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Accueil du site > Actualités > Citoyenneté > Votre révolte est légitime et indispensable

Votre révolte est légitime et indispensable

Certes, les revendications pour une Réelle Démocratie constituent la spécificité, voire même pour certains la priorité du printemps espagnol et européen. De même que l’indépendance vis-à-vis de tous les partis politiques, syndicats et associations. Pour autant, il est peu contestable que ces révoltes de la jeunesse trouvent leurs origines dans le chômage de masse et la précarité galopante. Les mouvements qui se rattachent à « Réelle Démocratie Maintenant » doivent donc « coller » à cette réalité, s’ils veulent recevoir le soutien d’un nombre toujours plus grand de citoyens de toutes les générations. Il faudrait donc sans trop tarder, via les débats sur les places, être plus précis et concret sur ce que nous dénonçons, sur ce que nous devrons exiger, donc sur NOS REVENDICATIONS par rapport au chômage et à la précarité. Les informations et propositions exposées dans cette Lettre ouverte permettront, parmi d’autres, d’alimenter les prises de paroles ou les débats dans les commissions et les rassemblements.

Lettre ouverte aux jeunes

Si l’on veut mettre fin à la précarité généralisée et au chômage de masse, il faudra mettre hors d’état de nuire les oligarchies économiques et politiques incompétentes et corrompues qui captent à leur seul profit, depuis 20 ans, l’essentiel des pouvoirs et des richesses. La tâche sera rude et longue. La révolte de la jeunesse espagnole qui s’étend à d’autres pays européens est une opportunité à saisir, car elle peut permettre d’enclencher un processus permanent vers une "Réelle Démocratie ".

Vous êtes des millions à galérer pendant des années, de stages en CDD à répétition, avant d’accéder à un vrai emploi. A l’automne 2010, les jeunes se sont massivement mobilisés contre la réforme SARKOZY des retraites. Vous aviez compris que si l’on repoussait de 2 ans (jusqu’à 67 ans pour certains) l’âge de départ en retraite pour des centaines de milliers de seniors, ce sont autant de centaines de milliers de jeunes qui seraient contraints de galérer 2 ans de plus avant de trouver un vrai emploi.

Votre première préoccupation c’est d’accéder à l’autonomie économique, de pouvoir fonder une famille et faire des projets. Après de nombreuses années d’études ou de formation, ce chômage qui vous bouche l’horizon, voilà ce qui vous pourrit la vie.

En répétant que l’emploi était leur priorité N° 1 et qu’il n’y avait pas d’autres solutions que celles qu’ils mettaient en oeuvre, les gouvernements de droite et sociaux-démocrates ont voulu cacher les vraies causes de la montée du chômage et de la précarité. Depuis 30 ans, ils ont imposé : baisse du coût du travail, assouplissements du droit du travail, amélioration de la formation, dérégulations financières, flexibilité, concurrence libre et non faussée … Avec les résultats que l’on connaît : persistance d’un chômage de masse et explosion des inégalités de tous ordres. Pire, leurs prétendues « seules solutions pour éradiquer le chômage » ont conduit à la plus grave crise depuis 1929 !

En France, Michel Rocard avait dès 1997 tiré la sonnette d’alarme dans un livre consacré aux causes du chômage et aux solutions. Il écrivait en 4ème de couverture de ce livre intitulé « Les moyens d’en sortir » : « L’inexorable montée du chômage démontre l’inefficacité de toutes les techniques utilisées pour le combattre … On ne luttera efficacement contre le chômage massif que par la réduction massive du temps de travail. Toute la question est : comment faire ? ».

Face à un « échec » aussi éclatant et général à faire reculer le chômage, il faut se poser deux questions. Et si le chômage de masse était indispensable à l’accroissement des profits distribués aux actionnaires ? Et si, en répétant que l’emploi était leur priorité N° 1, les gouvernements avaient voulu cacher cette réalité ?

Qu’est-ce que le chômage et à qui profite-t-il ?

