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Accueil du site > Actualités > Citoyenneté > Réédition des « Principes du Gouvernement représentatif » de Bernard (...)

Réédition des « Principes du Gouvernement représentatif » de Bernard Manin

Devenu un classique de la science politique dès sa publication en 1995, et popularisé une dizaine d’années plus tard sur la Toile par Etienne Chouard, ce chef-d’œuvre, scandaleusement épuisé depuis un certain temps, est réédité une seconde fois par Flammarion (la première datait de… 1996) et augmenté d’une postface inédite de l’auteur. Retour sur un livre incontournable, et dont la facilité d’accès en fait un cadeau idéal pour les fêtes de fin d’année, pour soi ou pour le faire découvrir, et ce pour la modique somme de 9 €.

Dès les toutes premières lignes de l’ouvrage, on ne peut qu’oublier son titre austère et être happé par les propos de Bernard Manin, sauf à être complètement indifférent à la chose politique : « Les démocraties contemporaines sont issues d’une forme de gouvernement que ses fondateurs opposaient à la démocratie. L’usage nomme « démocraties représentatives » les régimes démocratiques actuels. Cette expression, qui distingue la démocratie représentative de la démocratie directe, fait apparaître l’une et l’autre comme des formes de la démocratie. Toutefois, ce que l’on désigne aujourd’hui sous le nom de démocratie représentative trouve ses origines dans les institutions qui se sont progressivement établies et imposées en Occident à la suite des trois révolutions modernes, les révolutions anglaise, américaine et française. Or ces institutions n’ont nullement été perçues, à leurs débuts, comme une variété de la démocratie ou une forme de gouvernement par le peuple. »

C’est ainsi à un véritable dévoilement du régime dans lequel nous vivons et de ses principes que l’auteur s’emploie, alors que son appellation et ses idéaux nous semblent aller de soi et que nous les interrogeons rarement en profondeur : « Les incertitudes et la pauvreté de la terminologie contemporaine, comme son contraste avec la vision du XVIIIème siècle, montrent que nous ne savons pas exactement ce qui rapproche le gouvernement représentatif de la démocratie, ni ce qui l’en distingue » (p. 17). Bernard Manin se plonge dans l’historicité méconnue du gouvernement représentatif, dans la pensée de ses théoriciens et fondateurs profondément hostiles à la démocratie (notamment Sieyès en France [1] et Madison aux États-Unis [2]) pour mieux en faire apparaître les bases aristocratiques et oligarchiques. Celles-ci se concentrent dans la procédure centrale de l’élection, qui fait consensus aujourd’hui mais qui avait toujours été perçue, jusqu’au début du XIXème siècle et l’assimilation du gouvernement représentatif à la démocratie à l’initiative des libéraux [3], comme anti-démocratique par les plus grands penseurs, d’Aristote à Rousseau en passant par Montesquieu. En 1995, bon nombre des Indignés qui reprendraient cette idée à la fin de la décennie suivante, en étaient encore au biberon.

Mais ce serait se méprendre que de voir en Bernard Manin un gauchiste avant-gardiste : la subversion n’est pas son objectif, et son analyse s’avère finalement très mesurée. En chercheur dont la rigueur et l’honnêteté éblouissent les 330 pages de cet ouvrage, et qui s’était auparavant consacré à la social-démocratie et au libéralisme du XVIIIème siècle, sa seule préoccupation est de saisir au mieux les rouages du régime qui s’est répandu partout sur la planète depuis 2 siècles et la victoire des libéraux dans les révolutions occidentales. Au terme de son introduction, il en dégage (p. 17) 4 principes « toujours observés dans les régimes représentatifs depuis que cette forme de gouvernement a été inventée :

1- les gouvernants sont désignés par élections à intervalles réguliers.

2- Les gouvernants conservent, dans leurs décisions, une certaine indépendance vis-à-vis des volontés des électeurs.

3- Les gouvernés peuvent exprimer leurs opinions et leurs volontés politiques sans que celles-ci soient soumises au contrôle des gouvernants.

