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Un Syndicalisme dévoyé

Après la manifestation des 4 et 5 novembre derniers lancée par la FNSEA, loin de moi l'idée de minimiser le malaise qui touche le monde agricole. Cet article n'a d'ailleurs pas vraiment pour but de contester le fond des revendications et les enjeux, que je maîtrise mal, mais de mettre en lumière les profondes ambiguïtés d'un syndicalisme presque ouvertement soumis à des (petits) enjeux politiciens.

Les journées d'action de la FNSEA visaient principalement l'alourdissement des contraintes réglementaires et environnementales, également la pression des grandes chaînes de distribution.

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Plate forme de stockage d’effluents improvisée devant la Cité administrative

 

Pour le premier point, l'examen du « calendrier » de la FNSEA est cruel : la levée de boucliers contre la révision de la « directive nitrates » a débuté...en juin 2012 !

Comme si la machine administrative s'était mise en mouvement à compter de l'élection de François Hollande et de l'arrivée de Stéphane Le Foll à l'agriculture.

 

Quel contraste avec la lune de miel du quinquennat précédent. J'avais été frappé par le fait que la première personne consultée par Nicolas Sarkozy sitôt élu en mai 2007 fut le président de la FNSEA de l'époque, Jean-Michel Lemetayer. Lequel ressortit heureux de son entretien avec le futur président : contre une certaine logique, l'agriculture ne serait pas fondue dans le grand ministère de l'écologie promis (et réalisé) par le candidat. Les agriculteurs conserveraient « leur » ministère.

 

Quant au prédécesseur de Stéphane Le Foll, Bruno Lemaire….

Les campagnes – paraît-il –l'évoquent encore les yeux embués d'émotion.

Si quelqu'un pouvait, simplement, me rappeler les réalisations du grand homme, qui doit, tout de même, être en partie responsable de mesures environnementales applicables à partir de septembre 2012…

 

Tout est dans la nuance : afficher trop clairement le positionnement politicien du syndicat le décrédibiliserait. Alors on procède par sous-entendus. On explose sous le « mauvais » gouvernement. Au lieu d'expliciter des enjeux complexes, des décisions dont plus personne n'assume la responsabilité, noyées entre la commission de Bruxelles (qui est à l'origine des directives nitrates), la cour de justice de Luxembourg (qui s'apprête à condamner la France pour insuffisance dans la mise en œuvre de ladite directive), les ministères parisiens (qui doivent « transposer » les dites directives) et les administrations locales (qui font appliquer les décisions ministérielles avec la marge qu'on veut bien leur laisser ou qu'elles veulent bien s'octroyer), ce syndicalisme dévoyé les entoure d'un rideau de fumée supplémentaire quant, à l'évidence, le problème n'est pas, ou si peu, lié à un changement de gouvernement. Toute ressemblance avec l'affaire de l'écotaxe ne serait pas fortuite...

 

De « l'autre côté » du spectre politique, la fable que nous a racontée Édouard Martin à propos de Florange est éloquente. Son parcours l'est aussi.

Selon la biographie de saint Édouard, l'affaire était d'une simplicité enfantine.

Arcelor, « gentil » sidérurgiste européen, racheté par Mittal, un spéculateur financier indien sans scrupule, a été contraint de fermer les hauts fourneaux de Florange, considérés comme pas assez rentable. C'est contre cette forfaiture, et la lâcheté des politiques, Nicolas Sarkozy en tête, que s'est levé saint Édouard.

Sauf que, comme l'indiquait le "mensuel radicalement eurocritique" Bastille République Nation, dès 2003, « le géant sidérurgique européen Arcelor, issu de la fusion en 2001 des groupes Usinor (France), Arbed (Luxembourg) et Aceralia (Espagne), entend[ait] fermer 4 sites en Wallonie, Saxe, Lorraine et à Brême ». « En clair, faute de modernisation, apprenait-on page 6, les filières « à chaud » (hauts fourneaux) de Florange (Moselle), Liège (Belgique), Eisenhüttenstadt et Brême (Allemagne) s[eraient] condamnées à disparaître entre 2005 et 2010 » !

