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Quel futur pour le prix Nobel ?

Le prix le plus célèbre du monde affronte les défis du XXIe siècle. Face à l’explosion des connaissances et des branches du savoir, peut-il encore porter un jugement universel sur le progrès humain ? Le moment serait-il venu de le réformer, et si oui selon quelles modalités ?

L’histoire du prix Nobel est connue. Fondée sur les vœux et l’héritage d’Alfred Nobel, la récompense la plus prestigieuse du monde est attribuée chaque année aux personnalités les plus marquantes dans les domaines de la physique, de la chimie, de la médecine, de la littérature et de la paix. Depuis 1901, date de la première cérémonie, plusieurs centaines de lauréats, de tous les domaines et de tous les horizons, ont ainsi vu leur nom et leur œuvre immortalisés.

Le prix Nobel a aussi fait des émules. La médaille Fields et le prix Abel pour les mathématiques, le prix Turing pour l’informatique, sans oublier des prix littéraires plus locaux comme le Pulitzer et le Goncourt peuvent dans l’esprit de certains publics avoir un pouvoir d’attraction équivalent. Pourtant ces récompenses, souvent complémentaires des prix distribués à Stockholm et à Oslo, n’ont jamais surpassé ces derniers dans l’imaginaire collectif. Après plus d’un siècle de cérémonies et de consécrations, le prix Nobel reste donc pour l’instant la référence principale de l’excellence scientifique, littéraire et humanitaire. Mais qu’en sera-t-il dans le futur ?

Le monde scientifique du XXIe siècle n’a guère de points communs avec celui que connaissait Alfred Nobel. Le nombre de chercheurs et la quantité de connaissances produites ont crû exponentiellement, les outils et les techniques se sont diversifiés, et les branches du savoir se sont ramifiées pour explorer des problèmes toujours plus pointus. La même complexité se retrouve dans la littérature, dont les horizons ont explosé depuis le début du XXe siècle, ainsi que dans la diplomatie et l’humanitaire, qui affrontent les défis d’un monde globalisé et en transformation rapide.

L’ambition du prix Nobel tout au long du XXe siècle, qui était de fournir une appréciation mondiale des travaux scientifiques, littéraires et humanitaires, se trouve aujourd’hui dépassée par les événements. Un prix annuel dans cinq disciplines peut-il vraiment refléter la complexité du savoir au XXIe siècle ? Peut-il en fournir une appréciation juste et crédible, alors que le nombre de nobélisables potentiels croît sans cesse ?

En un mot, ne faudrait-il pas élargir cette récompense, et en particulier l’étendre à d’autres domaines ? La question n’est pas facile, et ne possède pas de réponse unique. D’une part, un prix distribué de manière trop large, et ramifié en une multitude de sous-disciplines, perdrait sans doute une grande partie de sa force. D’autre part, une distribution trop faible pourrait à terme rendre la sélection trop arbitraire, et ne plus rendre compte de la richesse des sciences, des lettres et de l’humanitaire à l’échelle mondiale.

D’une manière générale, où va le prix Nobel, et quel est son véritable rôle ? Il ne s’agit pas, loin de là, d’un prix particulièrement réactif face à l’actualité scientifique. Cette année, le Nobel de médecine récompensera ainsi la découverte, déjà ancienne, du VIH et du papillomavirus, tandis que le Nobel de chimie récompensera celle, également ancienne, de la protéine fluorescente GFP. Le prix Nobel n’est donc pas, et ne souhaite pas être, un événement ancré dans l’actualité scientifique immédiate. Fidèle à sa vocation d’universalité, il laisse le temps aux idées de se développer et de faire leurs preuves, pour reconnaître celles qui auront réellement amélioré le bien-être de l’humanité. Si les grandes revues comme Science et Nature sont les arènes où se construisent mois après mois les connaissances scientifiques mondiales, le prix Nobel est l’acteur qui jugera ces dernières sur le long terme, et leur assurera finalement la pérennité.

Comprendre ce rôle essentiel du Nobel est peut-être la clé pour le rénover. Il semblerait logique, en effet, que des disciplines comme la biologie, la psychologie ou les sciences sociales, étant donné leur importance cruciale dans le paysage scientifique contemporain, soient récompensées en même temps que la physique, la chimie et la médecine. Sur le plan juridique, ce n’est pas irréalisable, moyennant quelques arrangements. La fondation Nobel n’a-t-elle pas donné son accord à la création d’un prix d’économie « en l’honneur d’Alfred Nobel », qui se confond facilement dans les esprits avec un « prix Nobel » d’économie ?

