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Accueil du site > Actualités > Economie > 1998-2007 : La grande inflation ou la folle distorsion des richesses

1998-2007 : La grande inflation ou la folle distorsion des richesses

Comment l’anarchie monétaire que subissent les économies occidentales peut-elle encore passer inaperçu aux yeux des économistes et du grand public ? La décennie précédant la crise a été le théâtre de tous les excès aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et dans la zone euro. Entre 1998 et 2007, la masse monétaire M1, c’est-à-dire les pièces, les billets et l’argent sur compte courant, a cru de près de 10% par an, soit une augmentation de 131% en 9 ans. Une croissance monétaire digne d’une zone en plein boom économique en totale contradiction avec la faible croissance précédant la crise. Ce sont 2130 milliards qui ont été créés. Le tableau suivant montre le décalage impressionnant entre la croissance nominale de la production de biens et de services et la croissance de la masse monétaire :
 
Source : Banque Centrale Européenne

Comment peut-on raisonnablement croire qu’une telle croissance monétaire à ce point déraisonnable puisse n’avoir aucun impact sur le fonctionnement de nos économies ? Classiquement, on attribue à une croissance trop forte de la masse monétaire deux conséquences majeures : une forte inflation des prix et une distorsion des prix et de la répartition des richesses. C’est exactement ce qu’il s’est passé. Concentrons-nous sur le cas de la France.

L’inflation des prix des biens et des services entre 1998 et 2007 n’a été que de 18% selon l’Insee et le PIB n’a cru que de 26% durant la même période. Une analyse superficielle laisse donc penser que l’explosion de la masse monétaire n’a pas eu l’impact inflationniste auquel on aurait pu s’attendre. Cependant, un point est régulièrement oublié par la plupart des analystes : la monnaie a un impact sur le prix des actifs. Jusqu’à preuve du contraire, c’est encore avec de l’argent que l’on achète un bien immobilier, des actions ou encore de l’or. Il n’y a aucune raison laissant à penser qu’une forte croissance de la masse monétaire n’aura pas d’impact sur le prix des actifs. Ceux-ci ont explosé durant cette période à des rythmes totalement déconnectés de la croissance de l’économie.

Un indicateur met en lumière cette inflation extraordinaire, le patrimoine des ménages qui agrège les montants de tous les actifs détenus par les français (biens immobiliers, actions, obligations, argent en banque…). Selon l’INSEE, le patrimoine des français aurait cru de 138% entre 1995 et 2007. 138% en 12 ans, une croissance digne de l’Inde ou du Brésil au sein d’une économie qui stagne. A mes yeux, la conclusion est évidente : l’explosion de la masse monétaire durant la décennie précédant la crise a eu pour conséquence une très forte inflation du prix des actifs.

Cette inflation a eu plusieurs conséquences notables :

  1. Une forte distorsion des prix : le prix des actifs a fortement augmenté en comparaison du prix des biens et des services et des salaires
  2. Une forte distorsion des richesses : ceux qui possèdent des actifs ont vu leur richesse augmenter fortement sans raison, tandis que ceux qui n’ont rien ont vu leur revenu stagner

Il n’y a pas trop de raison de douter. Une forte appréciation des actifs avantage les classes les plus aisés de la société. Prenons l’exemple de l’immobilier qui représente environ 60% du patrimoine des français et qui s’est très fortement apprécié entre 1998 et 2007. Ceux qui n’ont aucun bien immobilier n’ont bien sur pas bénéficié de cette hausse. Ceux qui ne possèdent que leur résidence principale n’ont également pas bénéficié de cette hausse puisque s’ils revendent leur résidence, il leur faudra également en acheter une autre dont le prix s’est également apprécié. Ce sont donc seulement les plus aisés, ceux qui possèdent plusieurs biens immobiliers qui ont pu profiter à plein de cette appréciation. Pour les non-possédants, cela a juste rendu l’accès à la propriété encore plus difficile que cela ne l’était. On n’épiloguera pas plus longtemps sur les actions, les obligations ou les métaux précieux détenus pas les classes populaires.

Bref, tandis que le revenu du travail stagnait, le prix des actifs a explosé enrichissant indument une partie de la société. Le graphique suivant montre que depuis les années 70, le patrimoine des français tournait autour de 4,5 années de revenus. Ce ratio a fortement cru à partir de 1998 pour atteindre près de 8 années de revenus en 2007.

Cette grande inflation et cette folle distorsion des richesses n’ont pas fait couler beaucoup d’encre. Le signal pourtant envoyé par ce mouvement était clair : pour s’enrichir, mieux vaut spéculer sur le prix des actifs que de travailler. En moins de 10 ans, près de 2130 milliards d’euro ont été créés dans la zone euro par notre système monétaire invraisemblable, soit plus que le PIB annuel de la France. Une large partie de cet argent a servi à l’apparition d’immenses bulles spéculatives.