Le chômage n’est rien d’autre qu’une répartition imposée du temps de travail avec, aux 2 extrémités, ceux qui se ruinent la santé au travail et ceux qui n’ont pas d’emploi, ou seulement des petits boulots précaires. Même les économistes libéraux reconnaissent aujourd’hui que c’est la persistance d’un chômage de masse qui a instauré un rapport de force défavorable aux salariés et permis ainsi de faire passer les dividendes versés aux actionnaires, de 3,2% du PIB en 1982 à 8,5% en 2007 (en France).

Depuis 2007, Nicolas Sarkozy et son gouvernement ont multiplié les réformes qui aggravent le chômage

Ils ont poursuivi le démantèlement – commencé en 2002 - des lois Aubry sur la réduction du temps de travail qui avaient permis la création de 400 000 emplois et dont le but était de parvenir à une répartition moins injuste du temps de travail.

Ils ont encouragé les entreprises, plutôt que d’embaucher, à recourir aux heures supplémentaires en les exonérant de cotisations sociales. Dans un article intitulé "Il n’y a jamais eu autant d’heures sup’ qu’aujourd-hui", Guillaume Duval - rédacteur en chef d’Alternatives Economiques – écrivait le 9 avril 2010 : « Ainsi 4 milliards d’euros d’argent public sont dépensés pour inciter salariés et entreprises à faire des heures supplémentaires au lieu d’embaucher des jeunes et des chômeurs … Ces millions d’heures supplémentaires représentent l’équivalent de 420 000 emplois à temps plein … Un scandale qu’il y aurait urgence à faire cesser. »

Ils ont supprimé toutes les règles qui encadraient le cumul emploi retraite. Depuis le 1er janvier 2009, tout salarié peut cumuler, sans limite de revenus, une retraite à taux plein et un salaire à temps complet ou partiel. Autant d’emplois en moins accessibles aux jeunes et aux chômeurs.

Deux millions de salariés sont corvéables à merci, à cause du contrat de travail en jours. Ce type de contrat permet aux employeurs d’accroitre sans cesse la charge de travail, conduisant ainsi les salariés à travailler 50, 60 et jusqu’à 78 heures par semaine. Au détriment de leur santé, de leur vie de famille et du droit à "Travailler MOINS pour travailler TOUS". Sur le contrat de travail en jours, la France a été, à quatre reprises, condamnée par le Comité Européen des Droits Sociaux.

On nous fait croire que c’est la dette publique qui oblige à supprimer des emplois dans l’éducation, la santé, la justice, la culture ... et qui empêche de verser des allocations décentes à tous les jeunes en formation. Il s’agit là d’une escroquerie intellectuelle, malheureusement gobée par beaucoup d’honnêtes citoyens . L’essentiel de ce qu’il faut savoir sur la dette publique est résumé dans La dette publique est un mécanisme de redistribution à l’envers qui permet, en plus, de justifier le démantèlement des services publics

Plus de doutes ni d’hésitation à avoir : face à tant d’injustice, de malhonnêteté et d’irresponsabilité, SEULE la révolte de tous ceux qui subissent pourra changer le cours des choses. Oui, votre révolte est légitime, indispensable et urgente.

Exigez que les dirigeants politiques reviennent sur toutes ces dérégulations à l’origine du chômage de masse qui vous est imposé

Exigez haut et fort une répartition plus équitable du temps de travail

Depuis 2002 jusqu’à aujourd’hui, le Medef et les gouvernements de droite n’ont pas lésiné sur les mensonges pour discréditer la nécessité d’une répartition moins injuste du temps de travail. Ils n’ont malheureusement guère rencontré de résistance chez leurs opposants politiques.

La précarité imposée de l’emploi et du pouvoir d’achat a pour but de dissuader les comportements collectifs et solidaires. Par exemple, tous ceux qui se sont endettés sur 20 ans pour payer l’appartement ou la maison n’ont guère envie de se faire remarquer, dans leurs entreprises, en revendiquant une réduction du temps de travail qui permettrait l’embauche de jeunes. Pire : depuis 10 ans on ne compte plus les entreprises dans lesquelles les salariés et les délégués syndicaux ont été soumis au chantage suivant : soit vous acceptez une augmentation de votre temps de travail sans augmentation de salaire, soit l’entreprise sera délocalisée.

