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Accueil du site > Actualités > Citoyenneté > Vote ou tirage au sort ?

Vote ou tirage au sort ?

« C’est un malheur extrême que d’être assujetti à un maître dont on ne peut jamais être assuré de la bonté, et qui a toujours le pouvoir d’être méchant quand il le voudra. Quant à obéir à plusieurs maîtres, c’est être autant de fois extrêmement malheureux » (Étienne de La BOÉTIE, Discours de la servitude volontaire, p. 7).

Indigné par le comportement irresponsable et méprisant de certains dirigeants abusant de leurs prérogatives pour satisfaire leur intérêt propre au détriment de celui du peuple (surtout au plus haut niveau), lassés par les conflits politiques intergroupes qui réapparaissent à chacune des élections et s’entretiennent mutuellement durant toute la durée des mandats électoraux – créant ainsi un climat délétère nauséabond qui affecte le « vivre ensemble » –, désappointé par la conduite des personnalités aux pouvoirs qui aussitôt élues oublient les promesses tenues, etc., des citoyens responsables s’organisent un peu partout en France et se réunissent pour réfléchir ensemble aux problématiques sociétales actuelles.

Regroupées en collectifs[1] ou en association[2], de plus en plus de personnes issues de divers horizons politiques font part de leur opinion sur des thèmes divers liés à l’effectivité d’une véritable démocratie.

Les idées ainsi développées dans ces cercles de réflexion suivent leur chemin et se structurent peu à peu au gré des débats et des échanges parfois enflammés, mais toujours courtois, qui s’effectuent entre les participants à ces réunions.

L’une des principales tâches de ces collectifs, qui pourrait être assimilée à une véritable mission sacerdotale, consiste à effectuer un véritable travail de désintoxication du langage.

À ce titre, ce sont les mots démocratie et citoyen (ou citoyenneté) qui après avoir été défroqués de leurs oripeaux dignes d’être cités dans un dictionnaire ‘novlangue’ peuvent retrouver toute leur signification, car l’usage à contre-emploi de ces termes induit un état de profonde confusion mentale chez les récepteurs des messages contradictoires ainsi générés.

Une fois ce sevrage accompli, reste à penser le moyen par lequel une vraie démocratie peut être instituée dans un pays engagé, « pour le meilleur et pour le pire »[3] selon la formule consacrée, dans un processus de mondialisation qui ne sera pas stoppé, s’il l’est un jour, sur un simple claquement de doigts (à moins d’un miracle salutaire).

Si l’on prend sur soi d’analyser correctement les termes démocratie et citoyen à l’aide de bons dictionnaires et d’une recherche étymologique rigoureuse, il apparaît rapidement que seul le tirage au sort, avec toutes les contraintes qu’il implique – et elles sont nombreuses –, est en mesure de garantir au peuple une véritable démocratie. Mais cela n’a, semble-t-il, jamais été le souhait des législateurs ou des révolutionnaires en tout genre qui ont toujours cherché « à chasser le tyran pour mieux conserver la tyrannie[4]. »

Il va de soi qu’en l’état actuel des choses, l’idée même de tirage au sort fait peur.

Et pour cause…

Il suffit de lire les principales objections au tirage au sort en politique formulées par François ASSELINEAU[5] pour prendre toute la mesure des craintes que soulève cette idée.

Pour autant, en creusant bien le sujet et après avoir préalablement effectué le nécessaire travail de désintoxication du langage, il est facile de voir à quel point les peurs concernant le tirage au sort, exprimées et résumées par les réfutations de François ASSELINEAU, sont totalement infondées. Mieux encore, nombre des inconvénients pointés par le représentant de l’UPR sont ceux-là mêmes que l’on peut reprocher au système électoral appliqué en France actuellement. Cette inversion dans l’analyse est symptomatique du déni qui a court dans notre pays lorsque l’on évoque des sujets tabous.

La démocratie est un idéal politique universellement reconnu, mais jamais réalisé.