4- Les décisions publiques sont soumises à l’épreuve de la discussion. »

Tirage au sort

Manin commence, dans un premier chapitre, par faire un retour sur l’usage prédominant, et profondément énigmatique à nos yeux, du tirage au sort dans ce qui est unanimement considéré comme le référent démocratique ultime, à savoir la démocratie athénienne des Vème et IVème siècles avant Jésus-Christ. Pourquoi cette procédure a-t-elle été si peu évoquée lors des révolutions occidentales, y compris par les démocrates les plus radicaux qui s’opposaient à Madison ou Sieyès ? La plus grande difficulté consiste sans doute, avant d’y répondre, à questionner chez nous-mêmes cette étrangeté du tirage au sort qui en toute logique ne devrait pas en être une, comme le souligne Bernard Manin (pp. 20-21) : « Le sort n’appartient plus depuis longtemps à la culture politique des sociétés modernes et il apparaît aujourd’hui avant tout comme une pratique bizarre. On sait, sans doute, qu’il était utilisé à Athènes et on le remarque parfois, mais surtout pour s’en étonner. L’énigme principale semble être que les Athéniens aient pu avoir recours à pareille procédure. La connaissance pourrait cependant gagner à un renversement du point de vue habituel qui tend à faire de la culture présente le centre du monde. Il y aurait peut-être avantage à se demander plutôt : « Comment pouvons-nous ne pas pratiquer le tirage au sort, nous qui nous proclamons démocrates ? » »

Après un panorama des institutions athéniennes, l’auteur montre que les démocrates athéniens témoignaient d’une « profonde défiance à l’égard du professionnalisme » et d’un attachement viscéral au principe de rotation des charges, dont le tirage au sort était le meilleur garant, au contraire de l’élection : « Le principe électif veut en effet que les citoyens soient libres de choisir ceux à qui sont confiées les charges. La liberté d’élire, cependant, est aussi la liberté de réélire. Les citoyens peuvent souhaiter que le même individu occupe, année après année, la même fonction. Il faut même présumer que si une personnalité a pu une fois attirer les suffrages des autres, le même phénomène a de grandes chances de se reproduire. Si donc on veut absolument garantir la rotation dans un système électif, il faut limiter la liberté de choix des électeurs en décidant que certains citoyens ne peuvent pas être élus parce qu’ils ont déjà été élus dans le passé. On peut le faire sans doute, mais on établit alors un compromis entre deux principes impliquant des conséquences potentiellement contraires. La combinaison de la rotation obligatoire et du tirage au sort ne présente, en revanche, aucun risque de ce type : en contraignant à la rotation, on ne risque pas de contrarier la logique du tirage au sort. » (pp. 48-49)

Le triomphe de l’élection

Le second chapitre est l’occasion de décrire « le triomphe de l’élection » à l’époque moderne, en s’attardant tout d’abord sur l’usage du tirage au sort à Rome puis dans les Républiques italiennes de Florence et Venise. Il se trouve que celui-ci fut d’une nature bien différente de celui qui en était fait à Athènes, car il y était essentiellement instrumental, surtout à Rome et à Venise où il s’agissait avant tout de départager des instances ou des familles en conflit par une procédure neutre. Néanmoins, Florence est un cas intermédiaire, où l’expérience républicaine a fait réémerger une réflexion importante sur le caractère égalitaire du tirage au sort. Et comme le rappelle Bernard Manin, « la théorie politique des XVIIème et XVIIIème siècles était encore imprégnée de ces leçons » (p. 93). En effet, des penseurs comme Harrington, Montesquieu ou Rousseau, sur lesquels s’attarde l’auteur, ont consacré une partie de leur œuvre à cette procédure du tirage au sort ; et celle-ci était parfaitement connue des révolutionnaires, qui n’en ont pourtant quasiment pas discuté.

