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Accueil du site > Actualités > Citoyenneté > Sergent Bruno résistant inconnu

Sergent Bruno résistant inconnu

Lorsque l'on célèbre l'Appel du Général De Gaulle du 18 juin 1940 ou le 70 ème anniversaire du D day on ne peut oublier que comme il y a un "soldat inconnu" il y a eu des résistants inconnus.

Dans le Limousin occupé par les nazis, une affiche du Comité du Front National de lutte pour l'indépendance de la France faisait le parallèle "14 juillet 1789- 14 juillet 1943" : "les boches et leurs valets vichyssois sont en train de nous affamer ; les prisons sont remplies de patriotes ; des otages sont fusillés par dizaines ; tous les français valides sont menacés de déportation dans les bagnes nazis. Patriotes limousins, le jour de la Fête Nationale le 14 juillet, n'allez pas au travail ; arborez drapeaux et cocardes tricolores."

Au même moment des affiches de l'Etat Français dirigé par Pierre Laval et Philippe Pétain montrant des jeunes façonnant un obus frappé de la croix gammée proclamaient : "Français travaille en Allemagne pour une France plus forte". Une autre affiche :"chaque heure de travail en Allemagne c'est une pierre apportée au rempart qui protège la France contre la Russie".

En février 1943 en effet le Service du Travail Obligatoire est décrété et ce sont 650000 jeunes gens qui vont partir vers l'Allemagne pour travailler dans le IIIème Reich dans des abattoirs, des boulangeries, des menuiseries,des garages... mais aussi dans les grandes firmes industrielles, Volkswagen, Daimler, BMW, Bayer, Siemens.

La police française arrête ceux qui ne se présentent pas à l'ordre de convocation. Et on intimide les familles en cas de désertion.

Dans la famille Petitjean le fils ainé Robert est requis avec ses copains pour le STO et il est dirigé vers une ferme allemande. Il s'évade, passe par la Belgique, parvient à rejoindre la frontière avec la France mais il est repris. Il est affecté aux mines de sel d'Ulm et cette fois pas de possibilité de récidiver en cavale.C'est dans cet internement de bagne qu'il subira comme ses co-détenus des injections mystérieuses, aux conséquences lourdes.

Lorsque son cadet, René, est appelé à rejoindre les Chantiers de Jeunesse,qui remplaçaient le service militaire obligatoire supprimé au moment de l'Armistice avec l'Allemagne, il n'est pas question pour lui d'accepter l'embrigadement vichyste. Il se contente donc d'un "aller-retour" dans la Forêt de Mézières en Brenne, lieu de rassemblement des "appelés".

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René Jean Raymond et la famille qui les hébergeait

Son père reçoit une lettre de menace du Commandant Schlund chef du Groupement de Jeunesse n°34 : "le 9 mars, votre fils, incorporé le 17 février à mon groupement, a quitté illégalement son Unité. Les recherches faites par la gendarmerie sont restées infructueuses. Au moment où, pour de mêmes cas, j'apprends que des mesures d'internement ont été prises contre les parents de pareils délinquants, je me fais un devoir de vous en avertir. Votre fils , rejoignant mon groupement ne subira qu'une peine minime..."

René rejoint alors le Maquis de Georges Guingouin,que Médiapart qualifie de" héros intensément tragique, premier maquisard de France, mauvaise conscience brûlante pour tous ceux qui accompagnèrent l'abaissement national".

Il sera le sergent Bruno, clandestin, que son père Léonce rencontrera une seule fois accompagné de ses deux jeunes enfants Yvonne et Guy. Léonce et sa famille subiront des descentes de police régulières à leur domicile et 48 h à la gendarmerie pour Léonce à la suite d'une action d'un " agent très motivé par la collaboration avec l'ennemi". Sans succès puisque le Sergent Bruno ne sera jamais arrêté.

Marqué par la vie du Maquis, par les combats, par sa participation à la bataille de Sussac contre "la colonne milico-allemande du 17 au 24 juillet 1944, par sa participation à la libération de Limoges", actions qu'atteste le lieutenant -colonel Guingouin.

Mais ce qui aura le plus marqué le jeune René c'est la mort du fils unique des paysans qui hébergeaient les maquisards. Ce fils, Raymond, fut décapité par les Allemands et René et son ami Jean "le ramenèrent à ses parents et aidés de deux paysans, en présence d'amis fidèles, l'ensevelirent sous l'éclatant soleil d'un après-midi d'été".

De tout cela, René, sergent Bruno, n'en a jamais parlé et ce sont les documents retrouvés fortuitement et une note dans un fascicule qui m'ont permis de connaitre sa réalité pendant la guerre.

René était mon oncle. 

 


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7 réactions à cet article    


  • claude-michel claude-michel 19 juin 2014 10:25

    Quelques uns ont su résister a l’envahisseur teuton...mais de nos jours..hélas ils collaborent tous avec.. !


    • Vipère Vipère 19 juin 2014 11:32


      Merci, Monsieur ROUMESTAND de rappeler aux français ce que la résistance a coûté en vies humaines, des vies de résistants anonymes dont René et bien d’autres sans doute... 