Pourquoi ne pas envisager une transformation radicale du prix Nobel, qui consisterait à doubler ou à tripler le nombre de disciplines récompensées ? Les révolutions en mathématiques, en informatique et, pourquoi pas, en philosophie et en art, bénéficieraient alors d’une nouvelle reconnaissance internationale. Le Nobel, plus que l’héritage de l’inventeur de la dynamite, (re)deviendrait une véritable référence universelle, et toute discipline représentée acquerrait ses lettres de noblesse, en étant reconnue comme indispensable pour le progrès de l’humanité.

Réformer ou pas le prix Nobel est une question intéressante, mais le véritable défi consiste, plus largement, à promouvoir le génie au niveau mondial. La société civile internationale doit être cimentée par une citoyenneté progressiste et ambitieuse, car c’est en valorisant les grandes découvertes, les grandes inventions et les grands projets que se développe le sentiment d’appartenance à l’aventure humaine. L’enjeu n’est donc pas de réinventer le Nobel, mais de réinventer le progrès.


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6 réactions à cet article    


  • geo63 10 octobre 2008 12:07

    La création d’un prix en économie constitue-t-elle une avancée ? On voit actuellement la formidable rigueur des "sciences économiques" qui semblent se résumer à des mots, rien que des mots. 
    Ou bien alors, on aimerait entendre les vrais scientifiques en "sciences économiques". 


    • gilles gilles 10 octobre 2008 13:36

      La perversité d’un nobel de la Paix ou d’économie repose sur le simple fait que ce brave monsieur NOBEL a fait fortune sur la mort et la guerre comme inventeur de la dynamite.
      curieuse réhabilitation d’un criminel de grand chemin, mais explosif comme la crise financière à la quelle nous assistons, qui ne sont que les prémices à la poursuite de la crise économique qui la provoque et à une des pires crises sociales qui en est la résultante dans les prochaines années.
      Sans doute 2 à300 000 chômeurs supplémentaires en France dici la fin de l’année et plus d’un million et demi fin 2009 en comparant les mécanismes qui se sont produits en France de 1981 à 1986)


      • Mohammed MADJOUR Mohammed 10 octobre 2008 14:58

        La recherche fondamentale est tarie, il n’ y a plus rien à récompenser !

        Bien sûr la tradition peut être maintenue mais sans aucun enthousiasme !

        Le prix Nobel fut longtemps une décision éminemment politique sans aucun respect ni aucune honnêteté pour la vraie recherche fondamentale et surtout réservé aux seuls « occidentaux » ; aujourd’hui il devient tout simplement ridicule et sans valeur... l’argent lui même devient une marchandise encombrante, il n’ y a aucune ambition véritable !

        MOHAMMED.


        • vasionensis 10 octobre 2008 22:24

           Quelle latitude les héritiers de Nobel ont-ils pour infléchir les volontés de Nobel ? Je l’ignore. Mais qui peut dans le public s’arroger le droit de leur dicter leur conduite ?
           La multiplication des disciplines mènerait à un saupoudrage arborescent qui ramènerait chaque prix à l’attribution d’une - très tardive - bourse d’études. Les mathématiciens n’ont pas que je sache essayé de détourner une portion de la manne à leur profit, Médaille Fields ou pas.
           Quant au mérite : supposons Nobel miraculeusement ressuscité. Iriez-vous lui dire ce qu’il doit faire de son argent ? Il vous répondrait - j’espère - que ,si vous trouvez X ou Y si méritants, rien ne vous empêche de le leur prouver vous-même.

           Ce qui m’inspire le plus de scepticisme, c’est de voir des criminels ou des mythomanes semeurs de haine recevoir un prix dit "de la Paix". Mais enfin cette attribution n’engage que ceux qui la font, plus les gogos que cela émerveille. Elle n’est pas entérinée dans les cieux.
           Et puis, si le jury Nobel ne décernait que des médailles en chocolat, l’opinion en ferait-elle si grand cas ?
          Gageons que non. Prétendre se mêler de l’attribution des prix Nobel est donc un peu dérisoire.