En tant qu’idéal, l’objectif démocratique doit sans cesse être réenchanté, au sens noble du terme, et donc, remis constamment en chantier. Le travail qui vise à atteindre cet idéal est le fondement même de la démocratie puisqu’il nécessite un mouvement perpétuel de remise en question et de perfectionnement afin de maintenir les liens que les individus tissent ensemble dans le respect des droits de chacun. C’est la préservation et le maintien de ces liens qui perpétuent la démocratie et la protègent des voleurs de pouvoir ne servant que leur intérêt propre au détriment de l’intérêt général.

Que cette dynamique soit interrompue et c’est l’autoritarisme (à ne pas confondre avec l’autorité) qui prévaut.

Les régimes autoritaires se présentent toujours en prétendant défendre l’intérêt général tout en niant la réalité des conflits sociaux. Or, nier la contestation et la possibilité de s’opposer au pouvoir est purement antidémocratique.

Depuis quelque temps déjà, et la faute n’est pas imputable à un gouvernement plus qu’un autre, c’est bien le refus de toute opposition aux décisions politiques prises par nos dirigeants qui prédomine. Ce qui signifie très clairement qu’à leurs yeux le peuple n’a plus le droit de s’exprimer sur les sujets de société qui devraient pourtant faire débat.

Cette réalité évidente n’est pas encore perçue par la majorité des gens. Alors certes, nous pouvons toujours déblatérer indéfiniment sur les raisons qui nous ont conduites à une telle situation, mais l’urgence aujourd’hui n’est pas là.

L’urgence aujourd’hui consiste d’abord à faire comprendre à un maximum de personnes que le vote n’est désormais plus qu’un outil de domination comme un autre et que la démocratie représentative qu’il institue n’est qu’un semblant de démocratie qui ne mérite justement pas d’être appelé démocratie.

L’urgence aujourd’hui, c’est encore d’insuffler des idées nouvelles permettant à l’idéal démocratique de se réinventer. Et justement, c’est très exactement ce que fait la notion de tirage au sort qui même si elle n’est pas parfaite – le serait-elle qu’elle en perdrait sa vocation à être démocratique – a tout de même le mérite de questionner l’opinion publique sur la véritable définition de ce qu’est une démocratie et comment un citoyen doit se comporter dans une telle société.

Paradoxalement, le véritable problème du tirage au sort est qu’il apporterait le changement radical souhaité par une majorité de concitoyens si l’on en croit les dernières élections présidentielles. Or, ce vote a démontré de manière irréfutable que le changement… ce n’est pas encore pour maintenant !

Il est curieux de constater que la situation de notre société actuelle rappelle à bien des égards celle des survivants de traumatismes psychiques chroniques, caractérisés par un état dissociatif plus ou moins sévère, symptomatique des troubles de l’identité (cf. Tous traumatisés ? Comment sortir de l’emprise psychologique).

Dans cette hypothèse que de très nombreux éléments viennent étayer, ce n’est donc pas du tirage au sort dont il faudrait se soucier en priorité, mais plutôt de la prise de conscience de la population face à la servitude volontaire qu’elle affiche envers ses représentants élus.

Ce qui revient à dire qu’avant d’envisager le moyen par lequel nous pourrons tendre ensemble vers plus de démocratie – par ex. le tirage au sort –, il faudrait informer le plus grand nombre de gens possible sur le contrôle mental dont ils sont la cible et les éduquer sur les techniques de manipulation employées par nos dirigeants pour soumettre le peuple à leur volonté.

C’est déjà ce qu’avait essayé de faire Étienne de La BOÉTIE en 1548 par une analyse au combien moderne puisque son Discours de la servitude volontaire, basée sur l’étude des philosophes grecs et des différentes formes de gouvernement de l’époque, est encore et toujours d’actualité. C’est ainsi qu’à 18 ans à peine il put décrire avec une clairvoyance peu commune, dont beaucoup de « sages » feraient mieux de s’inspirer, les trois sortes de tyrans qui président aux destinées des hommes :

« Il y a trois sortes de tyrans.

