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Accueil du site > Actualités > Citoyenneté > Sans-Papiers : les travailleurs de l’ombre

Sans-Papiers : les travailleurs de l’ombre

Brève AFP : « Au total, la CGT et Droits Devants !! ont "parrainé" un peu moins de 1 000 demandes de régularisations déposées dans cinq préfectures d’Île-de-France (Paris, Essonne, Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne) depuis le 15 avril, avec le soutien de certains patrons des entreprises concernées. »

Boissy-sous-Saint-Yon, sud de l’Essonne, un peu en retrait de la RN20, l’entreprise de bâtiment qui les embauche se tient là ; de l’extérieur, seul un drapeau de la CGT91 nous signale qu’il se passe quelque chose ici...

Travailleurs sans papiers en quête de régularisation

Jean-Claude, représentant CGT91 : « Ils sont 12, ils bossent, ils ont un bulletin de salaire, ils sont payés, ils paient leurs cotisations sociales, ils paient leur chômage, ils paient leur retraite, leurs impôts, il n’y a qu’une chose qui leur manque : ce sont des papiers... ».

Sinon, ce sont des travailleurs comme les autres. Il reprend :

« Ce ne sont donc pas des gens qui demandent la nationalité française, ou qui prennent leur travail aux chômeurs car leur boulot est dur et mal payé, c’est donc très difficile de trouver des gens qui acceptent ce type de travail. Ce ne sont en tout cas certainement pas des assistés venus en France pour bénéficier des allocations diverses  : chômage, RMI, maladie... Ils ont tous un emploi, un salaire, des fiches de paie. »

Voilà, le décor est posé. Et c’est pour les rencontrer que je suis venue, pour tenter de comprendre la situation dans laquelle se trouvent ces travailleurs sans-papiers d’Île-de-France, qui ont décidé de se battre pour obtenir leur régularisation, de s’exprimer au grand jour, et qui se sont mis pour cela en grève.

Porter leur témoignage pour soutenir leur action, pour qu’on ne puisse pas dire ensuite qu’on ne savait pas, tel est l’enjeu de cette discussion que nous avons menée ensemble : les travailleurs sans papiers de la société LPP, les représentants CGT de Massy qui les accompagnent, des membres du PS local qui soutiennent leur démarche.

Ils sont douze hommes, tous d’origine malienne, tous embauchés en CDI.

La plupart travaillent en France depuis longtemps : quinze ans, dix ans, six ans... Ils sont employés dans leur entreprise depuis plusieurs années, le dernier arrivé a quatorze mois d’ancienneté.

Tout de suite, ils souhaitent lever une ambiguïté portée par le discours du gouvernement et par certains médias : « Les gens croient que la régularisation, c’est pour obtenir la nationalité française, alors que le papier, c’est pour le droit au travail. ».

Contrairement à ce qui a pu être dit ou écrit çà et là, sans doute pour dresser contre eux l’opinion publique qui tend à les soutenir, et pour faire le jeu de l’électorat d’extrême droite, ces sans-papiers ne cherchent absolument pas à obtenir la nationalité française ni à faire valoir des droits à un éventuel regroupement familial, ils veulent juste obtenir un titre de séjour qui leur permette de travailler sur le sol français, et de circuler librement sans redouter sans cesse les contrôles d’identité.

Jean-Claude : « La situation n’est pas nouvelle, mais elle apparaît parce qu’il y a eu un durcissement des lois. Depuis juillet 2007, il y a des contrôles sur la main-d’œuvre soit à l’embauche, soit [aux vus de] sa composition lorsqu’elle est déjà constituée : s’il y a une forte proportion d’étrangers dans les équipes par exemple ; cela a abouti à des condamnations de patrons à trois mois de prison avec sursis, qui ont fait appel ; généralement ils avaient cette pratique d’embauche de sans-papiers sans problèmes, mais maintenant comme ils risquent la prison ça commence à les inquiéter et ils commencent à licencier...

Et on a des preuves que les patrons savaient très bien qu’ils embauchaient des gens en situation irrégulière, mais, pour nous, ce n’est pas notre bagarre ; nous ce qu’on demande c’est que les travailleurs aient leurs papiers. On ne se bagarre pas pour établir des culpabilités...

Ce sont les ouvriers qui ont décidé d’aller dans l’action ; avec la chasse et le durcissement des lois on voit arriver des licenciements dans les entreprises... Et normalement, il n’y a rien qui s’oppose à la régularisation : ils ont du boulot, ils sont intégrés, ils parlent français. »

Rien qu’à Massy (91), pas moins de 700 personnes se sont présentées spontanément à l’union locale de la CGT en moins de trois mois.

Leurs questions : comment faire pour se défendre, pour faire valoir des droits, car ces travailleurs sans papiers sentent se rapprocher la menace de la reconduite à la frontière, certains étant sous le coup de procédures de licenciement pour non-présentation de papiers, et ceux souhaitant se faire embaucher se trouvant en grande difficulté du fait de l’obligation de présenter des papiers - qu’ils n’ont pas - pour tout nouveau travail, avec dorénavant un contrôle très strict effectué par la préfecture.

Il n’est absolument pas nouveau de devoir présenter des papiers en cours de validité pour pouvoir prétendre à un emploi en France lorsqu’on est étranger. Ce qui a changé, c’est que, depuis un an, les contrôles se multiplient et sont devenus effectifs.

... Ce qui sous-entend que depuis des années il y a eu des complicités à tous les niveaux :

- des patrons qui se doutaient, mais se gardaient bien d’essayer d’obtenir des certitudes, car cela leur permettait d’embaucher avec de faibles niveaux de salaires une main-d’œuvre soumise, ne regardant ni sur les heures effectuées ni sur les conditions de sécurité ;

- des administrations et organismes divers qui ont collecté des taxes, des impôts, des cotisations, sans trop se poser de questions quant à leur provenance, ou ont mis en place des contrôles peu contraignants.

Ainsi, tout le monde - et pas seulement les travailleurs en situation irrégulière - a profité de ce système très laxiste !

Là où ce merveilleux système dérape et montre vite les limites de ses avantages pour les salariés sans papiers, c’est quand l’un d’eux tombe malade ; Bakari me raconte :

« Je travaille ici depuis presque dix ans. Je suis tombé malade[1], très malade, le patron a dû m’emmener à l’hôpital où je suis resté deux/trois semaines. Quand je suis sorti de l’hôpital je suis revenu pour reprendre mon travail. On m’a dit alors qu’il y avait une procédure pour me licencier. J’ai demandé pourquoi ; on m’a dit que c’était parce que je n’ai pas envoyé d’arrêt maladie. Alors j’ai expliqué que je ne pouvais pas parce que le nom sous lequel je travaille, ce n’est pas mon vrai nom... C’est le nom de quelqu’un dont les papiers sont vrais... J’ai dit au patron que c’est une situation très compliquée, et que, moi ce que je veux, c’est continuer à travailler comme avant ; il m’a dit que ce n’était pas possible, « il faut qu’on te licencie ».

