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Sarkorzy & la mémoire : la nation va-t-elle enfin assumer ses responsabilités ?

Nicolas Sarkozy a demandé qu’à la rentrée prochaine chaque élève de CM2 se voie confier la mémoire d’un des 11 000 enfants juifs déportés. Les critiques pleuvent de toutes parts et sont loin d’être infondées. Toutefois, l’intention est belle et constitue une divine surprise : celle du retour dans le débat public de la question de la mémoire des violences du passé et de la responsabilité de la nation. La crise est toujours bonne quand elle suscite un débat, condition sine qua non de la réconciliation des mémoires et des esprits. Sous ce rapport, la France va probablement réaliser une avancée, donc bravo Monsieur le président, continuez !

Tout le monde le sait, Nicolas Sarkozy est un gagneur. Il a été élu président de la République le 6 mai 2007. Mais à peine les résultats étaient-ils connus qu’il a prononcé un discours dont tout portait à penser qu’il tournait radicalement le dos au passé violent de la nation et aux responsabilités qui attendent encore d’être assumées. En usant de la facilité consistant à présenter ces dernières sous l’angle de la repentance, Nicolas Sarkozy a titillé les vieux réflexes républicains et anticléricaux qui portent chacun à la rébellion contre ces formes d’autorité culpabilisante dont l’Eglise constitue l’archétype. N’affirmait-il pas : « Je veux en finir avec la repentance qui est une forme de haine de soi et la concurrence des mémoires qui nourrit la haine des autres » ?

A l’aune de cette forte parole, on peut mesure le chemin parcouru depuis le 6 mai. Quel prodigieux revirement ! D’aucuns s’en gausseraient, mais celui qui est dans l’erreur puis se reprend n’opère-t-il pas un heureux revirement ? De Gaulle n’a-t-il pas eu des revirements inattendus et néanmoins visionnaires ?

Il n’est pas totalement impertinent de se demander si ce nouveau cap découle d’une réflexion mûrie, d’un cheminement intérieur ou d’une stratégie de communication improvisée. Il se pourrait que Nicolas Sarkozy ait donné là raison à ceux qui, du côté de Marianne, disent qu’« il est tellement fort, qu’il est plus fort que lui ». Quand bien même cela serait, ce qui importe, c’est le résultat, et c’est peu de dire qu’il est heureux car, au-delà de la controverse suscitée, il nous ramène à une question vive dont la nation ne peut faire l’économie, celle de sa responsabilité dans l’Histoire. Par conséquent, il me semble qu’il y a là une belle occasion de se réjouir car, pour quelque raison que ce soit in fine, revirement ou pas, le président vient d’engager la nation dans une réflexion dont elle a grandement besoin, si l’on en juge par l’émotion que la question suscite encore.

Que le tir ait été mal ajusté et soit allé trop loin, c’est peu douteux. Mais on vise rarement au but du premier coup. Traditionnellement, le second coup est fait plus court et permet ensuite, avec une interpolation, de mettre dans le mille. Cette métaphore pour suggérer l’intérêt qu’il y aurait à opérer à présent un retrait qui, en découvrant un espace, permettrait que le nécessaire débat national ait enfin véritablement lieu.

D’où vient la nécessité de ce débat ? D’un besoin de réconciliation de la communauté nationale qui ne peut se réaliser sans un dialogue où tous auraient la parole. Car il s’agit ni plus ni moins que de trouver un accord qui rende justice à chacun. Comment la nation pourrait-elle aller de l’avant si elle ne retrouve la cohésion que seule la paix et la justice procurent (à l’exception, bien sûr, de l’ennemi commun) ?

Ainsi que je l’ai déjà évoqué dans un précédent article traitant des conditions nécessaires et suffisantes de la réconciliation entre les individus comme entre les peuples, celui qui est victime de violences a besoin, pour se reconstruire, pour sortir du ressentiment et marcher librement vers son avenir, que soit réalisé le minimum de justice qui consiste en la reconnaissance des violences dont il a fait l’objet. Ceci suppose que l’auteur des violences puisse assumer et donc accepter de reconnaître celles-ci comme étant siennes. La cicatrisation de la réalité procède de la restauration de l’accord de tous à son sujet ; elle est à ce prix, et c’est le prix de la paix, qui n’est jamais trop élevé. De manière symbolique, au nom de la nation, et donc au nom de chacun de ses membres, Jacques Chirac a reconnu en 1995 la responsabilité de l’Etat français dans la déportation de dizaines de milliers de Juifs. Comment oserions-nous nous regarder en face, s’il ne l’avait pas fait ? Même l’Eglise catholique, qui en matière de reconnaissance de ses fautes est vraiment la dernière des dernières, a reconnu sa contribution à la Shoah - mais sans cependant s’adresser au peuple juif directement, seulement à Dieu, a tenu à préciser le cardinal Lustiger !

Il y a là, dans cette capacité à déclarer publiquement ses responsabilités, quelque chose de salvateur et, pourquoi ne pas le dire, quelque chose de christique, au sens où il nous est demandé de venir délibérément nous mettre à la place de celui qui est en cause. Cette exigence morale à laquelle la nation allemande a consenti - et continue de consentir - nous vaut la paix dont nous jouissons à présent en Europe. Nous pouvons donc dire, me semble-t-il, que sous le rapport de la Shoah, l’essentiel de ce qui était à faire a été fait et il n’y a qu’à s’en féliciter car, même si nous avons à porter une responsabilité, nous vivons à présent en paix avec ce passé, avec ses victimes.

Tenter de poursuivre dans cette direction pour contribuer encore au devoir de mémoire et à l’éveil des consciences est a priori louable, car la tâche n’est jamais achevée. Toutefois, une orientation conceptuellement juste ne garantit pas que l’action que l’on voudrait en faire découler soit elle aussi juste. Agir, c’est en effet s’inscrire dans le contexte d’une réalité qui peut radicalement changer les significations.

Or, si c’est bien cette justice source de paix que nous poursuivons au travers du devoir de mémoire, il convient de se demander si les ressources "attentionnelles" de la nation doivent être encore davantage allouées à la mémoire de la Shoah ou s’il ne serait pas temps d’étendre le principe d’une démarche responsable et réconciliatrice aux autres moments douloureux de l’histoire de France, au moins ceux qui ne sont pas tombés dans l’oubli et dont les victimes ou leurs descendants sont encore là pour témoigner.

