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Vidéo : la campagne sauvage

Après avoir fait grand bruit dans la campagne américaine, la vidéo en ligne entre dans la pré-campagne de 2007 française. La bonne vieille propagande revient donc en force avec la séquence piratée de Ségolène Royal.

YouTubeElection.fr

Dans une civilisation de l’image, les élections se font à coups de représentation. Les carrières se font et se défont à coups de vidéo. Depuis plusieurs mois, on note la progression de cette tendance que le New York Times a appelée "YouTube election".

Aux États-Unis, rapporte Francis Pisani, "CNN a fait un pas de plus dans la consécration des blogueurs en réunissant les plus fameux d’entre eux dans un café de New York et en les faisant causer comme les experts auxquels la télé nous a habitués depuis des décennies." Pourquoi ? Parce que le Web 2 s’est invité dans la sphère politico-médiatique américaine en quelques semaines. George Allen a été pris sur le fait par un vidéaste démocrate le désignant par une insulte raciste (nous en avions parlé ici, voir aussi NetPolitique). En soixante secondes, la carrière politique d’Allen a été brisée en plein élan, alors qu’il se positionnait pour l’investiture républicaine en 2008. Il vient de perdre son siège au Sénat et cela aurait fait basculer la majorité vers les démocrates. Rien que ça !

Jean-Luc Raymond rapporte que "pendant plus de trois mois, les différents candidats se sont affrontés par vidéos interposées, diffusées sur YouTube". La nouveauté, ce sont ces spots "issus des équipes de campagne des candidats et d’amateurs qui traduisent en mots, en images et en arguments ou simili-preuves des critiques acerbes sur l’adversaire républicain ou démocrate. Les taux de consultation de ces vidéos sont parfois impressionnants. Elles ont servi tour à tour de sources d’informations aux chaînes de télévision locales américaines et ont parfois même été rediffusées sur les chaînes. À côté de cela, on peut trouver des vidéos de la campagne vue de l’intérieur : les bénévoles en action, les galas de dons pour les candidats, les discours au fur et à mesure de la campagne. Partout, la vidéo est présente, omniprésente, intrusive et force de témoignage."

Le contrôle citoyen peut paraître séduisant avec ces électeurs armés de caméras légères (et de téléphones mobiles) pour dénoncer certaines pratiques, des abus, des irrégularités, rapporter des faits. L’omniprésence de ces caméras citoyennes ouvre la porte également à des perspectives orwelliennes - qu’on pourrait définir comme le côté obscur du "journalisme citoyen" ou des "médias participatifs" - c’est-à-dire aux dénigrements, lynchages et manipulations. Tout ceci peut conduire à l’éclatement de la frontière entre sphères publique et privée, les victimes faisant les frais de leur perte d’intimité ou de dignité. Des vidéos détournées ou piratées peuvent se trouver sur la place publique. Tourner et diffuser une vidéo avec une caméra ou un téléphone est très facile ; en outre, on peut le faire sous couvert d’anonymat via un service de diffusion de vidéo. La diffusion virale peut faire affluer une audience massive sur certaines vidéos.

On notera une certaine forme de suivisme, de la part des médias français notamment, qui courent derrière l’opinion perdue, en la cherchant à travers le prisme du Net qui cumule les bons points : il est un "outil de communication" de plus en plus populaire et il produit de l’"information" gratuite (révélations, photos, vidéos, émanant des amateurs). La société du spectacle telle un ogre se nourrit de populisme. Ces nouvelles situations posent des questions éthiques à tous les niveaux : celui qui réalise les images, celui qui les diffuse, celui qui les reprend et bien sûr... celui qui les regarde.

La bonne vieille propagande revient donc en force. Un clip anti-Sarkozy a été vu autour de 30 000 fois sur DailyMotion et il a fallu attendre un article de Libération paru quelques mois plus tard pour en savoir plus sur ce montage d’images hors contexte.

Le premier cas français d’ampleur vient d’avoir lieu. C’est au tour de Ségolène Royal d’être l’objet d’une attaque, une poignée de jours avant les primaires, au travers d’une vidéo volée, datée de janvier 2006 et diffusée sur DailyMotion depuis quelques jours. Elle a été vue plus de 350 000 fois. La vidéo se propulse dans la campagne des primaires et fait de grands remous au niveau national. Cet extrait d’une réunion interne aurait été diffusé par l’entremise d’un membre du PS (pro-DSK) et les appels à diffuser cette vidéo auraient tourné dans des listes militantes (tous les détails ici et chez nuesblog.com). La candidate qui chamboule les éléphants et certains hommes (quoi qu’ils disent) est prise pour cible. C’est à se demander si une telle chose aurait pu se produire en France contre un autre candidat de premier plan, comme si certains principes de respect pouvaient être enfreints à l’encontre d’une femme, qui doit forcément être dominée. Cette vidéo annonce la couleur : pour gagner, tous les coups sont permis !

En France, le vide juridique est total concernant la vidéo en ligne. Le CSA ne le comptabilisera pas dans les temps de parole. C’est la porte ouverte à toutes les pratiques, à tous les coups bas, et les plus violents ne viennent pas forcément du parti adverse. Sur le Net, le terrain de jeu est glissant, les abus ou les excès de chacun peuvent prendre de réelles proportions.