J’ai dit : si vous me licenciez, comment je vais faire, je ne peux rien faire, le nom sous lequel je travaille c’est pas mon nom, donc je ne peux pas toucher de chômage, je ne peux pas toucher de retraite, comment je vais faire maintenant pour ma vie ?... Mais il n’a rien compris, alors j’ai dû faire des petits bricolages à Paris pour continuer à me nourrir, à payer ma carte orange et surtout pour acheter mes médicaments.

Alors on s’est organisé pour aller voir les syndicats de Massy.

Voilà, on est dans cette situation maintenant : c’est devenu très compliqué en France, si tu n’as pas de papiers, comment tu vas trouver un boulot ? Comment tu vas manger ? Même si tu as dix ans de présence, tu n’as même pas le droit de travailler ! ... Ca fait longtemps que je travaille ici, tu sais... »

Donc ces travailleurs, bien que cotisant par le biais des charges patronales et des charges salariales aux différentes caisses, comme n’importe quel salarié français, n’ont de droits ouverts ni auprès de l’assurance maladie ni auprès de l’assurance vieillesse, et ils n’ont pas accès aux allocations chômage, ou encore aux aides au logement malgré leurs faibles revenus.

... Ils cotisent, mais ne bénéficient pas de la solidarité nationale. On ne peut donc vraiment pas leur reprocher de vivre comme des parasites aux crochets de la France !

L’un d’eux m’expliquera qu’il a dû renoncer à louer seul un appartement car le loyer en étant relativement élevé, il lui était difficile de le régler quand il se trouvait entre deux missions d’intérim, ne pouvant compter sur aucune rentrée d’argent ni allocation chômage ni APL...

Un autre ajoute : « Il faut une action comme ça, une grève, pour qu’on obtienne nos papiers, pour que ça se sache ce qui se passe. Il y a des Français qui croient que nous on est là pour profiter des aides sociales. Mais ce n’est pas vrai... »

Bakari : « Moi à mon avis le message qu’on doit lancer, c’est pour montrer aux Français qu’on est des travailleurs comme eux, qu’on travaille, qu’on cotise au niveau de la Sécu, au niveau de l’assurance vieillesse, du chômage... mais on n’a pas de papiers ! Ce qui nous manque, ce sont les papiers. La misère qu’on a, c’est ça. La plupart des Français croient qu’on profite des aides sociales. Or, ce n’est pas ça. »

Jean-Claude poursuit :

« L’idéologie du gouvernement vise à criminaliser les sans-papiers, mais quand on explique au public la réalité de leur situation, il comprend très bien.

On voit bien au niveau des actions qu’on a menées, globalement on a un bon écho. Les gens ne sont pas forcément d’accord avec tout, mais quand on s’explique, ils demandent pourquoi on ne veut pas leur donner des papiers puisqu’ils bossent ; ce ne sont pas des délinquants.

Même dans la gendarmerie, il y a des gendarmes qui conseillent à des sans-papiers qu’ils arrêtent, de se rendre auprès d’associations pour se faire aider ! Ils envoient des sans-papiers à l’union locale de Massy ! Ce n’est pas massif, mais c’est quand même significatif : on a des réactions de ce genre-là.

Idem dans les centres de rétention ; il arrive qu’on nous appelle pour nous signaler des situations particulières.

Des patrons aussi, nous appellent et ils ne demandent qu’à embaucher leurs salariés sans papiers : ils leur ont donné une formation, ils considèrent que ce sont des employés compétents. Un patron m’a expliqué que chaque fois qu’il se rend à la préfecture pour entamer des démarches de régularisation, on le renvoie : avant c’était trop tôt, maintenant c’est trop tard et, pour avoir les dossiers de régularisation, ils ont l’impression que ce n’est jamais le bon moment ! »

Comment s’organise cette filière de travail des sans-papiers, à qui elle bénéficie... et comment en sortir par le haut

Ces travailleurs cotisent comme tous les salariés, mais cela ne leur ouvre aucun droit puisqu’ils sont en situation irrégulière. Comment se font-ils embaucher malgré l’absence de papiers ?

Soit ils utilisent une autre identité que la leur (« prêt » de vrais papiers) et, dans ce cas, il n’y a que celui dont c’est la véritable identité qui peut bénéficier des droits ouverts, soit leur identité est fabriquée de toute pièce (faux papiers).

Donc ils sont identifiés, disposent d’une immatriculation, certains nous montrent leur carte vitale, mais ils ne peuvent prétendre à rien.

Certains sont dans cette situation d’illégalité depuis leur arrivée en France, d’autres ont été pendant un temps en situation légale : ils sont arrivés avec un visa touristique et ne sont jamais repartis, ou ils ont eu des autorisations qui n’ont pas été renouvelées.

Demba m’explique :

« Je suis entré en France le 1er janvier 1997. Le 1er août 2001, j’ai reçu une carte de séjour qui a été renouvelée jusqu’en 2003 ; mais, à partir de 2003, ma demande de renouvellement a été rejetée.

À partir de 1999 jusqu’à maintenant, j’ai tous les bulletins de salaire ; j’ai cotisé normalement, j’avais tout, j’avais une carte de Sécurité sociale. Mais, à partir de 2003, ça a changé : j’ai continué à cotiser pareil, mais je n’ai plus de papiers. Pourtant, j’ai une adresse, j’ai toujours eu une adresse.

J’ai fait des démarches avec les droits de l’homme, avec la CIMADE de Massy ; on a été trois fois à la préfecture, mais on m’a fait une lettre de rejet parce que [mon dossier a été égaré, je ne l’ai jamais reçu, donc je me suis présenté hors délai]. J’ai demandé un duplicata, mais on m’a répondu que c’était impossible.

Ensuite, je suis parti à Paris, j’ai refait les démarches à Paris ; mais, là, on m’a attrapé, j’ai fait deux heures de garde à vue ; en 2007, je suis passé devant le tribunal. »

Le 13 décembre 2007, il reçoit une nouvelle lettre de rejet suite à sa demande de régularisation. Il est emmené par les forces de l’ordre et restera vingt-deux jours au centre de rétention de Massy-Palaiseau.

Côté patrons maintenant...

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils n’ont pas été très curieux pendant des années, car la fraude reste relativement grossière !

En résumé, on peut dire que c’est depuis juillet 2007 qu’ils se préoccupent vraiment de la véracité des papiers présentés par les employés d’origine étrangère (obligation renforcée de vérifier l’identité des entrants à l’embauche, mais surtout responsabilité de l’employeur engagée en cas de fausse déclaration) et, depuis le 1er avril 2008, qu’ils recourent massivement aux licenciements... depuis que quelques patrons ont été punis par des peines de prison avec sursis pour avoir embauché des personnes en situation irrégulière.

