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Risque requins : gare à ne pas se faire enfermer dans la réserve marine

On assiste ces derniers temps à une cristallisation des critiques des usagers de la mer sur la réserve marine. Pourtant, les associations de défense de ces usagers ont toujours avancé une explication multifactorielle à la crise requins. Et aujourd'hui, les défenseurs des requins voudraient faire croire que surfers et pêcheurs, entre autres, attribuent cette recrudescence d'attaques sur l'homme uniquement à la présence d'une réserve naturelle marine à proximité immédiate des plages les plus prisées (autrefois...) de l'île. Gare à ne pas se faire enfermer dans la réserve, camarades !

Oui la mauvaise gestion des eaux usées et l'urbanisation non raisonnée sont des facteurs incontournables de l'installation de requins tigres et surtout bouledogues (espèce côtière et sédentaire) près des plages. On sait que les eaux sales, turbides, attirent ces squales et les fidélisent dans les zones de rejet. Je peux à ce titre rapporter le témoignage d'un ami venu il y a quelques années effectuer son stage de fin d'études dans une station d'épuration de l’île. Ce qu'il m'a rapporté est édifiant. Lâchers de boues fécales (sans aucun traitement) très fréquents en missouk, station littéralement débordée. Le directeur ne possédait pas d'après mon ami les diplômes requis pour occuper son poste. Si bien que l'étudiant en Master de qualité des eaux s'est trouvé être le plus qualifié de la station de "non-épuration". Il était venu pour apprendre, il s'est retrouvé en quelque sorte dans la position de formateur. Il m'en parlait régulièrement, d'abord sidéré puis résigné. C'était il y a quelques années (2005 si je me souviens bien) et depuis, paraît-il, de nombreuses communes ont accompli des efforts, après qu'elles ont été presque toutes pointées du doigt par les instances européennes pour non respect des normes environnementales. Le souci ? Pendant que l'on essayait de rattraper l'énorme retard accumulé en matière de traitement des eaux, en mettant aux normes des stations ou en construisant de nouvelles, l'augmentation de la population et l'urbanisation galopante du littoral ont fait que ces stations ont été immédiatement saturées : et re-lâchers de boues fécales en veux-tu en voilà... Sans parler des fuites diverses et de l'absence de raccordement au tout-à-l’égout de très nombreuses habitations.

 A titre d'exemple, "l'incident" de la station de Bois Blanc, entre Etang-Salé et St Leu, qui a conduit à une interdiction de la baignade sur les plages Etang-Saléennes (pollution fécale) durant quelques jours. Une semaine après, Alexandre Rassiga était victime d'une attaque mortelle à Trois Bassins, au Nord de la station en question (or un régime de vent de Sud durant cette semaine). Difficile de conclure à un lien direct de cause à effet, mais il est curieux que personne ne se soit interrogé quant à la presque concomitance de ces deux évènements. Evidemment, il serait assez odieux d'incriminer Alexandre, comme de nombreux extrémistes l'ont fait, accusant les surfers de s'être mis à l'eau dans des eaux troubles. Car en effet, chaque fois que la mer est battue par de la houle, l'eau se trouble toujours un minimum et des requins ont très bien pu être attirés par des lâchers de boues fécales et être restés sur place une fois la pollution amortie...

 De toute façon, pour ces gens, toutes les attaques sont à imputer aux victimes, leur habileté en la matière n'est plus à démontrer : désormais il est même admis qu'il ne faut pas pratiquer le surf... en présence de houle. Cherchez l'erreur !

 Le danger serait, parce que des extrémistes pointent à juste titre les rejets d'eaux non traitées (comme à St leu depuis plus de deux ans), d'éluder cette cause. Les surfers ne sont pas plus responsables de la mauvaise gestion de la réserve marine que du problème des eaux usées. De façon assez maligne, l'ONG Sea Shepherd a cessé (momentanément, c'est reparti pour un tour dernièrement) de cibler les surfers, pour s'en prendre aux causes qui l'intéressent depuis peu, à savoir les rejets d'eaux souillées non traitées et... la présence d'une ferme aquacole en baie de St Paul, véritable aimant à squales pour à peu près tous les scientifiques de la Terre sauf ceux de la Réunion (mutisme total des scientifiques locaux sur la question). Sur ce point l'ONG à tête de mort, dirigée par un Paul Watson recherché par interpol, se démarquent de nos "sachants" péi... Une situation étonnante mais qui s'explique : Ferme aquacole et scientifiques marcheraient main dans la main, des flux financiers semblent exister entre cette ferme, chroniquement déficitaire et pas éco-responsable pour un euro -4 kilos de farine de poissons serait nécessaire à la production d'un kilo d'ombrines, poissons non-consommés à la Réunion- et l'Institut de Recherche et de Développement : partenariats et... subventions publiques ?

