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Accueil du site > Actualités > Citoyenneté > « Un portable par enfant »

« Un portable par enfant »

Ordinateur ouvert« One Laptop per Child » est le nom de l’organisme sans but lucratif mis sur pied par Nicholas Negroponte, co-fondateur du Media Lab au Massachusetts Institute of Technology. L’ambitieux plan, qui vise à doter des centaines de millions d’enfants de pays en voie de développement d’un ordinateur portable, a été dévoilé au sommet de Davos en janvier dernier. Mais depuis, Negroponte et ses partenaires (Google, Advanced Micro Devices, News Corp., Red Hat et BrightStar) ont franchi de nombreuses étapes et accouché d’un prototype de portable dont le coût de fabrication ne sera que de 100 dollars. Ils entendent produire et distribuer entre 100 et 150 millions de ces ordinateurs d’ici 2007. Auparavant, un premier lot de 15 millions d’ordinateurs seront distribués à fin d’essais au Brésil, en Chine, en Thaïlande, en Égypte et en Afrique du Sud. Le prototype sera officiellement dévoilé au Sommet mondial sur la société de l’information à Tunis en novembre.

Le concept est pour le moins novateur. L’ordinateur pourvu d’un processeur oscillant à 500MHz est exploité sous Linux, dispose de quatre ports USB et de la connectivité sans fil (WiFi). Les utilisateurs pourront communiquer aisément sans fil entre eux, et l’équipe de Negroponte travaille à un système qui pourra les brancher sur une dorsale Internet. L’ordinateur est conçu pour être quasi indestructible, résister à la chaleur, à l’humidité et aux intempéries, et pourra même fonctionner de manière autonome grâce à un système électrogène à manivelle. L’écran d’affichage est d’un nouveau type, qui consomme très peu d’énergie, offre une très haute résolution, et on peut même l’utiliser sans peine en plein soleil. Quant au fragile disque dur, il est remplacé par une mémoire de type « flash ».

Ordinateur ferméLa question qui se pose évidemment est la suivante : comment peut-on arriver à un coût de fabrication de 100 dollars par unité ? Negroponte explique que trois facteurs interviennent. D’abord, la réduction du coût de l’écran d’affichage, qui reviendra à environ 35 $ par écran en ayant recours à un nouveau processus de fabrication. Ensuite, il s’agit selon lui de « dégraisser » la machine, car les portables d’aujourd’hui sont devenus « obèses ». « Deux tiers du logiciel servent à gérer l’autre tiers qui ne sert qu’à exécuter de neuf manières différentes les mêmes fonctions » dit-il. Enfin, les économies d’échelle, vu le grand nombre d’unités produites, et la vente directe aux ministères de l’éducation des États où ils seront utilisés.

Pourquoi ce projet, alors qu’on aurait pu investir dans des structures d’accès communautaires ? « On ne conçoit pas un crayon comme un outil communautaire, les enfants ont tous leurs propres crayons. Ce sont des outils qui soutiennent la pensée, ils sont peu chers, peuvent servir à travailler, à jouer, à dessiner, à écrire ou à exécuter des calculs. Un ordinateur, c’est un peu la même chose, mais en beaucoup plus puissant. De plus, il y a bon nombre de raisons pour qu’un enfant puisse “posséder” quelque chose comme un ballon, une poupée ou un livre, entre autres qu’ils en prendront soin. »

Une expérience à suivre attentivement, en raison de l’impact considérable qu’elle peut avoir, et aussi pour voir comment, d’un pays à l’autre, elle sera vécue sur le terrain.


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5 réactions à cet article    


  • Michel Monette 3 octobre 2005 13:34

    C’est une initiative louable en soi mais la question de sa pertinence doit être posée. Ne vaudrait-il pas mieux consacrer l’équivalent budgétaire à la scolarisation de tous les enfants afin d’atteindre l’Objectif du Millénaire pour l’éducation primaire alor « que les frais d’inscription et les coûts associés relatifs à l’éducation, la pandémie mondiale du VIH/sida, les discriminations, les violences et autres obstacles empêchent environ 100 millions d’enfants d’aller à l’école, dont la majorité sont des filles. » Il y a aussi les coûts associés au soutien technique à prendre en compte. Qui va les assumer ? Ne sont-ce pas là des sommes qui devront être détournées de l’embauche d’enseignants ? Bref, si je ne suis pas contre l’initiative, je trouve par contre qu’il y a un sérieux risque d’échec. À moins évidemment que la fondation ait prévue de s’attaquer à tous les problèmes à la fois. Remarquez à ce propos qu’il va être fort intéressant de voir ce qu’il va résulter comme initiatives du Sommet mondial de l’ONU sur la Société de l’information à Tunis en novembre prochain, et de suivre l’évolution, dans les années à venir, du « fonds de solidarité numérique » qui a résulté du sommet de 2003.