Ainsi, par exemple, il convient de se demander combien de temps encore devrons-nous attendre que la France reconnaisse officiellement avoir contribué à la mise en esclavage des peuples africains ? Avoir amené la communauté internationale à faire de l’esclavage un crime contre l’humanité est certes une réussite, mais elle n’est guère reluisante dès lors qu’elle participe d’une mascarade et contribue à différer le moment inévitable et nécessaire où il nous faudra reconnaître et assumer les violences de nos pères. Que dire aussi des violences coloniales, passées et présentes ? Que dire encore de la collaboration des agents de la République avec l’occupant nazi ? S’est-elle limitée à l’arrestation de personnes juives ? Que non pas !

L’Histoire de France n’est pas seulement glorieuse. Elle a une face cachée qui est une longue litanie de violences enfouies dans ses fondations. Ces dernières ne manqueront pas d’affleurer tôt ou tard. Tirer argument d’une concurrence des mémoires pour ne rien faire serait d’une indicible indécence étant donné que la multiplicité des victimes résulte de la multiplicité des violences perpétrées. Le plus rapidement nous aurons fait ce qui doit être fait, le plus tôt nous serons en paix, le plus tôt nous retrouverons une authenticité dont il n’est que trop évident qu’elle nous fait à présent défaut. Il n’y a rien là que nous ne puissions accomplir. Il ne serait que temps.

Le Premier ministre australien ne vient-il pas de présenter des excuses aux Aborigènes pour les injustices historiques qui leur ont été infligées ? Il y avait là quelque chose de nécessaire, qui vaut au chef du gouvernement d’être au plus haut dans les sondages et à l’Australie de récupérer une légitimité morale bien entamée par sa contribution à l’invasion de l’Irak et son refus initial de se conformer à la charte de l’ONU sur les droits des peuples indigènes.

Bruckner a raison de rappeler que « le devoir de mémoire défi­ni par Primo Levi est l’obligation faite aux survivants, aux té­moins, de dire, de raconter. Pas celle de commémorer ». Mais cela ne suffit pas. La parole des victimes doit encore rencontrer celles des bourreaux. Les commissions Vérité et Réconciliations mises en place en Afrique du Sud après la chute de l’apartheid visaient d’abord à cela. Ce qui compte, c’est de s’accorder sur ce qui s’est passé, pour que la vérité soit reconnue et que chacun ait enfin le sentiment d’accéder à une réalité restaurée, où les monstres ont disparu, laissant place à des humains égarés et malheureux qui se croient fondés à faire violence pour se faire justice. Des humains auxquels il est possible de pardonner pour autant qu’ils veuillent bien reconnaître qu’ils ont à se faire pardonner.

Dans le très beau livre d’Andersson, Lagolnitzer & Rivasseau (2007) intitulé Justice internationale et impunité, le cas des Etats-Unis, on trouve un chapitre avec une conclusion impressionnante de lucidité sous le rapport de ce qui nous occupe :

« Si j’étais le président, je pourrais stopper les attaques terroristes contre les Etats-Unis en quelques jours. Définitivement. Je demanderais d’abord pardon, publiquement et en toute sincérité, à toutes les veuves et tous les orphelins, à tous les torturés, à tous les appauvris et à toutes les millions d’autres victimes de l’impérialisme américain. Puis j’annoncerais que les interventions américaines à l’échelle mondiale - y compris les atroces bombardements - sont terminées. Et j’informerais Israël qu’il n’est plus le 51e Etat de l’Union, mais, assez bizarrement, un Etat étranger. Je réduirais ensuite le budget militaire d’au moins 90 % et j’utiliserais les économies pour payer des réparations aux victimes et restaurer les dommages occasionnés par les nombreux bombardements et invasions américains. Il y aurait plus d’argent qu’il n’en faut. Savez-vous à quoi équivaut une année du budget militaire des Etats-Unis ? Une année ? C’est égal à plus de 20 000 $ par heure pour chaque heure depuis que Jésus-Christ est né.

C’est ce que je ferais durant mes trois premiers jours à la Maison-Blanche. Le quatrième jour, je serais assassiné. » William Blum, Libérer le monde à mort (Freeing the world to death), p. 96. tr. auct.

L’auteur donne bien, je crois, la mesure de ce qui est en jeu, le prix de la paix en somme. Ce qui est demandé à chacun et, en particulier, au président, représentant de la nation, c’est du courage et la volonté d’assumer ses responsabilités.

Quelque reproche que l’on puisse lui adresser par ailleurs, je n’ai pas de raison de penser que Nicolas Sarkozy manque de l’un ou de l’autre. Dès lors, je veux encore croire que nous pouvons progresser et aider le monde à sortir de la plaine d’Armaggeddon avant qu’il ne soit trop tard. Car ce dont il est traité ici n’est pas qu’une question de programme éducatif, une question sur laquelle les historiens et les psychologues de l’enfance auraient à se pencher avant, sans doute, les politiques. La question n’est pas là. La question posée, c’est celle qui parcourt toute l’œuvre de René Girard, à savoir, celle d’une possible sortie de la violence pour l’humanité. Cette sortie chacun peut contribuer à l’accomplir. En acceptant, jour après jour, ses responsabilités. Chacun sait très bien ce que cela veut dire. Mais qu’il est difficile de passer aux actes !


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43 réactions à cet article    


  • ZEN ZEN 20 février 2008 11:26

    Je retiendrai seulement la notion développée par Ricoeur de "juste mémoire"

    « Je reste troublé par l’inquiétant spectacle que donne le trop de mémoire ici, le trop d’oubli ailleurs, pour ne rien dire de l’influence des commémorations et des abus de mémoire - et d’oubli. L’idée d’une politique de la juste mémoire est à cet égard un de mes thèmes civiques avoués. » (Paul Ricoeur)


    • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 20 février 2008 21:39

      La citation de Ricoeur est belle. Elle est intéressante car elle parle de "trop d’oubli" autant que de "trop de mémoire". Dès lors elle me convient très bien car, entre autres choses, je pointe le fait que le devoir de mémoire vis-à-vis de la Shoah a été réalisé et continue de l’être d’une manière plutôt satisfaisante de sorte que vouloir y insister encore, c’est risque de rester dans le "trop d’oubli" pour toutes les autres victimes à l’égard desquelles la nation est redevable du même devoir de mémoire.