Mais conclure que tous les patrons ayant recours à cette main-d’œuvre de sans-papiers sont des « patrons voyous » constituerait un raccourci un peu facile et partiellement faux ; car ces travailleurs en situation irrégulière occupent des emplois dans des secteurs d’activité tendus : restauration, bâtiment, ramassage des ordures, sociétés d’entretien ; ce sont des emplois indélocalisables, peu qualifiés, où les conditions de travail sont difficiles, fatigantes, où il faut faire beaucoup d’heures qui sont très mal payées en général (- de 1 200 euros par mois). Et les patrons ont énormément de difficultés pour recruter sur ces profils.

Quand on réfléchit au concept d’« immigration choisie » prônée par le gouvernement actuel, on pense spontanément à de jeunes diplômés étrangers, mais on envisage moins facilement qu’il peut aussi s’agir de l’arrivée d’une main-d’œuvre immigrée pas ou peu qualifiée, alors que cela correspond à un réel besoin dans de nombreux secteurs...

Aussi, puisque les ouvriers dont les entreprises ont besoin sont déjà là et qu’ils donnent entière satisfaction, pourquoi ne pas régulariser leur situation ?

Mais, cramponné à ses principes d’ordre idéologique, Brice Ortefeux se refuse à envisager des régularisations massives. Chaque demande sera donc étudiée au « cas par cas ».

Mais qu’est-ce que le « cas par cas » ? Ce concept n’a aucune réalité légale.

Peut-on être certain que tous les dossiers seront étudiés avec équité, avec impartialité, que les critères retenus seront les mêmes pour tous, que la procédure suivie sera transparente, que les sans-papiers qui se sont mis en grève, ont dénoncé certaines dérives de leurs patrons ou ont médiatisé leur combat ne verront pas leur demande rejetée ?

Il reste aussi qu’à partir du moment où les travailleurs actuellement sans papiers disposeront de toutes les autorisations requises et pourront donc rendre leurs droits opposables, il ne sera plus possible de les exploiter et de les sous-payer comme c’est trop souvent le cas actuellement ! Il n’est pas question de tolérer l’existence d’un sous-prolétariat ouvertement paupérisé et exploité, de citoyens de seconde zone avec des droits au rabais.

Jean-Claude : « C’est très démagogique tout ça. Pour une partie des patrons, [utiliser des sans-papiers] ça permet d’avoir de la main-d’œuvre pas cher, et puis ils trouvent toujours pour excuse de dire « vous comprenez, les Français ne veulent pas bosser ». Mais je leur réponds : est-ce que les Français ont envie de bosser 60/70 heures par semaine pour 1 150 euros par mois ? Le problème de fonds est là. Il y a quand même des gens qui se disent que ce boulot-là de toute façon il est fait par d’autres, et comme nous on ne veut pas le faire, on préfère rester dans cette situation. »

« Nous, on veut juste travailler tranquille, sortir tranquille »

Dans le cas qui nous intéresse, cela fait de très nombreuses années que le chef d’entreprise recourt à des travailleurs clandestins, qu’il fait travailler entre soixante et soixante-dix heures par semaine, six jours sur sept, parfois même pendant les jours fériés. C’est un fait de notoriété publique, pourtant il n’a jamais été inquiété jusqu’à cette année.

Après avoir engagé une procédure de licenciement contre Bakari, hospitalisé, qui n’a pas pu lui présenter de certificat d’arrêt en maladie, il entame courant 2008 d’autres procédures de licenciement dont le motif est toujours le même : non-présentation de papiers par le salarié ; probablement parce qu’il redoute une action en justice intentée contre lui par l’État pour emploi de travailleurs en situation irrégulière.

Ce qui est étonnant est qu’il lui a fallu, pour certains employés, plus de dix ans pour leur réclamer leurs papiers, alors que légalement il doit effectuer les formalités d’embauche préalablement à l’entrée en fonction du salarié !

Le 16 avril 2008, il osera même déclarer à un journaliste de Libération : « j’ai appris qu’ils étaient sans papiers avec les circulaires de l’été dernier. On n’a pas voulu les licencier tout de suite, mais il y a eu une descente de police en début d’année et nous avons dû le faire. Sinon, on risquait d’être mis en cause pénalement. ».

La version des faits que vont me communiquer ses employés est un peu différente, savant mélange de procédés légaux et illégaux :

Le jour où la police vient effectuer les contrôles d’identité, il leur a demandé de laisser le portail de l’entreprise ouvert, car il attendait des « visiteurs ». Puis aux policiers, il déclarera d’abord qu’il ne connaît pas ces personnes qui ont juste été employées pour faire du ménage sur les chantiers... et quelques jours plus tard il enverra des lettres préalables de licenciements chez ces personnes qu’il ne connaît pas, mais dont il a l’adresse...

Le 15 avril 2008, les sans-papiers vont donc décider de se mettre en grève et de se syndiquer à la CGT de Massy, comme l’ont déjà fait les salariés du Buffalo Grill de Massy.

Peu de temps après, ils vont subir des pressions, des menaces physiques exercées par des gens du voyage, et qui seront constatées par les gendarmes. Depuis, il y a en permanence des représentants de la CGT présents dans l’entreprise pour assurer la sécurité des grévistes.

Quant à l’employeur, son attitude est ambivalente : tantôt il se déclare solidaire des grévistes, tantôt il se prétend victime de leurs fausses déclarations d’identité dont il ignorait tout. Mais aurait-il exploité ainsi des salariés en situation régulière ?

Les grévistes, eux, sont déterminés à aller jusqu’au bout :

Ce qu’ils revendiquent, c’est juste de pouvoir continuer à travailler officiellement, de pouvoir circuler librement sans crainte d’un contrôle d’identité ; « Nous, on veut pouvoir passer par la grande porte, une porte grande ouverte, parce que pour l’instant on passe par une petite porte et c’est pas simple... Et quand j’entends parler d’intégration, moi je crois qu’on est bien intégrés dans ce pays, on cotise à tout, on a un loyer à payer, un travail  ! »

La CGT a transmis au préfet les bulletins de paie de chaque travailleur ; mais ils ne sont pas forcément à leur nom puisque certains empruntent l’identité de compatriotes en règle pour pouvoir travailler.

Pour prouver la durée de la présence et l’effectivité de l’activité rémunérée de chacun, la CGT va en outre produire des témoignages de collègues, de certains patrons qui souhaitent faciliter la régularisation de leurs salariés, et la photocopie des passeports libellés sous les vrais noms.

Si la démarche de régularisation aboutit, c’est la photocopie du passeport qui va servir à délivrer la pièce d’autorisation de séjour sous le vrai nom.

Ce n’est pas encore gagné, mais des négociations sont en cours...