Une « Une » prophétique

Dans le récent reportage diffusé sur Arte « Mittal la face cachée d'un empire »1, Guy Dollé, dernier PDG d'Arcelor, avec la tranquillité de celui qui n'est plus aux affaires, confirmait que la fermeture de Florange était bien prévue, mais qu'à la place de Lakshmi Mittal, « il n'aurait pas procédé comme ça »…Apprécions la nuance : Mittal est « coupable », non du résultat, mais d'avoir donné de faux espoirs en affirmant, lors du rachat d'Arcelor en 2006, qu'il ne fermerait pas le site. C'était avant la crise financière de 2008.

 

Il est vrai que, comme l'expliquait Bastille République Nation, à partir du moment où l'on a décidé de fermer les mines de fer pour implanter des hauts fourneaux à Fos et à Dunkerque qui utilisent du minerai importé, la présence des filières continentales « historiques », liées aux matières premières locales, se justifie de moins en moins. Ce processus a débuté dès les années 60…L'action de Mittal, dans cette perspective, n'est que la phase terminale d'une évolution vieille de plus de 40 ans. Cette évolution a sa logique. On peut s'y opposer ou l'assumer, mais force est de constater qu'elle dépasse largement la personne du milliardaire indien.

 

Ne comptons donc pas sur Édouard Martin pour expliquer ce contexte. Ni pour donner son analyse du fiasco monumental Arcelor, « le géant européen de l'acier », qui se fait racheter sur un coup de bourse après...5 années d'existence, et la liquidation, par les États, de leurs parts dans les anciennes sociétés nationales, privant les pouvoirs publics de tout moyen d'action.

 

Une fois acquises les élections de François Hollande et d'Aurélie Filippetti, pour lesquelles Martin ne ménagea pas sa peine, le plat de lentille du syndicaliste CFDT a pris la forme d'un siège d'eurodéputé socialiste au Parlement européen. Espérons qu'il en profitera bien.

Alors, quel fut, dès le départ, le rôle d'Édouard Martin ? Celui d'un syndicaliste en lutte contre la fermeture de son usine, comme le raconte son hagiographie ? Ou d'un rabatteur de voix au bénéfice du Parti socialiste ?

Symétriquement, quelle promotion donnera l'UMP à Thierry Méret, le président de la FDSEA du Finistère et l'un des leaders des bonnets rouges, pour avoir si convenablement savonné la planche du gouvernement cet hiver avec l'écotaxe ?

 

Dans le cas des nitrates agricoles comme dans celui de Florange, la société semble régie par des décisions dont plus personne n'est responsable. Des enjeux complexes sont déformés par les politiciens mais aussi par les syndicalistes pour les faire coïncider avec un théâtre hors sujet.

Le FN avait déclenché une grande polémique au milieu des années 90 lorsqu'il avait essayé d'implanter des syndicats qui ne prenaient même pas la peine de se distinguer de lui dans leur nom (du style « FN Police ») : tous les mouvements syndicaux « orthodoxes » avaient, alors, proclamé, la main sur le cœur, leur « indépendance » vis-à-vis des partis politiques.

Leurs proches successeurs font bien pire que ces tentatives maladroites et, compères d'une vaste tromperie, ne font que renforcer la désorientation et le cynisme ambiant, quand notre époque troublée a soif de clarté.

 

 

1 Où Lakshmi Mittal apparaît comme une sorte de Jean-Marie Messier dont le groupe, endetté par ses achats, est au bord de l'explosion.


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12 réactions à cet article    


  • Daniel Roux Daniel Roux 18 novembre 2014 11:05

    Les syndicats sont censés représenter leurs syndiqués. S’ils peuvent mobiliser des troupes, leurs dirigeants deviennent des personnages de première importance dans les rapports de force entre l’opposition et l’exécutif.

    Plus ils font peur au pouvoir, plus ils sont puissants. Plus les actions sont spectaculaires, voire sanglantes, plus ils sont pris en considération dans l’arbitrage d’intérêts contradictoires.

    La FNSEA n’est pas un cas isolé. Tout le monde se souvient de retournement de veste de la CFDT après l’élection de Mitterrand. Mais les « paysans » bénéficient d’un traitement de faveur comparés aux « ouvriers ». Les premiers peuvent saccager et brûler des symboles de la République tout en bénéficiant d’une couverture des médias expliquant leur « mal être » et les causes politiques alors que les seconds seront traités comme des émeutiers prenant en « otage » la population sans que les raisons de leurs mouvements ne soient évoqués.