      En tout état de cause, cette citation ne peut en rien constituer une critique du devoir de mémoire puisque la possibilité d’un "trop d’oubli" est évoquée

      Enfin, je tiens à souligner le fait que mon discours ne plaide pas tant pour un devoir de mémoire que pour un devoir de responsabilité.


    • Avatar 20 février 2008 12:25

      "La mode de la repentance est une mode exécrable.
      Je n’accepte pas que l’on demande aux fils d’expier les fautes des pères, surtout quand ils ne les ont pas commises.
      Je n’accepte pas que l’on juge toujours le passé avec les préjugés du présent ." (...)

      Nicolas Sarkozy

      http://www.u-m-p.org/propositions/index.php?id=repentance

       


    • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 20 février 2008 21:50

      1°) A aucun moment dans mon article, je ne traite de la question de l’exceptionnalité de la Shoah

      2°) Cette question n’est pas pertinente en la matière car, quand bien même il conviendrait de reconnaître à la Shoah un caractère exceptionnel, il ne pourrait s’ensuivre qu’elle seule doive faire l’objet d’un devoir de mémoire et de responsabilité. Il me semble a priori indécent d’appeler à une forme de tri entre les bonnes et les mauvaises victimes de nos violences passées. Une attitude responsable est due à chacune d’entre elles.

      3°) L’article de Finkelkraut dans Causeur est de très bonne facture. Il dit beaucoup de choses belles et bonnes, des fort critiquables aussi, mais il ne se trouve rien qui puisse soutenir l’idée d’une exceptionnalité de la Shoah


    • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 21 février 2008 22:47

      Merci tout d’abord pour ce commentaire polémique mais aussi constructif à sa manière. Il correspond parfaitement à ce que j’attends comme forme d’échange sur agoravox. Ma réponse est la suivante :

      1°) Je n’ai pas dit que l’on s’excusait trop pour la shoah. Je ne parle pas d’excuses. Nous y viendrons plus loin. Je parle de mémoire et de responsabilité

      2°) Le fait que je suggère que ce qui a été accompli dans le devoir de mémoire de la Shoah est plutôt satisfaisant, grâce en particulier à la responsabilité que le peuple allemand continue d’assumer remarquablement, n’est pas, une base suffisante pour me faire dire qu’on en aurait trop fait. Au contraire, j’y insiste, ce qui a été fait était à faire. Cela a été fait. Tant mieux.

      3°) Ce que j’ai tenté de dire, c’est qu’à présent, la situation qui doit être reconnue, comme le fait indirectement Finkelkraut, c’est celle d’une demande d’équité sous le rapport de la mémoire. Equité ne veut pas dire égalité. Je vous demande d’entendre cela.  Klarsfeld qui suggère de partager le gâteau mémoriel ne devrait pas être suspect à vos yeux, n’est-ce pas ? L’Allemagne qui érige à Berlin un monument à la mémoire des homosexuels et des tziganes exterminés par les nazis ne devrait pas l’être davantage, n’est-ce pas ?

      4°) Eh bien, je ne fais rien d’autre ! Inviter à considérer qu’il est temps de donner aussi attention, reconnaissance et mémoire aux autres victimes de l’histoire, de notre histoire.

      5°) Vous dites en substance que s’excuser, c’est trop facile. Je suis bien d’accord. Nous y reviendrons plus bas. Ce qui est difficile, c’est d’assumer, c’est de reconnaître, c’est donc de dire ou de faire le récit in extenso des violences perpétrées. Sans cela, les excuses sont vaines

      6°) D’accord avec l’idée que la notion de péché originel puisse être rapprochée avec celle d’une responsabilité de tous dans la Shoah. Dès que nous sommes serviles et obéissant à une autorité qui nous manipule par des mythologies contrefaites pour nous amener à faire violence, à faire la guerre avec le sentiment d’être dans le vrai et dans la justice, nous nous rendons coupable de participation à la Shoah. Oui, je veux bien voir les choses ainsi, puisqu’il s’agit au fond d’une généralisation de la violence originaire

      7°) Vous avez un problème de catégorisation. Vous dites les « autres crimes de masse ». Ce faisant, vous assimilez la Shoah aux « autres crimes de masse ». D’où une identité de statut, au moins sous ce rapport. La Shoah est, parmi les différents crime de masse, un génocide. Nulle part il n’est écrit qu’il n’y a eu qu’un seul génocide. Il y a eu dans l’histoire plusieurs génocides, et la Shoah en fait partie. Maintenant, vous me laissez entendre que la Shoah est un génocide unique en son genre. Très bien. Mais sachez que la différence est triviale au sens des mathématiciens. On la trouve dès qu’on la cherche. Le génocide des amérindiens est lui aussi unique. De la même manière que tous les individus sont uniques. Sauf que, par ailleurs, vous le savez très bien, ils se ressemblent aussi énormément. En conclusion, si vous voulez accorder un statut unique à la Shoah, il vous reste à en démontrer rationnellement la nécessité. Les références autoritaires seront ici vaines.

      8°) Le seul moment où je parle d’excuses c’est en référence à celles présentées par le premier ministre australien aux Aborigènes. J’ai négligemment repris ce terme alors que « demander pardon » eût été plus adéquat. La différence est essentielle pourtant et je n’aurais pas dû la manquer. S’ex-cuser veut étymologiquement dire se mettre hors de cause, alors que demander pardon veut dire que l’on se met en cause. Ce dont je parle, c’est de se mettre en cause, non pas seulement pour se battre la coulpe avec volupté, mais pour que l’histoire des faits puisse être racontée d’une manière où chacun se tenant à sa place, tous puisse s’accorder sur le récit et se réconcilier, étant donné que le besoin de reconnaissance de la réalité de la violence subie sera alors satisfait chez les victimes. Les excuses n’ont aucune vertu. La demande de pardon et la reconnaissance de ses méfaits accomplit en effet des miracles sous le rapport de la réconciliation. Les japonais, avec leur ultra-compétences dans l’euphémisation, n’ont jusqu’à présent adressé aux Chinois que des « désolé pour le désagrément ». L’insistance des chinois en découle logiquement.

      9°) Au fur et à mesure où les victimes prennent conscience de ce qui leur est dû et que parallèlement elles constatent un refus de leur donner ce dû, le ressentiment ne peut que croître. Votre attitude y contribue. Cela se fait avec vous. Cela se fait malheureusement avec moi puisque je ne peux me désolidariser de la communauté nationale.