Ce qui peut peser dans la balance en faveur de la régularisation, c’est la position des patrons français ; car cette fois des entrepreneurs sont prêts à monter au créneau : ils ont besoin de cette main-d’œuvre ;

Jean-Claude : « Notamment on a fait une manifestation à la Défense devant le siège de la

CGPME. On a rencontré des interlocuteurs qui étaient plutôt réticents par rapport à l’application de la loi. Parce qu’on leur demande de foutre à la porte les sans-papiers et, eux, s’ils le font ils ferment leurs boîtes ! Alors donc il faut qu’ils choisissent ! »

Dernier point important, s’ils ont de vrais papiers, ces Maliens vont pouvoir retourner dans leur pays visiter les familles qu’ils y ont laissées ; car n’étant pas sûrs de pouvoir revenir en France, ayant pour la plupart eu recours à des filières coûteuses et risquées pour arriver ici, les travailleurs en situation irrégulière ne peuvent pas faire d’aller-retour entre la France et le Mali. Ainsi, pour certains, cela fait plus de dix ans qu’ils n’ont pas vu les leurs.

Demba : « je ne suis jamais retourné au Mali depuis 1997 »

Bakari : « et moi je ne suis pas retourné depuis vingt ans. En fin de mois, on envoie l’argent au pays pour nourrir les frères et les parents, on téléphone, c’est tout. »

 

Enfin, la dernière question, sans doute la plus difficile à poser : et si les négociations se passent mal et que vous êtes renvoyés au Mali ?

« A mon avis, si on revient comme ça, mains vides, il y aura beaucoup de déceptions… mais aussi sans doute beaucoup de suicides. Ça je vais être clair avec vous.

Nous, on est venu ici pour aider la famille ; si on retourne, comment la famille va manger ? Ils vont manger quoi ? Y a rien. Y a pas de boulot là-bas. C’est pourquoi je dis, il y aura beaucoup de suicides. »

… Oui, car il ne faut pas perdre de vue que c’est la misère qui a chassé ces hommes de leur terre, qui les a contraint à accepter des emplois difficiles à des milliers de kilomètres de chez eux. Ce sacrifice, ils l’ont fait pour permettre à leurs familles de manger, de survivre ; et, avec la crise alimentaire qui s’étend dans toute l’Afrique, il est à craindre que ce type d’immigration ne se développe encore dans les mois et les années à venir.

Et, dans cette crise alimentaire, nous avons encore une fois une lourde responsabilité ; car nos exportations de céréales françaises et européennes lourdement subventionnées, qui sont commercialisées sur les marchés de Dakar ou de Bamako bien moins cher que les productions locales, ont ruiné la petite paysannerie traditionnelle subsaharienne, que nous avons contrainte à l’exode vers le mirage des villes africaines où il n’y a pas de travail, ou bien, comme le disait récemment l’écologiste Pierre Rabhi, à vivre dans l’attente de recevoir ce riz d’intervention charançonné dont les ONG leur font l’aumône.
Et, parallèlement, nous avons encouragé l’Afrique à développer une agriculture productiviste pour l’exportation (dont les haricots verts sont le meilleur exemple), gourmande en eau et en intrants, qui épuise les sols… mais ne nourrit pas la population locale qui ne peut se payer ces produits inabordables qui ne correspondent pas à l’alimentation locale.

… Alors, les plus forts vont se sacrifier et tenter l’aventure risquée de l’immigration par-delà les océans, pour pouvoir chaque mois envoyer au pays un peu d’argent économisé sur leurs faibles salaires.

Par conséquent, régulariser ces travailleurs, ce n’est que leur rendre leur dignité, saluer leur courage et reconnaître la part de responsabilité qui nous incombe dans la situation de dénuement qui règne en Afrique.

Et soutenir leur cause, simplement en parler, la relayer, c’est faire preuve de solidarité entre les peuples, faire acte de résistance face à un libéralisme ravageur et prédateur qui ne profite qu’à une infime minorité, et a besoin de maintenir de telles inégalités pour continuer à prospérer.

 


[1] Il a fait une embolie pulmonaire

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28 réactions à cet article    


  • bobbygre bobbygre 15 mai 2008 16:41

    "Les hommes naissent libres et égaux en droits"

    Personne ne mérite de vivre une vie d’esclave à cause de son lieu de naissance.


  • cza93 cza93 15 mai 2008 22:28

    @Seb :

    "Et avec 10 % de chomeurs et une forte population immigrée, il est impossible d’assouplir plus les regles d’entree" : ... donc vous êtes prêt à aller faire leur boulot, pour 1150 euros nets ? c’est bien ça ?

    parce que je ne vois pas le rapport avec les 10% de chômeurs, vu que personne en France ne veut de ces jobs, et la forte population immigrée dont vous parlez, je pense qu’il y a une petite confusion : les gens d’origine étrangère dotés de la nationalité française, même bronzés, ils sont français !!! quant aux autres, ils ne sont pas si nombreux que ça justement parce que nos lois sont de plus en plus restrictives.


  • Nobody knows me Nobody knows me 16 mai 2008 13:08

    bonjour les amalgames et la simplicité du raisonnement !

    C’est bien Seb, l’auto-critique, c’est très sain !!


  • Bulgroz 15 mai 2008 14:01

    Ce que nous pouvons craindre avec toutes ces mesures restrictives au droit universel à avoir des papiers Français, c’est que les candidats à l’immigration refusent désormais de venir dans notre pays, ou, ce qui serait pire, que des immigrés vivant en France retournent dans leurs pays.


    • Jacky 15 mai 2008 14:36

      Certes ces situations sont dramatiques, mais à quoi sert d’avoir des lois...

      Travailleurs, patrons ne tombent-ils pas sous le coup de celle-ci ?

      Suffit-il de faire une grève de la faim, un sitting, ou autres pour que la loi ne s’applique pas ?

      Ceci n’est pas acceptable, et quoiqu’en disent certains, la loi se doit d’être appliquée. D’autant qu’elle permet si elle est respectée pour un travailleur étranger de travailler légalement, en en précisant les conditions.

      Pour les autres, il ne faut venir me dire qu’ils ne savaient rien.




      • malqp 15 mai 2008 14:47

        oui en fait voila ce qui les interessent juste etre regularisé mais pas naturalisé.

         


        • bob 15 mai 2008 16:14

          Article un peu long base sur des temoignages dont la veracite n’est pas toujours evidente.

          L’auteur tente de recreer un proletariat qui n’existe quasiment plus en France pour faire renaitre la "revolucion". Il va baser ce meme proletariat sur des gens qui serviront de chair a canon pour faire passer des idees qui ne seront pas les leurs au final. Ne peut on pas parler de manipulation ?

          L’auteur souligne le fait que ces personnes ne sont pas des delinquants. En ce sens, il a tort, tout individu contrevenant a la loi est un delinquant. Nous ne sommes pas au Chili dans les annees de plomb : croire que desobeir signifie faire preuve d’une grandeur d’ame au sein meme d’un pays qui encourage la democratie est davantage une marque d’oisivite caracteristique d’une adolescence inachevee que la volonte reelle de changer le monde.