Les uns règnent par l’élection du peuple, les autres par la force des armes, les derniers par succession de race. Ceux qui ont acquis le pouvoir par le droit de la guerre s’y comportent – on le sait et le dit fort justement – comme en pays conquis. Ceux qui naissent rois, en général, ne sont guère meilleurs. Nés et nourris au sein de la tyrannie, ils sucent avec le lait le naturel du tyran et ils regardent les peuples qui leur sont soumis comme leurs serfs héréditaires. Selon leur penchant dominant – avares ou prodigues –, ils usent du royaume comme de leur héritage. Quant à celui qui tient son pouvoir du peuple, il semble qu’il devrait être plus supportable ; il le serait, je crois, si dès qu’il se voit élevé au-dessus de tous les autres, flatté par je ne sais quoi qu’on appelle grandeur, il ne décidait de n’en plus bouger. Il considère presque toujours la puissance que le peuple lui a léguée comme devant être transmise à ses enfants. Or, dès que ceux-ci ont adopté cette opinion, il est étrange de voir combien ils surpassent en toutes sortes de vices, et même en cruautés, tous les autres tyrans. Ils ne trouvent pas meilleur moyen pour assurer leur nouvelle tyrannie que de renforcer la servitude et d’écarter si bien les idées de liberté de l’esprit de leurs sujets, que, pour récent qu’en soit le souvenir, il s’efface bientôt de leur mémoire. Pour dire vrai, je vois bien entre ces tyrans quelques différences, mais le choix je n’en vois pas : car s’ils arrivent au trône par des moyens divers, leur manière de régner est toujours à peu près la même. Ceux qui sont élus par le peuple le traitent comme un taureau à dompter, les conquérants comme leur proie, les successeurs comme un troupeau d’esclaves qui leur appartient par nature. »[6]

Il serait salutaire que tous les croyants en la religion de la « démocrasserie[7] représentative » puissent méditer sur cette définition des tyrans selon La BOÉTIE. Il se pourrait bien qu’ils y trouvent la force nécessaire de creuser le sujet tout en se permettant de remettre en cause leurs préjugés sur la question de savoir ce qu’est une vraie démocratie.

Ce que dénonce surtout le jeune auteur de cet opus, c’est la ‘malencontre’ – le malheur – qui a conduit l’homme, libre par nature, à la « soumission librement consentie » : « Mais, ô grand Dieu, qu’est donc cela ? Comment appellerons-nous ce malheur ? Quel est ce vice, ce vice horrible, de voir un nombre infini d’hommes, non seulement obéir, mais servir non pas être gouvernés, mais être tyrannisés, n’ayant ni biens, ni parents, ni enfants, ni leur vie même qui soient à eux ? De les voir souffrir les rapines, les paillardises, les cruautés, non d’une armée, non d’un camp barbare contre lesquels chacun devrait défendre son sang et sa vie, mais d’un seul ! Non d’un Hercule ou d’un Samson, mais d’un hommelet souvent le plus lâche, le plus efféminé de la nation, qui n’a jamais flairé la poudre des batailles ni guère foulé le sable des tournois, qui n’est pas seulement inapte à commander aux hommes, mais encore à satisfaire la moindre femmelette ! Nommerons-nous cela lâcheté ? Appellerons-nous vils et couards ces hommes soumis ? Si deux, si trois, si quatre cèdent à un seul, c’est étrange, mais toutefois possible ; on pourrait peut-être dire avec raison : c’est faute de cœur. Mais si cent, si mille souffrent l’oppression d’un seul, dira-t-on encore qu’ils n’osent pas s’en prendre à lui, ou qu’ils ne le veulent pas, et que ce n’est pas couardise, mais plutôt mépris ou dédain ? »[8]

Toutefois, La BOÉTIE, sans développer de réponse à ces questions – et pour cause : encore aurait-il fallu posséder des connaissances en psychotraumatologie qui ne viendront que quatre siècles plus tard –, situe très pertinemment ce malheur dans la nature de l’État dont il décrit les différents systèmes avec force et conviction.