C’est que les révolutions occidentales sont la résultante d’une évolution majeure dans le rapport au pouvoir : elles vont ainsi consacrer l’idée qu’il vaut mieux « consentir au pouvoir plutôt que d’y accéder » (p. 108) : « or, à partir du moment où la source du pouvoir et le fondement de l’obligation politique étaient ainsi placés dans le consentement ou la volonté des gouvernés, le tirage au sort et l’élection apparaissaient sous un jour nouveau » (p. 115). Et Manin de retracer la genèse de cette idée typiquement moderne selon laquelle le citoyen et l’État, en tant que deux entités détachables l’une de l’autre (approche inconcevable durant l’Antiquité [4]), doivent se relier par le lien de consentement du premier. Mais ce principe n’est pas le seul à fonder le gouvernement représentatif : un autre, fondamental, est celui du principe de distinction. En effet, « [les fondateurs des gouvernements représentatifs] s’efforcèrent aussi, de façon plus consciente et délibérée, de faire en sorte que les élus soient d’un rang social plus élevé que leurs électeurs, qu’ils se situent plus haut que ceux dont ils tenaient leur pouvoir dans l’échelle de la fortune et celle, plus difficilement saisissable, du talent et de la vertu » (p. 125). Manin le montre précisément à travers les trois cas anglais, français et américain. Ce dernier est sans doute le plus intéressant puisque les Anti-Fédéralistes s’opposèrent explicitement à ce principe, souhaitant une Assemblée qui reproduirait en miniature le peuple tout entier. Malheureusement, étant dans l’impossibilité de connaître la capacité du tirage au sort à produire des échantillons statistiquement représentatifs (elle n’avait pas encore été dévoilée à l’époque), ils s’en tinrent à d’autres solutions peu convaincantes, et échouèrent.

Une dimension aristocratique

Si le principe de distinction fut dans un premier temps concrétisé par le suffrage censitaire, existe-t-il toujours aujourd’hui à l’ère du suffrage universel ? Manin montre brillamment qu’en effet, il est intrinsèque à l’élection : « Le gouvernement représentatif pourrait devenir plus démocratique par certains côtés, il n’en conserverait pas moins, d’un autre côté, une dimension aristocratique, au sens où les élus ne pourraient pas y être comme leurs électeurs, même si tous les citoyens étaient électeurs, et où tous n’auraient pas de chances égales d’accéder au pouvoir, même si aucune loi n’en interdisait l’accès à quiconque » (p. 173). Par quel biais ? Par le fait que l’élection sélectionne automatiquement des individus perçus comme supérieurs aux autres, et que cette supériorité perçue implique des coûts nombreux et qui ne sont pas à la portée de tout un chacun : Manin les détaille abondamment.

Néanmoins, et c’est là sans doute une nuance majeure de son analyse qui l’autorise à valider finalement le concept de « démocratie représentative », Manin voit dans l’élection une institution ambiguë qui produirait un régime mixte, « une aristocratie démocratique », car elle recèlerait en fait autant d’aspects démocratiques qu’aristocratiques : « autant l’élection comporte indubitablement des aspects inégalitaires et aristocratiques, autant sa dimension égalitaire et démocratique est indéniable, pourvu que tous les citoyens aient le droit de suffrage et qu’aucune condition légale ne limite l’éligibilité. Dans un système de suffrage universel, l’élection donne à chaque citoyen une voix égale dans le choix des représentants. A cet égard, les citoyens ordinaires et les pauvres ont le même poids que les plus distingués et les plus riches. Et surtout, tous les citoyens ont un égal pouvoir de démettre les gouvernants à l’issue de leur mandat. Personne ne peut nier l’existence de ce double pouvoir de sélection et de rejet, et il faut déployer des trésors de sophistique pour parvenir à la conclusion qu’il est négligeable » (p. 191). Finalement, les citoyens sont libres de choisir les critères de l’aristocratie qu’ils veulent mettre au pouvoir, même si Bernard Manin dresse des limites importantes à cette liberté de choix et suggère des propositions pour y remédier. Toutefois, même en prenant en compte ces réserves tout à fait pertinentes, il nous semble y avoir une marge d’appréciation importante et une large matière à débat pour déterminer si les aspects démocratiques et aristocratiques de l’élection sont effectivement équivalents.

