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Rugir pour faire taire le vieux lion

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Les animaux politiques n’ont aucun scrupule

Quelque part en Beauce, une salle des fêtes pleine comme un œuf. Deux jeunes artistes belges viennent présenter un spectacle décoiffant, un grand coup de vent dans le marasme agricole. Le garçon est fils d’agriculteur ; l’exploitation familiale est installée dans les Ardennes belges. Il sait la rudesse du métier d’éleveur, la chute des prix du lait, la mainmise des banques et de l’industrie agro-alimentaire sur une profession où les suicides sont légion dans l'indifférence de tous.

Avec sa petite caméra, Charles a sillonné les campagnes pour recueillir les témoignages des survivants, des fermiers qui se battent chaque jour pour résister, pour trouver encore de quoi croire à l’avenir, pour chercher vainement un successeur, pour payer les traites dans un univers où seuls les banquiers font leur beurre, pour répondre sans arrêt aux nouvelles normes pondues par une commission européenne plus soucieuse de servir les lobbies puissants que les premiers maillons de la chaîne alimentaire ….

Charles et Valérie jouent tour à tour des personnages fracassés par l'Europe, la mondialisation, la dureté d'un métier qu'ils aiment pourtant par-dessus tout. Les saynètes sont sans concessions ; d'une dureté qui vire parfois à une certaine forme de manichéisme dont on peut aisément comprendre les fondements. Le désespoir affleure, la colère tout autant et, finalement, surgit cette incroyable volonté de changer la donne, de balayer le système actuel pour faire naître une nouvelle forme de gestion de l'économie paysanne.

Des petits films nous plongent dans le quotidien et les interrogations de véritables exploitants agricoles. Ils disent leurs angoisses, leurs craintes, leur exaspération. Nous comprenons que la crise est profonde, enkystée, structurelle et que tout doit être repensé pour sauver ceux dont le métier est de nourrir l'humanité.

Le spectacle terminé, les applaudissements fusent. Je suis surpris de voir l'adhésion de ce public fait, en partie, de céréaliers beaucerons. Au-delà des différences de situation, la même inquiétude sur l'avenir de la profession sourd. Ils se reconnaissent malgré un discours militant, sans doute éloigné des choix individuels et politiques des présents. Le débat peut commencer, riche et passionné.

Soudain, un homme prend la parole. Il est sénateur, ancien ministre, il parle d'importance, drapé de ses titres ; il manie à merveille la brosse à reluire et la langue de bois pour flatter avant de critiquer. Il se lève, il vient devant la scène, il discourt désormais. Il accapare la parole, il s'octroie le droit de phagocyter le débat puisqu'il dispose d'une légitimité à vie. J'enrage tandis que le vieux lion poursuit ses circonlocutions soporifiques et trompeuses.

Bien sûr les inquiétudes sont réelles mais le pouvoir politique agit, il faut le croire, lutte contre le marché unique qui pointe son vilain nez pour aggraver encore la dictature du marché. Il déblatère des contre-vérités qui se fracassent contre la monstrueuse réalité qui vient d'être présentée. Mais de sa place, il parle de vérité et gare à ceux qui oseraient le contredire !

Je n'en peux plus ; je me lève et je rugis à la face de ce pitoyable représentant d'une classe politique servile et impuissante à contrecarrer les règles iniques d'un libéralisme mortifère. Je lui dénie toute légitimité à parler ici car il a voté le traité de Lisbonne, il a nié le suffrage universel, il a participé à ce coup d'état légal des élites contre le peuple pour imposer une Europe dont une majorité ne voulait pas en l'état. Je lui demande de se taire pour laisser parler les autres …

Le vieux lion ne dévie pas de sa démonstration. Il se moque de ce freluquet qui vient lui rappeler sa trahison démocratique. Mais dans la salle, il y a de l'adhésion, des sourires, quelques remarques. Il fallait lui dire qu'il outrepassait son rôle, qu'il confisquait le débat. Il finit enfin par se taire, ce pantin pitoyable, digne exemple d'une représentation nationale qui n'est plus en mesure de peser sur le réel. Il se moque bien de ce que j'ai pu lui dire ; il n'a plus aucune conscience de ce qu'est la citoyenneté. Il est légitime par essence et je suis un perturbateur indigne de lui. C'est si facile !

Charles, par la suite, est venu me féliciter d'avoir osé poser une parole de refus pour que se taise l'important. Celui-ci s'est arrogé le droit de confisquer le débat. Il est, à ce titre, le parfait paradigme d'une représentation qui nie le citoyen dans sa capacité à refuser un système inique qu'on lui impose par la force injuste de la loi. Voilà un monsieur qui ne me saluera plus. Qu'il se rassure, j'ai trop de respect pour la démocratie réelle pour honorer un de ceux qui ont nié le suffrage universel !

Citoyennement sien.

 

Relatant cet incident auprès d'un élu beaucoup plus acceptable que ce triste personnage, il m'avoue que l'homme est coutumier du fait et qu'il aime à tirer la couverture à lui. Il est tombé sur un mauvais coucheur, tant pis pour lui !

 Pour comprendre le déclin de l’agriculture familiale, deux acteurs, dont un fils d’agriculteur, ont entrepris un nécessaire projet de théâtre documentaire. Ils ont récoltés des témoignages d’une réalité paysanne qui ne laissent pas indemne. Sur scène, l’ambiance d’une cuisine familiale, un large écran témoin suspendu, et, partout, cette odeur organique de terre fraîche et de paille.

« Les acteurs donnent vie, avec beaucoup de respect et d’humilité, aux agriculteurs qu’ils ont rencontrés. Un spectacle bouleversant d’humanité alliant réel, humour et poésie…une belle œuvre d’art et un salutaire travail de conscientisation. » Le Soir.

Nommé « Meilleure découverte » au Prix de la critique Belge 2014.

En lien avec le milieu associatif et agricole, la Cie Art & tça, organise des moments d’échanges, de réflexions et de rencontres avec les publics après chaque représentation et ponctuellement dans différents pôles culturels de la ville.

 

Contact : http://www.artetca.com/

 


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6 réactions à cet article    


  • juluch juluch 4 avril 17:07

    Vous auriez un nom ??


    Les discours en bois..........et ils prennent des cours pour rien dire !

    On a pas finis, les élections approchent !

    merci Nabum

    • C'est Nabum C’est Nabum 4 avril 18:32

      @juluch

      Refusons désormais la soumission
      Notre parole vaut autant que la leur

      La révolte gronde, l’insupportable est désormais atteint


    • piera 4 avril 18:03
      Demander son nom lorsqu’on a un tank comme avatar il y a de quoi donner des Sueur* froides à l’intéressé smiley

      (*) coup d’essai

      • C'est Nabum C’est Nabum 4 avril 18:34

        @piera

        Ce cher personnage a menacé de m’attaquer en justice à propos d’un billet que je n’ai pu publier
        Il l’aurait fait avec les moyens d’un sénateur, naturellement

        Ce jour-là, il s’est fait un ennemi intime
        Coup pour coup sera ma devise


      • Croa Croa 5 avril 15:18

        « Je suis surpris de voir l’adhésion de ce public fait, en partie, de céréaliers beaucerons. »
        Moi cela ne me surprend pas. Nous vivons une époque dans laquelle le capital et les grands patrons se sont débarrassé du prolétariat, préférant exploiter les entreprises plus petites par la dette ou par délégation du sale boulot (en développant la sous-traitance.) Même les gros paysans, pourtant collaborateurs zélés du système, commencent à se rendre compte qu’on se fout de leur gueule !
        *
        À voir ou à revoir : Le scandale Renault !

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