L’anarchie monétaire a ainsi aggravé les inégalités et rendu encore plus tendu les relations sociales dans notre pays. Les leçons de cette période ont-elles été comprises ? Loin de là. La machine est repartie, nos centaines d’émetteurs monétaires (les banques) se sont remis au travail. Après une croissance de 13% en 2009, nous avons le droit à une croissance de 9% de M1 sur le premier semestre 2010. Le prix des actifs s’est revigoré, le chômage est au plus haut, les salaires stagnent.

 Cet article est tiré de mon blog : http://revolution-monetaire.blogspot.com
 

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21 réactions à cet article    


  • jondegre jondegre 20 octobre 2010 12:24

    Merci pour cette belle démonstration


    • JL JL 20 octobre 2010 12:36

      @ Nathanael Faibis : merci de confirmer par cet excellent article ce que ne nous disent pas les éditocrates.


      • JL JL 20 octobre 2010 16:38

        L’article ici fait 100% de votes positifs, et le mec ci-dessus, vert de rage que le sien fasse 80% de votes négatifs, la ramène encore. Heureusement que le ridicule ne tue pas.

        Ceci étant, je me demande comment des articles comme le sien qui fait un tel score digne des lexington et lucilio, sont publiés. Il est vrai que si beaucoup de modérateurs font comme moi, s’ils lisent en priorité les articles qu’ils aimeraient voir publier, les article minables de ce AW peuvent passer avec les voix de ses acolytes, j’entends par là des gens pour qui les ennemis de leurs ennemis sont des « amis », ceux qui ont la haine de ce média citoyen et de ses intervenants.


      • LE CHAT LE CHAT 20 octobre 2010 12:55

        les riches toujours plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres , c’est bien ce qu’ils veulent !


        • Julien Julien 20 octobre 2010 13:27
          Merci pour cet article.
          Et après, Hollande et Juppé nous mettent en garde contre une éventuelle inflation : mais elle est là, l’inflation !

          D’abord regarder ceci :

          Ensuite, voir la réaction de Juppé et Hollande quand un gars avec une caméra cachée leur parle de la loi de 1973 :
          A comparer avec l’interview de André-Jacques Holbecq :
          Loi de 1973 contre l’inflation, dit Giscard d’Estaing ??

          Voir le site suivant pour les bases :


          Les politiciens lisent le web, et ça finit par remonter à la surface médiatique :


          • manusan 20 octobre 2010 13:38

            Un gouvernement est la seule organisation capable de prendre une matière première importante comme le papier, d’y mettre un peu d’encre dessus et de rendre le tout totalement sans valeur.


            • LE CHAT LE CHAT 20 octobre 2010 16:30

              et la parole qui est d’argent , elle aussi est devenue sans valeur avec ce « gouvernement du pouvoir d’achat »  !


            • samuel * 20 octobre 2010 17:58


              Je vous avoue que je suis un peu déstabilisé par votre article.

               J’avais entendu dire, que les gens qui s’opposent le plus à l’inflation, ce sont les libéraux, les monétaristes, ou ceux qui ont décidé que le seul objectif de la BCE serait de lutter contre l’inflation.
               Je pense moi même qu’il peut y avoir une « bonne » inflation, contre laquelle on ne peut lutter sans lutter du même coup contre un certain progrès. Si par exemple on trouve que les salariés les moins qualifiés ont des salaires trop bas, et si on espère qu’ils parviendront à obtenir des augmentations. Le résultat devrait être une augmentation des prix des biens et services que produisent ces salariés. Cela couterait donc a toute la société, puisque toute la société consomme. Mais on peut voir cette inflation comme le prix inévitable a payer pour avoir une répartition des richesses plus juste.
               Enfin, il parait que l’absence d’inflation permet que l’argent prêté rapporte une richesse réelle supérieure : les taux d’intéret réels sont plus hauts en l’absence d’inflation. L’absence d’inflation profite donc aux plus riches, qui ont de l’argent à placer en banque.

               Votre article présente au contraire l’inflation comme quelque chose contre lequel il faut lutter au nom des intérêts des pauvres et des moyennement riches.

               Je trouve cela paradoxal.

               Avez vous une idée de la manière dont ce paradoxe peut être résolu ?
               


              • Nathanael Faibis 21 octobre 2010 12:50

                Bonjour,

                 Votre remarque est tres bonne. Tout d’abord, je n’ai absolument pas eu la pretention de decrire les effets de l inflation en general dans une economie, j’en suis bien incapable. J’ai juste essaye de decrire ce au il s est passe durant la derniere decennie et les effets negatifs aue cela a eu.

