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Accueil du site > Actualités > Citoyenneté > Souveraineté numérique : la France de demain

Souveraineté numérique : la France de demain

A l’initiative de quelques députés, le projet de loi pour « Une république numérique » prévoit la création d’un système d’exploitation souverain. Bravo ! Mais pour s’inscrire pleinement dans l’univers numérique ce projet doit s’adapter à ses caractéristiques profondes.

Le contexte : un nouveau lieu de vie

L’univers numérique doit désormais être appréhendé pour ce qu’il est devenu, un lieu de vie, un terrain d’action. Les technologies de l’information ne servent plus à faire des choses sur terre mais elles nous ouvrent les portes d’une seconde nature. Les écrans de toutes sortes que nous rencontrons à chacun de nos pas ne sont plus de simples accessoires mais des passerelles, des voies d’accès menant à une réalité parallèle qui offre une large palette de possibilités, professionnelles, ludiques ou sociales. L'action n'est pas autour du Web comme elle peut être autour d'une table (de négociation), ou au-dessus de nos têtes (vol des oiseaux), mais bien dans et sur ce terrain, action à travers le code, créé ou modifié, et action à travers l'utilisation de ce code.

Le code qui est comme le sol de ce nouveau terrain doit être contrôlé par la collectivité

Le système d’exploitation est le logiciel des logiciels, le sol de ce nouveau monde, ce qui nous réunit, indépendamment des applications. L'aménagement de l'espace commun est une tâche politique. L'espace commun n'est pas une affaire de gros sous, car c'est – ce doit être - l'affaire des citoyens. Ce qui est commun doit être contrôlé par la collectivité.

Nous vivons actuellement dans le chaos. Le chaos est cette situation primitive dans laquelle les hommes s'abandonnent à tous les vents, sans chercher à prendre en main leur destin : nous avons à résoudre ce dérèglement politique. Pour cela, il faut créer un code de la République. L'intelligence du lieu doit être saisie par les citoyens.

Dans notre environnement classique, notre espace vital est soumis à deux niveaux de souveraineté : d'abord une souveraineté politique, générale, continue sur une surface donnée (le territoire), puis, par endroits, celle d'un propriétaire. Quand je rentre dans une brasserie pour boire un verre, je suis chez un commerçant, mais toujours en France. Le trottoir sur lequel je marche n'est pas une propriété privée, il appartient au domaine public. Et quand je suis chez moi, à la maison, je suis encore en France. Les mêmes principes doivent s’appliquer à l’Etherciel. La loi de l’argent ou la loi des hommes : à nous de choisir. Voilà pourquoi nous devons soutenir ce projet de code souverain. Le renversement de l’ordre établi ne passe pas par des destructions, mais par des développements.

Rappel : La liberté consiste moins à faire sa volonté qu'à n'être pas soumis à celle d'autrui (Jean-Jacques Rousseau, Lettres écrites de la montagne).

Pas de barrière géographique

L’univers numérique, alias l’Etherciel, ignore toute idée de distance. Les kilomètres sont morts, finis, oubliés ; on ne compte plus que les temps de réponse. L’action se déroule derrière l’écran et là, vos interlocuteurs (courriels, médias sociaux…) peuvent être à Paris, Marseille, Dublin ou Alger, cela ne fait pas de différence. Le temps continue de compter (fuseaux horaires), mais l’espace est comme écrasé. L'Etherciel est un tout petit monde, et chaque progrès le rétrécit encore plus. « Ici et maintenant » : cette formule n’est plus valable. Ne reste que « maintenant ». Il n’est plus question de déplacement mais de synchronisation. Les séparations géographiques (latitude, longitude) passent aux oubliettes.

Conséquence : les francophones du monde entier pourront participer aux travaux de développement du code universel et venir s’y installer. De la Méditerranée à Montréal, des rives du Mékong à celles du fleuve Sénégal, du plat pays aux faubourgs de Beyrouth, nous partagerons le même sol. Nous, oui, nous les Français. La Cité des Français s'étendra bien au-delà des limites de l'hexagone. Elle accueillera tous ceux qui aiment les créations de l'esprit et pratiquent notre langue, avec ou sans passeport, ce document inutile et vain dans un environnement qui ignore la géographie.

Une discrimination linguistique

Dame Nature ne s'adresse pas à nous. Elle ne cherche pas à nous plaire. Elle est la même pour tous. Vous pouvez vous balader en forêt avec un Chinois, il verra la même chose que vous. Mais cette identité de perception cesse dès lors qu'on bascule derrière l'écran. Ceux qui ne pratiquent aucune de ces deux langues pourront bien essayer de se lancer dans un logiciel en russe ou en chinois, ils ne tarderont pas à comprendre la difficulté de l'exercice…

L’Etherciel quant à lui parle une langue, il parle, et ne fait même que cela. Les barrières culturelles ne sont pas supprimées, mais renforcées. A l’écran, la langue ne se contente pas d'accompagner l'environnement, de l'extérieur, comme l’étiquette sur le pot, elle en est partie intégrante. Les mots (noms de domaine, menus, commandes, index, liens, mot-clic ou "Hashtag") fondent le réel. Les choses sont dans les mots, et non à côté. La question de la langue est donc primordiale, pas seulement pour l'expression, mais aussi pour l'action. Les mots sont la clé de tout.

