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Thorens-Glières, haut lieu d’éducation populaire

C’était samedi 26 et dimanche 27 mai 2012, pour la sixième année des milliers de personnes sont venues se réunir comme pour prolonger l’œuvre de la résistance.

Thorens-Glières, haut lieu d’éducation populaire

Par le climat général, par les valeurs pas seulement affirmées mais vécues, par les échanges entre participants, par l’engagement et le don de soi des uns et des autres, par l’écoute qu’on s’offre les uns aux autres, par la volonté portée par chacune et chacun de « faire ensemble », par son caractère inclusif et ouvert à tous, on peut dire que le rassemblement des Glières est un authentique moment d’éducation populaire.

Un climat d’amitié et de bienveillance

Nous étions nombreux dès le samedi répartis sous 3 chapiteaux, une salle municipale et un cinéma où passait entre autres « Tous au Larzac  ».Il y avait là des centaines de citoyens ordinaires (enfin… ils semblaient ordinaires) et aussi des anciens des camps de concentration, des engagés des grandes luttes d’hier comme Charles Piaget des lip ou lutteur d’aujourd’hui comme Xavier Mathieu des contis, ou les économistes atterrés, des intellectuels qui commencent à être connus comme Paul Ariès, Bernard Friot… Il y avait un ancien ministre de la culture de l’Équateur, un philosophe hongrois… et bien d’autres connus encore comme Daniel Mermet animateur de « là-bas si j’y suis » souvent présent à 15h sur France Inter. Il régnait à tout moment un climat d’amitié et de bienveillance, forcément, on se sentait bien.

De Eve à Pierrette, puis à Magali

Simplicité et don, il faut en parler. Je parle là d’une expérience vécue. D’une conversation de 3 minutes à la sortie du bureau d’Ecole et Nature, je trouvais un covoiturage aller-retour Montpellier-Thorens–les Glières, d’un clic sur le site, je trouvais le programme, la liste des intervenants, d’un autre clic sur « hébergement » je trouvais plusieurs solutions, 3 emails envoyés. Le lendemain, j’avais une proposition à 30 km, la veille du départ une proposition à Thorens même. Eve à qui j’avais envoyé un email, a renvoyée à Pierrette, qui a renvoyé à Magali qui avait un lit et un petit-déj à m’offrir à moins de 10 minutes à pied du lieu des débats. Le dimanche à 9h30 en 1 minute j’avais une place dans une voiture pour monter au plateau, puis vers 16h en moins de 2 minutes une place dans une autre voiture pour en redescendre et toujours de belles rencontres, toujours cette amitié, spontanée, fraternelle. Sur le site, j’ai cherché la case pour s’inscrire et le montant de l’inscription ; rien, pas d’inscription et gratuité totale. Chapeau ! Pour faire face aux frais d’organisation, j’ai vu à deux reprises, une fois le samedi, une autre le dimanche, des boites en carton circuler dans lesquelles les participants étaient invités à mettre leur contribution et à chaque fois, il était rappelé que ce n’était pas obligé. Les bénévoles m’ont raconté le dimanche soir que suite au discours, qu’on peut sans doute qualifié d’historique de Stéphane Hessel en 2008, les boites qui circulaient étaient trop petites, ils ont récolté plus de 7000 €. Ils n’en revenaient pas ! Depuis les boites sont plus grandes. Monter les chapiteaux, penser la nourriture et la boisson, organiser hébergement et déplacements, trouver les intervenants, les animateurs, définir les problématiques de tables rondes… Ils font ce travail titanesque à 30 ou 40 bénévoles encore : chapeau !