                 Comme vous le dites, lors de la decennie precedant la crise, un partie du debat economique s est crystalisee autour du debat sur l inflation. D un cote, des liberaux et monetariste pensant que la rigidite des prix etait le modele le plus souhaitable, de l autre des progressistes et des keynesiens arguant qu un peu d inflation aurait un effet un peu positif.

                 pour etre honnete, je n’ai pas vraiment d’opinion sur le sujet, encore moins de conviction. Naturellement, je pencherai plus vers un peu d’inflation aue pas du tout, mais cela n’est base sur rien de solide.

                 Cependant, le fond du probleme est que ce debat est completement HORS SUJET par rapport a la situation actuelle. Ce n est pas ’ un peu d inflation’ que nous avons subi, mais BEAUCOUP d’inflation. La masse monetaire a cru de 10% par an tandis que la croissance reelle atteignait peniblement 2%. Je connais peu d economiste aui prone une inflation de l ordre de 8% par an.

                 La plupart des analystes avaient tellement les yeux rives sur l indice de prix a la consommation au ils ont laisse passer l inflation extraordinaire qui se deroulait sous leur yeux.

                 Je ne sais pas si j ai ete clair. A ce sujet, j ai ecrit un autre article : http://revolution-monetaire.blogspot.com/2009/07/comment-la-politique-irresponsable-de.html

                Nathanael faibis


              • miguel3003 21 octobre 2010 20:22

                Le « paradoxe » évoqué par Samuel peut être résolu si l’on considère que l’inflation « officielle », mesurée à travers l’indice des prix à la consommation (IPC) de l’INSEE, ne prend pas en compte la hausse du prix des actifs (logements, titres...), ou seulement de façon symbolique.
                Par exemple, l’INSEE considère que les dépenses liées au logement représentent 15 % du panier de la ménagère, ce qui est une parfaite aberration pour une immense majorité de Français à l’heure actuelle (au revenu médian, qui partage en deux la population, les dépenses de logement s’élèveraient en moyenne à 230 € pour une personne seule...).
                Il en va de même au niveau européen, la mesure de l’inflation reposant essentiellement sur la hausse du prix des biens et services (donc indirectement sur la hausse des salaires) et non sur celle des actifs, qui ont vu leurs prix flamber depuis quelques années.
                La BCE, dont la politique a été à juste titre qualifiée de « monétariste » jusqu’à la crise dite des « subprime », s’appuie sur ces statistiques pour augmenter le coût du crédit (via ses taux directeurs), donc celui des investissements et de la consommation à crédit, ce qui est supposé réduire la création monétaire et l’inflation (mais aussi au passage l’activité économique), donc protéger les créances des prêteurs de capitaux, c’est-à-dire des possédants.
                Plus largement, l’austérité budgétaire et la rigueur monétaire de notre chère UE, accompagnée du chômage de masse, ont effectivement conduit à une très forte réduction de l’inflation liée aux salaires en Europe, celle-là même que l’on retrouve dans notre IPC indirectement.
                En revanche, l’argent rendu cher par la BCE ne dissuade pas les investisseurs (en provenance du monde entier, je le rappelle) d’acheter des actifs, car ils pensent qu’ils pourront engranger une plus-value en cas de revente de ces actifs, c’est-à-dire les revendre plus cher, ou s’ils les conservent, augmenter suffisamment les revenus qu’ils en tirent afin de maintenir ou d’améliorer leur pouvoir d’achat (donc voir ces revenus augmenter plus vite que l’inflation).
                Par exemple, le propriétaire d’un logement acheté à partir des années 1998-99 aura soit revendu ce dernier avec une substantielle plus-value, soit encaissé des loyers en forte augmentation (très supérieure à l’inflation officielle) en raison de la hausse du prix de son actif sur le marché.
                Quant au propriétaire de valeurs mobilières telles que les actions, il aura vu son revenu progresser sensiblement, à l’inverse de l’immense majorité des salariés de l’entreprise dont il détient une part de capital, si du moins ils n’ont pas été licenciés pour créer de la « valeur » au profit de notre actionnaire.
                Les investisseurs internationaux (tels les fonds de pensions et fonds d’investissement) se sont rués sur les places boursières et les marchés immobiliers plus particulièrement à partir des années 1990 (libre-circulation totale des capitaux décidée par le traité de Maastricht en 1992), contribuant ainsi à faire grimper les prix des actifs et alimentant les bulles spéculatives.
                CQFD. La « mauvaise » inflation, provoquée en grande partie par la hausse des salaires, est énergiquement et efficacement combattue par nos élites, tandis que celle des actifs, alimentée par un gigantesque transfert de richesses des revenus du travail vers ceux du patrimoine, est tout simplement ignorée et parfaitement transparente dans nos statistiques...
                Elle est pourtant à l’origine de la plus grave crise du capitalisme depuis 1929 (dont cette fois il ne saurait se remettre car les énergies fossiles disparaissent et la biosphère se dégrade à grande vitesse), provoquée une fois encore par l’appétit de gain sans limites d’une classe de possédants prête à tout pour conserver et accroître ses privilèges.
                Je laisse la conclusion à Warren Buffet, une des plus grandes fortunes mondiales, dans une de ses interviews données au New York Times en 2006 :
                « La guerre des classes existe, c’est un fait, mais c’est la mienne, la classe des riches, qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la remporter ».


