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Une alternative au coeur du capitalisme…

Pendant que les médias de la planète étaient braqués sur le G8-G20 de Toronto et son milliard de dollars de dépenses ultra-sécuritaires superflues – des arrestations arbitraires ont eu lieu jusqu’à la frontière américano-canadienne – se tenait à Détroit, à moins de 500 kilomètres, le 2ème Forum Social des Etats-Unis (22 – 26 juin). Selon les organisateurs, ce forum « ouvre une nouvelle page des mouvements pour la justice, l’égalité et un autre modèle de développement  » aux Etats-Unis.

Banderole de tête, en anglais et espagnol

Diversité, Richesse et Détermination.

Venant des quatre coins des Etats-Unis, plus de 18 000 personnes ont participé au forum. Certains sont arrivés par des caravanes qui ont traversé le pays pendant plusieurs semaines à la rencontre des habitant-e-s confronté-e-s aux crises économique, sociale et écologique. La caravane du Sud a ainsi quitté la Nouvelle Orléans le 4 avril, jour doublement célèbre, pour le discours de Martin Luther King Junior à l’Eglise Riverside de New-York City appelant à combattre la pauvreté et pour son assassinat. Pauvreté, logement, emploi, travail, éducation, santé, migrations et droit des migrants, discriminations, racisme, égalité, droits des populations autochtones, justice environnementale, ressources naturelles, accès aux terres, alternatives économiques, guerre, militarisation, etc… Après une marche et une cérémonie d’ouverture bariolées et déterminées, les thématiques abordées par le millier d’ateliers étaient extrêmement riches et formaient un programme chargé. Des interventions politiques aux performances artistiques, l’ensemble du forum dégageait une richesse et une diversité incroyables. Plus de 2000 organisations, réseaux, syndicats étaient présents et parmi eux, citons l’AFL-CIO et les syndicats UNITED (comme United Auto Workers et United Steelworkers) , le Sierra Club et l’Indigenous Environmental Network, Amnistie Etats-Unis et Jobs with Justice, etc…

Détroit, au cœur du Forum

William Copeland, 31 ans et un des principaux organisateurs locaux du Forum, nous confiait sa fierté d’avoir contribué à intégrer une très forte dimension locale au cœur du forum. La première journée ainsi qu’une demi-journée de conclusion ont été consacrées aux réalités économiques et sociales de Détroit et sa région, le tout imprégnant très fortement ce Forum Social des Etats-Unis. Portant les stigmates de la crise industrielle, Détroit est une ville dont certains quartiers sont dévastés : buildings et maisons abandonnés et/ou brulées, 100 km² de friches mal-entretenues, coupures d’eau, pauvreté palpable…

Immeuble vide, au milieu d’un quartier complètement abandonné

Nous sommes pourtant au cœur d’un des bastions de l’industrie automobile américaine, symbole du capitalisme florissant des Etats-Unis. Néanmoins, comme dirait William Copeland, « regardons derrière les immeubles abandonnés ». Détroit est riche de la diversité de sa population qui en fait une ville très internationale et aux résistances multiples. Renforcée par une forte mobilisation des réseaux sociaux et communautaires ainsi que par des tours thématiques (luttes sociales, contre-culture, agriculture urbaine, …) organisés pour les participants du forum, cette immixtion locale donnait une force de conviction rarement égalée dans le processus des forums. La démultiplication récente de projets d’agriculture urbaine a ainsi été discutée tout au long du forum, et de nombreux lieux ont été visités par les internationaux présents, soucieux de découvrir une des nouvelles facettes, prometteuses, de Détroit. Bien évidemment, les médias locaux peu enclins à évoquer du forum n’auront pas aidé pour signifier à l’ensemble de la population d’une ville qui s’étend sur des dizaines de kilomètres, l’existence et l’importance de ce forum qui les concernait.

Ouverture du forum

De base, mais très politique.

L’implication et la participation significatives des mouvements de Détroit a fortement concouru à l’un des objectifs majeurs du processus des Forums Sociaux aux Etats-Unis : construire le forum « par la base » comme l’affirme Michael L. Guerrero dans une interview pour Mouvements, en partant « des communautés les plus marginalisées » et « de les mettre au centre du forum » pour « construire une relation de confiance ».

Ambiance détendue et studieuse dans les allées

Craignant qu’il soit impossible d’intégrer ces groupes si le forum avait été défini et construit par des organisations traditionnelles, ces dernières ont été volontairement mises en retrait. Raisons pour lesquelles « le processus a été si long » entre l’idée d’un forum, sa première concrétisation à Atlanta en 2007 et sa seconde édition en 2010. Résultat palpable : un forum aux couleurs des populations vivant aux Etats-Unis et extrêmement jeune. Avec des méthodes d’animation favorisant la participation des habituels privés de parole, la mise au cœur du forum des plus marginalisés n’est pas qu’un slogan pour la photo. Ce sont d’abord les femmes, les jeunes, souvent de couleur, qui s’expriment dans les assemblées et ateliers. Les intellectuels et responsables de grosses organisations viennent ensuite. Ce qui n’empêche pas un forum extrêmement politisé : plus de 300 personnes, dans une salle pleine à craquer, ont assisté à une discussion sur l’actualité de la notion de « révolution » par Immanuel Wallerstein et Grace Lee Boggs.