 Déni de réalité => usagers braqués

 Les scientifiques "péi" versent dans un tel déni de la réalité que pas mal de monde chez les surfers et les pêcheurs s'est braqué contre eux et par voie de conséquence sur "leur" réserve. Ils enchaînent les pirouettes sémantiques dans la presse (le concept de "sédentarisation" ou plutôt de "non-sédentarisation" des bouledogues chez ces gens est étonnant et évolutif), se contredisent d'une interview à une autre, affirment qu'il n'existe aucun "effet réserve", font semblant de ne pas entendre les griefs précis qu'on leur oppose et déroulent leur monologue bien-pensant et scientifique... à la marge. Car on ne sait finalement pas grand chose de ces poissons, puisque personne ne s'est jamais inquiété du risque requin à la Réunion jusqu'à la toute dernière extrémité (on espère). Nous sommes nombreux à penser aujourd'hui que l'argument scientifique a bon dos et tend à masquer trop souvent des opinions philosophiques, politiques, comme le préservationnisme (deep ecology) par exemple. Peut-être même à l'insu des intéressés, qui paraissent si sûrs de leur bon droit mais bien piètres communicants par ailleurs.

 Toute critique autour de la réserve est en effet rejetée d'office, ou presque. Tandis que leurs arguments n'ont, semble-t-il, pas grand-chose de rationnel. Par exemple, les requins bouledogues pourtant décrits comme "sédentaires" sur le site même de l'IRD, "côtiers" d'après de nombreux ouvrages scientifiques, sont devenus "semi-pélagiques" voire "pélagiques" et "grands voyageurs" depuis 18 mois. Et leur sédentarisation commencerait à partir de 80% de temps passé à côté d'une borne acoustique, ce qui semble plus coller avec le mode de vie de mollusques qu'avec des requins mêmes côtiers. Cependant que la qualité de "sachants" de ces scientifiques, combinée aux préjugés grotesques sur la débilité et l'hédonisme "des surfers", a privé de crédibilité auprès de médias et d'autorités malléables ceux qui possèdent un savoir empirique, les pêcheurs et chasseurs sous-marins, associés grâce à certains médias aux surfers en un "lobby pro-pêche" et "open bar".

Pourtant, il vaut mieux un savoir empirique que pas de savoir du tout. Écouter ceux qui vivent l'Océan au quotidien aurait dû être évident dès la création du parc marin.

 En définitive, il conviendrait que nous restions lucides et sereins : certes la réserve est vraisemblablement une des causes premières de cette installation de requins bouledogues mais elle est loin d'épuiser tous les facteurs possibles, anthropiques ou pas. Se laisser enfermer dans la dénonciation exclusive de la réserve ou plutôt de sa gestion, confisquée par une "élite", est un danger important : passer pour des ennemis de la biodiversité et de la préservation de la Nature que nous ne sommes pas. Tout le monde est favorable au principe d'une réserve naturelle pour préserver la biodiversité mais également la ressource. Il "suffit" d'intégrer enfin la gestion du risque requins dans une nouvelle approche, plus équilibrée, de la réserve marine. Voire d'en créer de nouvelles, ailleurs.

 Face aux manipulations diverses nous devons faire preuve de calme et de mesure, même si c'est parfois très difficile, car nous sommes attendus au tournant par des gens pas forcément bien intentionnés. Un clic de travers et c'est la catastrophe. La situation est surréaliste, cet acharnement de quelques nuisibles névrosés contre les surfers est proprement sidérant. C'est du grand lâcher-prise en ce moment, ça décompense bien comme il faut. Alors soyons forts et solidaires et essayons de ne plus tomber dans les pièges du net et de certaines crapuleries médiatiques.




par Hardi vendredi 17 août 2012 - 12 réactions
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