      10°) Je ne plaisante pas quand je dis qu’il y a quelque chose de christique à (écoutez-moi bien je vous prie) « venir délibérément nous mettre à la place de celui qui est en cause. N’est-ce pas ce que le Christ a accompli ? Il savait ce qu’il attendait. Il savait devoir le faire. Et c’est ce qu’il a fait. Il a assumé les crimes de ses pairs, les humains. Le fait qu’il ait été innocent ne rend que plus impérieuse la voie qu’il nous montre, à nous qui ne sommes pas innocents. Vous souvient-il de ce qu’il a pu dire sur les pharisiens qui disaient en substance « les crimes de nos pères nous ne les aurions pas commis ». Il a bien proféré un « malheur à vous » si je ne m’abuse ?

      Etes-vous sûr de ne pas en être ?


    • Internaute Internaute 20 février 2008 12:26

      La responsabilité de M. Luc-Laurent Salvador dans la Shoah est on ne peut plus évidente. Il doit donc payer en conséquence.

      Quand à la Nation, elle a bon dos, mais elle a déjà payé. Le socialiste Pierre Laval a été fusillé et le Maréchal Pétain a fini sa vie en prison. L’industrie de la repentance est une maladie dont il faut soigner ceux qui en sont atteints. Personnellement je ne me sens absolument pas concerné par ces histoires et veut bien m’y intéresser à titre historique tout comme à la la révolutin judéo-communiste ou aux guerres de religions. Une ou deux pages dans un manuel scolaire de 100 pages seront largement suffisantes pour traiter ce thème.

       


      • Proton 20 février 2008 12:47

        Pourquoi vouloir imposer son masochisme individuel aux autres ?

        Soyons constructifs et créons une caisse de dédommagement des victimes des actes coupables de la "Nation", caisse alimentée par des contributions volontaires.

        Gageons que nous serons impressionnés par la générosité de certains.


        • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 20 février 2008 21:57

          @proton

          Le masochisme est dans l’oeil de l’observateur. On le voit où on veut bien le voir, c’est-à-dire, généralement lorsque l’on ne comprend pas.

          Ceci dit la proposition est excellente. Car en effet, la responsabilité pleinement assumée consiste à avoir le souci de réparer autant que l’on peut.

          J’adhère !


        • JL JL 20 février 2008 13:22

          L’auteur écrit : ""A l’aune de cette forte parole, on peut mesurer le chemin parcouru depuis le 6 mai. Quel prodigieux revirement ! D’aucuns s’en gausseraient, mais celui qui est dans l’erreur puis se reprend n’opère-t-il pas un heureux revirement  ?""

          Si Sarkozy était dans l’erreur, comment expliquez vous qu’il ait été élu ? Si maintenant il est dans le vrai, comment expliquer cette réaction quasi unanime de la droite à la gauche quant à cette proposition ?

          L’auteur prend manifestement des vessies pour des lanternes.


          • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 20 février 2008 22:08

            En matière de vessies prises pour des lanternes, nul doute que vous ayez quelques compétences.
            Car supposer qu’un président nouvellement élu ne pouvait être dans l’erreur ici ou là, c’est vraiment embrasser l’illusion à bras le corps.

            Par ailleurs, vouloir s’en tenir à l’idée que la réaction est "quasi unanime" dans l’hostilité à cette proposition, c’est encore verser dans l’illusion. Maintes réactions de diverses personnalités de premier plan ne le sont pas. Il n’y a pas consensus, mais dissensus.

            Enfin, quand bien même il y aurait consensus, qu’est-ce que cela changerait ? Il arrive parfois que la foule ait tort et qu’elle doive malgré tout entendre un discours qu’elle refuse. A tort ou a raison, de Gaulle a été capable de cela. Malgré son fameux "je vous ai compris", il a consenti à l’indépendance de l’Algérie.

             


          • JL JL 23 février 2008 10:48

             

            A l’auteur : que vous déformiez le sens de mon propos, pas grave, ça prouve ou votre mauvaise foi ou votre manque de subtilité. Plus grave est votre comparaison entre De Gaulle et sarkozy. Il est vrai que vous n’étiez pas né (si votre photo ne ment pas). Ne prenez pas non plus des vessies pour des lanternes concernant l’Algérie. Mais ne refaisons pas l’histoire svp. Enfin, considérez donc que la foule a tort aussi sur ce fil, si ça vous fait plaisir !

            Ps. C’est quoi un écologiste libertaire ? Un oxymore ? Car enfin, la liberté absolue de polluer l’environnement c’est difficile à admettre. Je suppose que vous pensez que les affaires et la morale font bon ménage. Vessies, lanternes, …


          • Argo Argo 20 février 2008 13:27

            S’il est normal qu’une nation assume les erreurs de son passé, sur la base des faits historiques, l’usage politicien du devoir de mémoire, la compassion "ciblée" et l’instrumentalisation des communautés, chers à notre président, paraissent beaucoup plus discutables et vains.

            Une démarche discutable sur le fond. Peut-on aujourd’hui contester une lecture du nazisme centrée sur l’antisémitisme et se poser la question de l’exemplarité de la Shoah ? Ce processus ne conduit-il pas à minorer le massacre des Tsiganes, des homosexuels et des asociaux ? Et au delà du nazisme, n’existe-t-il pas d’autres malheureux exemples de génocides et d’exactions ? (Voir d’autres billets sur Avox).

            Une démarche discutable sur la forme. Un gamin de 11 ans peut-il s’identifier à une victime du nazisme de son âge ? Lui imposer ce parrainage, n’est ce pas une charge anxiogène, morbide, démesurée ? Ne va-t-on pas, au contraire, obtenir l’effet inverse, favoriser un attrait, une dynamique de l’oubli, voire, pire, du déni du fait historique ?

            Une démarche vaine (cf l’interview de Finkielkraut citée ci-dessus par Florentin Piffard). L’"idéologie victimaire", la saturation de la mémoire, la référence incessante à la Shoah et les inévitables polémiques qui s’en suivent servent-ils finalement la cause de la communauté juive ? Des voix, comme celle de Simone Veil ou Finkielkraut, s’élèvent au sein de la communauté juive pour affirmer le contraire.

