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Accueil du site > Actualités > Citoyenneté > Réforme territoriale : le mariage de la carpe et du lapin

Réforme territoriale : le mariage de la carpe et du lapin

L’examen de la carte régionale qui devait avoir lieu aujourd’hui au Sénat a été retiré de l’ordre du jour et la saisine du Conseil Constitutionnel a été demandée sur la validité de l’étude d’impact qui chiffre les économies attendues de cette réforme et qui accompagne le projet de loi.

Rien d’anormal jusque là, le Parlement jouant son rôle.

Ce qui est plus surprenant, c’est que cette saisine a été demandée par un regroupement de circonstance d’élus composé d’UMP, de communistes et de radicaux, ce genre de majorité étant introuvable en d’autres circonstances.

Comment analyser cette « sainte » alliance ?

On ne nous fera pas croire que les points de vue sur la réforme territoriale sont identiques au sein de ces trois partis, ni que le nouveau découpage régional proposé par le gouvernement suscite en lui-même autant d’interrogations et de craintes. Non, il faut considérer le projet de réforme dans Sa globalité, à savoir non seulement la carte des régions, mais également la refonte de l’intercommunalité et la suppression, à terme, des Conseils Généraux et l’impact qu’il aura sur les élus eux-mêmes et les partis politiques.

D’un côté, l’UMP, dont l’ex président, l’inénarrable J. F. COPE, avait pris publiquement position sur la suppression des conseils généraux (mais c’était avant la publication du projet de loi gouvernemental…), et de l’autre, deux partis, les communistes et les radicaux qui ne survivent dans le paysage politique que parce qu’ils détiennent encore quelques bastions départementaux et communaux et qui voient d’un mauvais œil la disparition programmée de leurs fauteuils. Sans doute, ces deux derniers partis auront-ils été instrumentalisés par l’UMP dans cette saisine du Conseil Constitutionnel.

Nul positionnement politique dans tout cela, mais une simple question de survie pour des élus qui ne savent rien faire d’autre et leurs partis, en déliquescence (l’UMP), ou en soins palliatifs, et qui jouent, comme d’habitude, les variables d’ajustement : un coup à droite, un coup à gauche : le débat d’idées est loin…

L’emploi territorial au cœur du débat ?

En détaillant un peu plus l’argumentaire de cette alliance de circonstance, on s’aperçoit qu’elle se fonde sur un point essentiel : l’emploi. Ainsi, ce qui est reproché au gouvernement, c’est de ne pas avoir assez détaillé dans son étude d’impact les conséquences sur l’emploi territorial, ce qui fait dire à certains que « le gouvernement prépare un plan social incroyable dans les collectivités territoriales » : instrumentaliser et cristalliser les peurs pour provoquer le rejet…

Encore faut-il décoder ce que recouvre cette crainte. S’agissant des compétences qui seraient reventilées entre les collectivités restantes à l’issue de la réforme, le personnel territorial bénéficiera des garanties prévues dans le texte s’il est transféré. Cela ne veut pas dire pour autant qu’il n’y aura pas de postes en surnombre (ce qui sera certainement le cas), mais que ces situations devront se traiter dans le temps au gré des départs en retraite ou par la mise en place de nouveaux services aux citoyens (les maisons de service au public, prévues par le texte, par exemple).

Non, ce qui inquiète nos élus, c’est le resserrement des possibilités offertes pour le recrutement discrétionnaire de collaborateurs de cabinets, d’assistants de groupes politiques dans les assemblées locales et autres contractuels politiques, le tout permettant aux partis politiques de verrouiller les administrations départementales, de lancer dans la politique des jeunes pousses qui prendront le relais un jours des caciques et de travailler à la gloire médiatique de leurs maîtres locaux. Tout cela étant bien sûr payé par les contribuables, par le biais des impôts locaux : le fromage avant la démocratie…

De plus, il y a une position très hypocrite à demander au gouvernement une étude d’impact sur l’emploi territorial, alors que ce sont ceux-là même qui pratiquent aujourd’hui l’obstruction législative qui ont recruté à tour de bras ces fameux collaborateurs politiques locaux et gonflé les effectifs dans les collectivités : balayez devant votre porte…

Nulle idéologie dans tout cela…

Ne cherchez pas de la cohérence politique dans cette alliance de la carpe et du lapin. Il s’agit simplement de basse cuisine politique, de manœuvre de privilégiés qui font passer leurs intérêts avant toute chose plutôt que d’explique les enjeux de la réforme au citoyen, ce qu’ils devraient faire.