          Aider l’immigration clandestine signifie encourager tous les comportements plus ou moins malhonnetes qui la sous-tendent. On peut compter parmi eux le racket, les remunerations qui partent pour une grande partie dans les poches du passeur, l’exploitation par des employeurs peu scrupuleux payant souvent au noir ...
          Bien evidemment, certaines bonnes ames ont peut etre interet a aider les immigres clandestins ( faveurs financieres, sexuelles, copieuses remunerations au sein d’organisation pour les droits de l’homme).

          Enfin, accepter un type de delit revient par defaut a accepter tous les autres et a ce titre rien ne m’empeche de venir chez l’auteur et de me servir dans ses biens mobiliers (definition classique du vol mais si une organisation l’excuse pourquoi se priver ? )


          • adeline 15 mai 2008 19:15

            Bon courage à l’auteur j’étais persuadée que les "bruns" s’y colleraient et cela n’a pas loupé manque plus que le weinstein


            • cza93 cza93 15 mai 2008 22:35

              merci Adeline de ton soutien.

              du reste j’ai hésité à publier sur ce site à cause des trolls et des bruns.

              l’article est en ligne sur un autre site d’info citoyenne et je peux te dire que l’accueil y est nettement moins agressif et raciste. Mais je fais mon job, j’ai promis de relayer l’info. Et j’espère que des camarades viendront me soutenir un peu !!!


            • cza93 cza93 16 mai 2008 10:20

              c’est bien, on voit tout de suite la profondeur de votre raisonnement : l’insulte gratuite, tout de suite ... Pitoyable personnage ! 


            • Nobody knows me Nobody knows me 16 mai 2008 13:37

              Non, non, vous vous trompez, sous une couche de connerie, de crasse et de vulgarité de plusieurs stratosphères, Calmos est qqn de très très gentil... Mais non j’décooooonne !!

              En attendant, il arrive à bien se faire passer pour la victime moinssée qu’on brime à longueur de journée. Je ne me rappelle pas la dernière fois que je n’ai pas lu de grossièreté ou de provoc dans un de ses posts.

              Petit ex improvisé :

              Calmos : "Alors les cocos, les socialos et les gauchos, on crache encore sur Nicolas Sarkozy ? Mais vous êtes vraiment des merdes profondes !!"

              Après de multiples rabattages de ses commentaires non constructifs (principe de la notation d’ailleurs) :

              Calmos : "C’est ça, moinssez bande de sales gauchos, moi je vous pisse au cul !"

              Apparemment, un jour il aurait écrit un commentaire constructif et aurait été moinssé injustement. Depuis, il se dit que ça ne sert à rien d’écrire des choses constructives.

              Vivement que ces notations dégagent, il n’aura plus rien à dire et son discours ne sera plus que ses défenses des pires idées et lascards qu’on peut trouver sur Avox. Mais bon, il le fait avec le sourire, donc c’est bien. Et puis c’est les zozos...


            • hgo04 hgo04 15 mai 2008 20:25

               

              Pas mauvais article, un peu long.. même trop long, mais bon, bien enroulé..

              Je passerai que ce qui est illégal, d’autres l’ont précisé avant moi, et bien entendu, l’insulte de la chemise brune, et toutes références au nazisme et fachisme a trés rapidement été pondues par d’autres....

              Je cite :

              """Bakari : « Moi à mon avis le message qu’on doit lancer, c’est pour montrer aux Français qu’on est des travailleurs comme eux, qu’on travaille, qu’on cotise au niveau de la Sécu, au niveau de l’assurance vieillesse, du chômage... mais on n’a pas de papiers ! Ce qui nous manque, ce sont les papiers. La misère qu’on a, c’est ça. La plupart des Français croient qu’on profite des aides sociales. Or, ce n’est pas ça. »"""

              Ce gars travaille et cotise... ??? Donc le patron cotise aussi ?? et il n’a pas d’existence légale... Et les impôts ?? le patron déclare donc son employé aux impôts sur le revenus ?? la aussi ?? pas de réactions ?? ou alors est ce sous un nom "d’emprunt", comme il est fait référence.. Mais le pauvre gus qui prète son nom et qui voit ses salaires grimper, grimper... (le sien plus celui de son pôte..) c’est pas bon ça... Il toucherai deux smics... les impôts ne réagissent pas ??? Il dit rien, ce préteur de nom, quand il perdra les allocations logements, les aides diverses sous prétexte de salaires trop élevés ??

              Je crois plutôt, que c’est du travail au black.. et travail au black avec des gars en situation illégale, je crois que l’on va s’approcher de quelque chose de pas beau.

               

              Je ne me prononcerai pas sur les clandestins. Quand on a faim, quand on est pourchassé, on part, on s’en va, et ce n’est pas la barrière des "papiers" qui vont les en empécher..

              Non, moi je suis pour l’interpellation, le jugement et l’incarcération des patrons.. Ah, c’est certain que cela fera mal au début.. mais rapidement la situation se calmera.. Un grand coup de balais dans ces patrons malhonnetes, qui se drapent "d’humanitaire" en donnant du travail à ces pôvres gens qui ont faim..... Des profiteurs oui... 

              Mal payer des gens pour un travail difficile, j’appele pas ça être humain...

               


              • cza93 cza93 15 mai 2008 22:44

                @hgo04

                j’ai vu les fiches de paie ... toutes les charges patronales y apparaissent, elles ont l’air correctes. Du reste certains employés paient des impots et ont une carte vitale, mais pas tous ... Je pense que l’employeur joue sur les 2 tableaux : certains sont déclarés d’autres pas, mais cela nécessiterait un peu plus d’investigation par rapport aux immatriculations des travailleurs. Mais ça n’est pas le combat actuel.

                Pour répondre à la longueur de l’article, j’ai essayé d’être le plus précise possible sur des situations pas forcément bien connues ni bien expliquées dans les medias classiques, et surtout donner la parole aux travailleurs pour qu’on comprenne leur détresse, l’absurdité de leur siuation.

                Mais bien sur certains lecteurs plutot "bruns" pour reprendre l’expression d’Adeline, ne veulent comprendre et lire que ce qui les arrange ...

                Je me dis que dans le tas, il y aura bien des gens que cela fera changer d’avis sur ces travailleurs, précisément parce qu’il leur manquait des repères pour se forger leur idée ...


              • hgo04 hgo04 16 mai 2008 07:53

                Je ne suis pas un partisant de l’immigration subie... Mais les cas présents, il est vrai, sont particuliers....

                Pour tout ce qui est travail au black, je me suis exprimé. Une repression systematique et forte aux employeurs qui emploient des clandestins ainsi que les logeurs, il n’y a pas de raison. L’infraction devrait être spécifique. Pour moi ils ne valent pas mieux que les passeurs qui placent des gens dans des barques comme du bétail et au prix fort.....