      De nos jours, il se trouve des français qui crachent sur DE GAULLE, et l’on se demande... c’est tabou d’en parler et peu politiquement correct, mais tant pis !

      Je reprends donc... si tous ces résistants qui ont libéré la France des occupants, ne sont pas morts pour rien ?

      • eric 19 juin 2014 17:57

        Cette discrétion me rappelle celle de pas mal de gens de notre village, proche du Vercors.Tous jeune, il fallait vraiment insister pour qu’ils racontent quelque chose.
        Fort contraste avec de nombreux individus et partis qui en firent un business par la suite.


        • riff_r@ff.93 riff_r@ff.93 19 juin 2014 22:01

          @ l’auteur
          Merci pour cet article. Il ne faut jamais oublier les Résistants, les risques qu’ils ont pris, le prix qu’ils ont payé, et surtout, pourquoi ils l’ont fait. Voici quelques extraits du programme du Conseil National de la Résistance ( CNR ). On se rend compte à quel point l’heure a sonné d’entrer à nouveau en Résistance : le texte dont voici quelques extraits a eu 70 ans le 15 mars dernier ! Curieusement on l’a moins célébré que le débarquement yankee...

          " Unis (...) les représentants des mouvements, groupements, partis ou tendances politiques groupés au sein du C.N.R proclament qu’ils sont décidés à rester unis après la libération :

          Afin d’établir le gouvernement provisoire de la République formé par le Général de Gaulle pour défendre l’indépendance politique et économique de la nation, rétablir la France dans sa puissance, dans sa grandeur et dans sa mission universelle ;

          Afin d’assurer :

          - l’établissement de la démocratie la plus large en rendant la parole au peuple français par le rétablissement du suffrage universel ;
          - la pleine liberté de pensée, de conscience et d’expression ;
          - la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l’Etat, des puissances d’argent et des influences étrangères ;
           ( ... )
          - l’égalité absolue de tous les citoyens devant la loi ;

          Afin de promouvoir les réformes indispensables :

          a) Sur le plan économique :

          - l’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie ;
          - une organisation rationnelle de l’économie assurant la subordination des intérêts particuliers à l’intérêt général et affranchie de la dictature professionnelle instaurée à l’image des Etats fascistes ;
          - l’intensification de la production nationale selon les lignes d’un plan arrêté par l’Etat après consultation des représentants de tous les éléments de cette production ;
          - le retour à la nation des grands moyens de production monopolisée, fruits du travail commun, des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurances et des grandes banques ;
          ( ... )

          b) Sur le plan social :

          ( ... )
          - un rajustement important des salaires et la garantie d’un niveau de salaire et de traitement qui assure à chaque travailleur et à sa famille la sécurité, la dignité et la possibilité d’une vie pleinement humaine ;
           ( ... )
          - un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État ;
          - la sécurité de l’emploi, la réglementation des conditions d’embauchage et de licenciement, le rétablissement des délégués d’atelier ;
           ( ... )
          - une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours  ;
          - le dédommagement des sinistrés et des allocations et pensions pour les victimes de la terreur fasciste.
           ( ... )
          La possibilité effective pour tous les enfants français de bénéficier de l’instruction et d’accéder à la culture la plus développée, quelle que soit la situation de fortune de leurs parents, afin que les fonctions les plus hautes soient réellement accessibles à tous ceux qui auront les capacités requises pour les exercer et que soit ainsi promue une élite véritable, non de naissance mais de mérite, et constamment renouvelée par les apports populaires.
           ( ... )

          En avant donc, dans l’union de tous les Français rassemblés autour du C.F.L.N et de son président le général De Gaulle !

          En avant pour le combat, en avant pour la victoire afin que VIVE LA FRANCE !

          LE CONSEIL NATIONAL DE LA RÉSISTANCE"

          Une seule constatation : aujourd’hui, le seul parti politique en France qui se réclame à la fois du CNR et du Général de Gaulle est l’UPR de François Asselineau. Les autres sont les nouveaux collabos. On voit d’ailleurs comment leurs maudites réformes ne sont que l’expression d’une rage à détruire les acquis sociaux du CNR.


          • berry 20 juin 2014 07:31

            avec 0,1 % des inscrits aux dernières européennes, Asselineau n’est pas crédible.

            http://imagesia.com/2014ue_kbux
             


          • riff_r@ff.93 riff_r@ff.93 20 juin 2014 08:16

            @Berry
            de Gaulle en juin1940 n’avait qu’une poignée de fidèles. Pourtant il était déjà totalement crédible dans son discours et dans la sincérité de son engagement. La crédibilité d’un parti ne tient pas à son nombre d’électeurs ou à son exposition médiatique, mais à la rigueur de ses analyses et à la constance de son programme. Si vous n’avez toujours pas compris ça, alors malheureusement l’UMPS à encore de beaux jours devant lui.


          • eric 19 juin 2014 22:29

            Cette discrétion me rappelle celle de pas mal de gens de notre village, proche du Vercors.Tous jeune, il fallait vraiment insister pour qu’ils racontent quelque chose.
            Fort contraste avec de nombreux individus et partis qui en firent un business par la suite. Ce n’étaient pas toujours ceux qui avaient été le plus actifs ou exemplaires

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