C’est dire si ce projet qui devrait être une formidable occasion pour les citoyens de se réapproprier une parcelle de démocratie locale sera plutôt l’occasion de débats biaisés de la part de ceux là mêmes qui sont sensés nous représenter et qui pensent avant tout à préserver leur privilèges. 


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18 réactions à cet article    


  • alinea alinea 1er juillet 2014 10:32

    N’attribuez-vous pas le comportement PS à ces autres composantes politiques, bien marginales en comparaison ? Ainsi ce serait le PC qui se bagarre pour garder ses privilèges ? Le PC se bagarre pour garder un pied dans la politique de ce pays, et localement, ils ne sont pas inutiles !!
    Qui verrouille les administrations départementales ?
    Vous n’avez peur de rien l’auteur !!!


    • Michel DROUET Michel DROUET 1er juillet 2014 11:19

      Bonjour Alinéa

      Ne voyez pas le mal partout...

      Je n’ai aucun état d’âme : le PS aurait très bien pu se comporter de la même manière, à un autre moment, mais en l’espèce ce sont l’UMP, le PC et les radicaux de gauche qui font obstruction. C’est un fait, et je l’analyse, c’est tout.

      Quant à « qui verrouille les administrations (ou les assemblées plutôt) départementales » vous savez très bien que pour le moment, comme pour les conseils régionaux, les conseils généraux sont dirigés majoritairement par le PS, mais cela ne devrait pas durer...

      Ils ont donc beaucoup à perdre avec cette réforme, plus que les partis cités dans mon article, dont certains jouent leur survie.

      Pour le moment, le PS est majoritaire au parlement, mais il trouvera bien le moyen de se manifester sur le même sujet, mais d’une autre manière.


    • alinea alinea 1er juillet 2014 11:38

      Vous aurais-je mal compris ? Aurais-je fait un contresens ?
      J’ai compris que vous disiez que les opposants à ce projet inique ne l’étaient que parce qu’ils avaient des privilèges à conserver, alors je vous retourne le compliment : ne voyez pas le mal partout ! smiley


    • Michel DROUET Michel DROUET 1er juillet 2014 11:57

      Re alinéa

      Je ne doute pas que certain élus aient un sens aigu de l’intérêt général, mais en l’espèce, la ficelle est un peu grosse, et que le PC et l’UMP s’allient pour la manoeuvre est pour le moins croquignolet. Pour les radicaux c’est un peu moins surprenant...

      Maintenant, ce n’est pas une première : dans un important syndicat intercommunal en région Ile de France, il existe une Présidence tournante entre l’UMP et le PC, alors, tout est possible.

      C’est sans doute l’intérêt général qui prédomine, la aussi, et non les intérêts particuliers des élus et des partis ?


    • xmen-classe4 xmen-classe4 1er juillet 2014 10:57

      le PS a déjà abusé largement de la confiance des français.

      là ils propose de reformer la constitution et le vote des députés sans majorité constitutionnel.
      ils ne peuvent pas faire une loi sans tremper leur main dans le pot de confiture. En plus , le ps essaye de faire passer ses lois discretement et elle sont parfois des reforme constitutionnel.

      la 6 eme république les empeche de savoir comment faire ?

      la pénibilité de certain métier va ralentir encore une réforme sur la responsabilité qui doit leur sembler très scolaire.
      et ils veulent gagner les éléction en touchant les familles avec leur lois sur : l’ABCD de l’égalité.


      • Michel DROUET Michel DROUET 1er juillet 2014 11:25

        Bonjour xmen classe4

        Seule la disparition des conseils généraux nécessitera une réforme constitutionnelle et c’est prévu pour 2020.

        La loi dont je parle est une loi ordinaire qui n’implique pas la réforme de la constitution.

        En matière « d’abus de confiance des français » souvenez vous du referendum sur le traité européen désavoué par les électeurs et qui est réapparu un peu plus tard voté par le Parlement. Et là c’était l’UMP qui était aux manettes...