Le jugement public

Le cinquième chapitre est l’occasion pour l’auteur d’analyser « le jugement public », un autre principe fondamental du gouvernement représentatif. Fondé par des libéraux, ce régime a très logiquement institué, à côté de l’élection, une sphère de débat et d’interpellation des gouvernants que Pierre Rosanvallon qualifiera de « contre-démocratie » et qui met sous pression les élus : même si ceux-ci ne sont pas officiellement tenus de la prendre en compte, l’incitation à la réélection (le seul moment où ils peuvent rendre des comptes aux gouvernés) les y oblige de facto et influence leur conduite. Enfin, le sixième et dernier volet distingue les 3 formes successives qu’a pris le régime au cours de son histoire : parlementarisme (place majeure accordée à la délibération de notables qui sont relativement atomisés) ; démocratie de partis (qui sont censés représenter l’opinion publique et les rapports de force qui la structurent au sein de l’assemblée) ; et démocratie du public, dans laquelle les partis subsistent mais se structurent beaucoup plus autour de leaders, sous le double impact de la télévision (qui tend à reproduire le lien de notabilité) et d’un monde incertain qui incite à se fédérer davantage derrière une personnalité que derrière un programme dense, et ce pour permettre plus de souplesse lors de l’exercice du pouvoir.

La postface inédite est d’ailleurs essentiellement l’occasion pour Bernard Manin de revenir sur cette distinction entre démocratie de partis et démocratie du public qui a prêté à débat, et d’éclairer sa pensée. Dans ses derniers mots, il revient néanmoins sur la grande flexibilité du gouvernement représentatif, qu’il avait déjà soulignée à la fin de son livre : « Identifier le régime représentatif à l’élection des gouvernants constitue sans doute une conception attractive : elle est à la fois parcimonieuse et complètement déterminée. La conception défendue dans ce livre ne présente pas ces caractères. Non seulement elle comporte plusieurs éléments au lieu d’un, mais, en outre, elle ne spécifie pas toutes les règles gouvernant les relations entre les différents composants du système. […] Il reste qu’en se focalisant exclusivement sur les élections les conceptions courantes du régime représentatif laissent dans l’ombre un de ses caractères distinctifs : l’indétermination partielle présente dans sa structure d’ensemble. Cette indétermination est sans doute une des sources de sa flexibilité et de sa capacité à s’adapter à des contextes divers et changeants. L’architecture du régime représentatif est l’œuvre d’une raison pragmatique qui ne cherche pas à atteindre, dans l’ordre politique, la rigueur et la précision de la géométrie » (pp. 334-335). Il répond ici à une objection qu’on peut trouver formulée dans un article de Marie-Hélène Bacqué, Henri Rey et Yves Sintomer en 2005. Ceux-ci y questionnaient en effet plus profondément le modèle de Manin : « […] jamais les sociétés contemporaines n’ont été des démocraties représentatives pures entièrement subsumées sous le modèle idéal-typique de Bernard Manin. Des décisions fondamentales ont toujours été prises par des personnes non élues. Tout au plus pourrait-on assister, plutôt qu’à l’émergence d’un quatrième pouvoir, au développement de nouvelles formes institutionnelles de prise de décision dans le cadre d’une dynamique plus globale relativisant le poids des organes législatifs. On aurait alors une inflexion d’un modèle classique de « gouvernement » vers des modèles diversifiés de « gouvernance », la démocratie participative n’étant qu’une variante de celle-ci. » [5]

Si on peut sans aucun doute nuancer, interroger, voire contester à loisir l’ouvrage de Bernard Manin, on ne peut pas s’abstenir de s’y référer lorsqu’il s’agit d’évoquer le thème qu’il aborde. C’est certainement la marque des plus grands ouvrages.