           Je voudrais enfin répondre - brièvement, car je ne suis pas chimiste - à une protestation courante dont je viens de relire ici même l’écho : Nobel marchand de mort ou quelque chose dans ce goût-là.
           Nobel n’a pas inventé les explosifs, comme on sait. On sait aussi - du moins on devrait - qu’il y a une large gamme d’explosifs et que la dynamite sert à forer des tunnels mais pas à propulser des obus.
          Un instrument, une matière n’ont pas de signification morale a priori. Prenez la thermite : vous pouvez vous en servir pour abattre de vieux immeubles devenus inutiles, voire dangereux, ou bien - imaginons - pour fabriquer un providentiel casus belli, à l’éventuel péril de vos compatriotes. Mais je m’égare.
           Bref, accepter un prix Nobel ne tache pas les doigts.


          • Maël Donoso Maël Donoso 11 octobre 2008 12:23

            Il y a ici trois questions différentes, qui méritaient effectivement d’être soulevées et sur lesquelles je ne me suis peut-être pas suffisamment étendu dans l’article.

            La première question concerne la valeur (scientifique, morale...) réelle du prix Nobel. Il est difficile, à ce sujet, de départager ceux qui considèrent le Nobel comme une promotion essentielle du génie international, et ceux qui, à l’autre bout de l’échelle, se montrent beaucoup plus sceptiques quant à son objectivité. Je me contente dans cet article de soulever la valeur psychologique et historique du Nobel, qui, elle, est indéniable : indépendamment des opinions ponctuelles enthousiastes ou modérées, le Nobel est pour un large public le symbole durable de l’excellence scientifique, littéraire et humanitaire.

            L’idée de base de mon article est qu’il serait dommage de ne pas exploiter davantage cette puissante valeur symbolique, pour (re)donner à la société internationale ce référentiel du progrès humain, qui est tellement nécessaire à la science, aux lettres et à la diplomatie. Nous en arrivons donc à la deuxième question qui a été soulevée : quelle marge possède la société civile pour refonder éventuellement le prix Nobel ? Comme les lecteurs peuvent s’en douter, je n’ai pas l’intention de ressusciter Nobel pour lui "dire ce qu’il doit faire de son argent". Mais les fondateurs du prix d’économie "en l’honneur d’Alfred Nobel" n’ont pas eu besoin, eux non plus, d’inventer une complexe technique de résurrection. L’idée que je propose n’est donc pas une nouveauté absolue : cela a déjà été réalisé par le passé, et avec des fonds qui n’étaient pas ceux de la famille Nobel.

            La troisième question qui se pose, et la plus capitale à mes yeux, est celle que je laisse en suspens dans l’article : la multiplication des prix aura-t-elle un effet positif en valorisant de nouvelles disciplines (en particulier celles qui n’existaient pas du temps d’Alfred Nobel), ou un effet négatif en diluant le Nobel entre des branches trop nombreuses ? Je n’ai pas la prétention de donner une réponse définitive. Mais à mon sens, étant donné l’importance indéniable du Nobel dans notre société, il vaut la peine de dépasser les préjugés et de s’attarder sérieusement sur les enjeux de cette question.

            Il y a peut-être une quatrième question, que j’ai cru lire en filigranes : "De quel droit nous mêlerions-nous de l’attribution des Nobel ?" À cela ma réponse est beaucoup plus claire : le Nobel est un thème de société récurrent, influent, et les conséquences de son attribution sont incalculables sur le progrès technologique, la reconnaissance internationale d’une idée ou d’une politique. Donc on peut reformuler la question en ce sens : "De quel droit la société civile se mêlerait-elle de ce qui la concerne ?"


            • xray 11 octobre 2008 12:30


              Bravo, les Nobel !  

              Depuis quelques années, chacun peut constater que les prix Nobel ne récompensent que des serviteurs du capital de la Dette publique. (Un capital de la Dette publique qui se régale de la misère qu’il produit.) 

              Le virus machin (le virus du Sida)
              http://levirusmachin.hautetfort.com/

              Sida,  le dossier 
              http://levirusmachin.hautetfort.com/archive/2006/12/02/le-dossier.html 


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