      • xmen-classe4 xmen-classe4 1er juillet 2014 15:40

        Visiblement la gauche leurs soufflaient le mot, c’est là que l’UMPS a été contrainte de montrer la supercherie :

        Les électeurs ne décident ni des candidats , ni du programme et en fonction du sondage est choisis un programme pro européen afin de respecter un carnet de route.


      • jef88 jef88 1er juillet 2014 11:32

        De toute façon c’est raté !
        - d’un côté ON veut faire des économies !
        - de l’autre ON veut protéger l’emploi de sa clientèle !
        ON devrait se mettre en examen pour trafic d’influence .........


        • CN46400 CN46400 1er juillet 2014 12:05

          Dans mon département le CG gère une vingtaine de collèges (batiments) avec 2 ou 3 emplois et 8,5 M€ de travaux, qui passent une bonne partie de leur temps de travail sur les routes. Gérer plus de collèges, dans plus de départements, c’est encore plus de déplacements, où est l’économie ?


          • Michel DROUET Michel DROUET 1er juillet 2014 12:08

            Bonjour CN46400

            C’est tout simple, le mode de gestion ne changera pas et les mêmes emplois feront le même travail, mais sous la responsabilité de la région.

            Ce qui changera, c’est qu’il y aura moins d’élus et moins de contractuels de cabinet et là on fera des économies.


          • CN46400 CN46400 1er juillet 2014 15:17

            On a passé les routes nationales aux départements pour faire des économies disaient-on, maintenant on propose le chemin inverse, toujours pour faire des économies ! Si les élus locaux coûtent trop cher, pourquoi ne pas les supprimer ? Aucun point de l’hexagone n’étant à plus d’un jour de Paris....


          • xmen-classe4 xmen-classe4 1er juillet 2014 15:55

            Il faut savoir comment le faire au mieux.
            Es ce qu’ils parlent d’indépendance fiscale entre les futurs régions ? indépendance entre les baremes économique (smic caf)

            Je pense que c’est possible d’avoir un modèle informatique en fonction des choix de la réforme qui permettra de savoir qui sont les gagnant et les perdant. ça peut tout changer sur un coup de dée.


          • Michel DROUET Michel DROUET 1er juillet 2014 16:11

            @cn46400

            c’est un point de vue, mais je ne le partage pas : il faut des élus locaux au niveau des mairies et des intercommunalités, mais ce qu’il faut supprimer ce sont les conseils généraux.

            En ce qui concerne les routes nationales devenues départementales il n’a jamais été question de refaire les choses en sens inverse, c’est à dire de les recentraliser au niveau de l’Etat.

             


          • Gasty Gasty 1er juillet 2014 12:31

            Beaucoup de frontières ont été fabriqué dans le seul but de se partager les richesses des pays. Rien n’a changé dans les mentalités.


            • Michel DROUET Michel DROUET 1er juillet 2014 16:12

              Bonjour Gasty

              ce sont surtout les entreprises qui ont été les premières bénéficiaires de la décentralisation et de ses frontières


            • Peretz1 Peretz1 1er juillet 2014 16:27

              Changer l’administration ??? c’est pratiquement impossible s’agissant de milliers d’agents. Au niveau supérieur, seuls quelques chefs de services seraient concernés, qui seraient peu-être des doublons. Pas facile non plus mais peu d’économies. Les postes politiques décisionnels ? Je ne vois pas ce que ça modifierait en ce qui concerne les économies budgétaires. Seulement changer le nom d’une surface géographique ? Recentrer l’économie des entreprises à la mode des Landers ? C’est culturellement idiot Je sens comme un énorme pipeau comme d’habitude, histoire de faire diversion et montrer enfin qu’on a des grands réformateurs...


              • baron 1er juillet 2014 17:40

                Il n’y aura pas d’économie, bien au contraire, l’éloignement des centres de décisions creera des surcout liés à la méconnaissance du terrain. 


                Et la corruption ou le lobbying ? c’est simple, plus les pouvoirs sont concentrés plus la tentation est grande la galette est plus grosse et le controle devient difficile.


                • zygzornifle zygzornifle 3 juillet 2014 14:01

                  La France compte 577 députés, 331 sénateurs, 2040 conseillers régionaux, 4054 conseillers généraux, 36 785 maires, plus de 500 000 conseillers municipaux…


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