Le lecteur attentif de La BOÉTIE trouvera également dans cet essai une formidable argumentation sur la nature de la nature humaine, car les hommes naissent libres par nature, nous démontre-t-il brillamment, d’où le questionnement et l’indignation qu’il expose quant à leur soumission au pouvoir despotique.

À la veille d’un passage aux urnes qui lassent de plus en plus de français, il n’est pas vain de rappeler ces quelques principes de bon sens qui manquent si cruellement aux tyrans en herbe que nous allons choisir afin d’assurer la gestion de nos communes pour une période de six années supplémentaires. Dans la foulée, nous désignerons également nos prochains députés européens.

Il serait peut-être temps de se poser enfin les questions qui s’imposent pour une vraie démocratie.

À méditer !

 

Philippe VERGNES
 


[2] Les Citoyens Constituants : http://lescitoyensconstituants.com/.

[3] Nous pourrions également nous référer ici, avec humour, à la célèbre formule de COLUCHE : « … pour le meilleur et pour le pire, mais dans le pire, c’est moi [la mondialisation] la meilleure ».

[4] Étienne de La BOÉTIE, Discours sur la servitude volontaire, p. 28.

[5] Loin de moi l’idée de porter ici une attaque personnelle à François ASSELINEAU qui par ailleurs apporte sur bien des sujets un éclairage percutant. Il est cependant remarquable de constater à quel point ses objections sur le tirage au sort sont motivées par la peur et non par l’examen rigoureux et objectif de l’analyse rationnelle. Ce qui accrédite l’hypothèse que j’argumente dans mes derniers articles (cf. Empathie, conscience morale et psychopathie – Le développement moral, partie 1/3 et Empathie, conscience morale et psychopathie – L’intelligence émotionnelle, partie 2/3 ; la suite à venir). Son argumentation est archétypale des biais cognitifs et autres heuristiques de jugement tels qu’étudiés par Daniel KAHNEMAN et Amos TVERSKY, prix Nobel d’économie en 2002, dont j’ai présenté les travaux dans un précédent article tant cette problématique méconnue est pourvoyeuse de raisonnements ou décisions absurdes : Peut-on faire confiance à notre jugement ? La fiabilité des experts en cause.

[6] Étienne de La BOÉTIE, Discours sur la servitude volontaire, pp. 19-20.

[7] « Je vous sais gré d'exalter l'individu si rabaissé de nos jours par la démocrasserie » (Gustave FLAUBERT, Correspondance, 1866, p. 88).

[8] Étienne De la BOÉTIE, Discours sur la servitude volontaire, pp. 9-10.

 


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17 réactions à cet article    


  • Morpheus Morpheus 17 mars 2014 12:56

    Les Athéniens n’essentialisaient pas le mal dans une classe particulière du peuple mais ils se méfiaient de la corruption qui pouvait gagner chacun d’eux, petits ou grands. Ils se connaissaient et savaient que chacun, même le plus vertueux, pouvait succomber à la corruption s’il exerçait un pouvoir trop grand ou de trop longue durée. Aussi, la constitution des Athéniens prévoyait-elle que les magistratures ne devaient être dotées que de mandats courts et non renouvelables. On comprends mieux le lien que les Athéniens faisaient entre le tirage au sort et la démocratie lorsqu’ils font intervenir ce principe capital de la façon démocratique : la rotation des charges. Le principe cardinal est que tout citoyen doit pouvoir occuper tour à tour le rôle de gouvernant et celui de gouverné. Cette alternance entre le rôle d’administrateur et d’administré formait même, selon Aristote, l’excellente vertu du citoyen.