              • Nathanael Faibis 21 octobre 2010 20:50

                @ Miguel


                 Comment pouvez-vous dire « Plus largement, l’austérité budgétaire et la rigueur monétaire de notre chère UE » ou encore la BCE, dont la politique a été à juste titre qualifiée de « monétariste » ?!

                 Comment parler d’austérité ou de rigueur lorsque la monnaie croit à un rythme de 10% par an ?? Quel économiste monétariste a jamais prescrit de telles croissances de la masse monétaire ?

                 Il en faut en finir avec ce mensonge relayé par la grande majorité des analystes économiques ! Non, la BCE ne maintient pas une politique austère et rigoureuse ! C’est tout le contraire !

                 Les taux d’intérêt ? Ils ont été compris entre 2 et 4% durant la décennie précédant la crise soit des taux historiquement bas ! Depuis deux ans, on est à moins de 1% ! 

                 De quoi parlez-vous mon dieu lorsque vous déclarez de telles contre-vérités !

              • miguel3003 21 octobre 2010 22:49

                @ Nathanael

                Vous confondez taux d’intérêt nominal (effectivement entre 2 et 4 % au cours des dernières années) et taux d’intérêt réel, calculé par différence entre le taux nominal et le taux d’inflation. Or je fais référence aux taux réels, ceux qui importent vraiment pour un investisseur (ou un emprunteur).

                Dans les années 1970, avec des taux nominaux jusqu’à 15 %, les investisseurs perdaient pourtant du pouvoir d’achat car le taux d’inflation était supérieur. Tous les emprunteurs ayant acheté une maison à cette époque savent combien il fut facile (malgré 12 à 15 % de taux d’intérêt...) de rembourser le crédit de leur maison.
                De même, avec une dette de 300 % du PIB en 1945, la France qui pratiquait une forte inflation s’est désendettée en quelques années...

                Les taux d’intérêt réels étaient alors négatifs, c’est à dire que l’inflation grignotait systématiquement le pouvoir d’achat des prêteurs de capitaux, qui finançaient l’économie à pertes (pour eux). Les idées keynésiennes dominaient, ce dernier ne disait-il pas qu’il fallait « euthanasier les rentiers ? ».

                Depuis les années 1980 et la mondialisation financière, les taux nominaux ont fortement baissé mais moins que l’inflation (officielle), les taux d’intérêt réels sont devenus systématiquement positifs, c’est à dire que les investisseurs sont de nouveau en position de force. 


              • gnarf 21 octobre 2010 12:08

                C’est directement lie a la bulle immobiliere.


                Les Etats ont encourage les gens a acheter l’immobilier en proposant des prets a taux artificiellement bas. Depuis pres de 20 ans on peut emprunter pour de l’immobilier en France a un taux plus faible que ce que les banques peuvent avoir quand elles se pretent de l’argent entre elles.
                Ca veut dire que c’est l’etat qui met de sa poche pour que de tels prets existent. Et pour faire ca il s’endette. Donc en resume l’Etat s’endette et distribue cette dette sous forme de credits immobiliers avantageux.

                L’etat Francais est directement responsable de la bulle immobiliere, et donc de cette explosion d’argent non-gagne, de cette distorsion de richesse scandaleuse. Comme toujours, l’enfer est pave de bonnes intentions. En voulant aider l’acces a la propriete, on se retrouve avec :
                * des centaines de milliers de familles endettees sur 30 ans pour un bien sur-evalue qui peut devaluer a n’importe quel moment.
                * des proprietaires d’avant qui se retrouvent avec des centaines de milliers d’euros d’argent non-gagne
                * la dette de l’Etat qui explose
                * des prix de l’immobilier si stratospheriques que plus personne ne peut y acceder sans que l’Etat n’y mette de sa poche->boule de neige.

                C’est exactement comme-ca que l’Etat US a declenche la frenesie d’achat immobilier qui a abouti a la crise qu’on connait. La malhonnetete des banquiers n’a fait que grossir le phenomene.