____________

[1] « Les citoyens qui se nomment des représentants renoncent et doivent renoncer à faire eux-mêmes la loi ; ils n’ont pas de volonté particulière à imposer. S’ils dictaient des volontés, la France ne serait plus cet État représentatif ; ce serait un État démocratique. Le peuple, je le répète, dans un pays qui n’est pas une démocratie (et la France ne saurait l’être), le peuple ne peut parler, ne peut agir que par ses représentants. » (Dire de l’Abbé Sieyès Sieyès sur la question du veto royal [7 septembre 1789], Versailles, Baudoin, Imprimeur de l’Assemblée nationale, 1789, p. 12) Sieyès a en outre théorisé la professionnalisation de la politique, en prônant le modèle de la division du travail dans le champ politique.

[2] Pour Madison, l’effet de la représentation est « d’épurer et d’élargir l’esprit public en le faisant passer par l’intermédiaire d’un corps choisi de citoyens dont la sagesse est le mieux à même de discerner le véritable intérêt du pays et dont le patriotisme et l’amour de la justice seront les moins susceptibles de sacrifier cet intérêt à des considérations éphémères et partiales. » « Dans un tel système, il peut fort bien se produire que la volonté publique formulée par les représentants du peuple s’accorde mieux avec le bien public que si elle était formulée par le peuple lui-même, rassemblé à cet effet. » (« Federalist 10 », in The Federalist Papers [1787])

[3] Voir Pierre Rosanvallon, “L’histoire du mot démocratie à l’époque moderne” dans l’ouvrage collectif La Pensée Politique. Situations de la démocratie (Seuil-Gallimard, mai 1993). Cet article est cité en note par Bernard Manin, on peut en retrouver quelques extraits sur cette page : http://www.agoravox.tv/actualites/citoyennete/article/debat-mediapart-sur-la-democratie-34433

[4] Voir par exemple Didier Mineur, Archéologie de la représentation politique, Paris, Presses de Sciences Po, 2010, 292 p. ; ou cet entretien de Cornelius Castoriadis avec Chris Maker (1989) : http://video.mediapart.fr/player.html?format=1&autoplay=0&file=%2Fsapiens.mp4

[5] Marie-Hélène Bacqué, Henri Rey & Yves Sintomer, « La démocratie participative, un nouveau paradigme de l’action publique ? » in Gestion de proximité et démocratie participative. Une perspective comparative. La Découverte, coll. Recherche. Paris : 2005, p. 37


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7 réactions à cet article    


  • citoyenrené citoyenrené 20 octobre 2012 12:11

    ah merci pour ce rappel et cette présentation

    commande passée


    • maQiavel machiavel1983 20 octobre 2012 16:34

      Très bon article Erca comme d’ habitude , très riche , il y’ a tellement à commenter que je ne sais même pas par ou commencer .