    L’alternance de l’un et de l’autre est un mécanisme producteur de bonne gouvernance. Elle vise à engendrer des décisions politiques conformes à un certain type de justice, la justice démocratique. Dans la mesure où ceux qui administraient un jour - et se voyait donc dotés d’un certain pouvoir sur les administrés - avaient été administrés auparavant, ils avaient la possibilité de prendre en compte, dans leur fonction magistrale, le point de vue de ceux à qui leurs décisions s’imposent. Ils peuvent se représenter la façon dont leur administration va affecter les citoyens administrés, parce qu’ils savent, pour en avoir fait l’expérience, ce que c’est que d’être administré et d’avoir à obéir aux magistrats. Mieux encore, les magistrats ont une incitation à tenir compte du point de vue des administrés : celui qui gouverne un jour est dissuadé de se comporter en tyran envers ses concitoyens, parce qu’il sait qu’il devra bientôt retourner à la fonction d’administré.

    Dans le cas des tribunaux, la désignation de tous les juges par le sort et la complète absence de magistrat de métier vise à garantir que dans les procès, la voix des experts ne l’emporte pas sur celle des simples citoyens.
    Le tirage au sort était donc la méthode de sélection privilégiée. Elle était, à Athènes, soumise au volontariat, c’est-à-dire que le tirage au sort ne prenait en compte que les noms des citoyens qui présentaient leur candidature à l’une où l’autre fonction administrative de la cité. Celui qui ne désirait point accéder à un mandat, pour quelque raison que ce soit, n’y était donc pas contraint. Si l’on considère alors le tirage au sort dans son lien avec le volontariat, il apparaît que la combinaison des deux semble relever de la même conception de l’égalité que l’isègoria selon le point de vue d’Hérodote : dans un cas comme dans l’autre il s’agit d’assurer à n’importe qui le souhaite - au « premier venant » - la possibilité de jouer un rôle politique.

    Il y a toutefois une différence entre le tirage au sort et l’isègoria. Tout citoyen peut s’adresser à l’Ekklèsia et lui soumettre une proposition s’il le veut. La parole et l’initiative sont ainsi effectivement distribuées à parts égales entre tous ceux qui le veulent. Ce n’est pas le cas pour les magistratures ou les fonctions de juré, puisque seuls certains - les tirés au sort parmi les candidats - accèdent à la fonction souhaitée. Ce qui est cependant distribué de façon égale par le sort n’est donc pas exactement le pouvoir, mais le hasard du sort, qui est le même pour tous, petits et grands, riches ou pauvres.

    Le tirage au sort reflète plusieurs valeurs démocratiques fondamentales. Il s’ajuste sans difficulté avec le principe de la rotation des charges. Il reflète la profonde méfiance des démocrates à l’égard des magistrats de métier. Et surtout, il assure un effet analogue à celui de l’isègoria, l’égal droit de prendre la parole en assemblée, un des principes suprême de la démocratie. L’isègoria donne un égal droit de parole en assemblée et le tirage au sort donne une égale chance à tout citoyen candidat d’accéder à une magistrature. Les démocrates Athéniens avaient donc l’idée que l’élection ne peut assurer une semblable égalité. Il n’en conservèrent le procédé que pour les seules fonctions qu’ils jugeait devoir être occupées par des gens dont c’est le métier.

    Nous retiendrons que le procédé de l’élection par le sort a retenu l’intérêt de plusieurs cités italiennes. En proies à des luttes de factions intestines dues à la volonté des grandes maisons d’accéder aux magistratures dans leur propre intérêt, les citoyens, las de ces intrigues et de la corruption qu’elles créent, adoptèrent le tirage au sort des magistrats. Le suffrage par le sort a en effet une autre vertu, que les italiens ont bien comprise : si, dans l’élection, règne la compétition par les voix, il en résulte que les perdants en conçoivent des rancœurs et des haines.

    Dans la compétition souvent malhonnête des factions pour être élu à une magistrature, de nombreux efforts sont entrepris, des pots de vins versés, des influences exercées. Lorsque ces efforts sont conclus par une défaite, l’amertume est grande. Celle-ci ne fait que renforcer les querelles de factions et la division dans la cité. Il en va autrement dans le suffrage par le sort, car ceux qui ne sont pas tiré au sort n’en conçoivent nulle rancœur ni amertume : ils n’ont dût user d’aucune influence ni effort pour s’attirer la fortune du hasard, et si celle-ci ne les désigne pas, ils ne peuvent en vouloir qu’au destin, non aux candidats plus chanceux.