                • miguel3003 21 octobre 2010 23:22

                  @ Nathanael

                  Par ailleurs, j’ai précisé que le monétarisme de la BCE s’était essoufflé avec la crise de 2008. Mais surtout, le fait que la masse monétaire n’ait pas été contrôlée par la BCE ne signifie pas que celle-ci n’ait pas mené une politique monétariste.
                  La BCE a orienté jusqu’en 2008 la politique monétaire dans le sens de la rigueur (taux d’intérêts directeurs systématiquement très au-dessus de ceux de la FED, taux d’intérêt des banques réels positifs, donc relativement élevés contrairement à ce qui s’est dit depuis des années).
                  Mais in fine ce sont les banques commerciales (privées) qui créent la monnaie, tout simplement parce que leurs offres de prêt (pourtant coûteuses) trouvent preneur à l’heure de financer des acquisitions de logement par exemple ! C’est l’effet bulle spéculative, mais aussi la tentative de compensation des pertes de pouvoir d’achat d’une partie du salariat à travers un endettement accru (cas évident aux USA).
                  Même avec des taux d’intérêt réels positifs, qui avantagent les investisseurs, l’endettement privé (colossal aux USA, en Grande-Bretagne et en Espagne) et l’endettement public (surtout à partir de 2008, avec le sauvetage des banques puis les effets de la crise sur les finances publiques), donc la création de monnaie, ont fortement progressé au cours des dernières années. La BCE n’est qu’un rouage, important certes, de ce système, mais la création monétaire n’est plus un attribut de la puissance publique, ne serait-ce que parce que la BCE est indépendante du pouvoir politique... 


                  • Nathanael Faibis 21 octobre 2010 23:58

                    @ miguel



                     Je suis désolé de vous l’annoncer : vous ne comprenez absolument rien au monétarisme. Dans la pensée monétariste, le taux directeur n’est qu’un moyen pour controller la croissance de la masse monétaire.Pour les monétaristes, l’inflation est un phénomène monétaire. Tout cela se fonde essentiellement sur la théorie quantitative de la monnaie ( MV=PT).S’il n’y a pas de création de monnaie, pas d’inflation.

                     Appeler « monétariste » une politique monétaire ayant accouché d’une augmentation de 130% de la masse monétaire est un non-sens. Le fait que cela ait été relayé dans la presse économique depuis dix ans n’y change absolument rien. Cela indique juste que la grande majorité des analystes et éditorialistes se sont focalisés sur le mauvais indicateur.


                     En ce qui concerne taux positif / taux négatif. Les taux réels ont été bien plus faibles dans les années 2000 que dans les années 90. 

                     Les taux ont été clairement négatifs durant les années 73-83. J’aimerais vous rappeler que cette période brillante de l’économie française s’est achevée avec plus de 2 millions de chomeurs supplémentaires.

                     les taux d’intérêt ont été également négatifs en Espagne, au portugal ou en Grèce durant la dernière décennie, avec des résultats également extrêmement probant.

                     En deuxième point, si l’indice de l’inflation utilisé prenait en compte l’inflation des actifs, on aurait eu des taux très négatifs durant la période 98-2007 en France également.

                     Quoiqu’il en soit, la focalisation sur les taux directeurs pour juger une politique monétaire est une erreur. Arguer qu’une multiplication par 2,3 de la masse monétaire en dix ans est une politique rigoureuse est un non-sens. 

                     Pendant dix ans, les marchés ont été arrosés d’argent tout frais. La fête a mal tourné. La BCE avait les moyens de calmer le rythme de création monétaire , en relevant fortement ses taux d’intérêt, elle ne l’a pas fait. La conséquence ça a été l’apparition d’immenses bulles spéculatives. En les abaissant encore plus comme vous le pronez, cela aurait augmenté de quelques dixièmes l’inflation des prix mais aurait encore plus aggravé l’inflation des actifs.


                     De mon coté, je soutiens la réforme 100% visant à retirer tout pouvoir de création monétaire aux banques pour avoir enfin un vrai contrôle de la croissance monétaire. http://revolution-monetaire.blogspot.com/2010/09/le-systeme-100-en-quelques-lignes.html 
                     

                     

                    • miguel3003 22 octobre 2010 01:24

                      Encore une fois, vous confondez les intentions de la BCE (clairement monétaristes) et le résultat final, qui découle de l’absence totale de régulation de la finance depuis 30 ans et non du supposé laxisme de la banque centrale.

                      Vous continuez d’éluder le fait que ce sont bien in fine les banques commerciales, toutes aujourd’hui sorties du giron de l’Etat, qui créent la monnaie.