      0. Déjà merci pour l’ information de la disponibilité du livre je me le procurerait dès que possible .
      1. Un petit éléments que je ne comprends pas : parmi les 4 principes « toujours observés dans les régimes représentatifs je ne comprends pas le troisième " les gouvernés peuvent exprimer leurs opinions et leurs volontés politiques sans que celles-ci soient soumises au contrôle des gouvernants« .Il s’ agit de la liberté d’ expression ou je ne comprends pas du tout ?
      2. Cette distinction entre citoyen et Etat me fait penser à ce que disait  Castoriadis : »Pour les Grecs, pour Aristote, pour Thucydide quand il écrit la guerre du Péloponnèse, quand ils parlent de l’entité politique que nous appellerions Athènes, ils ne parlent jamais d’Athènes. Athènes est une expression géographique. À tel moment, Alcibiade est parti d’Athènes ; mais les Athéniens, cet hiver-là, ont décidé, les Lacédémoniens ont décidé… C’est-à-dire, c’est le peuple lui-même qui est ce que nous appelons État, qui est le pouvoir politique« .
      3. Pour ce qui est du principe de distinction , personnellement je ne suis pas contre le principe.Le problème est que dans nos gouvernement représentatif , il n’ est pas basé sur la vertu mais sur le pouvoir d’ achat ce qui rend de facto ce régime oligarchique .
      4. L’ un des grands points des d&ésaccord est le suivant : Manin écrit pour explicité le carractère démocratique du gouvernement représentatif » A cet égard, les citoyens ordinaires et les pauvres ont le même poids que les plus distingués et les plus riches. Et surtout, tous les citoyens ont un égal pouvoir de démettre les gouvernants à l’issue de leur mandat. Personne ne peut nier l’existence de ce double pouvoir de sélection et de rejet, et il faut déployer des trésors de sophistique pour parvenir à la conclusion qu’il est négligeable « .
      C’ est négliger la fabrique du consentement qui fondamentale dans ce régime : » L’ingénierie du consentement est l’essence même de la démocratie, la liberté de persuader et de suggérer (...)La manipulation consciente, intelligente, des opinions et des habitudes organisées des masses joue un rôle important dans une société démocratique. Ceux qui manipulent ce mécanisme social imperceptible forment un gouvernement invisible qui dirige véritablement le pays« .Edward Bernays .Cette dimension démocratique est en fait inexistante dans nos régime à gouvernement représentatif moderne .Le jugement du public n’ a aucun impact car il est orienté par une élite oligarchique .

       


      • Erca 20 octobre 2012 16:56

        1. Le troisième principe fait effectivement référence entre autres à la liberté d’expression, il s’agit en fait de ce que Manin appelle le « jugement public » auquel il consacre un chapitre.


        2. Bien vu, j’ai d’ailleurs indiqué en note l’entretien de Castoriadis où il expose cette distinction typiquement moderne entre Etat et citoyens.

        3 et 4. Comme je l’indique (mais brièvement) dans l’article, Manin est tout à fait conscient des limites pratiques de cette égalité et liberté théoriques de pouvoir pour les électeurs, et il propose même des solutions pour se rapprocher de l’idéal d’une élection où le principe de distinction pourrait s’exercer de façon plus équitable et éclairée. Voici notamment ce qu’il écrit à ce sujet (pp. 203 à 205) :

        « Il est clair que cette liberté de choix concernant le contenu de la supériorité sélectionnée n’est que très imparfaitement réalisée dans ces régimes représentatifs contemporains. Et elle n’a assurément jamais été atteinte dans le passé. A cet égard, les arguments que l’on vient de formuler ne constituent pas une justification du statu quo, ils dessinent plutôt la direction des changements qui seraient requis dans les gouvernements représentatifs, pour que l’élection soit mise en conformité avec les principes normatifs qui ont présidé à son établissement.

        La première et plus importante de ces transformations porte sur l’effet de la richesse. Alors que les contraintes de distinction et de relief ne sont pas contraires aux normes du droit moderne, il ne fait aucun doute que la contrainte de fortune, elle, s’y oppose. [...] La première transformation requise est donc que l’effet de la fortune sur l’élection soit éliminé. Le plafonnement des dépenses électorales, leur contrôle rigoureux et le financement public des campagnes électorales constituent les moyens les plus évidents d’avancer vers cet objectif. Les expériences récentes semblent montrer, cependant, que de telles dispositions ne suffisent pas. [...]

        Une deuxième transformation serait requise, mais ses implications pratiques sont beaucoup plus floues. [...] La variation dans les types d’élites sélectionnés par les régimes représentatifs depuis deux siècles semble avoir résulté principalement d’évolutions sociales, économiques et techniques. Or la liberté de choix n’est pas assurée si le contenu particulier de la supériorité des élus sur les électeurs est uniquement déterminé par des facteurs et des circonstances externes. Les traits distinctifs des élus devraient, autant que possible, résulter d’un choix conscient et délibéré de la part des électeurs. »

        (Je signale que cet extrait est juste destiné à donner une idée du propos de Manin, mes coupes s’apparentent à du charcutage et masquent des nuances très importantes dans son raisonnement, je renvoie donc à la lecture in extenso du bouquin.)