La France, qui passe pour une nation culturelle, se trouve donc dans son élément. L’univers numérique se propose comme une formidable opportunité, pour un pays qui ne se reconnaît dans aucune race, ni religion, mais dans une culture, c’est-à-dire... des mots.

Conséquence : pour avoir droit de cité, une seule condition, parler français. Le choix d’une langue est une nécessité absolue. Plutôt que le chinois, l’arabe ou l’anglais, je choisi le français. Nous appliquerons un principe de discrimination. Sans une langue partagée, intimement partagée, aucun rapprochement n'est possible. Vive la République Française de l'Etherciel ! Partiellement made in France, mais surtout totalement made in french. Viendrons nous rejoindre : les Français vivant à l’étranger, et les étrangers vivant en français, en Afrique ou ailleurs, capables et désireux de bâtir cette Cité avec nous.

 

L'exception culturelle française doit être remplacée par un principe,

le principe culturel français.

 

  1. La France n’est pas un hexagone,
  2. La France est une planète ronde.

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17 réactions à cet article    


  • Croa Croa 22 janvier 10:54

    Que voilà un auteur qui s’écoute écrire ! smiley J’aurais préféré lire un texte plus accessible. Le sujet en vaut la peine.
    En ce qui concerne les systèmes d’exploitation nous avons déjà ce qu’il faut et il n’est pas utile d’en créer un qui soit souverain. L’administration qui se paye déjà bêtement les trucs Microsoft pourrait tout simplement entrer dans la communauté Linux. C’est vrai que les codes y sont très anglo-saxons mais bon, ce n’est que du code !


    • amiaplacidus amiaplacidus 22 janvier 16:37

      @Croa
      Mais enfin Croa, un peu de réalisme !

      Le logiciel libre ne génère que peu d’échanges financiers (ou alors pratiquement à prix coûtant), il échappe à toute possibilité pour un décideur de se voir récompensé pour avoir fait « le bon choix ».

      Vous ne voulez tout de même pas que ceux qui sont aux commandes (au sens propre et figuré) renoncent d’eux-mêmes à leurs privilèges et ne travaillent que dans l’intérêt général, Bon, cela aurait le mérite de la nouveauté.


    • Croa Croa 23 janvier 09:27

      À amiaplacidus
      Si les « élites » représentaient vraiment le peuple, ils choisiraient le logiciel libre qui, certes génère peu d’échanges financiers, mais beaucoup d’échanges collaboratifs et fait donc travailler pas mal de monde. Si l’administration voulait bien s’y mettre cela renforcerait notablement le libre.


    • roman_garev 23 janvier 11:26

      @Croa


      « En ce qui concerne les systèmes d’exploitation nous avons déjà ce qu’il faut et il n’est pas utile d’en créer un qui soit souverain. »

      Ce n’est pas pour rien que vous n’avez pas précisé à qui il le faut ! Moi j’ajouterais un seul mot devant votre « faut », à savoir « leur », en entendant sous ce mot Microsoft ou plutôt les ÉU, car en fait tout logiciel étasunien, déjà rapportant gros à ses fournisseurs (donc à l’économie étasunienne), leur donne l’avantage de loin plus précieux de nous avoir tous.


    • Aristide 22 janvier 11:19

      Enfin, encore un utopie qui ne passera pas l’épreuve des faits. Une étude menée par Numérama indique qu’il faudrait compter au minimum 1 Milliards sur 5 ans pour le construire.


      On s’imagine assez facilement les PME, artisans, médecins, avocats, ... qui utilisent des logiciels construits autour de Windows abandonner ces logiciels, essayer de trouver l’équivalent, convertir leurs données, ... impossible vu le coût et le seul apport c’est ce que cela marche comme avant et encore.

      En fait ce sera le marché qui décidera, si la vente des PC continue de chuter, que d’autres systèmes voient le jour, ... mais bon. Linux est un éternel prétendant à virer Windows, bien que prometteur les investissements sont considérables et les retours sur investissement assez difficiles.




      • Croa Croa 22 janvier 15:48

        À Aristide
        À comparer avec le coût des licences Windows à payer à chaque installation ou changement de PC, c’est à dire éternellement smiley


      • amiaplacidus amiaplacidus 22 janvier 17:11

        @Aristide
        Linux éternel prétendant ....

        Juste pour votre information ( https://en.wikipedia.org/wiki/File:Operating_systems_used_on_top_500_supercomputers.svg ), Linux, c’est plus de 98 % du top 500 des super calculateurs ; Unix 1,5 % ; MSoft moins de 0,1 %, 0,4%, ce sont des OS spécifiques.

        À l’autre bout de l’échelle, on trouve une grande variété de produits tournant sous Linux sans même que leur utilisateur le sache : liseuse (la Kindle d’Amazon entre autres), la plupart (si ce n’est la totalité) des cardiofréquencemètres pour entraînement sportif, des fours micro-ondes, des plaques de cuisson à induction, four à vapeur, lave-linge, lave-vaisselle, télévision (Samsung par exemple), en fait une grande majorité d’appareils domestiques tournent sous Linux.