            Enseigner à nos enfants les réalités historiques est du ressort de l’école. Les alerter contre toutes les formes de barbarie, de racisme et d’intolérance religieuse, est le devoir des parents. Quant à l’Elysée, qu’il s’occupe de notre politique étrangère, de notre pouvoir d’achat (s’il le peut) et qu’il commence par arrêter de menacer, comme il n’a de cesse de le faire, l’universalisme qui fonde notre constitution.

            Les Droits de l’Homme sont encore, et de loin, les meilleures voies à explorer pour nos enfants et les meilleurs atouts pour l’humanité (y compris pour la communauté juive et l’état d’Israel).


            • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 20 février 2008 22:19

              J’ai peu à dire concernant votre commentaire si ce n’est que je suis globalement d’accord avec son orientation, c’est-à-dire son opposition à la proposition de Nicolas Sarkozy et plus généralement, à son ingérence insistante et un peu désordonnée dans la sphère symbolique.

              OK donc sur le fond. Mais précisément, je vois là l’occasion de souligner ce que peut-être je n’ai pas su faire suffisamment dans l’article, à savoir le fait que je ne m’intéresse pas à la proposition elle-même mais à ce qu’elle augure plus fondamentalement de la question du devoir de mémoire et de responsabilité.

              La plupart des observateurs s’accordent à voir ici une forme de revirement après le discours tranché vis-à-vis de la repentance. Là est la chose intéressante. Le reste sera noyé dans des commissions et m’importe peu dans son détail.

              Globalement je suis critique vis-à-vis de la proposition d’abord parce que je la crois peu réalisable. Notamment dans les ZEP où elle devrait être a priori difficilement lisible.


            • Ar Brezonneg 20 février 2008 14:41

              Devoir de mémoire : Cette semaine c’est le massacre des Lucs sur Boulogne....

               

              C’est en Vendée : 1000 femmes, enfants et vieillards passés à la bayonnette par des eisatz truppen de la république....

              Un massacre de 1000 ames vendéennes... IL y en a eu 800 000 comme cela : cela s’appelait la "Dépopulation "de la vendée...

              Alors il faut aussi se souvenir de ces enfants vendéens !... Pas de racisme s’il vous plait !


              • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 20 février 2008 22:31

                Merci pour ce commentaire qui est un parfait exemple de ce que j’essaie de dire, de manière trop abstraite, en parlant de cette litanie de violence dont est faite l’histoire des hommes.

                La violence nait d’abord de ces combats où l’un veut avoir le pouvoir sur l’autre. L’histoire n’est presque que cela, et le malheur est qu’elle est racontée du point du vue du vainqueur.
                Or, les vainqueurs pensent que les perdants n’ont eu que ce qu’ils méritaient et qu’ils doivent se taire parce qu’ils ont perdu. Ils couvrent ainsi des violences illégitimes au sens où même l’acte de guerre ne les justifiait pas.

                Heureusement, nous pouvons encore entendre les victimes des génocides et des massacres. Elles demandent réparation et je trouve cela légitime.

                Si mon père a tué pour s’approprier une terre et bâtir une fortune dont je jouis actuellement, il est normal que j’ai le souci de la réparation et entende les descendants de la victime, si j’ai la moindre notion de justice.

                Nous sommes une société dont la richesse s’est historiquement bâtie sur l’esclavage, la colonisation puis l’exploitation économique des pays dits "sous développés" et pour cause. Il y a là une somme de violences à assumer qui paraît sans doute trop lourde à certains, d’où leurs efforts pour y tourner le dos


              • Internaute Internaute 20 février 2008 18:30

                Oui, cela signifie simplement que le sujet est épuisé.


              • Avatar 20 février 2008 18:57


              • non666 non666 20 février 2008 20:33

                Arthur mage, je me rappelle de ce fameux article.

                Je me rappelle y avoir posté.

                Je me rappelle l’appel a la censure, la capitulation de la redaction d’avox a ton lobbying a base de culpabilisation et d’accusation d’antisemitisme pour provoquer l’autodafé que tu a brillament reussi.

                Non, rien de rien,

                non, je ne regrette rien de ce que j’ai ecrit et je n’oublie pas.

                Mais vos methodes ont changé, et je sais que vous etes en recul, désormais parfaitement identifiés, vous ne pourrez pas continuer impunement.

                Meme les plus sceptiques finiront par vous voir tels que vous etes et tels que vous agissez.

                Tu crois avoir gagné, mais en vérité, tu a juste signé ton crime et contribué a vous devoiler.

                C’est moi le gagnant.

                 


              • non666 non666 22 février 2008 19:02

                Arthur mage, je ne cautionne pas l’appelation communauté juive pour parler des lobbyistes sionistes.

                Je ne fait aucune amalgame entre la partie malsaine et le tout.

                J’ai decider suite aux remarques pertinentes de msuyer de parler de lobby sioniste.

                Ensuite l’expression piece jaune pour les etoiles jaunes etait un moyen extrement clair (et qui a parfaitement reussi ) de montrer comment une operation presidentielle (piece jaune) etait utilisé par un opportuniste(sarkozy) pour rallier la communauté juive (etoile jaune) et servir de renfort a la diabolisation pour le groupe de pression pro-israelien .

                Je sais que vous avez parfaitement compris la menace que je represente en decortiquant tous vos amalgames, toutes vos techniques de renforcement de la diabolisation, tous les liens visibles et parfaitement prouvés entre Sarkozy et ce fameux lobby.

                Que les oies blanches d’avox soient encore sensible a ce genre de manipulation me confirme juste que la diabolisation fonctionne encore parfaitement bien, ce qui explique le fait qu’on ai refusé mon article zur le sujet.

                Moi, mon pays , c’est la France et je ne sert qu’un seul drapeau, le miens.

                Ma tolérance avec les etrangers ne va surement pas jusqu’a les laisser chier sur mon pays pour defendre le leur,. meme si ces etrangers possedent dans leur collection de passeport, le meme que le mien.

                Je sais parfaitement quels sont les enjeux de la partie, pourquoi le TCe est reactualisé et pourquoi personne ne parle de la candidature d’israel.

                D’un autre coté, vous pouvez me faire interdire du site, et vous avez deja quelques alliés a ce sujets.

                 

                 

                 

                 


              • judel.66 20 février 2008 15:56

                avons nous voté pour cela.........la France profonde ne suit pas.......quelle responsabilité voulez vous encore lui faire assumer.......pouquoi pas celle de la saint bartélémi ou le genocide des vendéens.......


                • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 24 février 2008 20:52

                  La question n’est pas de savoir pour quoi vous avez voté. Vous avez voté, assumez. La question est de savoir ce que fait celui qui est au pouvoir. Moi qui n’ait pas voté pour lui, je me réjouis de le voir prendre une orientation qui me paraît saine et qui, à terme, devrait être bénéfique, quand bien même, dans l’immédiat, la mesure envisagée paraît plus problématique qu’autre chose.


                • lotus bleuette lotus bleuette 20 février 2008 16:17

                  Oui ,monsieur Salvador, les millions de juifs morts sont une horreur .

                  Mais ceci ne justifie pas de faire n’importe quoi.Et qui de plus est, à l’école, avec nos enfants.

                  Voilà en vrac mes idées sur l’idée de confier à chaque élève de CM2 la mémoire d’un des 11000 enfants juifs déportés...

                  au risque de faire de l’antisarkosisme primaire, je m’en excuse donc par avance .


                  - Sensibiliser des enfants de 10ans sur le sort d’enfants juifs de leur âge:cela peut fonctionner mais le processus identificatoire aura-t-il les effets escomptés ? Je ne le crois pas.Mettre les enfants en contact avec l’horreur pour les "vacciner" pour plus tard c’est complètement illusoire, c’est oublier aussi comment ca fonctionne un enfant, surtout en groupe.Leur demander de ressentir tout le poids d’une culpabiité qui n’a pas été suffisamment endossée jusqu’ici ?
                  C’est oublier tous les mécanismes de défense qui sont à l’oeuvre à cet âge là.A mon avis il est beaucoup plus utile de faire étudier aux enfantsl’histoire et de leur faire lire des ouvragesd’’écrivains qui ont réfléchi sur le sujet et où ils pourront puiser des idées qu’ils pourront s’approprier par la suite, lorsqu’ils seront en âge et en capacité de se dècentrer d’eux-mêmes,de comprendre les choses, voire de se recueillir s’ils en ressentent le besoin.A dix ans, on collectionne encore les dinosaureset on jouit de la crainte qu’ils inspirent,on jubile devant l’horreur des scènes de violence pour montrer qu’on a pas peur..Pourquoi encore solliciter les systèmes d’absorption-défense des enfantsqui sont par ailleurs dèjà sursollicités par la violence véhiculée par les mèdias.Pour la bonne cause ? Pour donner bonne conscience aux politiciens ? Cela n’a pas de sens.
                  Que monsieur Sarkozy s’occupe donc enfin de ce qu’il sait faire : est-ce que je m’occupe moi de donner des indications sur la trajectoire de la fusée Ariane ?????



                  - Ensuite et surtout pourquoi la Shoah ? Ils n’en ont pas marre de faire plaisir à la communauté juive ?Pourquoi pas les enfants noirs victimes de la traite des noirs, pourquoi pas les enfants victimes d’expulsion, bien actuelles celles-ci ?
                  Dans l’école où je travaille chaque élève pourrait bientôt en parrainer un autre enfant "vivant" de l’école ,un tsigane expulsé de partout par exemple qui n’a jamais été à l’école et a vècu pas mal d’horreurs , bien contemporaines celles-là.
                  Il y a les chouchous de la mémoire , mais que doivent alors penser les autres , tous ceux qui auraient aussi grand besoin d’être tirés eux aussi de l’oubli ?
                  Il y en aurait des parrainages à faire , des noms et des prénoms à connaître,des horreurs à partager, on en finirait pas ...Que d’émotions en perspective !
                  Et on connait bien les dangers et les dérives de travailler dans le registre de l’émotion.Ce qui est encore plus vrai avec des enfants.


                  Revenons en à monsieur Sarkozy.Tout cela sent à plein nez et à mon avis, le coup médiatique pro-israelien.Il serait complètement naif de ne pas le voir.
                  Il n’a aucun recul ce monsieur Sarkozy, on a l’impression qu’il s’agite comme une marionette en se mettant en scène à dire les idées des autres, en changeant de direction comme le vent souffle.


                  • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 22 février 2008 20:00

                    @lotus bleuette,

                    J’aime bien la conjonction d’un ton passionné et de la maîtrise du propos que l’on trouve dans votre commentaire.

                    Vous dites en subtance qu’il y aurait de réels problèmes de nature psychologique à mettre en oeuvre la proposition de NIcolas Sarkozy. Je vous suis très bien. Il y a des risques indéniables et le fait d’amener de jeunes enfants à assumer avec l’énergie et l’engagement qui les caractérisent, une lourde mémoire quand tant d’adultes voudraient s’en détourner, cela semble presque immoral.

                    Par ailleurs, vous évoquez la problématique du partage du gâteau mémoriel (cf. l’interview de Finkelkraut indiqué par Florentin Piffard) et là encore, je vous suis très bien. Je ne dirais pas que l’on en a trop fait, mais seulement qu’une forme d’équité est à présent nécessaire sous le rapport de la mémoire ;
                     

                    Enfin, concernant les intentions uttimes de Nicolas Sarkozy, je me garde de toute inférence et je m’empresse de rappeler, c’était le but de mon papier, qu’il importe peu au fond de savoir d’où vient la présente proposition car ce qu’il faut reconnaître, c’est qu’elle est heureuse, simplement parce qu’elle ramène la question de la mémoire et de la responsabilité dans le débat public.


                  • Dolores 20 février 2008 17:22

                     ASSEZ !

                     

                    Nous sommes tous coupables de tout ce qui s’est passé depuis la nuit des temps : aujourdh’ui il faut se battre la coulpe pour tous ceux qui nous ont précédé dans l’histoire. Il n’y aura jamais de fin car la liste des crimes est longue depuis le premier qu’on ignore encore.

                     

                    Dans les années 60, quinze ans après la fin de la guerre, mon prof d’Histoire nous a montré les horreurs des camps, sans complaisance grâce à des documentaires, et nous avons pleuré. Personne de ma génération ne peut ignorer ce qui s’y est déroulé.

                    Mais ma génération n’est pas responsable de ces horreurs et elle n’a pas à se repentir de quelque chose qu’elle n’a pas commis.

                     

                    La génération de mes enfants l’est encore moins etc..

                     

                    Se souvenir oui , vivre avec les morts non.