    • zelectron zelectron 17 mars 2014 20:12

      Chouard n’est pas cité, comme c’est bizarre !


    • Fergus Fergus 17 mars 2014 23:10

      Bonsoir, Morpheus.

      Arrêtons de faire référence aux Athéniens : les citoyens concernés par le système en place étaient moins nombreux que les habitants de Nantes, et les textes de référence des centaines, voire des milliers de fois moins nombreux et moins complexes. Comparer nos sociétés actuelle avec la démocratie athénienne n’a strictement aucun sens !


    • Philippe VERGNES 18 mars 2014 08:57

      Bonjour Morpheus,

      Merci pour cette contribution et ces précisions qui enrichissent considérablement cet article. smiley


    • Philippe VERGNES 18 mars 2014 09:16
      Bonjour Fergus,

      Je ne crois pas qu’il puisse s’agir de comparer stricto sensu la démocratie athénienne avec nos sociétés actuelles, mais plutôt de redonner son véritable sens au mot démocratie, et ensuite, se poser la question de savoir si une véritable démocratie peut être instituée dans le monde où nous vivons à l’heure actuelle.

      La référence à Athènes et aux Athéniens est instituée de fait dès lors que l’on affiche la prétention de donner aux citoyens actuels les mêmes droits que les citoyens d’Athènes par le simple emploi du mot démocratie. De même que lorsque l’on parle de totalitarisme on se réfère aux systèmes politiques qui ont eu cours au siècle dernier et lorsque l’on parle de tyrannie, c’est en trouvant des exemples qui remontent encore plus loin dans le temps que nous nous référons.

      Ce n’est là ni l’époque, ni la taille d’une société dont il est question, mais bien de l’usage d’un terme employé à contresens qui dupe 90 % de la population si ce n’est plus.

      Et cette duperie est à l’origine même de notre servitude.

      C’est du moins mon avis, mais je peux me tromper.

      Bonne journée


    • Fergus Fergus 18 mars 2014 09:48

      Bonjour, Philippe.

      Le débat n’est pas sémantique. A mon avis, ce n’est pas la « démocratie représentative » qui est en cause, mais les conditions dans lesquelles elle est exercée.

      Ce qu’il manque : des contrôles de l’action des élus, et cela pourrait passer par la création de jurys citoyens, les personnes tirées au sort chaque année étant chargées de demander des comptes aux élus sur la mise en œuvre de leur programme, avec publication dans les médias des réponses apportées afin que chacun puisse juger de leur pertinence.

      Ce qu’il manque également : une limitation totale du cumul des mandats, et une limitation drastique à deux mandats consécutifs dans une même fonction élective.

      Ce qu’il manque enfin : une interdiction définitive de toute activité élective à tout élu ayant été condamné, dans le cadre de sa fonction élective, pour abus de biens sociaux, prise illégale d’intérêts, trafic d’influence, corruption active ou passive, faux en écritures publiques.


    • Philippe VERGNES 18 mars 2014 11:38

      @ Fergus,

      Je réponds ci-dessous par un seul message à vos deux commentaires.


    • almodis 17 mars 2014 17:35

      BRAVO l’auteur !

      un article qui relève de la varie réflexion politique et qui demande un peu de liberté de pensée .

      je ne suis pas objective , faisant partie des utopistes ( illuminés , naïfs , fachos et j’en passe ) qui ont succombé au VIRUS du TAS ;

      voir à ce sujet l’article - orienté peu favorablement - de Politis :

      http://www.politis.fr/Des-indignes-candidats-aux,26053.html


      • Philippe VERGNES 18 mars 2014 09:18

        Bonjour almodis,

        Merci pour l’appréciation et le lien communiqué. Une initiative à suivre avec intérêt (même si l’article est orienté peu favorablement). smiley

        Bonne journée.


