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Redéfinissons le contrat social

L’urgence impérieuse, consécutive de cette absence de destination dont nous parlions en préambule, n’est-elle pas aussi un urgent besoin de sens. De rationalisation. Une urgence qui requiert un engagement total, une implication totale. En effet, n’incombe-t-il pas aux citoyens eux-mêmes de déterminer au plus vite, par les modalités qu’ils décideront, les valeurs sur lesquelles doit reposer leur vivre-en-commun ?

Plus rien ne pointe à l’horizon. Pas un modèle ancien ni nouveau. Seule une apparente absence de destination. L’expansion illimitée d’une mondialité devenue vérité totalisante. Il faut parler un langage de vérité, ne cesse-t-on de répéter à droite comme à gauche. En Italie comme en France. M. Bersani comme M. Hollande. M. Sarkozy comme Mme Merkel.

Mieux : celui qui ne tiendrait pas ce langage de vérité, précise-t-on, n’aurait aucune chance d’emporter l’adhésion des citoyens. Car les citoyens sont des gens réalistes, bien plus qu’on ne le pense. Et, surtout, ils ont peur. Peur d’un effondrement de l’édifice. Ils ont intégré que s’ils veulent sauver ce système dans lequel tout le monde peut perdre quelque chose (système que Pasolini qualifiait, il y a quarante ans, d’hédonisme consumériste), ils doivent se serrer la ceinture. Inévitablement. Ils l’ont compris et accepté. En contrepartie, pour les sortir de l’impasse, ces mêmes citoyens veulent s’en remettre à des gens sérieux. Rigoureux. Pragmatiques. Des experts comptables, en quelque sorte. Pas des rêveurs. Pas des farfelus qui leur feraient miroiter qu’une autre voie est possible.

À titre d’exemple, pour ce qui est de l’Italie, ce langage de vérité revient à dire que si un certain nombre de mesures ne sont pas prises dans les semaines qui viennent, les prêteurs internationaux, courroucés, cesseraient aussitôt de prêter leur argent. Et le pays tomberait en faillite. Quelles sont ces mesures ? En vrac et de manière non-exhaustive : l’augmentation de l’âge du départ à la retraite, la suppression des retraites par ancienneté, la libéralisation des services publics locaux, la restructuration du système scolaire (en introduisant des indices de performance), la vente pour 15 milliards d’euros d’une partie du patrimoine immobilier public, une réforme du système fiscal de nature à relancer la compétitivité des entreprises, l’adaptation des salaires et des conditions de travail toujours pour favoriser la compétitivité des entreprises, l’autorisation, pour les entreprises, de licencier sans plus d’obligation de réintégration si le motif du licenciement n’est pas justifié, l’instauration d’une mobilité obligatoire dans la fonction publique sous peine de licenciement, la compensation de tout déficit par une coupe équivalente dans les dépenses publiques, etc.

Naturellement, comme le temps presse, ces mesures ne pourront être discutées avec les partenaires sociaux. Pas question non plus de solliciter l’avis des citoyens. De même, pour que l’on soit bien certain de leur entrée en vigueur rapide, les instances européennes enverront des inspecteurs qui se pencheront sur la mise en œuvre concrète de ces mesures. Rien de bien étonnant : qui prête décide. Par ailleurs, puisqu’il s’agit d’un langage de vérité, corroboré par les experts économiques les plus sérieux, ceux qui ne tiendraient pas ce langage seraient, par définition, des menteurs. Et des criminels, car l’alternative – le non respect volontaire de ces mesures – conduirait, outre à la fin des prêts internationaux (les traités européens interdisent aux banques centrales nationales de prêter elles-mêmes les sommes nécessaires), à l’implosion de l’économie : retrait des dépôts, faillites en cascade, chute de la demande interne, etc.