                Maintenant ceux qui sont de bonne foi.... la effectivement il y a des choses à revoir. Tout en se posant la question de savoir pourquoi il y a des clandestins qui travaillents et des "légaux" qui ne travaillent pas...

                Mais effectivement, la question est posée... en précisant aussi, que la légalisation de ces gens ne doivent pas entrainer, comme par hasard, leurs licenciements aux profits d’autres clandestions tout aussi de bonne foi...

                Je veux dire qu’un clandestin est une vraie perle pour un employeur... Il se cache, il est toujours avec cette célèbre épée sur la tête, et ce n’est pas lui qui va saisir les prudhomme en cas de problème avec son patron.. Pour résumé : même avec des fiches de salaire, des cartes vitales, des loyers à payer, ce sont des gens qui n’auront pas droit au chomage, à la sécu et encore moins à une protection "légale" de l’état.. Donc ?? de véritables petits serviteurs bien dociles.. et jamais grevistes.... en france c’est rare ces temps ci, non ??

                Une fois leur situation légalisée, cela m’étonnerai qu’ils travaillent 60 heures par semaine au prix du smic... Je ne voudrai pas que leur légalisation par l’état entraine le licenciement par son patron.... qui le remplacera par un autre travailleur déclaré mais bien docile et "flexible", pour ne pas dire soumis.

                Dans les champs de coton, on empoyait des esclaves qui n’avaient pas de salaire. Mais on le logeait, on le nourrissait, et pour ceux qui avaient compris que c’était mieux, on les soignait... Les employeurs, CES employeurs la, leur donne de l’argent mais il ne les loge pas, ne les nourrit pas, ne les soigne pas.. Quand ils sont malades ???, ben mon gars, tu pars... Pour moi, ils ne valent guère mieux... le salaire qu’ils leur donnent doit être à peine plus élevé que le prix de revient d’un esclave bien traité...

                Légaliser ces immigrés ?? ils ont fait leur preuve.. il suffit de refuser le nombre équivalent aux frontières, mais cela n’enlèvera pas ce que certains disent : ce n’est pas la solution.......

                La seule solution viable et fiable, est que ces gens trouvent dans leurs pays ce qu’ils viennent chercher ici. Une vie meilleur..... Je suis un partisan du commerce équitable, et je trouve cette idée trés bien. Cela ne peut pas tout résoudre, mais c’est déjà une idée, une initiative mais il en faudrait d’autres...

                D’autres préfèrent passer de leur temps à aider des immigrés à avoir des papiers. Je les comprends, je les respecte, mais ensuite ?? une fois qu’ils ont leurs papiers ??? C’est une initiative à court terme... donc utile mais pas efficace..

                Légaliser donc ces immigrés.... OUI mais.

                Sanction contre les empoyeurs des clandestins travaillant au black.. Engagement des autres employeurs à ne pas "virer" ces employés aprés leur légalisation et j’ajouterai : que les prudhommes se penchent sur ces emplois pour vérifier la conformité à nos lois... (heures, condition d’emploie, etc....)

                Vous voyez.. je n’ai rien contre un immigré. Je n’ai rien contre la couleur de peau, contre la culture... Mais sachez que l’espagne, qui avait en 2005 légalisé massivement ces immigrés, a ressenti une baisse des salaires, en particulier dans les emplois de main d’oeuvre. Aller demander à un maçon espagnol s’il est content... En ce moment, les lois sur l’immigration se durcissent devant l’afflux de ces populations qui n’ont pour but, dans un premier temps, que de placer un pied en europe... Bien souvent cela s’arrète la, et retour à leurs pays... Certains passent.. et ensuite ?? ils passent leur vie à se cacher... L’immigration clandestine n’est pas et ne sera jamais la solution. Laisser croire à ces pauvres gens qu’ils ont une chance d’y arriver dans ces conditions, n’est pas leur rendre service. Pour cela ils dépensent des sommes énormes (pour eux) pour faire ce voyage, avec trés peu de chance de réussite., quand ils survivent..

                http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/05/12/jose-luis-rodriguez-zapatero-durcit-la-politique-espagnole-d-immigration_1043762_3214.html?xtor=RSS-3208

                Avec cet argent, ils pourraient payer des études à leurs enfants, créer une entreprise.. bref, entreprendre et investir.. En venant en france, ils perdent sur tout les tableaux...

                Avoir de bons sentiments ne veut pas dire avoir raison. L’immigration "massive" n’est pas bon pour l’immigration elle même. Faciliter cette immigration entraine plus de problème que de bienfait.. et je parle la pour les immigrés... pas pour nous. Nous ?? au contraire... quand vous faites contruire votre maison, vous êtes content de l’avoir à bon prix... quand vous regardez les travailleurs sur les chantiers, vous savez pourquoi.... Donc oui, nous profitons de cette immigration. Je ne voudrai pas qu’un jour on nous dise qu’on les a exploités, volés comme pendant des colonies.

                Donc oui.. mais jusqu’à un certain point... quand c’est trop, il faut savoir trouver une autre solution....

                 


              • cza93 cza93 16 mai 2008 11:01

                @Hgo04

                Merci pour ce commentaire dont je partage les idées à 200% !

                Le fait est que la situation n’est pas simple, qu’il y a énormément de paramètres à prendre en considération.

                Bien sur que je me la suis posée la question : si on en reste au niveau superficiel du problème, on a spontanément envie d’aider ces personnes, qui, je le maintiens, sont des victimes ; victimes de passeurs qui les font venir à prix d’or, victimes dans notre pays de patrons peu scrupuleux qui se font du fric sur leur dos, victimes dans leur pays où il n’y a pas de boulot, où l’exode rural amplifié par les reglements de l’OMC, a eu des répercussions catastrophiques.

                Après, quand je discute avec eux, je vois bien à la fois leur desarroi : "si je suis expulsé, c’est la survie de ma famille qui est mise en péril, mais j’ai bien compris qu’ici je fais le jeu de patrons malhonnêtes qui profitent de ma faiblesse, et en plus je vis dans la peur permanente des contrôles et de la reconduite à la frontière. "
                Ils sont bien conscients que la France ce n’est pas l’eldorado, donc ils ne cherchent pas à s’installer ni à faire venir leurs familles, pour eux, ils sont là temporairement.

                Est ce à dire que si nous (au niveau pays, Europe) adoptons d’autres modes d’aide et soutien au développement des pays africains, non seulement nous éviterons que ces gens viennent chez nous où ils ne sont pas heureux : déracinés, exploités ..., mais nous favoriserons le retour au pays ? Personnellement je pense que oui, et effectivement le développement du commerce équitable, du micro-crédit, sont de bonnes pistes pour autonomiser ces populations, leur rendre leur dignité et surtout la maitrise de leur destin.
                Le problème est qu’il faut cesser de faire du "saupoudrage" et revoir de fonds en comble notre collaboration nord-sud. Ce n’est pas rien !

                Et ce n’est pas facile ...