                      Sans doute le fait que la BCE soit indépendante du pouvoir politique et que son objectif prioritaire (fixé par ses statuts) soit la lutte contre l’inflation, conformément aux thèses de Milton Friedman, n’a-t-il selon vous aucun lien avec le monétarisme...

                      Prôner un relèvement supplémentaire des taux d’intérêt en période de croissance molle et de chômage de masse comme vous le faites relève tout simplement du suicide économique. Car peut être un relèvement massif des taux d’intérêt à 20 ou 25 % aurait-il désincité les spéculateurs, mais bien avant cela vous auriez flingué toute forme d’activité économique et porté le chômage à des sommets encore plus hymalayens que ceux qu’il connaît déjà grâce à la clairvoyance de nos élites économico-politiques.

                      C’est écraser une mouche avec un marteau, ou plus exactement écraser des individus avec un marteau au prétexte que des mouches se sont posées dessus.

                      La croissance immodérée du prix des actifs, que je dénonce tout comme vous, trouve sa source non pas dans un supposé laxisme de la banque centrale européenne mais dans les dérégulations précisément prônées par les Chicago Boys (dont Milton Friedman) : flottement généralisé des monnaies (supposé décourager la spéculation selon Friedman, ah ah, je pouffe...), déréglementation, décloisonnement, désintermédiation de la finance c’est-à-dire libre-circulation totale des capitaux, abrogation du Glass-Steagall Act, développement incontrôlable des marchés de produits dérivés et des paradis fiscaux sous l’égide des plus grandes banques d’investissement devenues « too big to fail », etc...

                      Enfin, je n’ai jamais dit que les années 1970 furent une période économique glorieuse ; la pagaille monétaire suite à l’abandon de Bretton Woods, l’inflation par les coûts (sans rapport avec la théorie quantitative de la monnaie) et la fin du système Fordiste firent des dégâts.
                      J’ai simplement voulu illustrer la notion de taux d’intérêt réel négatif et démontrer que c’est ce concept qui doit être retenu dans le raisonnement économique et non le taux d’intérêt nominal comme vous le fîtes initialement.


                    • Nathanael Faibis 22 octobre 2010 01:59

                       Mais je n’élude rien du tout. Je tiens un blog qui a pour sujet principal la création monétaire par les banques. J’ai traduit un livre d’Irving Fisher écrit à ce sujet en 1935 ( www.100money.fr ). je crois comme vous que le système monétaire est diffiicilement contrôlable par la banque centrale. C’est d’ailleurs par cela que je commence mon article. Cependant, dire que la poltique de la banque centrale est monétariste est, je le répète, un non-sens. La pensée monétariste a pour objet principal la limitation de la croissance monétaire. 

                       La BCE aurait pu avoir une politique monétariste dans les années 2000. En plaçant ses taux directeurs à 5 ou 6% voire 7%, elle aurait limité la croissance des réserves bancaires, les taux sur les marché auraient monté et cela aurait calmé la spéculation. Regardez l’évolution de la monnaie centrale entre 2003 et 2008. Sa croissance est extraordianire, or vous ne me contredriez pas si je vous dis que c’est la BCE qui contrôle entièrement la monnaie centrale !

                      Croissance - Billets et pièces en circulation
                      2003 : 22,1%
                      2004 : 16,8%
                      2005 : 12,3%
                      2006 : 10,1%
                      2007 : 8,1%
                      2008 : 13,5%
                      Croissance en 6 ans : 116%

                      Croissance des réserves bancaires :

                      2003 : 5,32%
                      2004 : 7,74%
                      2005 : 12,46%
                      2006 : 12,17%
                      2007 : 11,26%
                      2008 : 4,71%

                      Croissance en 6 ans : 66%

                       Le constat est le même : politique tout sauf rigoureuse, tout sauf monétariste. 

                        Paul Volcker a instauré une politique monétariste en arrivant à la FED au début des années 80. Ce sont des taux directeurs de l’ordre de 20% qu’il a infligé aux institutions financières américianes. 

                       Mais, je crois que vous avez tellement envie de résumer l’histoire économique contemporaine à une sorte de paradigme « les gentils keynesiens contre les méchants monétaristes » qu’accepter que les dirigeants actuels aient utilisé certains des remèdes que vous préconisez vous semble insupportable.

                       Oui si les taux directeurs avaient été encore plus bas, M0 ( réserves + billets) et M1 aurait cru encore plus vite, et auraient aggravé la bulle financière. S’ils avaient été plus fort, il est probable que la spéculation aurait été moins intense, que la croissance aurait été encore plus faible et que le chomage aurait été plus fort. Cependant, il est également probable que la crise aurait été moins violente.


