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Un vote blanc reconnu plutôt qu’une abstention

Les niveaux de participation, tous scrutins confondus, sont tels que les élus peinent à rassembler une majorité de citoyens. Ainsi aux dernières présidentielles, Nicolas Sarkozy a-t-il recueilli au second tour un peu plus de 53% des suffrages exprimés. C’est-à-dire que compte tenu de l’abstention et des votes nuls et blancs, il n’a finalement été élu que par à peine 43% des électeurs. Encore ce résultat ne tient-il pas compte des non-inscrits !
 
Des élus généralement minoritaires
 
Que dire des élections locales, qui connaissent une désaffection plus prononcée, sinon que Martine Aubry, apparemment brillamment réélue avec plus de 66% des voix, n’a en réalité recueilli qu’un bon 28% du total des électeurs inscrits.
 
La tendance à l’abstention s’affirme depuis plusieurs décennies. Parallèlement, le vote nul ou blanc, bien que marginal, s’est élevé progressivement à un niveau généralement compris entre 3 et 5%.
 
Plutôt que de nier son existence en ne le comptabilisant pas parmi les votes exprimés, peut-être faudrait-il lui reconnaître des vertus, ce qui supposerait également d’oser considérer le « parti de l’abstention » comme un phénomène politique déterminant. En effet, il est probablement réducteur d’associer le fait de ne pas voter à du je-m’en-foutisme où à de l’incivisme. Il s’agit là d’une posture possible mais il en est d’autres, qui vont du rejet du système à la défiance à l’égard de la classe politique, en passant par la volonté de sanctionner ou par un désarroi face à des partis qui apparaissent interchangeables ou extrémistes.
 
De l’abstention comme rejet…
 
Si les abstentionnistes systématiques sont minoritaires, les votants systématiques se font moins nombreux, c’est donc que de plus en plus de citoyens se laissent tenter par l’abstention occasionnelle. Fondamentalement, la démocratie représentative semble avoir atteint ses limites. La confiance aveugle en un parti n’est plus de mise. Le blanc-seing accordé à un élu se fait rare.
 
Loin de manifester du désintérêt, l’abstention peut révéler un positionnement à l’égard de la sphère politique. En matière de civisme, elle ne semble pas forcément moins honorable que d’autres attitudes. Voter systématiquement pour un parti parce qu’on y est attaché affectivement confine à l’aveuglement. Voter aux extrêmes pour punir relève de la facilité mais peut conduire au pire. Choisir un candidat sur sa bonne tête n’est souvent qu’un substitut à l’indécision.
 
Si les électeurs qui ne veulent plus voter ou qui ne savent plus pour qui voter sont de plus en plus nombreux, leur abstention reste perçue comme un acte négatif ou stérile. Ceux qui votent se rassurent en culpabilisant les abstentionnistes. La propagande officielle confond volontairement le droit de vote avec le devoir de voter. La plupart des commentateurs ressassent des regrets quant aux faibles taux de participation, évacuant ainsi un peu facilement le sujet.
 
…au vote blanc d’opposition constructive
 
Or le vote blanc apparaît comme une possibilité de transformer un acte de rejet en opposition constructive, à condition de le considérer comme un vote exprimé. En termes de démocratie, les avantages pourraient être multiples, tant sur le plan individuel que sur le plan collectif.
 
En votant blanc, le citoyen exprime dès lors ouvertement une insatisfaction ou un mécontentement. Si les raisons n’en sont pas clairement identifiables, du moins la reconnaissance pleine et entière de son vote lui redonne-t-elle des raisons d’espérer en la chose publique. Au niveau du corps social, l’ampleur du vote blanc constitue en quelque sorte un baromètre reconnu du degré d’adhésion au système politique, que les élus ne peuvent pas ignorer. Contrairement à l’abstention actuelle qui reste sans effets, le vote blanc officiellement exprimé oblige les élus à se remettre en cause.
 
Un rééquilibrage démocratique
 
Cette influence peut devenir déterminante à partir du moment où un système de seuils est mis en place, de façon à assurer une véritable légitimité aux élus. Le cas de figure extrême d’une élection empêchée par un niveau trop élevé de votes blancs ne doit pas faire peur. Il pourrait s’agir au contraire d’un ferment de réconciliation entre les citoyens et les élus. Les premiers se verraient reconnaître une forme de souveraineté, les seconds tireraient leur crédibilité d’une confiance retrouvée dans le système électoral. Cette forme de rééquilibrage encouragerait une action politique susceptible d’entraîner l’intérêt, l’adhésion, voire l’appropriation par des franges non négligeables de citoyens.
 
 
© Van Gheluwe 2010
 
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Les réactions les plus appréciées

  • Par alphapolaris (xxx.xxx.xxx.28) 4 mars 2010 08:45
    alphapolaris

    Il faut aller plus loin :

    20% d’abstentions ? 20% de députés en moins à l’hémycycle.