                L’article est déjà assez long, vous l’avez dit vous même, car je souhaitais vraiment donner la parole à ceux qui ne l’ont jamais, bien qu’ils soient au premier chef concernés, ... alors parler commerce équitable, économie sociale et solidaire, agriculture paysanne ... certes c’est passonnant mais cela ne se traite pas en 3 lignes !

                Ensuite pour ce qui concerne les patrons qui utilisent et meme exploitent cette main d’oeuvre : je pense que ce que j’ai écrit permet de se rendre suffisamment compte des responsabilités de chacun, ... ensuite, oui, normalement c’est plutot contre eux que la "chasse" gouvernementale devrait s’orienter en priorité ; quelque part cela a déjà un peu commencé, mais pour l’instant, ceux qui risquent le plus ce sont les travailleurs, ce qui n’a rien d’étonnant avec ce gouvernement.

                 Enfin, à la question de savoir si ces emplois, une fois revalorisés au niveau salaire et conditions de travail, pourrainet intéresser des chômeurs de chez nous :
                1/ on touche de plein fouet le sujet du pouvoir d’achat : cela signifie qu’il faut revaloriser l’ensemble des petits et moyens salaires en France pour relancer le pouvoir d’achat et éviter un tassement pour les salaires des classes moyennes ; si on augmente ces salaires des manoeuvres, ceux des ouvriers et employés doivent suivre (là je vous renvoie sur les travaux de l’économiste Liem Hoang Ngoc)
                2/ car si on demande aux patrons d’augmenter les salaires des ouvriers non qualifiés mais que le reste ne suit pas, cela risque de diminuer la rentabilité de leurs entreprises (s’ils ne répercutent pas la hausse du prix de production, ou pas totalement) et / ou d’augmenter leurs prix de vente alors que la perte de pouvoir d’achat fait qu’ils risquent d’avoir des difficultés pour vendre leurs biens et services (cela concerne également les restaurateurs pris dans l’engrenage).

                DONC de toute façon, le règlement du problème est partiellement lié aux salaires en France et au pouvoir d’achat.

                3/ ensuite, sur le travail lui-même : en France on a eu depuis des années tendance à pousser les jeunes dans les études et dévaloriser les métiers manuels. C’est la monnaie de la pièce : même des jeunes qui sortent de l’enseignement sans diplome vont estimer ces métiers trop dévalorisants par rapport à leur niveau "estimé" et par rapport au regard de la société civile. Donc même en augmentant les salaires je ne suis pas certaine qu’on trouvera de la main d’oeuvre locale, sauf à forcer les gens à accepter ces emplois sous peine de radiations ... ce qui est en cours.
                Mais, même si je suis bien consciente que tout le monde ne fait pas le métier de ses rêves, ne "s’éclate" pas forcément au travail, comment envisager que des gens vont avoir toute leur vie des métiers qui les rebutent, qu’ils considèrent comme une humiliation ? Ce côté "marche ou crève" de la politique actuelle de l’emploi me pose question en ce qui concerne ses conséquences sur le moral, le psychisme des travailleurs ... (cf l’augmentation des dépressions et suicides dans le milieu professionnel ...). On passe beaucoup de temps dans une existence sur son lieu de travail, c’est donc un aspect structurant et important de la personnalité ...

                Je m’arrête là mais ce texte peut ouvrir de nombreux débats, et c’est ce que je souhaitais ... mais les insultes racistes et gratuites de certains viennent un peu gacher la discussion.

                 

                 


              • hgo04 hgo04 16 mai 2008 19:26

                Ouah !! cza93..

                 

                Tu es une enflammée... !!!

                Mais ce que tu dis est logique et plein de bons sentiments..

                Au plaisir de te retrouver sur agoravox...


              • cza93 cza93 16 mai 2008 22:48

                "bons sentiments", ce n’est pas ce qui constitue le fondement de ma démarche.

                Avoir une démarche politique, assise sur une idée de justice sociale et d’équité plutôt ...

                ... Et "fière d’être de gauche" par les temps qui courent et malgré les insultes de certains.

                (cza93
                Signataire Gauche Avenir)

                 


              • Pie 3,14 15 mai 2008 20:43

                Il y a une sorte d’unanimité dans les commentaires sur le thème de :" c’est bien triste mais c’est la loi, ces gens n’avaient qu’à respecter la loi".

                Sauf que l’application stricte et restrictive de la loi en question est récente , inutile d’un point de vue économique( les sans papiers sont peu nombreux , intégrés et travaillent le plus souvent, n’en déplaise à seb 59 il y a longtemps que les économistes ont prouvé qu’il n’y a pas de rapport entre leur présence et le niveau de chômage), démographiquement stupide ( les naissances en France sont excellentes mais n’assurent toujours pas le renouvellement de la population) , moralement condamnable puisqu’elle crée des drames humains.

                La seule raison qui justifie l’acharnement contre les sans papiers est politique : il s’agit de "fixer" les voix du front national du côté de l’UMP en confiscant le discours de le Pen.

                Cela est bien lamentable et l’auteur a raison de laisser la place aux témoignages de gens devenus inaudibles et invisibles.


                • bob 15 mai 2008 21:30

                  Ceci est un aparte qui n’a rien a voir avec l’article ci dessus.

                  Il est stupefiant de voir les resistants au nazisme et au fascisme plus de 60 ans apres la defaite de ces regimes. Peut on parler de courage pour qualifier leur comportement ?

                  Je reste tout autant coi devant le monopole de la discussion qu’ils s’octroient. Nous voici devant les raisons de l’echec du parti socialiste aux elections.


                  • daniel 15 mai 2008 21:54

                    @ PIE3, ADELINE

                    L’antienne est que les sans-papiers prennent des emplois dont les Français ne voudraient pas. Je rappelle tout de même aux racistes sous-jacents que les Français peuvent être aussi bien blancs que noirs, athés que musulmans.

                    Pourquoi les Français ne voudraient pas ces emplois ? Parce qu’ils seraient "pénibles" et peu payés. Je crois qu’on inverse le probléme...Les employeurs préférent des immigrés, et plus encore des sans-papiers parce que ça leur permet de casser les emplois , de casser les salaires, et ^plus encore de casser les solidarités sociales et ouvriéres dans ce pays.

                    C’est ce qui s’est passé dans le BTP et la restauration au cours des 30 derniéres années. C’est ce qui se poursuit actuellement dans d’autres branches de maniére de plus en plus vive (voir l’affaire des abattoirs en Bretagne par exemple).

                    Ce n’est pas une "chasse" ou je ne sais quoi qui met en évidence le probléme aujourd’hui : c’est son développement accéléré.

                    Ce qui est atterant c’est constater la collaboration nauséabonde de certaines officines "de gauche" qui prêtent la main aux négriers avec un enthousiasme de grenouille de bénitier.

                    Les soi-disant défenseurs des droits de l’homme qui deviennent les collabos zelés de patrons âpres aux gains et méprisant de la vie des gens : c’est l’idéal de Sarkosy. Mais c’est la LCR, la CGT et consorts qui le réalisent.