Quand aux élites de demain, les jeunes issus des grandes écoles, ils ne sont pas tous dupes du formatage idéologique qu’ils subissent. Mais dans une société gouvernée par des riches pour les riches, il est évidemment impossible de faire carrière - dans leurs entreprises - si l’on critique leur idéologie économique.

Les injustices ne reculent que par des révoltes collectives de ceux qui les subissent. Sans la révolte de 2006 contre le CPE, les salariés en CDI seraient aujourd’hui licenciables du jour au lendemain, même sans « cause réelle et sérieuse », donc sans recours juridique possible.

Incitation à recourir aux heures supplémentaires, contrats de travail en jours, cumul emploi-retraite sans limite de revenus, allègement de 100 milliards d’euros par an des différents impôts (au détriment de la nécessaire redistribution des richesses et des moyens pour l’éducation, la santé, la culture ...). C’est avec de telles "réformes" irresponsables que les élites politiques et économiques ont, parfois en croyant bien faire, abandonné au bord de la route les jeunes, mais aussi tous les précaires.

Saisissez l’occasion de ce printemps de la jeunesse européenne pour exiger votre droit à l’emploi et à l’autonomie économique. L’issue de cette bataille sociale dépend largement de vous, de votre imagination, de votre détermination, de votre capacité à utiliser à fond les réseaux sociaux (Facebook, twitter, blogs …) pour mobiliser tous vos amis. Mais aussi pour interpeller vos parents sur toutes ces dérégulations qui ont conduit à la situation actuelle et qu’ils n’ont pas su ou pas voulu empêcher.

Les slogans alliant pertinence et humour, brandis dans les rassemblements, sont des vecteurs puissants de communication vers la société et de popularisation de vos exigences. Voir, en attendant ceux des autres pays, « 60 slogans du printemps espagnol et français ».


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8 réactions à cet article    


    • LeLionDeJudas LeLionDeJudas 3 juin 2011 15:18

      ZZZZZZZZZzzzzzzzzzzZZZZZZZZZZzzzzzzzzzzzZZZZZZZZZZzzzzzzzzzzzzZZZZZZZZ ZZ


    • bernard29 bernard29 3 juin 2011 11:19

      « Votre première préoccupation c’est d’accéder à l’autonomie économique, de pouvoir fonder une famille et faire des projets.... »

      C’est ce que vous avez décidé pour eux ; « pour les indignés » ?? et pourquoi leur première revendication ne serait pas de participer démocratiquement à l’organisation de notre avenir commun. Le mouvement s’appelle ;  Démocratie Réelle maintenant. !!

      C’est aussi et avant tout un mouvement de demande de démocratie réelle non ? Ne plus être dirigés par une olligarchie politique, économique financière.

      http://changerlarepublique.over-blog.com/


      • LeLionDeJudas LeLionDeJudas 3 juin 2011 15:12

        André, je fais partie quotidiennement du mouvement depuis dimanche à Aix.

        Un débat sur la forme ou la non-forme à donner au mouvement se passe en chacun de nous.

        Je ne suis pas persuadé qu’il faille donner une forme précise au mouvement.
        En ce qui me concerne, c’est mon propre avis de citoyen et je le donne pendant nos débats, à être trop revendicatif le mouvement prendra une forme qui divisera immanquablement les participants.

        Ce qui importe c’est de se réapproprier la rue et la parole. Ce qui importe c’est de se rencontrer et d’échanger nos vues les yeux dans les yeux. Ce qui importe c’est de se réapproprier le débat politique et apprendre à débattre. Bref, reconstituer l’agora, recréer la démocratie.

        C’est la première fois de ma vie que je m’engage dans une action politique collective justement parce qu’elle n’a pas de forme.
        Je veux parler avec les gens et sortir du petit confort conversationnel et affectif famille-amis. Je veux partager mon indignation devant les injustice et le gaspillage des potentiels sur la planète.

        En aucun cas je ne veux prendre la Bastille, ni défilés derrière des revendications qui seront immanquablement récupérées par un parti.
        Hors nous ne voulons plus faire de démocratie avec les professionnels de la politique. C’est aussi l’une des raisons de notre présence dans la rue.