Fondateurs, cofondateur, inventeurs…

Beaucoup d’idées nouvelles sont émises lors des discussions, « tirage au sort des responsables politiques », création de la notion de « crimes économiques et écologiques contre l’humanité », existence de « l’altergouvernement ». Les propositions méthodologiques ont aussi leur place, Daniel Mermet, lors du moment consacré aux « repaires de là-bas si j’y suis  », mettra en avant l’importance des signes faits avec les mains dans les assemblées des indignés en Espagne. Façon de procéder inventée dans les nombreux squattes espagnols. Une participante parlera de l’efficacité des agendas collaboratifs, sur lesquels plusieurs personnes peuvent noter les évènements qui vont se passer sur un territoire. L’association NEUF (Nantes est une fête) est citée pour sa capacité d’innovation, son président Luc Douillard a écrit l’appel de Nantes de 2004 à l’occasion du soixantième anniversaire du CNR. Assis sur la pelouse, en conversation avec une participante, j’apprends l’existence des « Medmob » qui se développent, il s’agit simplement de se poser ensemble pour l’essentiel. On entend parler de grands inventeurs comme Ambroise Croizat fondateur de la sécurité sociale. Certains sont parmi nous, comme Charles Palant, cofondateur du Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples (MRAP), Charles Piaget un Lip qui vient d’écrire « La force du collectif  ».

Charles de Gaulle, militant s’il en est

Des lignes de conduite ou des principes apparaissent à la lumière. Ils sont de ceux que tout bon militant à intérêt à connaître. Comme Charles de Gaulle, militant s’il en est, qui disait : « ne faites pas des rêves médiocres, ils sont les plus difficiles à réaliser ». Daniel Mermet dira à propos des repaires : « ça fonctionne de façon informelle, l’informel peut fonctionner » ou encore « C’est tout un art de débattre » et « c’est très important de jacter » et encore « éviter d’évangéliser », « il y a beaucoup de gens qui ne savent pas s’exprimer en public, on n’apprend pas ça à l’école » (ça sert à quoi l’école ?). Daniel Mermet dira encore lors de sa conférence : « le clivage n’est plus gauche/droite, il est entre ceux qui veulent rester dans le cadre et ceux qui veulent sortir du cadre ». Il nous est rappelé en tribune que dans la résistance souvent des gens de gauche et de droite se serraient les coudes, que même des royalistes étaient là parfois auprès des communistes. Belle leçon de « faire ensemble ». Faire ensemble dans le péril, on y est à nouveau avec le réchauffement climatique, avec la pollution, avec les exclus trop nombreux et les extrêmes qui à nouveau s’expriment. Marc Vuillemot qui se bat depuis des années pour sauver la maternité et centre d’interruption de grossesse de la Seyne sur Mer est monté à Paris à vélo avec un groupe pour tâcher de toucher les médiats. Il sortira un joli « moi j’ai plus de télé depuis 12 ans, mais je sais un peu ce qui se passe quand même ». Puis à propos des accueils chaleureux des commerçants et autres qu’ils ont reçus dans les villes et villages : « je ne me suis pas demandé s’ils étaient de droite, ou s’ils étaient de gauche ». Sur la magnifique banderole (voir photo) qui était toujours au milieu de nous ces deux jours était inscrit : « Liberté, égalité, fraternité, solidarité, justice » ça fait du bien. Un orateur a dit « résister est un verbe qui se conjugue au présent » 

Nouvel élan citoyen

Le 27 mai 1943, le Conseil National de la Résistance (CNR) naît sous l’impulsion de Jean Moulin. 27 mai 2012, nous sommes environ 4000 sur le plateau des Glières, haut lieu de la résistance au nazisme et lieu de naissance d’un nouvel élan citoyen depuis 2007. André Malraux est venu là inaugurer le monument aux deux ailes dont l’une est brisée par les combats.

Amitiés et politique 

Les initiatives citoyennes foisonnent comme jamais et c’est une véritable fête d’assister et de participer à ces magnifiques retrouvailles entre « amitiés et politique ». Vieille idée cher à Aristote, idée juste, il suffit d’ouvrir les yeux et de regarder. Il n’y a pas que sur les terrains de foot après le but marqué que les hommes s’embrassent. À Thorens-Glières ou sur le plateau, ils le font aussi quand, bénévoles, ils se retrouvent pour monter tribune ou chapiteau, poser les micros, faire la circulation ou les sandwichs. Entre participants qui ne se sont pas vus depuis des mois ou des années, ils le font aussi, les humains d’ici s’embrassent en camarades. Des codes, implicites profondément ancrés dans les cerveaux, les cœurs et les tripes, retrouvent droit de citer et par le faire utile ensemble c’est l’ « être ensemble », celui sans lequel rien n’est possible, qui reprend vie.