Qui parle d’où ? À quel moment ? Les informations sont-elles sourcées ? La preuve par l’image ? Qu’est-ce qui est une preuve, un fait, une information ? Telles sont les questions qui se poseront avec force avant de se faire une opinion dans la nouvelle infosphère. La "pipolisation" comporte des risques et tous ceux qui jouent avec le dévoilement de soi-même, et qui laissent faire dans certains cas, auront du mal à crier au voleur si leur image est utilisée malgré eux. On peut se demander si cette tendance ne finira pas par conduire à la disparition même du concept de "droit à l’image". Un pas de plus est franchi dans le rapprochement entre l’émotionnel et l’informationnel. La démocratie représentative et les médias sont en crise, et la défiance, réelle. Force est de constater que les idées passent au second plan, face à l’événementiel et à l’infotainment. On nage en pleine confusion.

Le journaliste Dan Gillmor (auteur de We the media) écrit dans Quelle éthique pour les blogueurs ? : “Tous les blogueurs ne font pas du journalisme. La plupart n’en font pas. Mais lorsqu’ils en font, ils devraient s’astreindre à respecter quelques principes éthiques. Tous les codes éthiques sont créés pour remplir une fonction essentielle : donner confiance. Si un lecteur (ou un spectateur, ou un auditeur) ne peut avoir confiance dans un article ou un "post", il ne prendra pas la peine d’y consacrer du temps”. Il ajoute “En ce qui me concerne, je considère que l’éthique est quelque chose de simple : c’est une question d’honneur. Ce concept est certes très large. Mais on ne peut pas s’attendre à ce que les gens nous fassent confiance si on n’agit pas avec honneur." Les nouveaux médias doivent chercher à ne pas tomber dans les pièges du système actuel et soutenir plutôt une transformation positive de la société.

Espérons que nos hommes et femmes politiques, les militants et les partis, s’engageront à respecter des principes éthiques dans leur pratique politique. Si ceux qui prétendent au poste suprême ne le font pas, préférant salir la partie adverse pour gagner, la campagne française de 2007 pourrait être trash. Si l’on regarde un peu plus loin, notre démocratie n’a rien à y gagner et cela ne ferait le jeu que des extrémismes... Et comme l’a dit Pierre Mendès France : "L’amour de la démocratie est d’abord un état d’esprit."

Billet de memoire-vive.org. Voir les liens dans ma.gnolia.

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    Par Marsupilami (xxx.xxx.xxx.165) 13 novembre 2006 11:17

    A propos de la vidéo de Ségolène sur les 35 heures dans les collèges : l’essentiel est qu’elle est authentique. La candidate de la "transparence" et de la démocratie participative est prise sur le fait et victime de ce qu’elle propose, et c’est tout bénef pour la démocratie.

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    Par Bernard Dugué (xxx.xxx.xxx.166) 13 novembre 2006 11:37
    Bernard Dugué

    Mais il n’y a aucune calomnie, juste de l’authentique, comme l’a souligné Marsu

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    Par Voltaire (xxx.xxx.xxx.37) 13 novembre 2006 11:38
    Voltaire

    Surprenant parallèle entre un "clip" anti-Sarkozy résultant d’un montage , et d’un témoignage direct sur les idées exprimées par Mme Royal (qu’elle indique d’ailleurs ne pas vouloir rendre publiques par crainte des syndicats).

    Dans le même paragraphe, on retrouve la même incohérence en suggérant "C’est à se demander si une telle chose avait pu se produire en France contre un autre candidat de premier plan, comme si certains principes de respect pouvaient être enfreints à l’encontre d’une femme, qui doit être forcément être dominée" alors que deux phrases plus haut, on décrit que la vidéo anti-Sarkozy (un homme, de premier plan me semble t-il) est un montage.

    Comme Marsupilami l’indique, cette vidéo de Mme Royal est une information, ce clip sur Sarkozy est un outil de propagande (je dis cela sans soutenir en aucune façon Mr Sarkozy par rapport à Mme Royal).

    Les journalistes en France sont peu habitués à mettre les responsables politiques devant leurs propres contradictions. Même s’il est certain que la diffusion de cette vidéo sur Mme Royal n’est pas sans rapport avec la campagne en cours, il est révélateur que ce type d’information soit relayé par des amateurs plutôt que par des professionnels.

    Rappeler ce qu’un responsable politique a dit il y a quinze ans est de mauvaise foi (il est normal d’évoluer sur la durée), mais pointer des idées émises 6 mois auparavant puis réfutées relève me semble t-il d’un certain travail de vérité qui participe à la lutte contre la démagogie et la langue de bois.

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    Par hp (xxx.xxx.xxx.147) 13 novembre 2006 11:42

    La vidéo concernée n’est ni un montage, ni un trucage, ni un spot de propagande. Il s’agit d’une vidéo où Ségolène Royal s’exprime librement, sans contrainte et la caméra ne semble pas être une caméra cachée.

    C’est simplement que son vrai visage et ses vraies idées de droite apparaissent lorsqu’il n’y a pas de logo de chaîne de télévision sur la caméra qui la film.

    Si un journaliste avait rapporté simplement par écrits d’anciens propos qu’elle a tenu, évidement ça n’aurait pas eu le même impact, de la même façon que la presse écrite et la télévision n’ont pas le même impact.

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