le regard critique de la bioéthique et dénonce l’attitude la France qui interdit le clonage thérapeutique pour la production d’embryons, mais qui va chercher jusqu’en Australie et les manipule.

Sur les questions de la laïcité, Henri Caillavet a toujours eu également une longueur, voire d’eux, d’avance sur sa génération. Il n’a pas voté la Constitution de 1958 parce qu’elle réduisait le rôle du Parlement (fixation de l’ordre du jour de l’Assemblée par le gouvernement, vote bloqué...). Dès 1979, il se prononce pour le quinquennat présidentiel. A propos de laïcité, il rappelle que c’est une conquête qui a demandé plusieurs siècles de lutte et il met donc en garde contre les risques de la voir attaquée. Il rappelle que la laïcité ne se réduit pas à la séparation de l’Eglise et de l’Etat. La laïcité consiste à respecter les convictions religieuses, y compris lorsque l’on a embrassé soi-même une croyance. Il faut interdire le port de signes ostentatoires dans certains lieux publics (école, sphère de la politique), mais pas dans la rue.

Henri Caillavet se présente comme athée et rationaliste. Il est franc-maçon du Grand Orient de France. "La maçonnerie, c’est plus qu’un concept, c’est un idéal de solidarité, de fraternité, de respect de l’autre et, donc, une philanthropie."

Henri Caillavet est bien "l’homme aux idées de demain" comme l’a qualifié
la revue Humanisme dans son numéro 276. Il s’est illustré sur tous les fronts de la libération de l’homme et de la femme : outre les sujets déjà évoqués, il s’est battu pour le divorce par consentement mutuel, les greffes d’organes (la loi porte son nom), le tribunal de l’informatique, l’acharnement thérapeutique. Il a fait aussi des propositions législatives concernant l’homosexualité et le transsexualisme.

Certes Henri Caillavet a fait une belle carrière. Il a été notamment ministre et sénateur, mais ce n’est pas ce que l’on retiendra de lui. Ce qui fait l’homme c’est l’engagement de sa personne et de sa vie (dès 1940 contre la politique du Maréchal Pétain). Henri Caillavet fêtera son 94e anniversaire le 13 février prochain.


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12 réactions à cet article    


  • Djanel 24 janvier 2008 11:52

    c’est encore le désert à midi moins cinq


    • adeline 24 janvier 2008 17:37

      Djanel les français travaillent plus vous ne le saviez pas ?


    • ZEN ZEN 24 janvier 2008 13:46

      Il est à l’origine de cette Association :

      http://www.admd.net/index.htm


      • La Taverne des Poètes 24 janvier 2008 17:09

        Oui, c’est peut-être la dernière évolution de l’humanisme : sa forme non anthropomorphiste et sa dimension plus naturelle. Mais l’humanisme nécessite d’être évoqué à travers plusieurs papiers, des époques et des personnages différents. Pour le moment, l’humanisme ne semble pas trop intéresser les lecteurs d’Agoravox mais je ferai un deuxième test avec un autre article pour juger si je continue la série ou si je zappe le sujet.

         


      • Marsupilami Marsupilami 24 janvier 2008 17:21

        @ Taverne

        T’as bien fait de nous rappeler l’existence de ce mec bien. Y en a pas beaucoup comme lui. Merci.


        • Kookaburra Kookaburra 24 janvier 2008 19:43

          Malheureusement sa lutte pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) est restée sans succès notable. En phase terminale d’un cancer les malades sont toujours obligés de se rendre en Suisse ou en Hollande pour chercher l’aide à mourir. L’association qu’il a créée ne s’oppose pas aux soins dits palliatifs, qui suffisent dans beaucoup de cas, mais les avocats des soins palliatifs sont farouchement opposés à toute forme d’aide à mourir. Mais c’est un autre sujet qui mériterait un article et un débat sur AgoraVox.  


          • Dalziel 24 janvier 2008 23:31

            « Il s’est illustré sur tous les fronts de la libération de l’homme et de la femme… »

            Ce sont des types comme lui qui ont provoqué l’avènement de notre société sans règles, individualiste et consumériste, qui a pour règle ultime :
             « J’ai envie, donc j’ai le droit. »
            Je professe un mépris total, absolu et inextinguible, à l’égard de cette nauséeuse catégorie d’apprentis-sorciers.
            Notre civilisation ne survivra certainement pas au poison qu’ils ont injecté dans ses veines.
            Il y a effectivement de quoi décerner un Prix d’Ethique ! Quelle sinistre dérision !
            P.S. – Je précise, à toutes fins utiles, que je suis agnostique.

            • Dalziel 24 janvier 2008 23:34

              « Il s’est illustré sur tous les fronts de la libération de l’homme et de la femme… »

               
              Ce sont des types comme lui qui ont provoqué l’avènement de notre société sans règles, individualiste et consumériste, qui a pour règle ultime :
               
               « J’ai envie, donc j’ai le droit. »
               
              Je professe un mépris total, absolu et inextinguible, à l’égard de cette nauséeuse catégorie d’apprentis-sorciers.
               
              Notre civilisation ne survivra certainement pas au poison qu’ils ont injecté dans ses veines.
               
              Il y a effectivement de quoi décerner un Prix d’Ethique ! Quelle sinistre dérision !
               
              P.S. – Je précise, à toutes fins utiles, que je suis agnostique.

            • Dalziel 25 janvier 2008 15:44

              Tiens-donc, non seulement je ne savais pas qu’il y avait des naissances autorisées et d’autres non, mais surtout, j’apprends que pour être un parent moralement responsable, il faut savoir choisir l’enfant que l’on met au monde...

              Si la règle de la société sans règles, c’est J’ai envie, donc j’ai le droit, elle s’applique tout pareillement dans sa forme négative : J’ai pas envie (d’avoir et d’élever un enfant handicapé*, en l’occurrence), donc j’ai le droit aussi.
              Ca n’a donc rien à voir avec quelque responsabilité morale que ce soit. D’ailleurs, l’action « sur tous les fronts » - le Tavernier dixit - des Caillavet et consorts, à quoi tend-elle, en bout de course, si ce n’est à libérer les hommes (et les femmes, of course) du boulet de la responsabilité morale ?
              Le bilan provisoire se situe déjà au-delà des espoirs les plus fous…
               
              *Ici, celui qui n’a pas envie, se réfugie derrière la condition future de l’enfant, c’est pour son bien qu’on ne le fait pas naître. Si, par la suite, on n’a pas à s’emmerder avec un infirme, ce n’est, bien sûr, qu’un effet collatéral.

            • Djanel 25 janvier 2008 02:28

              C’est toujours le désert à 2 heure 29


              • zofi 25 janvier 2008 14:06

                "permettre à un enfant handicapé de venir au monde est une faute parentale..."

                Tiens-donc, non seulement je ne savais pas qu’il y avait des naissances autorisées et d’autres non, mais surtout, j’apprends que pour être un parent moralement responsable, il faut savoir choisir l’enfant que l’on met au monde...

                "...et peut-être même le témoignage d’un égoïsme démesuré".

                Seulement peut-être ? C’est pourtant vrai qu’il n’y a pas plus altruiste qu’une IMG.

                Et quant à l’auteur qui se demande si nous n’avons pas là une nouvelle preuve d’un esprit résolument avant-gardiste, je lui rappelle que les handicapés ont eu le privilège de tester les chambres à gaz.

                 

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