Les People’s Movement Assemblies

Le processus des People’s Movement Assemblies (PMA) rend compte tout particulièrement de cette articulation réussie. Certaines ont été préparées par de très nombreuses réunions depuis Atlanta visant à impliquer un maximum de mouvements et d’organisations. C’est d’ailleurs « l’essentiel » pour Gopal Dayaneni du Movement Generation. « Aller de la critique aux propositions » est essentiel pour William Copeland. Pour lui, tout l’enjeu est de trouver des passerelles entre « l’activisme et le développement d’actions concrètes pour les populations » afin de construire « une nouvelle communauté ». Plus d’une soixantaine de PMA auront été organisées sur des principes communs particulièrement participatifs, depuis les témoignages poignants et parfois émouvants jusqu’à la validation d’une déclaration collective fixant des objectifs et des plans d’action.

Les People’s Movement Assembly

Ces déclarations sont ensuite confrontées et mutualiser pour en retirer une liste d’initiatives collectives pour les mois à venir qui sont présentés en séance plénière du forum. Tout en préservant la charte des principes des Forums Sociaux, les organisateurs du Forum Social des Etats-Unis innovent et font de leur forum un véritable outil dans la reconstruction d’un véritable mouvement social capable de peser aux Etats-Unis. La véritable gauche américaine était à Détroit plutôt qu’à la Maison Blanche !

La justice écologique est nécessairement une justice sociale

Plus particulièrement intéressés par les ateliers et débats sur les enjeux environnementaux, occasion nous a été donnée de constater une évidence pour la majorité des mouvements présents : « la justice écologique est nécessairement une justice sociale », comme l’illustre la déclaration de la PMA sur la justice écologique. Les mouvements américains sont en effet à la fois fortement imprégnés de références des populations autochtones, comme le concept de « Terre-Mère » fortement mis à l’honneur, tout en vivant et percevant clairement que les populations victimes des dégâts environnementaux (pollutions, etc…) sont les mêmes qui sont reléguées socialement. Ici point de débat théorique pour savoir comment articuler le social et l’écologique, ils le sont dans les discours, les témoignages et les mobilisations. Ainsi en fut-il de la manifestation aux animations inventives (voir lien) visant à dénoncer les méfaits de l’incinérateur de Détroit, le plus grand de la planète, sur le slogan « Clean Air, Good Jobs & Justice  ».

Affiche durant la manifestation sur l’incinérateur

Pas besoin de nombreuses interventions pour comprendre que les populations victimes des pollutions de l’incinérateur sont celles qui ne peuvent quitter le quartier en raison de leurs revenus insuffisants. Insuffisances respiratoires, problèmes de peau, etc… se multiplient chez les pauvres quand les plus riches peuvent choisir leurs zones résidentielles et l’emplacement de l’école pour leurs enfants. A l’inverse, c’est à quelques dizaines de mètres de l’incinérateur que se trouve l’école du quartier. Derrière, c’est bien évidement le système dans son ensemble qui est questionné et auquel les mouvements américains opposent trois ensembles de réponse : aux revendications globales toujours présentes s’ajoutent des luttes locales permettant de mobiliser les réseaux sociaux proches, et les initiatives citoyennes visant à imaginer et construire la « résilience » des populations. A l’issue de la PMA, de nombreuses dates ont donc été retenues. Question climat, il en ressort clairement le désir de s’inscrire dans la perspective affirmée par la conférence de Cochabamba et de se servir de la déclaration des peuples comme d’une boussole politique. Sur la route de Cancun…

Des défis immenses, des opportunités nouvelles.

Depuis le 1er Forum Social des Etats-Unis à Atlanta en 2007, les mouvements américains ont vécu l’élection d’un premier président noir donnant un immense espoir à la population et par ailleurs la pire récession économique depuis 80 ans. Le tout a fait naître des défis immenses mais aussi des opportunités nouvelles, dans une période de convergence des crises qui nécessite des mouvements sociaux mondiaux capables d’imaginer et de construire cet autre monde si nécessaire. Il n’est sans doute pas usurpé d’affirmer que le Forum Social des Etats-Unis a permis de renforcer les mouvements américains, et par delà de contribuer au déploiement d’un mouvement altermondialiste à l’échelle de la planète.

Un autre Détroit et d’autres Etats-Unis sont nécessaires : ils se construisent !

Cette « incroyable aventure », comme le dit William Copeland, aura permis de donner à voir et de raconter l’histoire de Détroit – ses difficultés et ses richesses – à de très nombreux américains mais également à des internationaux venus de pays du monde entier, y compris d’Afrique du Sud, de Palestine, du Honduras et du Népal. Après un temps de repos bien mérité pour une organisation sans faille majeure, les mouvements de Détroit sortiront sans doute renforcés de ce forum. Si Russ Davis, du très présent réseau Jobs with Justice, espère, sans trop d’illusions, « obtenir des concessions de l’administration d’Obama », les effets politiques nationaux du forum prendront sans doute du temps avant de pouvoir être mesurés. Le temps sans doute d’organiser la suite… Une suite qui ne prendra d’ailleurs pas forcément la forme d’un 3ème Forum Social des Etats-Unis puisque l’hypothèse d’un Forum Social Nord-Américain, comprenant Canada et Mexique est évoqué. Une façon de plus de renvoyer l’ascenseur au processus du Forum Social Mondial sans lequel ce renouveau du mouvement social et citoyen aux Etats-Unis n’aurait pas été possible.

De Detroit à Dakar



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