                    • Nathanael Faibis 22 octobre 2010 02:19

                      En ce qui concerne ce que je crois. Je ne crois pas au système monétaire actuel. Je ne crois pas qu’il y ait de solution en son sein. Que les taux directeurs soient haut ou faibles, cela ne change pas grand chose vu l’Etat d’endettement privé et public auquel nous sommes arrivés.


                       Je crois à un système 100%. Un système où la création de monnaie serait totalement déconnecté de la notion de crédit. Un système ou il n’y aurait pas de taux directeurs. Un système ou la banque centrale financerait les dépenses de l’Etat en lui donnant purement et simplement l’argent créé. Un système ou les taux d’intérêt serait simplement le résultat de la confrontation de l’offre d’épargne et la demande de prêt et où ni l’Etat ni la banque centrale n’aurait son mot à dire.

                    • perlseb 24 octobre 2010 19:59

                      @ miguel et @ l’auteur

                      Vous ne semblez pas d’accord et pourtant je crois vous avez raison sur le fond tous le 2.

                      On peut être spécialiste de la création monétaire (ce n’est pas du tout mon cas) et faire croire aux autres que c’est très compliqué. En fait c’est très simple. Comme le dit miguel, la dérégulation (en ajoutant la mondialisation et la rapidité des transactions électroniques) est en grande partie à l’origine du désordre monétaire. Il faut être convaincu de cela : si la BCE cherche à jouer uniquement sur son taux directeur et pas sur les règles qui permettent à n’importe qui dans le monde d’acheter et de vendre des euros, alors la BCE n’a strictement aucun pouvoir. Et c’est bien cela le problème : ceux qui ont le pouvoir, ce sont les banques, ceux qui ont des capitaux qui ne font que grandir et peuvent faire des opérations d’achat-vente en bourse sur tout et n’importe quoi (monnaies, matières premières, actions,...).

                      Si la BCE avait augmenté son taux directeur à 10% en 2000 (à la Volcker), l’euro, par carry trade, se serait envolé par rapport aux autres monnaies (désastre pour les exportations, cataclysmique pour l’économie, ...). Le directeur de la BCE ne sert à rien du tout, juste à aligner son taux directeur sur celui des autres monnaies.

                      Nous sommes déjà dans un gouvernement mondialisé. Nous votons pour des représentants nationaux qui n’ont aucun courage et ne cherchent absolument pas à changer les règles totalement biaisées : ils n’ont donc aucun pouvoir dans cette économie mondialisée. Mais la simplicité de cela c’est que certains banquiers (par ex. Goldman Sachs), tout puissant aujourd’hui car seuls à l’origine de la création monétaire, ne se sont jamais autant enrichis que ces dernières années.

                      La création monétaire a été folle, sur chaque création monétaire nous avons à l’origine un banquier qui touche un pourcentage sur cet argent créé, les banquiers sont bien les maîtres du monde. Tout colle, il n’y a aucun problème du point de vue des banquiers.

                      Maintenant si vous trouvez que cela est injuste vis-à-vis du peuple, c’est exact. Que dire de Pompidou qui oblige l’état à s’adresser aux banques privées pour se financer (1970), de l’abrogation du Glass-Steagall Act ? Est-ce que ces décisions sont dans l’intérêt des peuples ? Cela fait un moment que l’argent et les banquiers dirigent le monde (assassinat de JKF sans enquête sérieuse, 11 septembre sans enquête sérieuse,...). Mais l’assassinat de la démocratie a été possible grace aux progrès techniques : le peuple a cru identifier que l’amélioration de sa condition était dû à une bonne gouvernance quand cette dernière lui volait peu à peu tout le pouvoir difficilement aquis précédemment.

                      Bienvenue dans l’oligarchie mondiale : ils ont enfin trouvé la solution pour créer de l’argent, de la masse monétaire, se faire aider occasionnellement par les états qu’ils laminent par ailleurs (bravo l’intérêt sur la dette, il fallait y penser) sans pour autant augmenter le salaire des travailleurs même si leur productivité continue d’augmenter. Le système est parfait et il aura fallu du temps pour le mettre en place.

                      Mais le système est vraiment très difficile à comprendre quand on est persuadé de vivre dans une démocratie (comme il est très difficile d’expliquer le mouvement des autres planètes quand on s’imagine que le soleil tourne autour de la Terre).


                    • Nathanael Faibis 25 octobre 2010 12:55

                      @ Perlseb

                      « Si la BCE avait augmenté son taux directeur à 10% en 2000 (à la Volcker), l’euro, par carry trade, se serait envolé par rapport aux autres monnaies (désastre pour les exportations, cataclysmique pour l’économie, ...). Le directeur de la BCE ne sert à rien du tout, juste à aligner son taux directeur sur celui des autres monnaies. »

                       Vous avez parfaitement raison. Je n’ai jamais soutenu qu’une politique monétariste était soutenable politique et économiquement. Un point quand même que j’aimerais soulever. Si les patrons des 4 grandes banques centrales ( Etats-Unis, Zone Euro, Grande-Bretagne et Japon) se mettaient d’accord pour avoir des politiques monétaires responsables, peut-être que ce type de scénario serait envisageable. J’exclus de ce jeu la Chine parce que la Chine contrôle les capitaux. Il est aujourd’hui très difficile d’emprunter en Yuan pour aller placer son argent en dollar ou en euro.