      • maQiavel machiavel1983 20 octobre 2012 17:21
        Je greffe ce commentaire à celui que j’ ai fait plus bas çàd dans le cadre d’ un régime à gouvernement représentatif populaire 

        - Pour ce qui est de la première transformation , on pourrait penser à ce que le financement de la campagne soit assuré par l’ Etat. Tous les candidats devant avoir le même budget.
        - Concernant la deuxième transformation je comprend l’ embarrât de Manin .C’ est plutôt complexe. 
        Je pense que le facteur médiatique est plus important que le financement de la campagne . Mais dans mon commentaire plus bas , je dis qu’ il faut instituer ce pouvoir , le rendre indépendant économiquement et politiquement des puissance économiques et politiques et faire des « médiacrates » des journalistes indépendant sur le modèle des juges d’ instruction révocable uniquement par le tribunat ( cfr plus bas ) ou même par référendum ( révocatoire mais aussi pour placer un journaliste dans les médias , je ne sais pas c’ est une idée qui me vient comme ça , je n’ ai pas les détails).
        Ce qui est sur c’ est qu’ instituer le pouvoir médiatique est déterminant !En tous cas télévisuels et radiophonique, en ce qui concerne la presse écrite je n’ ai pas d’ idées claires.Mais rendre difficile les manipulations de l’opinion est primordial !



      • maQiavel machiavel1983 20 octobre 2012 16:58

        Sinon j’ ai quelques questions : 

        1. Qu’ est ce qu’ une démocratie ? Pour moi l’ utilisation de ce terme est frauduleux à moins que le peuple dans son entièreté n’ exerce le pouvoir ( législatif , exécutif même si certaines fonction étaient d’ électives et judiciaires par l’ intermédiaire de magistrats tirés au sort ) comme à Athènes, ce qui est difficile à concevoir aujourd’hui .
        Un régime qui s’ éloignerait de cet état ne peut etre qualifié de démocratique à moins de lui donner une définition autre que « le pouvoir au peuple exercé pour le peuple et par le peuple ».
        2. Une démocratie de nos jours est elle possible ( si la définition que j’ ai donné au point 1 est la bonne ) ? Je n’ y crois pas pour deux raisons principales : 
        a . Le temps , je ne pense pas que les citoyens aient le temps ou l’ envie de participer aux assemblées de nos jours .
        b . Le plus important , l’ absence de vertu . J’ ai compris que pour que la démocratie existe , il faut que la vertu politique soit présente dans la société ( l’ amour du bien commun , sa primauté sur les intérêts particulier ) comme ce fut le cas à Rome ou à Athènes ou on voyait des gens perdre des journées de travail pour se rendre aux assemblées , voter même contre leurs intérets particulier pour le bien commun.
        Aujourd’hui , une démocratie me semble impossible , ce ne serait qu’ une ochlocratie qui n’ est qu’ une forme dégénérée de la démocratie dans laquelle prévalent les petits intérêts particuliers .On peut considérer que c’ est toujours mieux que le régime actuel , je le pense aussi , mais disons que ce n’ est qu’ un moindre mal .
        Ce lien entre vertu et démocratie est fait par Rousseau et Machiavel ( qui appelle démocratie gouvernement populaire ) : " D’ailleurs que de choses difficiles à réunir ne suppose pas ce Gouvernement ? Premièrement, un Etat très petit où le peuple soit facile à rassembler & où chaque citoyen puisse aisément connaitre tous les autres : secondement, une grande simplicité de mœurs qui prévienne la multitude d’affaires & les discussions épineuses : Ensuite beaucoup d’égalité dans les rangs & dans les fortunes, sans quoi l’égalité ne saurait subsister longtemps dans les droits & l’autorité : Enfin peu ou point de luxe  ; car, ou le luxe est l’effet des richesses, ou il les rend nécessaires ; il corrompt à la fois le riche & le pauvre, l’un par la possession l’autre par la convoitise ; il vend la patrie à la mollesse à la vanité ; il ôte à l’Etat tous ses Citoyens pour les asservir les uns aux autres, & tous à l’opinion.Voilà pourquoi un Auteur célèbre a donné la vertu pour principe à la République ; car toutes ces conditions ne sauraient subsister sans la vertu (…).S’il y avait un peuple de Dieux, il se gouvernerait Démocratiquement. Un Gouvernement si parfait ne convient pas à des hommes.Rousseau , du contrat social , De la Démocratie.