                    Ils doivent bien se marrer dans les dîners en ville les Sarko et les Hortefeux ! Bien sur ils braient un peu en public : faut rassurer les électeurs qui auraient le sentiment qu’aucune loi n’est plus respectée dans ce pays !

                    Ceux qui fantasment sur la politique "xénophobe" ou "raciste" de Sarko devraient se souvenir que durant son passage à l’Intérieur ,’il n’y jamais eu autant de sans-papiers régularisés en France et qu’aujourd’hui il y a un nombre sans cesse plus élevé d’emplois ouverts aux étrangers....

                    Je rappelle que c’est la gauche (depuis 36) qui a mis en place nombre d’emplois réservés aux nationnaux pour faire face au chômage.

                    C’est toujours la droite qui a tout cassé pour mettre "en concurrence", pour mettre la pression sur les salaires.

                    La droite et la gauche sont unies aujourd’hui pour cracher sur les ouvriers et tous les pauvres types qui se voient virer ou exclus d’emplois au profit de sans-papiers qu’on paiera toujours moins cher...Tout du moins que les patrons paieront moins chers....

                    Ce qui est à vomir c’est le spectacle de tous ces crétins qui braillent au "racisme" ou à la "xénophobie" dés que l’on n’ose dénoncer cette saloperie.

                    Les sans-papiers sont le marteau avec lequel les patrons écrasent la classe ouvriére aujourd’hui. Mais les crétins ne voient plus , ne distinguent plus la classe ouvriére ....J’espére que ces crétins s’étoufferont avec leur mépris quand ce seront leurs emplois à eux qui seront mis à l’encan.

                     

                    .+-


                    • Pie 3,14 15 mai 2008 23:43

                      A messieurs calmos et daniel,

                       Votre conception du chômage est tout à fait préhistorique . Vous les experts en BTP, savez-vous qu’il existe actuellement des dizaines de milliers d’emplois non pourvus faute de travailleurs immigrés parce que cela fait au moins 30 ans que les actifs français ne font plus ces travaux.

                      Calmos , qui profitez de votre retraite aujourd’hui pour déverser votre mauvaise humeur sur le dos des étrangers , savez à quel point le btp a besoin des immigrés puisque vous avez du passer l’essentiel de votre vie à les commander.


                    • Pie 3,14 16 mai 2008 11:55

                      J’avais le choix entre répondre à la logique mathématique niveau CM1 de seb59 et écouter l’interessant entretien d’emmanuel Todd à France info proposé sur ce site.

                      Devinez ce que j’ai choisi.


                    • frédéric lyon 16 mai 2008 11:58

                      Emmanuel Todt est une canaille Kollaborationiste.

                       


                      • masuyer masuyer 17 mai 2008 00:01

                        Salut Cza,

                        je fais faire du commentaire de commentaires, tant il y a un joli florilège d’idées reçues.

                        J’aime bien le côté, "ceux qui sont pour la régularisation des sans-papiers sont des fonctionnaires". C’est vraiment l’argument qui tue, il est signé Seb59.

                        Calmos, pas mal non plus, avec "le BTP travail trop dur pour les arabes". C’est bien connu et toutes les études le prouvent l’arabe est feignant.

                        Non franchement les gars, changez rien vous êtes supers.

                        Sinon, au niveau salarial, ceux qui croient encore dans la loi de l’offre et la demande pour fixer le niveau de salaire me font doucement rigoler. C’est marrant, mais les secteurs en manque de main d’ouevre ont rarement des niveaux de salaire élevés. Au début on peut comprendre, mais quand ça dure dans le temps, comment l’expliquer ?

                        Mais c’est vrai que quand tu as dit "la loi de l’offre et la demande" , tout de suite ça te pose comme économiste.

                        En tout cas, il y a un responsable tout trouvé à chaque fois, "les immigrés" ou "les patrons", ou les deux à la fois. Je n’ai pas vu évoquer le consommateur. Et pourtant.

                        Posons le problème autrement. Un entrepreneur vend un bien ou un service. Pour fournir ce produit ou ce service, il a besoin notamment de main d’oeuvre, ou pour employer un terme marxien de force de travail.

                        En théorie, le prix de vente de ce bien ou service comprend les coûts de main d’oeuvre pour le produire (salaires + cotisations sociales), l’amortissement des matériels, les charges variables ( matières premières, énergie, communications), les taxes diverses et variées, les assurances, la rémunération de l’entrepreneur et/ou des actionaires etc ;; bref tous les coûts nécessaires à la production de ce bien ou service.

                        Dans la réalité, il doit adapter ce prix à ce qu’est prêt à payer son client. Donc d’adpater ses coûts de production.

                        Et là, notre responsabilité de consommateur rentre en jeu. Sommes nous prêt à payer tout produit ou service à son véritable coût ?

                         


                        • cza93 cza93 17 mai 2008 00:13

                          "Sommes nous prêt à payer tout produit ou service à son véritable coût ?"

                          => et c’est là que je fais intervenir la notion de pouvoir d’achat : il ne faut pas seulement accepter de payer le prix, il faut aussi être en mesure de le faire.
                          Et pour trancher la question, il existe un bon indicateur : le taux de marge réalisé par les entreprises, (mais aussi le % affecté à la rémunération de la force de travail, celui affecté à l’investissement / au % affecté à la rémunération du capital ... et plus ce dernier est élevé, plus on a affaire à une économie de rente, que je qualifierais volontiers de prédatrice dans la conjoncture actuelle, car c’est cela qui bloque le pouvoir d’achat des bas et moyens salaires et donc freine toute véléité de relance)

                          ... finalement le insultes c’est plus simple, non ? smiley


                        • masuyer masuyer 17 mai 2008 00:25

                          Oui, bien plus simple. Comme les ennemis désignés, qui nous lavent de nos "péchés"

                          Bonne soirée à toi.

                          PS : j’avais oublié dans les idées reçues "la France terre d’immigration massive". Il y a un bon sujet d’article, mais il faut pas mal de temps pour un vrai travail de recherche. Mais c’est une croyance finalement tellement valorisante qu’elle risque d’être très dure à exploser.


                        • masuyer masuyer 17 mai 2008 13:18

                          Salut Constant,

                          j’avais loupé Hélios, c’est vrai qu’il concourt brillament. Mais finalement je crois qu’il vaut mieux rire quand la bêtise crasse atteint de tels sommets, non ?

                          Et sinon, peut-on savoir quel est l’apport des sus-nommés à la grandeur de notre "brillante civilisation occidentale" ? Car j’ai peur qu’ils ne s’attribuent que le mérite des autres.


                        • cza93 cza93 17 mai 2008 23:03

                          oui ou alors ils ont les cheveux qui poussent à l’intérieur et ça empêche les neurones et les synapses de fonctionner smiley)

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