    L’explication doit probablement être recherchée dans l’identification de classe. Les « propriétaires » ne sont pas traités comme les « prolétaires ».

    Tout à fait logiquement, les syndicats subissent les mêmes dérives que les partis politiques. Les intérêts des syndiqués passent en second plan et ne servent plus que de chairs à canon pour des causes qui les dépassent. 

    Comme dans les partis politiques, les candidats font de la surenchère pour être élus par les troupes, favorisant le corporatisme et le repli sur soi. Une fois élus, c’est d’autres intérêts qu’ils vont défendre, celui des chefs des partis politiques plus soucieux d’accéder au pouvoir que de l’intérêt général.

    C’est ainsi que tout un pays s’enfonce dans les marais glauque de la confusion des genres de ce qu’il faut bien appeler des groupes de pression mercenaires. Le paradoxe est qu’ils sont tous financés par des subventions publiques et que tous prétendent à l’indépendance, un peu comme les médias.


    • Olivier Perriet Olivier Perriet 18 novembre 2014 12:00

      Mouais, bof, c’est le com’ d’un électeur de François Grosland, c’est tout dire smiley


    • Daniel Roux Daniel Roux 18 novembre 2014 15:18

      Bof Bof !

      C’est un peu court comme argument, non ?

      Avez-vous remarqué que je n’ai pas relevé votre appartenance à ce parti ubuesque que l’on nomme l’UMP ? Ce qui est important pour les lecteurs d’Agoravox, c’est la qualité des débat pas des débatteurs. Sinon, faites un tract.


    • Gasty Gasty 23 novembre 2014 11:18

      Olivier pierriet

      A votre avis, c’est vrai ou c’est faux ?

      Mais les « paysans » bénéficient d’un traitement de faveur comparés aux « ouvriers ». Les premiers peuvent saccager et brûler des symboles de la République tout en bénéficiant d’une couverture des médias expliquant leur « mal être » et les causes politiques alors que les seconds seront traités comme des émeutiers prenant en « otage » la population sans que les raisons de leurs mouvements ne soient évoqués.


    • Olivier Perriet Olivier Perriet 24 novembre 2014 09:13

      je dirais que c’est assez largement faux ; les « prises d’otages » sont réservées aux grévistes de la SNCF smiley . La FNSEA ne peut directement prendre personne « en otage ». de plus, les manifs violentes d’ouvriers se font rares (remarquez celles de paysans aussi)


    • Olivier Perriet Olivier Perriet 18 novembre 2014 16:05

      C’est court mais les actes sont plus parlants que de beaux discours...


      • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 18 novembre 2014 17:05

        Bonjour,
        Sur l’agriculture : « l’euro est dans le pré ».
        Les aides de la PAC vont à 80% aux 20% les plus riches.
        Les 80% se partagent les 20% qui restent, s’endettent, déposent le bilan.


        Arcelor Mittal : «  Ce sont les Traités européens qui ont rendu possible le démembrement de Florange »

        • lsga lsga 18 novembre 2014 17:06

          Mwi, c’est sûr qu’avec une population européenne qui vote massivement à droite...


        • zygzornifle zygzornifle 20 novembre 2014 09:08

          Pendant la grève de 3 mois en 1979 a l’Alstom de Belfort des manifestants chantaient syndicats patronat même combat .....


          • titi 23 novembre 2014 12:37

            « et la liquidation, par les États, de leurs parts dans les anciennes sociétés nationales, privant les pouvoirs publics de tout moyen d’action. »

            Le problème c’est que dès que l’Etat a des parts dans des sociétés, les salariés se considèrent comme devenu fonctionnaires titulaires, sans nécessité de productivité puisque l’actionnaire a les poches profondes.

            Il faut que l’Etat puisse prendre des participations dans les entreprises sans que les syndicats considèrent que ça en fait des entreprises d’Etat.

            70 ans de doxa communistes à revoir.


            • Olivier Perriet Olivier Perriet 24 novembre 2014 09:14

              On en est largement revenu de votre analyse, songez à Renault, qui a plus délocalisé que Peugeot...


            • fred.foyn Le p’tit Charles 24 novembre 2014 09:13

              Ils touchent de l’argent du gouvernement et de l’UE...comment voulez vous QU’ILS SOIENT HONNÊTES.. ?
              Que des machines à fric.. !

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