      • TOUSENSEMBLE OU L ECUREUIL ROUGE TOUSENSEMBLE OU L ECUREUIL ROUGE 17 mars 2014 18:30

        EN BRETAGNE DANS LE TELEGRAMME DE CE JOUR M LE BRANCHU NOUS CONFIRME QU’ELLE N’ est pas contre le remplacement des 36600 COMMUNES PAR 2500 COMMUNAUTES ;; ;qui existent et font doublons

        peut on encore la croire difficillement vu le NOMBRE ETONNANT DE LISTES UMPS ILS SERONT BEAUCOUP PLUS NOMBREUX QUE L’ UMPFN

        SACRES SOCIALOS LEURS PARLEMENTAIRES ET MINISTRES SONT TOUS DES GOSSES DE RICHES !!!!!!!!!!!!!!!


        • Fergus Fergus 17 mars 2014 23:17

          Bonsoir, Tousensemble

          Pour une fois pourtant que Marylise Lebranchu dit quelque chose de sensé...


        • Philippe VERGNES 18 mars 2014 09:25

          Bonjour TOUSENSEMBLE,

          Perso, je suis plutôt pour la suppression des partis politiques qui ne servent qu’à diviser les français. Je n’ai donc à ce titre aucune préférence et j’aime autant les uns que les autres. Il y a de bonnes et de mauvaises idées chez tout un chacun et c’est à mon sens dans l’échange et le lien, plutôt que la division et l’incompréhension, que nous trouverons des solutions de sortie de crise.

          Mais bon... c’est loin d’être gagné. smiley


        • Fergus Fergus 18 mars 2014 09:55

          @ Philippe.

          J’ai déjà eu l’occasion de l’écrire sur ce site : la suppression des partis politiques est une illusion dans la mesure où aucune société moderne n’a jamais fonctionné sans parti. Dès lors que quelques individus se groupent pour mutualiser leur action et leurs moyens pour faire connaître leurs idées - ce qui est rigoureusement impossibles à des personnes isolées - c’est bien de facto un parti politique qu’elles créent, même si elles l’appellent autrement dans un premier temps, par exemple « club » comme cela a été le cas lors de la Révolution française avec les Girondins, les Jacobins, les Feuillants, etc.


        • Philippe VERGNES 18 mars 2014 11:37

          @ Fergus,

          Je réponds ci-dessous par un seul message à vos deux commentaires.


        • TOUSENSEMBLE OU L ECUREUIL ROUGE TOUSENSEMBLE OU L ECUREUIL ROUGE 18 mars 2014 15:41

          EXACT SA FOURCHE LANGUE SOUVENT EN BRETON-FRANCAIS OU

          GALLEC


        • Philippe VERGNES 18 mars 2014 13:50

          @ Fergus,

          Tout d’abord merci des précisions que vous apportez et de l’opinion dont vous me faites part. Si vous avez des liens vers des commentaires que vous avez déjà pu émettre ici ou ailleurs, n’hésitez pas à me les communiquer, je les lirais avec attention.

          Sur la question de la suppression des partis politiques : je suis d’accord avec le fait que des personnes qui se regroupent pour « mutualiser leur action et leurs moyens pour faire connaître leurs idées » créent de facto un parti politique. C’était le sens de mes propos il y a déjà quelques années de ça lorsque, président d’association de parents d’élèves, je tentais vainement de dédiaboliser le mot politique. J’usais alors d’une formule telle que : « nous faisons une politique hors parti, mais de parti-pris résolument tourné vers la défense de l’intérêt général ».

          Maintenant, prétendre que la suppression des partis politiques est une illusion est une tout autre paire de manches.

          Selon moi, c’est la façon dont nous avons organisé notre société moderne, en la basant sur le culte de l’homo œconomicus qui est une illusion. Et je m’en suis déjà expliqué dans bon nombre d’articles, notamment les derniers qui traitent de l’empathie, la conscience morale et la psychopathie, mais également dans un billet portant sur les décisions absurdes (de nos dirigeants) : Peut-on faire confiance à notre jugement ? La fiabilité des « experts » en cause.