    30% de votes blancs ? 30% des votes de l’hémycycle viennent d’un collège de citoyens tirés au hasard.

    Mandant à durée variable. L’élu reste en place tant que ses promesses sont tenues (au moyen d’un cahier des charges déposé lors de son élection). C’est comme dans les entreprises : tu restes tant que tu fais le boulot qu’on t’a demandé.

    Pas de reconduite de mandat. Aujourd’hui, la peur de ne pas être reconduit par leur parti pour le prochain mandat amène les élus à servir davantage leur parti que les citoyens. De plus, l’accès au pouvoir est un privilège rare et pas un travail à vie. Il faut renouveller ceux qui y ont accès. 

    Système de vote par point. Voter par une seule voix de façon binaire était peut être la solution au XVIIIème siècle, quand le commun des gens étaient moins éduqués et cultivé qu’aujourd’hui, mais parait infiniment trop grossier aujourd’hui. Nous sommes au XXIème siècle. Hélas, par sa complexité ce système de vote par point entraîne l’utilisation de machines à voter, mais cette difficulté n’est pas insurmontable.

    Ne plus voter pour une seule personne mais pour un groupe. Il faut voter pour des idées, et non pour quelqu’un (qui est sympathique et bonimenteur par exemple). La personne au pouvoir serait soit choisie au hasard dans la liste, de façon permanente ou par roulement, soit fonctionnerait en collège (comme le conseil constitutionnel).

    Créer plus de pouvoirs que les trois actuels. Exécutif, Législatif, Judiciaire, Contrôle (CNIL, CRIIRAD), Citoyen (appel au référendum, plainte collective, saisie du conseil constitutionnel, vote de confiance), ...

    Ce ne sont que quelques idées, plus ou moins bonnes. Il est temps de penser à une renaissance démocratique. Avec internet, nous pouvons le faire

  • Par le naif (xxx.xxx.xxx.61) 4 mars 2010 08:48
    le naif

    @ L’auteur

    Merci pour cette excellente analyse avec laquelle, je suis d’accord en tout point.
    J’aime ces journées électorales où heure après heure, on nous informe des taux de participation, puis à l’annonce des résultats les commentateurs y vont de leur petit couplet pour déplorer le taux d’abstention, les politiques en plateau prennent un air mi contrit, mi réprobateur et dix minutes plus tard, chacun se félicite de sa réélection en oubliant qu’au mieux ils ne représentent que 25 à 30% des inscrits, bref le bal des faux-culs.

    Depuis quelques années, comme le monstre du Loch Ness, on évoque régulièrement la possibilité de rendre le vote obligatoire, mais bien sûr, sans modifier la comptabilisation des votes blancs et nuls, la manœuvre est claire, redonner un semblant de crédibilité aux élus à peu de frais. Sans parler du fait que vouloir rendre la démocratie obligatoire est pour le moins curieux.....

    Mais surtout en ce qui me concerne, le point de non retour a été atteint avec le TCE, où le résultat du référendum était net et pour une fois après un vrai débat et un fort taux de participation. Qu’à cela ne tienne, nos "représentants élus" n’en n’ont tenu aucun compte et ont voté exactement à l’opposé......

    Enfin, je pense qu’avec les machines de vote électronique, ces petits désagréments seront vite résolu, on a déjà eu un aperçu de ce que cela pourra donner avec la première "élection" de Bush.........

    Slts

  • Par dhbasse (xxx.xxx.xxx.34) 4 mars 2010 10:01
    dhbasse

    très bonne analyse, merci !
    malheureusement, dans la constitution, au titre II article 7, il est dit  : "Le Président de la République est élu à la majorité absolue des suffrages exprimés"

    et si on commence à comptabiliser les votes blancs, il n’y aurait plus de président d’élu car on arriverais jamais à la majorité absolue...

    donc à moins de modifier la constitution ça ne peux pas marcher...

    et je ne suis pas persuadé que les hommes politiques soit impatients de modifier des textes qui les confortent dans leur petit confort et les autorisent à faire abstraction de la désaffection des électeurs...

  • Par Souffle (xxx.xxx.xxx.17) 4 mars 2010 08:29
    Souffle

    J’ai longtemps milité moi-même pour cette reconnaissance du vote blanc.


    A l’heure actuelle, il n’est absolument plus reconnu (comptabilisé avec les nuls, non annoncé dans les médias, etc.).

    Mais on se heurte toujours au même problème, il faudrait une volonté conjointe des politiques et des médias pour mettre en oeuvre une réforme (plutôt pour redonner son essence au vote blanc) qui va à leur encontre...
    Ce serait utiliser son intelligence à ses propres dépends, faut pas rêver...

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