        • maQiavel machiavel1983 20 octobre 2012 17:06

          C’ est pourquoi je pense à un régime à gouvernement représentatif populaire dans lequel on maintiendrait la composante démocratique par quelques mécanismes institutionnels : 

           1. Une constitution écrite par une assemblée constituante tiré au sort sur le modèle d’ élection libre càd chaque citoyen vote pour trois personnes qu’ il connait et qu’ il estime à même de pouvoir remplir cette tache , on retire ceux qui sont le plus voté ( biais médiatique sans doute ) et ceux qui sont le moins et on tire au sort parmi eux pour construire la constituante. 
          2. Cette  constitution ne doit être modifiée que par référendum.
          3.On institue le pouvoir médiatique comme quatrième pouvoir et ceux qui l’ exercent , les médiacrates . On rend les médiacrates indépendant du pouvoir économique et politique sur le modèle des juges d’ instructions .
          4. On garde l’ assemblée nationale , qui fera tout ce qu’ elle fait aujourd’hui sauf modifier la constitution . 
          5. On crée le tribunat ( sur le modèle des tribuns de la plèbe , qui fait tampon entre le pouvoir exécutif et le peuple ) : Il serait aussi constitué de citoyen élu par élection libre et tiré au sort ensuite.Par exemple on tirerait au sort parmi les élus 6000 tribuns , avec des mandats de 6 mois ( donc 12000 par an , 120 000 en dix ans ) et non renouvellable. Il aurait 5 chambres( donc 1200 personnes chacune) : 
          a . La première , jouerait le rôle que joue le sénat aujourd’hui et donc pourrait potentiellement bloquer l’ assemblée nationale.
          b. La seconde pourrait bloquer les décrets du gouvernement .
          C. La troisième serait une chambre des référendum chargé d’ examiner les requêtes de référendum d’ initiative populaire ou gouvernemental avec le pouvoir de les confirmer ou de les infirmer.
          D . La quatrième serait une chambre révocatoire avec la possibilité de révoquer les ministres et tout autres membres de l’ exécutif non élu y compris les médiacrates. Pour ce qui est des élus , elle aurait la possibilité de déclencher des référendums révocatoires.
          E. La cinquième , une chambre de rédition des comptes , ou il sera examiné si les membres de l’ exécutif ont tenu ou non leur promesse électorale si ils avaient la possibilité de le faire avec comme sanction possible l’ inégibilité ( voir lourdes amendes ou meme plus pourquoi pas ). Elle pourrait également convoquer n’ importe quel ancien membre de l’ exécutif pour examiner diverse question ( ex : pourquoi avez vous vendus l’ or du pays ) sans aucune possibilité de prescription .
          Je précise que TOUT citoyens peut demander audience au tribunat , et ce dernier a obligation d’ écouter toutes les requêtes .
          En réalité , le pouvoir exécutif n’ en serait pas tant diminué, mais il pourrait être éventuellement contré suivant le cas.

        • Morpheus Morpheus 29 octobre 2012 21:15

          Livre à lire absolument. J’avais dû le louer au bibliobus, puisqu’il était épuisé et introuvable. Je viens de recevoir ma commande de cette réédition, je suis bien content.

          Bravo pour votre exwcellent article.

          Morpheus

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Erca


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