          Dans ces articles, je fais état des nombreuses connaissances actuelles qui attestent toutes, avec des arguments factuels et probants, de l’erreur fondamentale que nous avons commise avec le mythe de l’homo œconomicus qui privilégie la raison sur les passions alors que c’est exactement l’inverse qui se produit en réalité : « la raison est l’esclave des passions ».

          La question qu’il serait judicieux de se poser ici serait de savoir pourquoi cette illusion est « sauvagement » entretenue ? Etc.

          Sur la question de la sémantique : en fait, je comprends parfaitement ce que vous développez au sujet du contrôle, de la limitation ou de l’interdiction de certains privilèges que nos élus ont finis par s’octroyaient. J’en ai même une certaine expérience puisque par chez moi, au niveau local, j’ai personnellement mis fin à quatre situations de conflits d’intérêts pour lesquelles j’ai agi seul, simplement en enquêtant et en publiant dans les journaux locaux le résultat de mes enquêtes.

          Et justement, il m’aurait été impossible d’obtenir un tel résultat sans jouer sur la sémantique.

          Alors oui, tout est d’abord une question de sémantique, avant que cette sémantique ne se traduise en acte.

          Les mots ont une portée que nous ne soupçonnons pas et dans notre ignorance nous les négligeons grandement. J’avais également traité ce point-là dans plusieurs de mes articles : Le ‘pouvoir’, les ‘crises’, la communication paradoxale et « l’effort pour rendre l’autre fou » ; Comprendre l’emprise, la relation « en-pire » ; La « novlangue » des psychopathes.

          Pour illustrer cela, j’emploie souvent la référence à une citation du Dalaï-Lama qui a dit dans un entretien avec le philosophe brésilien Léonardo BOFF :

          « Prends soin de tes pensées parce qu’elles deviendront des Mots.

          Prends soin de tes mots parce qu’ils deviendront Actions.

          Prends soin de tes actions parce qu’elles deviendront Habitudes.

          Prends soin de tes habitudes parce qu’elles formeront ton Caractère.

          Prends soin de ton caractère parce qu’i formera ton Destin,

          Et ton destin sera ta Vie. »

          J’aime cette citation, car elle reflète bien les différents niveaux successifs de relations de cause à effet entre la pensée et nos vies.

          D’où le fait que la sémantique vient avant les actions et les habitudes qu’il nous faudrait adopter pour exercer une véritable démocratie. Mais pour changer cela, il faudrait changer notre système de pensée et c’est là ou le bât blesse.

          C’est la raison pour laquelle je dis toujours que la crise que nous vivons est une crise paradigmatique. Elle est totale parce que notre système de pensée ne permet plus de symboliser correctement la complexité du monde dans lequel nous vivons. De ce fait, il n’en rend pas correctement compte et élude une bonne partie des informations qu’il nous serait nécessaire d’obtenir pour avoir une vision objective de la réalité dans laquelle nous évoluons.

          Au plaisir de vous lire.


          • Jean Keim Jean Keim 23 mars 2014 19:34

            Il est désespérant de constater que ceux qui critiquent le système actuel sont eux- même coincés dans un système de pensée étriquée, comment peut on encore affirmer :
            > Que l’on ne peut pas vivre sans partis politiques.
            > Qu’il est impossible de supprimer l’argent.
            > Que nous ne saurions nous passer de chefs, de leaders, de maîtres à penser.
            > Qu’un pays doit posséder une armée forte, puissamment équipée.
            > Qu’un supérieur doit gagner plus qu’un subalterne.
            > Que le patriotisme est un devoir et une vertu.
            > Que le partage est un non sens.
            > Que la croissance est un facteur de progrès.
            > Que le travail salarié est une chose naturelle.
            > Qu’il y a des forts et des faibles.
            > Que la guerre est inévitable pour établir la paix.
            > Que ...
            Vous pouvez jugez utopique de rejeter tout cela mais tout cela et bien d’autres choses encore constituent justement tout ce qui est abject et incohérent voire irrationnel dans notre monde actuel. 

             

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