Bref, c’est l’impasse. Alors, naturellement, il faut s’indigner. L’indignation est salutaire et donne bonne conscience. Mais elle reste, par essence, un sentiment. Un état d’âme. L’urgence impérieuse, consécutive de cette absence de destination dont nous parlions en préambule, n’est-elle pas aussi un urgent besoin de sens. De rationalisation. Une urgence qui requiert un engagement total, une implication totale. En effet, n’incombe-t-il pas aux citoyens eux-mêmes de déterminer au plus vite, par les modalités qu’ils décideront, les valeurs sur lesquelles doit reposer leur vivre-en-commun ? Les valeurs fondatrices de la société dans laquelle ils veulent vivre ? Si le système tel que l’a défini Pasolini est celui qui nous convient, pourquoi maugréer ?

Mais si tel n’est pas le cas, il nous faut définir clairement une route. Ce n’est pas au monde politique à le faire. Son rôle est d’exécuter la tâche que nous lui aurons assignée : construire la société dans laquelle nous aurons décidé de vivre. Le Maître d’ouvrage définit l’objectif du projet, il détermine le cahier des charges. L’entrepreneur, qui possède la technicité, construit avec une obligation de résultat. Il ne peut en aller autrement, sauf à prendre le risque d’occuper un lieu inadapté à ses besoins, à ses aspirations. En d’autres termes, le moment n’est-t-il pas venu de nous organiser, de nous pencher sur une (re)définition des termes du contrat social censé nous lier à nos représentants ? 

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Redéfinissons le contrat social


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Réactions à cet article

  • Par Jean (---.---.---.205) 2 novembre 2011 11:26

    Sur la dette grecque,

    Y a aussi une solution, comme... (les Islandais) "allez vous faire voir avec la dette des oligarques corrompus et des financiers : moi petit homme du peuple je n’ ai pas à payer"

    Si la démocratie, au lieu d’ être ponctuelle (par un référendum enfin ! ouf ! et dont on tient compte), était permanente, la dette n’ existerait même pas.

    Il y a longtemps De Gaulle avait demandé (1965) à son premier ministre un budget équilibré ; ce qui fut fait sans difficulté ; Pompidou (issu du monde bancaire) était ulcéré par cette décision...

    Réf. « vivre avec De Gaulle » Plon, pocket page 249

    Sur la démocratie,

    De Gaulle a donné les clés par la Ve (il faut à présent ouvrir la porte) : créer un parti apolitique (pas de parti, pas de nombre), élire un président qui dissout aussitôt les assemblées, remplacées par une constituante de « tirés au sort » (constitution à préparer préalablement par le parti des vrais démocrates apolitiques)

    Pour le reste voir thèses d’ Etienne Chouard et de quelques autres, l’ idée fait son chemin

    http://www.dailymotion.com/video/xl...

    Registre comique puisque vous êtes italien,

    Etienne Klein cite une ministre italienne, nommée telle selon des critères berlusconiens, car elle a de beaux nichons (je cite) ; celle-ci se félicitant de l’ utilité du tunnel de 730 km qui a été utilisé pour l’ expérience sur les neutrinos (!).

    Voilà par qui l’ Europe est dirigée, entre autres.

    Réf.
    http://www.dailymotion.com/video/xl...

  • Par Montagnais (---.---.---.20) 2 novembre 2011 18:41
    Montagnais

    Bel essai, très-idéaliste.


    Pour l’instant, ON n’en est pas là :

    Occupy Wall Street, – qui est en réalité une “non-révolte” (on ne se révolte pas contre un simulacre d’autorité et d’Etat), qui est une posture nouvelle d’ignorance et de mépris de l’autorité-simulacre ; ce phénomène, lui aussi, s’enracine toujours selon le même schéma (“structuration dans la déstructuration”), en s’installant en position de défi sarcastique, de revendication méprisante et à peine détaillée, comme une sorte de contre-pouvoir d’un pouvoir qui n’existe plus, appuyé sur un désordre contrôlé qui refuse le pouvoir et choisit la voie de la pression par la communication.

    - Défi sarcastique
    - Désertion
    - Mépris
    - Fin de toute collaboration

    ..ça suffit..

    Le système s’effondre sans nous. 

    Il est donc un peu tôt pour redéfinir le contrat social. Plus de société, détruite ruinée par l’Oligarchie, au niveau de l’« économie », mais surtout au niveau de la psychologie. Et même de l’Ecologie !

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