    • P. de Mornevert (---.---.204.104) 3 octobre 2005 16:11

      Cela fait un petit bout de temps que cela me chatouille... Ce pouvoir du choix obligatoire, ce « oui mais », ce manichéïsme du choix politique et social ambiant qui force le citoyen à devenir anti fumeur, anti sacs plastiques, anti... alors qu’il devrait lui apprendre à être seulement responsable. Ce, « si je suis écologiste, je ne roule pas en 4x4 », ce « Initiative louable.... Mais...Ne sont-ce pas là des sommes qui devront être détournées de l’embauche d’enseignants ». Je ne fume pas, je ne roule pas en 4x4, ne milite pas pour l’écologie, mais sauve quelques fois des baleines et des dauphins, voyage en Afrique en remarquant que tous les programmes non privés ont failli. J’ai juste un souvenir : celui de cet homme du désert tournant la manivelle en plastique d’un petit poste de radio marqué Coca Cola au nord du Niger. L’homme, un chef, relayait ensuite les nouvelles à tout le village.

      Merci monsieur Negroponte ! dans quelques années je croiserai peut-être un enfant, rechargeant par sa petite manivelle, son ordinateur, pour recevoir les courriels venant du Québec.


      • colza (---.---.216.241) 3 octobre 2005 16:43

        D’accord avec vous.

        Au privé de fournir « les crayons et les ordinateurs », aux états de fournir l’éducation, les enseignants et les structures générales.

        Sinon, à quoi bon des Etats, alors que des Fondations feraient très bien tout le travail !!!


        • Michel Monette 4 octobre 2005 13:28

          Intéressante réaction P. de Mornevert. Je suis sans doute trop terre à terre avec mes questions de financement. L’ordinateur est un formidable outil mais il demande une infrastructure et un soutien technique qui vont devoir être financées d’une manière ou de l’autre. Vous qui avez visité l’Afrique, vous savez que les infrastructures manquent cruellement en milieu rural. Vous savez sans doute aussi que l’Afrique traîne sérieusement de la patte en matière de scolarisation. Un édifice, aussi beau soit-il, n’est jamais plus solide que sa base. Croyez-moi, je ne tentait pas de démoniser cette initiative très louable du privé. Je n’ai fait que soulever des questions qui doivent être posées. Oui j’ai des doutes sur la pertinence de distribuer des ordinateurs aussi peu chers soient-ils alors que tant reste à faire pour scolariser des millions d’enfants. Encore une fois, c’est nous qui allons dicter leurs choix aux pays les plus pauvres.


          • Jean-Pierre Cloutier (---.---.112.155) 4 octobre 2005 15:50

            C’est vrai qu’il y a de nombreuses facettes inexplorées dans ce projet, et j’espère qu’on nous informera à leur sujet. Je ne suis pas spécialiste des questions pédagogiques, et je laisse à ceux et celles qui sont au fait de ces choses de commenter la pertinence de la démarche de Negroponte et du MIT.

            Par ailleurs, je trouve dans ce projet de nombreux facteurs sources à interrogations. Par exemple, les ordinateurs qui seront livrés pour essai en Chine seront-ils soumis aux contrôles d’accès de l’État ?

            Même à 100 dollars pièce, la facture est-elle prohibitive pour certains États ?

            Quel sera le rôle des grands organismes de financement (fondations publiques et privées, ONGs, Banque mondiale, FMI) ?

            Pourra-t-on fabriquer sous licence ces ordinateurs dans les pays bénéficiaires (création d’emploi), et assurer la formation d’intervenants locaux (soutien technique) ?

            A-t-on prévu le recyclage éventuel de ces centaines de millions d’ordinateurs dont un bon nombre risquerait de se retrouver « dans la nature ».

            Le MIT déclare que ces ordinateurs ne seront pas écoulés sur le marché. En revanche, la technologie qu’ils utilisent sera-t-elle mise à profit dans la fabrication de portables de série, contribuant ainsi à en diminuer le prix d’achat ?

            Bref, il y a beaucoup de questions en suspens, d’où l’intérêt de suivre étroitement l’évolution du projet. Prochaine étape, Tunis.

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