Transmission.

Revivifier le corps social, l’oxygéner à 1400 m d’altitude un dimanche de Pentecôte sur le plateau des Glières là où pour nous tant de jeunes hommes sont morts portant en eux la fameuse devise « la liberté ou la mort », on dirait que c’est ça l’objectif. Le passage à Thorens-Glières, les 26 et 27 mai 2012, c’est plonger dans l’histoire avec ceux qui l’ont vécu pour ensuite remonter en surface avec ce qu’elle a de meilleur à nous donner ; une envie de forcené de vivre dignement. Merci Walter, merci Charles, merci Henri… Tous, ils ont passé les 80 ans depuis longtemps, tous nous donnent tellement. Plateau des Glières, haut lieu de transmission.

« Indignez-vous » 

Lucien Aubrac et Stéphane Hessel sont venus là aussi les années précédentes pour dire combien était important ce mouvement. C’est ici au plateau des Glières qu’est né le livre : « indignez-vous ». Son texte, c’est le discours prononcé par Stéphane Hessel en 2008, discours ponctué de cet « indignez-vous ! » qui a marqué les cœurs et les esprits. Dans le public, il y avait les responsables de la maison « indigènes éditions ». La suite, on la connaît des millions d’exemplaires vendus dans des dizaines de pays, le symbole d’un mouvement. Lucien Aubrac est décédé cette année, là forcément, on a envie de dire, tristesse et inquiétude dans l’âme ; attention ces hommes-là vont mourir, ils vont nous quitter… vite écoutons-les, entourons-les, filmons-les, assurons la transmission.

L’accès à l’éducation et à la culture pour tous 

Nous savons dans les milieux de l’EEDD combien est important « l’accès à l’éducation et à la culture pour tous ». Nous pourrions même dire que pour des milliers d’entre nous, c’est notre chemin de vie. Hé bien, rappelons-nous-en, ce superbe objectif (pensée aux jeunes du printemps d’érable), Olivier Vallade petit-fils de Raymond Aubrac, nous l’a rappelé, il fait parti des 5 principes qui fondent « les jours heureux  »

Espérance

Dimanche 27 mai. Ici aucun projet d’aéroport, de circuit automobile, d’incinérateur, de forage pour gaz de schiste ou d’autoroute, aucun projet de démantèlement d’usine ou de suppression de maternité… mais ici, 4000 personnes pour la cause, rassemblées dans une même ferveur. 4000 personnes reliées aux plus grands héros vivants que la France porte encore sur son sol. 4000 personnes qui mutuellement se sont donné de la force. Nombreux sont ceux qui se retrouvent dans le Réseau des Citoyens Résistants (RCR) né en octobre 2010 avec deux objectifs : la rédaction d’un projet de société et la mise en place d’un réseau. Cette création s’est faite sous la pression de la demande des participants aux rassemblements successifs de mai depuis 2007 qui voulaient adhérer au CRHA organisateur de ces évènements. Deux structures distinctes existent aujourd’hui avec de nombreux ponts entre elles, elles se complètent. Il y aura du monde l’an prochain sur le plateau des Glières.

Roland Gérard


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6 réactions à cet article    


  • Benjbe 2 juin 2012 17:49

    N’oublions pas de rappeler que des centaines de personnes sont mortes au plateau des glières et en Savoie en général uniquement parce que la France avait décidé d’oter la neutralité à la Savoie. Neutralité héritée du traité, notamment, de 1860.
    Je ne me rappel pas avoir entendu la France s’excuser auprès des savoyards pour toutes ces personnes qui auraient pu être épargnées parce que vivant dans un pays neutre.
    C’est d’autant plus répugnant que de fait le traité en devient caduc et que donc la Savoie redevient indépendante.
    Pensez à cela lorsque vous viendrez faire du ski chez nous, puisque l’on est devenu plus que ça aux yeux de beaucoup de monde : un parc de loisir géant et des mangeurs de tartiflette...