        • zelectron zelectron 5 juin 2011 15:49

          le 1er pas démocratique : « coller » derrière chaque élu un groupe de citoyens chargés de le contrôler (conseiller ?) et si un dérapage se produit le sanctionner, rien n’empêche en revanche de lui soumettre des idées en prime.
          (il ne faut pas laisser une fois élus tous ces guignols dépenser sans compter l’argent public, embaucher à tout va ou encore voyager aux frais de la princesse, sans oublier se faire offrir des dons « pour leur bonnes œuvres »)


        • Roosevelt_vs_Keynes 3 juin 2011 21:02

          Attaquons-nous au coeur du problème : la finance internationale :

          Des banquiers américains pour le retour du Glass-Steagall : la fin de Wall Street !!

          3 juin 2011 (Nouvelle Solidarité) – Evoquant l’imminente chute d’un système financier encore plus fou qu’avant, deux banquiers américains – un « gentil » et un « méchant » – viennent d’en appeler à Glass-Steagall, la loi de Franklin Roosevelt séparant banque et spéculation, actuellement en débat au Congrès (projet de loi HR 1489).

          PDG de la banque régionale M&T depuis 30 ans, Robert Wilmers a dénoncé la dépravation du système bancaire américain depuis l’abrogation de Glass-Steagall en 1999, appelant à régler le problème au plus vite. Interrogé par Joe Nocera du New York Times , il rappelle que le système bancaire des Etats-Unis a été conçu pour faciliter « une expansion prudente du crédit engendrant une croissance du commerce » mais qu’il est devenu « un casino virtuel » . « Pour moi, les banques existent pour que les gens y déposent leurs liquidités et que les sociétés trouvent du financement. Mais aujourd’hui, les six grands groupes bancaires américains, qui ont fait un bénéfice de 75 milliards de dollars, ont gagné 56 milliards sur leurs activités de courtage » , souligne-t-il. « Les banques ont pris des risques excessifs qui n’avaient pas été pris en compte lorsque le gouvernement commença à assurer les dépôts [en 1933, dans le cadre de la loi Glass-Steagall – ndt] (…) le trading de produits dérivés et autres activités de titres n’ont vraiment rien à voir avec la raison d’être des banques. La loi Glass-Steagall n’aurait jamais dû être abolie et les dérivés doivent être mis sous contrôle du gouvernement. »

          Dans une allusion très claire à la loi fantoche Dodd-Frank d’Obama, Wilmers a déclaré : « Il n’y a pas besoin d’étudier la question pendant deux ans. Je placerai le trading de dérivés dans une filiale et le taxerai à un taux plus élevé. S’ils font faillite, ils font faillite. »

          Même un rapace de la finance comme Carl Icahn voit que le vent tourne ; il a déclaré sur CNBC , que le prochain crash est imminent : « Cela arrivera-t-il dans une semaine ou dans un an ? Je ne sais pas et personne ne peut le savoir, mais je ne pense pas que le système fonctionne bien. Il y a un effet de levier beaucoup trop grand et bien trop de prises de risques avec l’argent des autres. Je sais que beaucoup de mes amis à Wall Street vont me haïr, mais je dois dire que la loi Glass-Steagall ou une mesure qui y ressemble, n’était pas une mauvaise chose. En d’autres termes, une banque devrait être une banque et les banquiers d’affaire, des banquiers d’affaire. »

          Toutefois Icahn tente de dédouaner Wall Street pour remettre entièrement la faute sur le dos du politique : « Si vous prenez un féroce tigre mangeur d’homme et que vous le mettez au milieu des moutons, vous ne pouvez pas le tenir responsable de les avoir mangés. Telle est la nature du tigre, telle est la nature de Wall Street. Je ne veux pas dire que Wall Street est mauvais, mais que c’est leur nature, et le gouvernement devrait réguler la finance. »

          Eh bien l’imminence de la chute du système a au moins l’avantage de faire que les tigres financiers commencent à demander eux-même d’êtres mis en cage ; alors pourquoi se faire prier ?


          • Roosevelt_vs_Keynes 3 juin 2011 21:17

            L’enjeu est que la jeunesse du monde entier s’attaque au coeur du problème. C’est ce qui est en train de se produire, mais... chut... censuré !

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