                       En ce qui concerne, votre vision complotiste de notre situation monétaire, je crois que vous vous trompez. Notre système monétaire n’a jamais été murement réfléchi. Il tient debout donc on n’y touche pas. Tout cela est tellement enrobé de fausse complexité et semble tellement fragile que personne n’ose le toucher. Je vous transmets deux citations de personnalité mettant l’accent sur l’incompétence de nos dirigeants et économistes :

                      « Les mécanismes actuels du crédit reposent sur des bases en très grande partie irrationnelles, dont l’origine historique est tout à fait empirique, qui n’ont jamais cessé de se révéler très dommageables et qui n’ont jamais été pensés très sérieusement sauf par une minorité d’économistes, et cela aussi bien en France que dans les autres pays d’Europe occidentale et aux Etats-Unis. » Maurice Allais

                      Le vrai grand problème est que le système actuel est chaotique, une loi de la populace, un pilotage au hasard sans cartes ni compas. Il est certain que tout contrôle avec un objectif défini ferait mieux. De plus, un des effets collatéraux du contrôle serait de préserver « Wall Street » de la mauvaise réputation dont il souffre aujourd’hui à chaque fois que notre système de réserves instables nous mène à de grands bouleversements.

                      Que la responsabilité des fautes du système 10% en revienne au système lui-même ( comme il l’a été soutenu) ou aux banquiers qui font fonctionner ce système ( en raison de leur ignorance, de leur indifférence ou même de leur malfaisance ), il est certain que nous devons dénoncer la notion que les banquiers, parce qu’ils font des affaires avec de l’argent, aient un quelconque droit de contrôler la monnaie, de créer de toute pièce et de détruire de l’argent et ainsi de baisser ou d’augmenter la valeur de l’unité monétaire de notre nation. Une telle idée est monstrueuse, bien plus monstrueuse " Irving Fisher

                      Si le sujet vous intéresse, je vous conseille de lire 100% Money d’Irving Fisher. www.100money.fr


                    • perlseb 26 octobre 2010 18:29

                      Merci pour votre réponse et aussi pour votre important travail. J’avais déjà jeté un œil a votre site et apprécié votre traduction du livre de Irving Fisher, mis à disposition librement.

                      Quelque part, vous êtes convaincu que le système est bancal mais que nous sommes en démocratie. Pour ma part, je suis convaincu qu’il est parfaitement connu et manipulé par très peu (Goldman Sachs a fait des bénéfices records pendant la crise, pas toutes les banques).

                      Nous sommes dans une crise très intéressante pour ces apprentis sorciers maîtres du monde : s’ils n’avaient que peu de pouvoir, nous devrions rentrer dans une période de déflation très comparable à celle qui a suivi 1929. Or ce n’est pas le cas, pourquoi ? Simplement parce qu’ils ont la mainmise sur la planche à billet avec la FED. Donc cette crise va être l’occasion pour des bandits d’imprimer une somme collossale d’argent sans inflation parce que cet argent fraîchement « imprimé » ne va pas au peuple (multiples plans de soutien aux banques ou aux « entreprises-écrans » en difficulté : y a-t-il un contrôle pour vérifier si le salaire des PDG de ses entreprises aidées est décent et l’a été par le passé, si les choix antérieurs pris par ces PDG étaient sensés ?). C’est une escroquerie mondiale (car le monde entier supporte la dollar).

                      Nous sortirons peut-être de ce système qui paraît absurde, mais, à mon avis, seulement par une révolution. Quant au gouvernement mondial non légitime dont vous parlez (4 grandes banques centrales agissant de concert), il ne se fera jamais dans l’intérêt du peuple. La démocratie représentative conduit toujours à l’oligarchie car les hommes sont cupides : le pouvoir ne devrait jamais être concentré, règle d’or de la démocratie.

                      Je me suis intéressé très petitement à la création monétaire, mais je pense maintenant que le problème de fond est la démocratie, concept encore trop noble pour les égoïstes d’aujourd’hui, pour qui l’égalité relative serait triste et démotivante. C’est là que je suis pessimiste : une révolution serait actuellement aussi inutile sur le long terme que les précédentes (même si pour le court terme, il y aurait sûrement une remise à plat bénéfique).

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