                     


                    • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 23 février 2008 14:53

                      Dolorès, votre réaction semble avoir l’évidence pour elle, mais toute la difficulté est savoir aller au-delà de cette évidence, car elle est trompeuse.

                      Vous me donnez l’exemple des camps de concentration en indiquant que votre génération n’en est pas responsable, pas plus que celle qui a suivi. Très bien, mais pour pouvoir tenir cette position, encore faut-il savoir de quoi on parle quand on parle de responsabilité ;
                       

                      Votre génération n’a pas participé à la Shoah, ça c’est incontestable. Est-elle pour autant porteuse d’aucune responsabilité ? ça se discute :

                      1. La génération d’après-guerre descend d’une génération au cours de laquelle il y a eu contribution à la Shoah, non seulement par des individus convaincus mais par l’état français. Dès lors, symboliquement, toute la nation, dont l’état est le représentant, s’est trouvée impliquée dans la Shoah. C’est cela que Chirac a reconnu
                      2. Le fait que des enfants n’ait pas participé aux crimes de leurs pères, les innocente dudit crime, mais ne le déresponsabilise pas pour autant. Prenons un exemple fictif. Mes parents assassinent un voisin et s’approprient ses richesses. De deux choses l’une :
                      • ou bien je me désolidarise complètement de ma famille en la déclarant criminelle,
                      • ou bien si je reste solidaire avec eux, j’en partage la responsabilité morale vis-à-vis des actes commis.

                      Les jeunes allemands d’après-guerre, dès lors qu’ils se reconnaissaient allemands, dès lors qu’il ne fuyaient pas leur patrie, avaient à porter la responsabilité des crimes commis pendant la guerre. C’est ce qu’ils ont fait dans leur immense majorité. Cela a-t-il empêché l’Allemagne devenir la première nation de l’Europe ? Que nenni. Les allemands sont des gagneurs ET ils sont responsables (au double sens du terme, mais ici, j’entends souligner le côté positif). Il n’y a aucun masochisme à porter sa responsibilité. Seulement une question de dignité et de respect pour la personne humaine, celle à laquelle on a fait violence, et la sienne propre, que l’on respecte lorsque l’on a le souci de la vérité.

                      Vis-à vis de la Shoah, nous avons tous à porter une responsabilité qui vient de notre affiliation à la nation française. Accepter cette responsabilité ce n’est pas se complaire dans une culpabilité, c’est élever son niveau de conscience pour se poser la question suggérée par Florentin Piffard et que je formule ainsi : "y a-t-il en moi de ces faiblesses qui m’auraient fait consentir à la collaboration ?". La responsabilité est une invitation à la réflexion et au travail sur soi nécessaire à un vivre ensemble harmonieux et pacifique.

                      Pour finir, je tiens à souligner que l’image de parents criminels utilisée plus haut, aussi extrême qu’elle puisse paraître n’est pas hors de propos. L’esclavage est reconnu comme crime contre l’humanité. Notre nation a assis son économie sur des richesses accumulées grâce à l’esclavage, puis grâce à la colonnisation puis enfin l’exploitation économique. Nous sommes tous, même si nous sommes relativement pauvre, les héritiers de richesses acquises dans le sang, des richesses illégitimes acquises en faisant des victimes qui n’ont pas été encore reconnues. Notre responsabilité est entière, quand bien même l’esclavage appartiendrait au passé. Il importe de la reconnaître, il importe de pouvoir dire ce que nous, nation française, avons (mé)fait, et d’en demander pardon aux descendants. L’Australie a fait ce qu’il fallait, nous pouvons le faire aussi.


                    • Dalziel 20 février 2008 17:50

                      Pour la Nation, assumer ses responsabilités, ça veut dire donner des sous à qui, Luc-Laurent Salvador ?


                      • adeline 20 février 2008 18:51

                        dalziel encore un post sans sens............pauvre de vous .....


                      • Dalziel 20 février 2008 20:10

                        Voici ce que je vous ai répondu sur un autre fil*, adeline (merci de me permettre cette rediffusion) :

                        sans sens

                        Vous admettrez avec moi que ça "sonne" vraiment mal, alors la prochaine fois, écrivez donc "dépourvu de sens", cela signifie la même chose.

                        Et avant de décréter que mon intervention est dépourvue de sens, lisez le texte auquel je réponds. Vous verrez alors que ce que je dis est très sensé.

                        Parce que ce Français, M. Jebri, qui se sent, en même temps, Marocain, n’est pas un Français comme les autres, ceux qui sont Français et rien d’autre, et qui restent très largement majoritaires dans le pays !

                        * http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=36172&id_forum=1622369&var_mode=recalcul#commentaire1622369


                      • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 24 février 2008 20:57

                        @ Dalziel

                        Votre question me paraît tout à fait sensée. En effet, assumer ses responsabilités, cela veut dire, si on ne se paye pas de simple mots d’excuses, avoir le souci de réparer. Les réparations ont un coût. Haiti demande une fortune à la France pour les pratiques esclavagistes qui s’y sont déroulées. Je ne dirais pas qu’il faille payer rubis sur l’ongle, mais vu la pauvreté de cet état, il me semble qu’un plan Marshall financé par la France à titre de réparation, ce ne serait pas mal du tout. Au regard de la communauté internationale, en plus, ça aurait de la gueule.


                      • 5A3N5D 20 février 2008 17:55

                        Il est assez surprenant d’entendre un président parler de la Shoah, dont il veut faire partager la responsabilité à nos enfants (ou petits-enfants) alors qu’il a pu, devant une assemblée de patrons, prononcer la formule suivante : "L’homme n’est pas une marchandise comme les autres." Lapsus ?

                        http://www.dailymotion.com/relevance/search/sarkozy%2Bhomme%2Bmarchandise/video/xmfqa_lhomme-nest-pas-une-marchandise_news

                         


                        • docdory docdory 20 février 2008 19:13

                           @ Luc Laurent Salvador 

                          Votre article est d’une grande naïveté .