    • Roland Gérard Roland Gérard 2 juin 2012 20:50

      RECTIFICATIF : J’en suis vraiment désolé je viens de rencontrer Jean-Pierre Barou d’ « indigène éditions » à la Comédie du livre à Montpellier. J’étais tout content de lui annoncer que je parlais de sa maison d’édition dans cet article et là bâche ! Je reprends un extrait de la page 24 de l’exemplaire qu’il m’a donné : « Quant à Indignez-vous  !, son ébauche naquit lors de la projection du film de Gilles Perret, Walter, Retour en résistance, hommage à Walter Bassan. Une séquence retint toute notre attention. Cravaté, Hessel martelait à l’écran : »Résister, c’est refuser d’accepter le déshonneur, c’est préférer la légitimité à la légalité, c’est continuer à s’indigner lorsque ce qui est proposé n’est pas conforme aux valeurs que nous avons essayé de faire passer à travers le Conseil National de la Résistance, sans quoi notre humanité risque de péricliter". Ensuite le livre à été construit suite à trois interviews et c’est Sylvie Crossman directrice éditoriale qui a trouvé le titre définitif. Promis la prochaine fois je creuse, croise et recroise les informations...Encore toutes mes excuses RG


      • vasionensis 2 juin 2012 22:51

         C’est beau, le catéchisme ...


        • Roland Gérard Roland Gérard 4 juin 2012 09:07

          PRÉCISION : Décidément c’est pas facile de faire vite et juste. Il y a ce qu’on appelle au RCR, que je découvre encore, des « petites mains » mot entendu à plusieurs reprises aux Glières et ces petites mains ont travaillé pour le livre sur la création duquel j’ai reçu cette précision : « le livre »La force du collectif" a été écrit par les 5 petites mains du réseau, donc par le RCR, qui ont collecté , trié, réorganisé des propos de Charles, en accord avec lui après l’avoir rencontré chez lui, à Besançon, et avoir travaillé sur 5 heures d’enregistrement audio. Et bien sur tous les droits ont été donnés au réseau.« Le »faire ensemble" toujours lui.


          • yvan deska yvan deska 9 juin 2012 12:21

            Merci à Roland Gérard pour toujours rester optimiste et nous donner des nouvelles des résistants, de bonnes nouvelles, rafraichissantes. On a envie de les rejoindre, les indignés. En fait, ceux du plateau des Glières ne sont probablement que la pointe de l’iceberg. Sous la masse informe des conventions et de l’apparente résignation, surnage un nombre indéfini que j’imagine énorme, d’électrons libres, qui ne participent pas à de telles manifestations, comme moi, mais qui sont solidaires. Il ne leur faudrait pas grand chose pour sortir eux aussi du cadre. Sortir pour voir ce qui se propose au-delà avant de revenir dedans. Car un cadre, ça maintient quelque chose. Ca rassure, malgré les problèmes. On n’est pas dupe ! On sait que système déconne. Il faudrait de l’oxygène. L’air de Savoie sent bon. Un espoir ! Un élan ! C’est l’évolution. L’Homme qui n’évolue plus biologiquement continue son chemin dans l’évolution culturelle et technologique. Espérons que l’évolution culturelle dont Glières est un des jalons aboutisse un jour à l’émergence d’une civilisation sereine et mature, simple, riche, diverse ayant mis la technologie au service de la population et pas l’inverse.
            Roland, continue de nous faire ton rapport, ça nous incite à couper la télé tout en restant informé de l’essentiel !
            Bravo aux petites mains qui se démènent.

            BD


            • yvan deska yvan deska 9 juin 2012 12:25

              Au fait, chers savoyards, qui a développé la montagne pour en faire un paysage industriel voué aux loisirs de masse ? Qui a défiguré le paysage et tracé des routes à l’explosif ? Qui ?
              Les savoyards bien sûr ! Une énorme opportunité économique le ski ! Les habitant ont applaudit ! Aujourd’hui ils en profitent et veulent continuer à vivre (pas tous, certes) du tourisme. Si la Savoie était indépendante, on démantèlerait les remontées mécaniques ? J’aimerais y croire...

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