        Windows, c’est simplement parce qu’il est pré-installé sur les PC et dérivés « grand-public » qu’il est utilisé.
        Et comme les gens ont horreur du changement. Changement relatif d’ailleurs, j’ai installé, il y a environ 2 ans, une version de Linux sur le PC d’un copain en lui disant simplement : « c’est une nouvelle version de ton logiciel de base » (qui était Windows à l’originet). Après 2-3 mois d’utilisation, mon copain me dit : « formidable la nouvelle version de Windows ». C’est alors que je lui ai appris que cela faisait plusieurs mois qu’il utilisait Linux.

        Chaque fois qu’il y a des enjeux de performance, de fiabilité et de coût, Linux est préféré par les professionnels.


      • zygzornifle zygzornifle 22 janvier 13:22

        « prévoit la création d’un système d’exploitation souverain »........ on a déjà Hollande pour ça .....


        • amiaplacidus amiaplacidus 22 janvier 17:13

          @zygzornifle
          Système d’exploitation, certes, mais souverain ? Moi, je verrais plutôt vassal des USA.


        • zygzornifle zygzornifle 23 janvier 10:18

          @amiaplacidus

           pire que vassal , papier cul et paillasson Obama-Merkel ....


        • roman_garev 23 janvier 10:43

          @zygzornifle


          Vraiment, « d’exploitation » c’est un mot-traître, un mot trop ambigu. Pourquoi ne pas avoir adopté le terme de loin plus exact « système opérationnel » ? Comprends pas.

        • dixneuf 22 janvier 15:55

          Je lis :« ...perception cesse dès lors qu’on bascule derrière l’écran »

          Moi, quand je suis DERRIERE l’écran, je n’ai aucune perception....
           smiley

          • roman_garev 23 janvier 10:48

            @dixneuf

            Faudrait demander à mon chat sa perception à lui lorsqu’il se promène ou s’installe derrière l’écran. Dommage qu’il ne sait pas parler smiley

          • pemile pemile 22 janvier 16:29

            L’avis de Stephane Botrzmeyer

            http://www.bortzmeyer.org/os-souverain.html

            CLIP, le système d’exploitation sécurisé développé par l’ANSSI

            http://www.ssi.gouv.fr/administration/services-securises/clip/


            • Le421 Le421 22 janvier 20:15

              Le numérique, au niveau fonctionnement, utilisation et conséquence, a semé un véritable bordel dans notre vie de tous les jours.
              De fait, ceux qui y sont allergiques sont déclassés.
              Ceux qui en vivent vont se faire baiser au final parce que le vent ne restera jamais que du vent.
              Le smartphone ne montera jamais des parpaings et si un jour cela arrive, vu que l’on ne veut pas gérer la relation emploi-progrès, ça va forcément mener à la pagaille générale.
              La machine est en train de devenir omniprésente (jusque là, ça va !!) et indispensable voire omnipotente (là, ça ne va plus du tout !!).
              Alors.
              Soit nous demeurons nous, les humains, les maîtres et les décideurs, soit, comme certains dégénérés le voient, nous deviendrons omni...dépendants !!
              Electroniquement vôtre !!


              • roman_garev 23 janvier 10:38

                Pour info, en Russie on est en train d’élaborer des lois visant à limiter, sinon interdire (pour des organismes d’État) l’utilisation du numérique « made in USA » :

                Selon les sondages, plus de deux tiers de Russes seraient prêts à y renoncer d’eux-mêmes :

                Qui plus est, on développe à toute allure ses propres processeurs et smartphones.

                • Gatinais33 Gatinais33 23 janvier 11:08

                  Bon article, sur un sujet qui ne doit pas être réservé aux forums informatiques.
                  Il me rappelle que mon père m’incitait à lire Etiemble. Je dis cela pour rappeler que le combat ne date pas d’hier.
                  Le dernier paragraphe de 421 me plaît bien, même s’il sort du cadre du choix de la langue. Je ne comprends ni n’admets cette soumission si répandue au système dominant qu’il dénonce. Il faut garder la maîtrise du sens des informations que nous donnons via l’électronique.

                  En se limitant à nos échanges avec l’administration, on peut tout à fait transposer sur informatique, en l’améliorant, le principe du dossier : pour enregistrer la suite de mes déclarations d’impôt, de mes visites médicales, nul besoin de préciser si je vais passer par Windows, Linux, ou autre. Il s’agit d’informations textuelles, que les personnes concernées doivent pouvoir relire.

                  En termes un tout petit peu techniques, stockons donc nos données au format texte, encadrées de balises convenues et compréhensibles. Pour les saisir, les manipuler, les présenter, un navigateur internet fait l’affaire. On peut écrire en javascript les programmes correspondants. Donc, pas de logiciel dépendant d’un SE (ou OS.)

                  A propos, « toile » dit aussi bien les choses que « web ». Comment dit-on « cloud » ?

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