                          Tout d’abord , il faut se pencher sur le problème des programmes scolaires . Lorsque j’étais écolier puis lycéen , l’histoire de la IIème guerre mondiale était au programme de la fin de CM 2 , de la fin de la 3ème , et de la fin de la terminale . Je me rappelle très bien qu’à aucune de ces classes , le programme n’a été terminé par les profs . En CM2 , il s’est arrêté à la guerre de 14-18 , en 3ème à la guerre de 1870 et en terminale au gouvernement chinois de Sun Yat Sen ! (Je n’ai d’ailleurs pas révisé l’histoire pour le bac , car dans la série D , c’était seulement à l’oral de rattrapage ! )

                          Aucun des trois profs n’a été jusqu’à la deuxième guerre mondiale . Je n’ai entendu parler de la deuxième guerre mondiale que par mon père qui me racontait son STO en Allemagne , et les bombardements du Havre , et que par " la grande vadrouille " et " la vache et le prisonnier " et quelques autres films de guerre vus à la télé . Vers quatorze ans , je suis tombé par hasard sur un petit document parlant de la déportation , document que je n’ai pas vraiment cru . Je n’ai vraiment pris conscience de l’énormité de la chose que vers l’âge de 25 ou 30 ans ...Je suis dans l’obligation de constater que mon fils de 11 ans1/2 , en 5ème , n’a pas vu la 2ème guerre mondiale en CM2 , pour cause de programme inachevé , et que ma fille de 9 ans 1/2 , actuellement en CM2 , n’en est qu’au début du 18ème siècle et ne verra donc probablement pas la 2ème guerre mondiale !

                          Alors , avant d’infliger à des enfants l’apprentissage de biographies d’enfants morts pendant la deuxième guerre mondiale , essayons d’imposer le fait que les programmes scolaires d’histoire soient vus jusqu’à leur fin et non arrêtés en cours de route !!! 

                          Il faudrait d’ailleurs tordre le cou à l’expression stupide " devoir de mémoire " . Il n’y a pas plus de devoir de mémoire que de devoir de digestion ou de respiration ou de n’importe quelle autre fonction biologique du corps humain . Il ne faudrait pas que ce " devoir de mémoire " qui est plutôt un devoir de commémoration , ne devienne un " pensum de commémoration " ! Sinon on risque d’entendre de navrants dialogues de cours de récréation dans l’avenir , du style : " vous avez quoi , comme cours ce matin ? " " On a interrogation de shoah " " Oh putain , j’y crois pas , la galère ! " 


                          • Dalziel 20 février 2008 20:13

                            Il faudrait d’ailleurs tordre le cou à l’expression stupide " devoir de mémoire " . Il n’y a pas plus de devoir de mémoire que de devoir de digestion ou de respiration ou de n’importe quelle autre fonction biologique du corps humain .

                            Alors, là, permettez, deux mots seulement : BRA !!! VO !!!


                          • Forest Ent Forest Ent 21 février 2008 00:07

                            Bon, si on veut vraiment faire devoir de mémoire, si l’on publiait les archives de Vichy qui, bien que théoriquement publiques, sont semble-t-il encore difficile d’accès aux historiens ? Ca ferait peut-être quelques surprises ... Et puis celles d’Algérie. Et puis ...


                            • Dalziel 21 février 2008 17:57

                              Et si on ouvrait celles de la Libération, ça pourrait n’être pas triste non plus, à en juger par certaines images diffusées dans le cadre du document de télévision "Eté 44"...


                              • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 21 février 2008 21:06

                                Excellent ! ça dit très bien ce que personne ne veut !


                              • chris 22 février 2008 10:19

                                Quand une de mes amies est partie pour la Martinique, parmi les affaires personnelles qu’elle nous a confiées ,il y avait le"Mémorial des enfants juifs déportés de France" de Serge Klarsfeld.Véritable Bible de plus de 1500 pages recensant avec photos et courtes biographies le destin tragique de 11000 enfants. L’idée m’est venue de montrer ce livre aux enfants de cm2 que j’avais alors.Or le fait est que je n’ai jamais eu le courage de le leur amener ..Ceci pour deux raisons.La première était la peur de choquer certains des enfants.J’appréhendais de parler de la mort, de la souffrance d’enfants de leur age. Je craignais de ne pas employer les mots justes , de ne pouvoir faire face à leurs émotions . La deuxième raison ,peut etre plus forte, était celle de faire partager la souffrancce, le deuil de la communauté juive à des enfants principalement maghrébins.Je m’inquiétais de la réaction de certaines familles à fleur de peau sur les questions d’identités et de mémoires.Mettre l’accent sur les juifs c’était m’engager avec les élèves sur un débat actuel au relent antisemite, au vu de leur position sur l’état d’Israel .Je pensais que ce débat m’engagerait trop loin conceptuellement avec des enfants si jeunes et prompt à des amalgames surement nourris et entretenus dans certaines familles.
                                Enfin , il m’aurait était plus facile de présenter ce livre si j’avais eu l’équivalent concernant l’extermination des Tziganes, d’autant plus que quelques élèves appartiennent à la communauté gitane.
                                Les paroles de Sarkozy ont le mérite d’ouvrir une réflexion avec la volonté de déboucher sur des actes. Il est certain qu’aujourd’hui je me sens plus autorisé que hier d’amener ce livre en classe. Cependant j’attendrai encore car je n’ai toujours pas l’impresssion de maitriser les conséquencs d’un tel geste


                                • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 23 février 2008 15:40

                                  Votre témoignage est très intéressant. Il exprime très bien, je crois, les doutes que les enseignants peuvent avoir vis-à-vis de l’enseignement de la Shoah dans des quartiers où la population n’y est pas forcément aussi bien disposée qu’elle peut l’être par ailleurs. Je pense qu’en ZEP particulièrement, des questions d’équité sous le rapport de la mémoire ne peuvent pas manquer d’apparaître et il paraît périlleux d’engager les élèves dans un dialogue constructif quand la nation elle-même n’a pas encore été capable d’opérer le débat en question. Peut-être le coup joué par Sarkozy, aussi discutable qu’il soit sur la forme, nous permettra d’avancer sur le fond. C’est ce que je souhaite


                                • parousnik 24 février 2008 15:08

                                  L’instrumentalisation de la Soah par NPSS montre combien cet individu issu de urnes de la propagande ne reculera devant rien pour maquiller et cacher sa politique "inhumaine". Son devoir de mémoire à lui il en fait quoi quand ses sbires expulsent vers la misére des enfants dont les seuls crimes sont d’être enfants de parents sans titre de séjour ?


                                  • alfredo 24 février 2008 22:41

                                    Sur ce thème délicat comme dans de nombreux autres sujet,s Sarkozy n’est d’évidence pas la solution aux problèmes mais le problème !

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